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ALBANAIS

Le nombre «les Albanais esl d'environ un million el

demi d'individus ; beaucoup moins nombreux que les Slaves de Turquie, ils l'emportent d'autre part sur les Turcs eux-mêmes et sur les Grecs soumis encore à la domination ottomane. Le nom véritable de l'albanais est celui de « skipetar ».

Quelques auteurs ont voulu rapprocher l'albanais des langues slaves ; cette tentative a toujours échoué et il n'est point vraisemblable qu'elle réussisse jamais. Une opinion plus répandue a considéré l'albanais comme un parent assez intime de la langue grecque (Hahn Camarda), mais on peut dire que cette assertion n'a jamais été vérifiée scientifiquement. D'après une troisième opinion (Blau), l'albanais doit être rattaché aux idiomes éraniens. Ces deux dernières opinions se concilieraient d'ailleurs assez bien si l'on admettait que les idiomes éraniens et le grec sont fort rapprochés l'un de l'autre (Picot). D'autres auteurs ont cherché à établir un rapprochement plus ou moins intime entre l'albanais et les langues italiques. Sont-ils plus près de la vérité que les partisans d'une origine hellénique ? C'est ce que nous ne voulons pas décider. La question, à nos yeux, demeure encore tout entière à résoudre. On sait que l'adjectif albanais possède, comme celui des Slaves, une sorte d'appendice d'origine pronominale, que le nom se suffixe un article, comme font le roumain ou le bulgare, mais tout le reste est fort obscur, surtout l'a conjugaison.

Ce qui rend l'étude de l'albanais particulièrement difficile, c'est que le lexique de cette langue est en grande partie composé d'éléments étrangers, latins, grecs, slaves, turcs et autres. On parviendra peut-être à dégager ces éléments d'emprunts. Déjà F. Miklosich a dressé un tableau des mots tirés du latin et des langues slaves ;

ces derniers sont en grande partie des mots que le roumain a empruntés lui aussi.

Jusqu'à preuve nouvelle, pensons-nous donc, l'albanais ne peut que passer purement et simplement pour une langue indo-européenne ; ce fait est bien acquis, mais on ne saurait guère aller plus loin et rattacher d'ores et déjà l'idiome en question à telle ou telle branche particulière du groupe indo-européen.

§ 10. Du mode de subdivision de la langue indo-européenne et de la région où elle fut parlée.

A peine avait-on constaté la parenté des différentes langues indo-européennes, à peine avait-on reconnu qu'elles descendaient toutes d'un ancien idiome dont l'histoire avait perdu les traces, que l'on songea à les classer entre elles. Il s'agissait de les grouper selon leur degré d'affinité, de les réunir en familles et de rapprocher à leur tour les unes des autres les familles qui paraissent offrir des traces d'une parenté plus intime. En d'autres termes, il s'agissait de diviser la souche indo-européenne en branches, ces branches en rameaux, et ainsi de suite.

Le premier rapprochement que l'on établit fut celui du grec et du latin ; on y était inévitablement poussé par les traditions de la philologie classique.

On supposa donc qu'une seule et même langue, détachée des autres idiomes indo-européens, avait donné naissance à deux langues sœurs, à deux langues jumelles, le grec et le latin. Cette branche gréco-latine, à laquelle il parut opportun de donner un nom, reçut celui de « pélasgique ». Jamais appellation ne fut moins justi-

fiée. Loin de savoir, en effet, ce que c'étaient que les Pélasges, on peut à peine assurer qu'un peuple quelconque ait en aucun temps répondu à ce nom, et les quelques passages des histoires d'Hérodote où il se trouve relaté suffisent à empêcher tout auteur sérieux de lui attribuer une acception déterminée.

Les travaux d'Eugène Burnouf et de Lassen sur l'ancien perse et le zend permirent de rapprocher intimement les langues éraniennes du sanskrit. On supposa donc qu'il avait existé une langue commune indo-éranienne dont le sanskrit, d'une part, et les langues éraniennes, d'autre part, seraient sortis à un moment donné.

La grande ressemblance du lithuanien et des langues slaves fit accepter également une langue commune lettoslave ; cette langue letto-slave aurait, à son tour, une origine commune avec le type des langues germaniques, et ainsi de suite.

Plusieurs systèmes assez tranchés se trouvent ici en présence. Certains auteurs, par exemple, ont adopté le tableau que voici :

Sanskrit.

Indo-éranien. I Eranien.

Indo-

Grec.

««■> fu& |Ilali<Iue-

Européen. ) Celtique.

I Germanique.

Germano- )

letto-slave. ( Letto-slave > Leltique.

/ Slave.

Schleicher envisageait cette répartition d'une façon différente et dressait cet autre tableau :

Letto-slavo- ^ Germanique.

Igcrmanique. / Letto-slave. ^Lettique.

] /Slave.

Indo-européen. , , . , ■ . .

' Gréco-italo- ( Italo- l Celtique.

Aryo-gréco-l cellique' celUque. (italique.

Halo-celtique.^ Grec.

\Eranien.

Ari<iue- /Hindou.

Dans ce tableau, il n'y a donc plus de langue spécialement européenne, et une partie des langues de l'Europe seraient plus rapprochées du sanskrit et des idiomes éraniens que des autres langues européennes. Cette théorie, malgré l'autorité de son auteur, ne paraît pas avoir gagné beaucoup de partisans. Généralement on a préféré s'en tenir à la division en indo-éranien et en européen (1). Certains auteurs, admettant d'ailleurs cette double division, comprenaient de différentes façons les sous-divisions ; les uns, par exemple, rapprochaient davantage les langues celtiques des langues germaniques, d'autres les rapprochaient plus volontiers du latin.

D'ailleurs, la théorie de la ramification de la souche commune indo-européenne n'est pas acceptée universellement. Elle a été attaquée simultanément en France et en Allemagne dans deux écrits tout à fait indépendants l'un de l'autre et publiés isolément à la même époque. L'un de ces écrits est de l'auteur de ces lignes (2), l'autre de Johannes Schmidt (3). Cet auteur admet encore une

(1) Havet. L'Unité linguistique européenne. Mémoires de la été de linguistique, t. II. p. 261.

(2) Notice sur les subdivisions de la langue commune indoeuropéenne. Comptes rendus de la première session de l'As60

on française pour l'avancement des sciences, p. 736. Bordeaux, 1872.

(3j Die Verwandl8cha{tsoerhâltnisse der indo-germanischen Sprachen. Weimar, 1872.

unité linguistique indo-éranienne et une unité letto-slave, mais il se refuse à aller plus loin. Il cherche à démontrer que, si du côté de l'occident les langues slaves et lettiques sont indissolublement liées aux langues germaniques, elles se trouvent tout aussi liées, du côté de l'orient, aux idiomes éraniens et hindous : non seulement, donc, il n'a point existé d'idiome commun germano-letto slave, mais il n'a point existé non plus d'idiome spécialement européen, nettement distinct du sanskrit et des langues éraniennes. Le grec, d'autre part, serait tout aussi inséparable d'avec les deux familles asiatiques que d'avec la branche italique, et les langues celtiques ne pourraient pas être groupées à plus juste titre avec les langues italiques qu'avec les langues germaniques. Cette question n'est pas de celles que l'on puisse trancher après une étude de quelques instants, car elle est fort complexe.

En ce qui nous concerne, nous pensons qu'il n'a point existé de groupes secondaires entre la langue commune indo-européenne et les groupes éranien, hellénique, germanique et autres.

Sans doute, certains idiomes indo-européens sont plus rapprochés, en somme, de quelques-uns de leurs congénères que de quelques autres d'entre eux ; le latin, par exemple, est plus intimement allié aux langues celtiques qu'aux langues éraniennes. Mais s'ensuit-il qu'il faille conclure à une langue commune italo-celtique ? Assurément non.

Nous ne connaîtrons jamais, selon toute vraisemblance, les motifs qui déterminèrent les populations dont la langue était l'indo-européen commun à entreprendre leurs grandes migrations ; mais nous pouvons penser, sans crainte d'erreur, qu'avant leurs migrations, ces populations occupaient un territoire assez vaste. En ces larges limites la langue commune indo-européenne ne devait-elle point se modifier, s'altérer, se corrompre de

façon différente dans les différentes tribus établies sur ce territoire ? Nous pensons qu*il n'en pouvait être autrement. Ces modifications, ces altérations ne furent évidemment pas les mêmes en tous lieux ; ici, par exemple, elles purent s'attaquer de préférence aux sifflantes, là aux explosives, ailleurs aux formes elles-mêmes des mots. On peut admettre en outre que, selon toute vraisemblance, les modifications qu'acceptait telle ou telle tribu devaient, à peu de chose près, être de la même nature que les modifications acceptées par la tribu voisine ; plus les groupes se trouvaient distants, plus ils devaient montrer de différences. En d'autres termes, il devait y avoir plus de diversité entre le groupe de l'extrême est et celui de l'extrême ouest, qu'entre ce dernier et un groupe central. Cette espèce de série, cette sorte de continuité est toute naturelle et, de nos jours, nous la retrouvons dans les patois.

Nous n'avons pas à nous enquérir des causes qui déterminèrent la tendance générale propre à tel ou tel ensemble de tribus voisines. Ces causes nous resteront peut-être à jamais inconnues ; mais ce que nous pouvons parfaitement admettre, c'est que ces unités secondaires, ces branches intermédiaires dont nous parlions tout à l'heure, par exemple la prétendue langue italo-celtique, n'ont jamais eu d'existence réelle. C'est un besoin immodéré de classification qui les a mises au jour. En fait, elles n'ont point vécu. On les a multipliées, mais on pouvait les multiplier bien plus encore ; il serait facile de restituer uh idiome commun helléno-slave, érano-celtique, italo-germanique. Une fois dans le domaine de la fantaisie, il n'y aucun motif de s'arrêter.

Avant d'en terminer avec les langues indo-européennes, il nous reste à dire quelques mots d'une question' assez débattue et que nous ne pouvons passer sous silence, celle du pays où fut parlée la langue indo-européenne commune.

Distinguons tout d'abord la question de race de la question de la langue.

Lorsqu'il s'agit de la formation même du langage articulé, le facteur de la race est non seulement capital, il esl unique. Acquisition de la faculté du langage articulé, formation des premiers systèmes de langues et formation «les premières races humaines tombent à un seul et même moment. Cela a été le sujet de notre chapitre second, sur lequel nous n'avons point à revenir en cet instant. Nous insistons simplement sur ce fait que, si les races d'Europe sont réellement des races européennes, telles, au moins, que nous les voyons aujourd'hui, il ne s'ensuit en aucune façon que les langues indo-européennes de nos régions y aient également pris naissance. Cette distinction est capitale, et on la néglige trop souvent. Nous pouvons dire plus encore ; s'il est juste de parler de langues indo-européennes, il est absolument vicieux de parler d'une « race » indo-européenne. Une telle race n'existe point, et ceux-là seuls peuvent en disserter, la décrire même et tracer ses frontières, qui n'ont aucune notion d'anthropologie.

Allons plus loin. S'il est certain qu'une langue indoeuropéenne commune a été parlée jadis en une région quelconque, il n'est nullement certain que les individus parlant cette langue aient appartenu à une seule et même race. L'indo-européen commun a été formé, sans doute, en un seul et unique centre ; mais la période de formation une fois passée, rien ne dit qu'il ne se soit pas

étendu sur différentes populations très étrangères, comme nous avons vu le latin rustique s'étendre sur les populations voisines du Guadalaviar, de la Garonne, de la Somme, de l'Adige et du bas Danube. Bien des hypothèses sont permises à ce sujet. En définitive, il n'y a ici qu'un fait, un seul fait bien avéré auquel nous puissions nous en tenir : le fait de l'existence de cette langue commune indo-européenne, abstraction faite de toute question de race.

Cela bien acquis, nous pouvons aborder notre sujet sans crainte de malentendus.

Il y a une trentaine d'années, l'on s'accordait assez généralement à donner pour patrie à la langue commune indo-européenne « le vaste plateau de l'Iran », comme dit Pictet, « cet immense quadrilatère qui s'étend de l'Indus au Tigre et a l'Euphrate, de l'Oxus et du Iaxartes au golfe Persique » (1). Cette région correspond à la Perse actuelle et aux pays qui lui sont limitrophes à l'est et à l'ouest. On trouva, avec juste raison, que l'indication d'une aire aussi considérable était trop vogue, et l'on chercha à la restreindre. Les traditions de l'Avesta aidant, on émit l'opinion que la Baktriane devait être regardée comme la patrie ancienne des prétendus « Aryas », c'est-à-dire des individus qui parlaient la langue commune indo-européenne. Mais n'était-ce pas donner à la tradition éninienne un sens beaucoup plus large que celui qu'elle avait en réalité? A la rigueur, TAvesta pouvait encore se souvenir d'une patrie plus ancienne des Eraniens ; niais celle-ci avait-elle été en même temps la patrie commune de toutes les familles indo-européennes? On n'était pas en <li"it de l'affirmer ; pareille conclusion dépassait beaucoup les p remis C'est ce que l'on a compris facilement.

(1) Les OnV/i'ne.s indo-européennes ou les An/as primitifs. Essai de paléontologie linguistique, i. I, p. 35. Paris, 1859.

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Les moyens 1rs plus suis d'arriver à la solution cherchée devaient être demandés à la linguistique.

Les indications que peut donner le lexique comparé des langues indo-européennes sur les termes géographiques et topographiques; sur les noms des cours d'eau, des montagnes, sur ceux des métaux, des plantes, des animaux, ne donnent que des renseignements très vagues. On peut les attribuer à une foule de régions ; ils s'appliquent aussi bien à l'Assyrie qu'à la Baktriane.

En s'en rapportant à la physionomie générale des idiomes indo-européens, on conclut du fait de la conservation même du sanskrit, à cette opinion qu'il devait être moins éloigné que ses congénères de l'ancien centre linguistique. Il sembla raisonnable d'admettre que ceux de ces idiomes qui, dans leur ensemble, se rapprochent de la façon la plus fidèle du type indo-européen commun, sont également ceux qui se sont le moins éloignés des régions où ce type commun était parlé.

De là cette première conclusion : entre toutes les langues indo-européennes, le sanskrit et les langues éraniennes sont celles qui se sont le moins éloignées de la région où était parlé lindo-européen, tandis que les langues celtiques s'en sont éloignées plus que ne l'ont t'ait toutes les autres.

Au second degré de- conservation, l'on dut placer les dialectes grecs au sud-est de l'Europe, les langues lettiques et slaves au nord-est ; au troisième degré, les langues germaniques au nord, les langues italiques au sud. Ces deux dernières lu-anches rejoignent l'une et l'autre les langues celtiques placées au quatrième et dernier degré.

Pictet conclut. Traçant une ellipse assez allongée, il a regardé l'un des foyers de cette ellipse, celui de droite, comme le point où aurait été parlé l'indo-européen commun. A peu de distance de ce foyer, vers la droite, il

place au bas le sanskrit, plus haut les langues éraniennes. Suivant ensuite de droite à gauche les deux branches de l'ellipse, il place au centre, dans le haut, les langues letto-slaves ; au «entre, dans le bas, les idiomes grecs ; ces deux groupes sont encore assez rapprochés du foyer de droite, mais moins que ne le sont les langues éraniennes et le sanskrit. Poussant encore vers la gauche, Pictet place les langues germaniques en haut, et les langues italiques en bas, dans la même position vis-à-vis du foyer de gauche qu'occupent les langues éraniennes et le sanskrit vis-à-vis du foyer de droite. Plus à gauche encore, tout à l'extrémité de la ligne transverse horizontale de l'ellipse, se trouvent les langues celtiques, entre les langues germaniques et italiques : elles sont ainsi les langues les plus éloignées du foyer de droite, c'est-à-dire du prétendu point de départ.

Il est aisé de construire cette figure. Elle est sans doute très ingénieuse, et au premier moment on est fort tenté de l'adopter ; elle concorde assez bien, d'ailleurs, avec l'hypothèse qui regarde la Baktiïane comme la région où fut parlée la langue indo-européenne.

Mais, en réalité, on peut l'interpréter de deux façons et lui donner deux Bena bien tranchés. Le premier sens est celui qu'en tire Pictet ; voici le second : il se peut que le centre commun recherché ne se trouve pas au foyer de droite de l'ellipse, mais qu'il soit situé plus sur la droite, en dehors même de l'ellipse, c'est-à-dire vers la frontière chinoise. Avec cet autre centre, le sanskrit et les langues éraniennes resteraient toujours au premier d( gré, le grec et le letto-slave au second, Les langues germaniques et italiques au troisième, les langues celtiques au quatrième et dernier.

La théorie qui plaçait dans l'Asie centrale, dans la haute Asie, la patrie de l'indo-européen commun a été vivement attaquée.

L'Anglais Latham fut le premier, semble-t-il, qui opina pour une origine européenne. Quelques auteurs l'ont suivi. Il en est parmi ceux-ci qui se sont efforcés de donner quelque apparence scientifique à leur assertion, il on est d'autres qui ont tranché net cette question spéciale avec autant d'audace que d'incompétence.

Certaines personnes, par exemple, voyant les mots celtiques plus courts que les mots sanskrits, en ont inféré qu'ils étaient plus simples, partant plus primitifs, et s'éloignaient moins du type commun. C'est de la linguistique au millimètre. Avec ce procédé, l'anglosaxon proviendrait de l'anglais, le latin du français, le vieux perse du persan.

D'autres auteurs, arguant de ce fait que le type blond aux yeux bleus se présente plus particulièrement dans des pays de langue allemande, en concluent, on ne sait trop pourquoi, que l'indo-européen commun a été parlé en Gennanie. Ils confondent ici la langue et la race, ou, pour mieux dire encore, la langue et les races ; c'est une méprise sur laquelle nous ne pouvons même pas nous arrêter.

Peu nous importe que les populations qui parlèrent l'indo-européen commun aient été blondes ou brunes, ou qu'il y en ait eu parmi elles et de blondes et de brunes ; ce n'est pas en question : la langue seule nous occupe et non point la race. Nous n'appelons même pas à notre aide le secours de l'archéologie, qui, pourtant, enseigne d'une façon claire et nette qu'à l'époque où l'Orient connaissait déjà une certaine civilisation, l'Occident en était encore à l'état sauvage, ou à peu près.

Benfey, se fondant sur le manque de noms primitifs communs pour les grands carnassiers asiatiques, opina que l'indo-européen devait avoir été parlé en Europe (Geschichtr der Sprachwissensch., p. 600). Peschel, Brunnhofer et d'autres auteurs opinent pour l'Arménie.

tlL U LINGUISTIQUE.

Fr. Mùller se prononce pour la demeure européenne, sans la préciser, et est d'avis que les langues aryennes de l'Asie ont gagné par voie de migration les régions où elles sont aujourd'hui parlées. Les grammairiens qui tiennent le grec pour le mieux conservé des idiomes de la famille supposent que la patrie primitive dont il s'agit doit être cherchée vers le sud-est de l'empire. Penka (Die Herkunft der Aryer, 1886) fait de la Scandinavie le premier centre de rayonnement des soi-disant Aryens et place leur première demeure dans l'Europe du sudouest, Cette opinion ne concorde pas avec les derniers résultats de l'anthropologie. Il semble, au contraire, que les idiomes aryens aient été importés, vers la fin de l'industrie de la pierre taillée, par la population brachycéphale qui, venant de l'est, pénétra jusque vers l'Atlantique. Cette population apporta sa langue, ses mœurs, aux anciens habitants dolichocéphales (Cf. Hovelacque et G. Hervé, Précis d'anthropologie, p. 367, 583). L'erreur de Penka provient de ce quïl confond les dolichocéphales « paléolithiques » avec les dolichocéphales « néolithiques »,, ancêtres des blonds de l'Allemagne du Nord.

Si toutefois l'on remonte le courant de l'invasion de la population à tête courte, que nous supposons avoir apporté dans l'Europe occidentale les langues indo-européennes, on s*arrête, après avoir franchi l'Europe centrale, aux pays du bas Danube. Faut-il remonter plus loin vers l'est ? C'est ce quïl est difficile de faire dans l'état actuel des connaissances. Cette question vidée, il lestera à rechercher dans quelle région les blonds du nord de l'Europe ont reçu eux-mêmes les idiomes indoeuropéens.

En somme, l'obscurité est loin encore d'être dissipée.

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