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CHAPITRE VI

PLURALITÉ ORIGINELLE DES LANGUES ET TRANSFORMATION DES SYSTÈMES LINGUISTIQUES.

Arrivés au terme de ce long examen, nous avons à jeter en arrière un coup d'oeil d'ensemble et à récapituler, dans un chapitre final, les points les plus importants de notre étude.

Nous avons tout d'abord à revenir sur la question de la doctrine et de la méthode. Ce sujet est le premier qu'il nous ait fallu aborder ; c'est celui qui doit attirer en dernier lieu notre attention. La doctrine, la méthode dominent les sciences contemporaines ou, pour mieux dire, elles font corps avec elles, et l'on ne saurait trop insister sur ce fait capital ; cette alliance indissoluble, cette sorte d'identification est la caractéristique même de ce nouvel état de choses.

§ 1. Comment se reconnaît la parenté des langues.

Il arrive souvent aux personnes dont les connaissances linguistiques ne sont que très imparfaites, très s\iperficielles, de regarder sans hésitation comme proches parentes les familles de langues qu'un auteur vraiment compétent n'osera point rapprocher les unes des autres et que parfois même il déclarera irréductibles. L'étymologie n'est jamais plus dangereuse que sur ce terrain. Pour tout dire, elle n'y connaît pas d'obstacles.

Les préoccupations bibliques ont contribué plus que toute autre cause à développer la manie funeste de l'étymologie. Il s'agissait, il importait de rattacher aux langues sémitiques tous les idiomes de l'univers, ou bien par voie de descendance directe, ou bien par voie de parenté collatérale. On renonçait, au besoin, à faire 'de l'hébreu la mère de toutes les langues, mais il fallait au moins les rattacher toutes, y compris l'hébreu, à une souche commune à une seule et même langue mère.

C'est un fait qui ne se laisse plus discuter à l'heure actuelle, et, sous quelques réserves que ce soit, parler encore de cette langue commune soi-disant primitive, c'est faire preuve d'une complète ignorance de la méthode linguistique.

Avant tout, dans la comparaison des langues, il faut négliger la ressemblance pure et simple des mots. Deux mots dont le sens est presque le même dans deux langues différentes, dont le sens, si l'on veut, est absoluvu put le même, peuvent n'avoir rien de commun. La concordance lexique sans la concordance grammaticale est nulle et non avenue. L'étymologiste s'en empare, s'en contente et ne veut pas voir plus loin ; le linguiste ne s'y arrête même pas.

Aux yeux de ce dernier, la dissection de deux mots plus ou moins semblables peut seule prouver leur parenté ; à aucun titre il ne s'accorde le droit de comparer deux mots tout faits. Les éléments formatifs de deux mots sont-ils bien les mêmes, leur racine est-elle également la même, dans ce cas il est légitime de les regarder comme deux mots correspondants, de leur donner une origine commune ; si ces conditions ne se trouvent pas réunies, les deux mots en question ne peuvent être identifiés, quelle que soit leur homophonie.

Prenons pour exemple le mot un dans différentes langues et voyons comment on a pu rapprocher sans cri-

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