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L'AGGLUTINATION

Nous devons avant tout définir l'agglutination et rechercher quelle est son origine ; nous passerons ensuite en revue les principaux systèmes linguistiques qui revêtent cette forme particulière.

§ 1. Qu'est-ce que l'agglutination?

Tandis que dans les idiomes de la première forme (le chinois, le siamois et les langues analogues), les mots ne sont autre chose que des formes monosyllabiques invariables, placées à la suite les unes des autres (sans qu'il y ait cependant entre elles une juxtaposition très intime), il arrive dans les idiomes du second degré que plusieurs éléments se juxtaposent réellement, s'agglutinent, s'agglomèrent ; de là, le nom de langues agglutinantes ou agglomérantes qui leur a été donné.

Les divers éléments qui entrent dans la confection du mot ne possèdent plus chacun leur valeur propre, leur valeur première. Il n'y en a plus qu'un seul qui porte l'idée principale, l'idée de la signification, le sens. Les autres éléments perdent tout à fait leur valeur indépendante. A la vérité, ils possèdent bien encore une portée personnelle, individuelle ; mais ce n'est qu'une portée toute relative. En effet, tandis que l'élément dont la signi-

fication aura persisté avec sa valeur primitive — « frapper, prendre, garder », et ainsi de suite — verra se grouper autour de lui des éléments qui détermineront les modes d'être ou les modes d'action, d'autres éléments, perdant de leur valeur primitive, s'accoleront à cet élément dont la signification est tout entière sauvée et auront pour rôle de déterminer les modes d'être ou d'action de l'élément en question.

Si nous représentons par R — lettre initiale du mot « racine » — l'élément ainsi sauvegardé, l'élément dont le sens a persisté tout entier, et si nous représentons par une série de lettres r les éléments qui sont tombés à la condition de simples éléments de relation, nous pouvons supposer dans une langue agglutinante les formes suivantes de mots : R R, soit la racine de signification précédée d'une préfixe, signe de relation — R r, soit la racine suivie d'un suffixe — r R r, soit la racine entre deux éléments de relation — r R r r, et ainsi de suite.

Placé avant la racine principale, l'élément de relation est appelé préfixe : c'est r dans la forme r R. Placé après cette même racine, il reçoit le nom de suffixe ; dans la forme rRrr nous trouvons un préfixe et deux suffixes.

Préfixes et suffixes reçoivent le nom général d'affixes.

Deux ou trois exemples rendront d'ailleurs plus saisissante l'explication que nous venons de donner. Nous les empruntons à la langue magyare.

Dans la forme kértëk « vous priez », kér est la racine, l'élément dont la signification entière est sauvegardée ; tëk est l'élément de rapport et indique la personne ; d'après ce qui vient d'être dit, la formule du mot est donc Rr. S'agit-il de kérnétëk « puissiez-vous prier », nous avons la formule Rrr : en effet, l'élément juxtaposé né n'est qu'un signe de relation indiquant que l'idée générale et dominante de kér «. prie » est ici à l'optatif. Prenons la racine zâr « fermer » et jetons les yeux sur

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