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Quelle leçon nous ont enseignée ces monuments? Pris séparément, quelle nation de l'antiquité nous ont-ils permis d'identifier? Leurs inscriptions nous ont, sans doute, fourni de précieux renseignements; mais des inscriptions, comme telles, se rattachent à la philologie plutôt qu'à l'archéologie. Dénués d'inscriptions ou de tout style d'ornementation déjà connu de la science, ces restes architectureaux n'ont guère d’autre importance que d’attester la soif d'immortalité innée au cœur de l’homme. Ce ne sont que
de muets témoins d'un passé dont ils ne peuvent révéler les secrets.
Maïs, du moins, que penser des mounds? Ces tumuli ne sont-ils pas pas de caractère distinctement américain et ne peuvent-ils pas prétendre à une très grande importance ethnographique? Tout d’abord, l'Amérique n’est point le pays exclusif des mounds; on en trouve ailleurs et en grand nombre, ne seraitce qu’en Chine et en Ecosse, par exemple!) En second lieu, ces monuments grossiers n’ont de valeur ethnique que celle qui revient de droit aux reliques archéologiques qu'ils recèlent souvent dans leur sein. L'idée d’une race spéciale de bâtisseurs de mounds, bien qu’encore vivace en certains quartiers, s'évanouira le jour où le public savant se convaincra, avec les
près de 30 pieds de hauteur et de 200 à 300 de longucur sur une trentaine de largeur. Quelques-unes des pierres taillées ont 6 pieds de long, Des images colossales gisent par terre près du piédestal qui les supportait. Une statue de 8 pieds de haut et du poids de 4 tonnes fut apportée en Angleterre, et se trouve maintenant au Musée britannique. Sur l'ile de Tonga, il y a un curieux monument formé de deux blocs rectangulaires de 40 pieds de haut autour duquel ure énorme plaque de pierre sert de piédestal à un immense bol de même matière Dans l'île Ponape, une des Carolines, il y a de grandes ruines, dont la principale représente une espèce d’enclos de 300 pieds de longueur et dont les murs sont composés de prismes basaitiques. On trouve des ruines de moindre importance sur les îles Ponape et Kusaie dans le même groupe. Dans les îles Larron et Voleur se dressent des colonnes de pierre hautes de 14 pieds, surmontées d’une pierre semi-globulaire de 6 pieds de diamètre. Dans les îles Senidoine se trouvent aussi des monuments gigantesques. (Condensé du Dominion Illustrated, 6 décembre 1890.)
1) , Entre Kalgan et Yucho, on voit des anciens mounds en groupes sur la plaine ou isolés sur des éminences. Ces derniers ressemblent à des tours à signaux, tandis que les premiers suggèrent l'idée de tombes. Ils ont environ 30 pieds de haut, sont de forme circulaire ou ovale et leurs groupes semblent for-
tuits et sans idée préconçue.“ Mark Williams, Smithsonian Report, part. I, p. 907, 1585.)
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premiers archéologues américains, que ,les liens déjà découverts rattachant directement les Indiens aux peuples qui élevèrent ces monuments sont si nombreux et si solides que les deux prétendues races n’en font évidemment qu'une“.')
J'ai groupé, dans un autre essai), une telle série de faits des plus authentiques en faveur de cette thèse, que je n’ai personnellement pas l'ombre d'un doute qu'elle ne soit la seule vraie. Au fur et à mesure que les résultats des explorations dirigées par les spécialistes de Washington seront divulguées, je suis persuadé que, seuls, les esprits entichés de leurs idées préconçues pourront refuser de croire que, dans la plupart des cas, les mounds ont été élevés par les ancêtres immédiats des Indiens établis dans leur proximité lors de la découverte de leur pays. Or, comme ceux-ci appartiennent à des groupes ethnologiques différents, leurs travaux ne sauraient être invoqués comme faisant autorité en fait de classifications raciales.
Reste la mythologie. Sa place légitime dans l'estime de l'ethnographe ne peut être bien élevée; certains mythes sont, on le sait, d’une diffusion à peu prè universelle. Ensuite la théogonie même d’un peuple peut céder sous la pression latente exercée par des nations étrangères au moyen de migrations, de captivités ou de commiscégénation. J'ai observé moi-même quelques cas où la mythologie d'un peuple a été en grande partie empruntée à une tribu hétérogène.
Mais remarquera le lecteur, quel peut être l'objet de ce qui précède à moins que ce ne soit de jeter le discrédit sur les différentes sciences mentionnées? Loin de moi pareille présomption. Chacune d'elles a certainement sa sphère d'utilité, il arrive fréquemment que la langue de quelque nation de l'antiquité nous est si complètement inconnue qu'on ne peut même hasarder la moindre supposition à son endroit, et alors l'archéologie est le seul moyen, tout imparfait qu'il soit, d'identifier une race. Il peut se faire aussi que l'apport de quelqu'une “. ces sciences peut, par la quantité de ses éléments ou leur importance exceptionnelle,
1) Work in Mound Exploration of the Bureau of Ethnology, Washington p. 11, 1887.
2) Not archeological, industrial, commercial on the Western Dénés, Toronto, 1894.
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devenir, à défaut de tout autre témoignage, un véritable critérium de certitude ethnologique. Dans tous les cas, ces sciences jouissent d’une force corroborative qui n’est point à dédaigner. Mais je dois répéter qu'aucune d'elles, prise séparément, ne peut passer pour un guide infaillible quand il s’agit de différencier ou d’identifier les races humaines. A la philologie seule est réservé le privilège de remplir ce rôle avec avantage, et ceci s'entend naturellement des cas où, par ailleurs, tout document historique fait défaut.')
C'est là, je crois, un fait à peu près reconnu en ce qui regarde l’ethnologie américaine. Voici ce que dit le docteur Brinton des indigènes de l'Amérique: , Ces stocks nous offrent, sans aucun doute, la base la plus sûre de la classification ethnique des tribus américaines, la seule base, en réalité, qui possède quelque valeur. Les efforts tentés jusqui'ici en vue d'établir une classification basée sur les limites géographiques, les particularités politiques, les traits physiques des peuples, ou bien, sur la forme du crâne, ou relativement au degré de sauvagerie ou de civilisation, ont tous été sans résultats satisfaisants. © ne peut subdiviser la race qu'en prenant la linguistique pour guide. Une similarité d'idiome suppose généralement identité de descendance et uniformité d'avantages psychiques. Sans doute, l’histoire du monde nous révéle plus d’une mutation forcée de la langue d'un peuple; mais cette imposition a toujours été accompagnée d’une infiltration de sang correspondante“.?)
Par race, le docteur Brinton entend ici l’agrégat des aborigènes du nouveau monde. Par conséquent, la subdivision de race dont il parle équivaut à la classification primaire des Indiens en stocks distincts.
1) L'histoire rapportant quelques rares exceptions, cette dernière restriction est nécessaire. La plus importante de ces exceptions est celle de la nation juive, dont les membres perdirent leur itiome particulier lors de la captivité de Babylone. A leur retour au pays de leurs ancêtres, leur langue devint le syre-chaldaïque, et, après les conquêtes d’ Alexandre, le grec devint le dialecte familier aux personnes instruites et généralement aux habitants des villes. D'un autre côté, le fait qu'on ne peut reconnaître les restes des dix tribus à leur langage ne milite point contre ma thèse, puisque je parle de nations comme telles et non de bandes d'individus qui ont fini par être absorbées par les peuples au milieu desquels elles se sont établies.
2) The American Race, p. 517.
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Quant à la mutation du langage, elle peut s'effectuer de deux manières: premièrement par la violence, le droit de conquête et une législation coercitive, c'est le cas des Irlandais et des Polonais. Mais alors l’histoire relate généralement la raison de pareilles altérations linguistiques. Or, on doit se rappeler que ma thèse ne porte que sur les cas où tout document historique fait défaut. En second lieu, le dialecte national peut s’altérer de lui-même, se désagréger graduellement, insensiblement, par l'effet du temps, une croissance naturelle, un perfectionnement logique ou même ce que j'appellerai une sorte de persuasion morale exercée par le olus fort au détriment du plus faible.
Pas n’est besoin de beaucoup d’érudition pour s’apercevoir que ces mutations linguistiques sont elles-mêmes le meilleur des critériums ethnologiques. Prenons, par exemple, les soi-disan idiomes romans; on peut facilement reconnaître dans leurs parties componentes des traces indubitables des divers stocks dont l'amalgame est devenu ce que nous appelons aujourd’hui les langues latines. Cette tâche est même plus facile encore relativement à l'anglais, qui est la preuve la plus péremptoire du sang saxon et normand qui coule dans les veines de la nation britannique. Dans de tels mélanges, les formes linguistiques accidentelles et les mots de moindre importance peuvent disparaître; les racines des dialectes primitifs resteront et se feront aisément reconnaitre.
La suprême importance de la philologie est donc évicente. Qu'on me permette de la démontrer plus clairement encore, S'il est possible, à l’aide d'un exemple tiré de mon pays d'adoption. Inutile de parler ici de la manière dont les ethnographes américains ont découvert l'identité raciale des roquois et des Chérokees. C° n'est un secret pour personne, que dans ce cas comme dans tant ’autres, la linguistique a fourni la clef qui a permis de résoudre le problème. Que le bienveillant lecteur veuille bien se reposer maintenant des excursions théoriques dans lesquelles je me suis permis de l’entraîner; nous allons étudier ensemble, dans les fascicles suivants, une des races américaines les plus intéressantes, je veux dire la race dénée.