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Une mutation dans la condition sociale afiecte, paraît-il, non seulement la forme du crâne, mais même la structure physique entière de l'individu puisque le même aute,r ajoute: ,Ils ont en moyenne 5 pieds 2 pouces de hauteur; ils sont ventrus, montés sur de longues jambes grêles, et ont des traits d'avortons, Une stature au-dessous de la moyenne et une ténuité anormale des membres sont partout l'indice d'une condition abjecte et baroare. On le voit surtout chez les Bushmen et les aborigènes de la Terre de Feu et de l'Au ralie.“!)
Mais l'argument le plus plausible contre les prétentions de la craniométrie à être regardée conime un sûr critérium d'identité ethnique consiste en ce que la forme et l1 capacité du crâne varient presque toujours d'une manière très rema‘quable, même dan: la même race. insi, pour ne citer qu’un exemple, ,de 245 crânes péruviens qi se trouvent dans la collection de l'Académie des sciences naturelles de Philadelphie, 168 sont brachycéphaliques, 50 dolichocéphaliques et 27 mésocéphaliques.“’) D'un autre côté, le docteur Heusels assure que les crânes d'’Indiens Coroados du Mexique qu'il a examinés correspondent, sous tous les rapports, à ceux d:s Allemands.*) Il ne faut donc point s'éconner si un ethnographe de la force du docteur frinton en est venu à déclarer‘) que la forme du crâne n'£st point un facteur invariable en anatomie humaine et que, par conséquent, elle n'a que peu de valeur quand il est question de différencier les races.
Il me semble que nous avons péremptoirement disposé des titres dé: l’anthropométrie cnsidérée comme moyen de déterminer les distinctions raciales. Mai: que penser des services rendus par la sociologie à l’ethnographie? Ils sont précieux, sans doute, et pourtant, comparée à la linguistique, la sociologie se trouve dans la relation d’un accessoire au principal. La philologie différencie presque infailliblement les diverses races; la sociologie confirme ou suggère ces divisions au moyen de donnees qui sont généralement, bie ; que non invariabiement, d'importance secondaire.
On trouve, de par le monde, une infinité de coutumes et d'otservances dont lniversalité n'est de service à l'ethnograyhie
1) Ubi supra.
?) The American Race, par le docteur Brinton, p. 210,
3) The American Race, p. 39.
+) Jbid; passim.
qu'en tant qu'elles confirment par Suggestion l'unité de l'espèce humaine. Prenons comme exemple une des plus remarquables de ces pratiques: la circoncisi on. Aux yeux du vulgaire, elle est Caractéristique de la nation juive; mais il n'en est pas moins certain qu'elle était en honneur chez plusieurs peuples sémitiques. Ainsi, d'après Hérodote, jes Egyptiens se circoncisaient, non moins que les Ethiopiens. L'épitre de Barnabé nous est un garant que les Arabes et les Syriens en faisaient autant. La même remarque s'applique également, d'après saint Jérôme, à la majorité des Iduméens, des Ammonites, des Moabites et des Ismaélites. Les mahométans pratiquent aussi la Circoncision, et ce rite a été introduit partout où le Coran a pénétré,
Mais, dira-t-on, tous ces peuples, qu'ils soient hamites ou eusémites, appartiennent au :nême stock et, puisqu'ils connaissent tous la circoncision, la seule déduction qu'on doive en tirer c’est que, dans ce cas, Ja Sociologie est en parfaite harmonie avec la philologie, et, par conséquent, la valeur de la première considérée comme Critérium ethnique, loin d'en être affaiblie, en est, au contraire, grandement augmentée, Ce raisonnement ne manquerait pas de force, n'était que la pratique en question était commune à d’autres familles non sémitiques. Qu'en devons-nous penser quand nous voyons la circoncision en honneur chez des races complètement hétérogènes? Or, c'est un fait avéré qu'elle était connue des habitants préhistoriques du Mexique, et, aujourd'hui, nous la trouvons chez des peuples de caractère ethnique très divers, comme, par exemple, chez les Cafres, chez les insulaires des îles Amis, chez les natifs de l'archipel Indien, à Madagascar, aux Philippines et même chez les Hottentots, Bien plus, P atot prétend en avoir découvert des vestiges jusque parmi les Dénés de l'extrême nord de l'Amérique, sous le cercle polaire. Evidemment, une coutume si répandue peut tout au plus servir à prouver l'unité de l'espèce humaine; on n'en saurait tirer un argument en faveur d'une affinité raciale entre les peuples qui la pratiquent.
Je pourrais citer une foule d'autres observances qui n’ont pas plus d'importance aux yeux de l'ethnographe. On nous apprend que les Cafres ont en horreur la viande du porc; faut-il en conclure qu'ils sont de descendance juive? Les Indiens Kansas se rasaient la tête; or, les Egyptiens en agissaient de même. Chacun connaît les fameux troglodytes du Colorado et de la vallée
de Gila; or, M. A. Harvey, le savant ex-président de l'Institut canadien de Toronto, nors parlait récemment de troglodytes parfaitement authentiques, qu'il avait lui-même observés, non pas dans un coin reculé du continent américain, mais au beau milieu de la France.") D'une similarité d'habitation en déduirons-nous une identité de race? Une réponse affirmative ne serait, j'imagine, guère du goût de nos compatriotes ‘rabitant des cavernes du Midi.
En outre, on trouve, dans le sud des Etats-Unis d'Amerique, les célèbres Puéblos qui, bien que devan ‘ous leur nom au même genre d'habitation, n'en appartiennent pas moins à des groupes ethniques différents.
Mais, pour nous cantonner dons les limites de la sociologie, nous lisons que les cheveux des veuves hindoues sont coupés ras, quand elles n'ont pas la tête complètement rasée. A la mort de leur mari, elles échangent leur joli costume contre des haillons sordides. Or, cette mê coutume s'observe, de nos jours, parmi les Babines et les Porteurs, deux divisions de la grande famille dénée de l'Amérique septentrionale. Du temps des Pharaons, les dames égyptiennes en deuil devaient se raser les sourcils et déposer leur perruque, comme si, en pareille circonstance, le port même d'une apparence de chevelure eût ét à leurs yeux, une infamie sociale, Et pourtant, quel ethnogr: e oserait s'appuyer sur une si fortuite similarité de coutumes pour assigner aux Dénés et aux races asiatiques une communauté d'origine avec les anciens Egyptiens ?
J'ai décrit ailleurs les banquets cérémoniai qui suive, chez les Porteurs, la crémation des morts. Or, nous lisons que, parmi les Géorgiens, dès qu'un cadavre a reçu les honneurs de la sépulture en présence d’un vaste concours d'étrangers, les hôtes doivent prendre part à un festin digne d'un Pantagruel.*)
1) Celtic, Roman and Greek types, etc. Trans. Can. Inst., vol. Il, p. 181.
2) ,Des bœufs sout tués, des outres pleines de vin de Kakhétie sont débouchées, et le boire et le ‘tangar continuent jusqu'à ce que les hôtes roulent sous la table, je veux dire sur l'herbe, où ils se tiennent accroupis en face des aliments. Un mois après la mort de celui qu'on veut ainsi honorer et au jour anniversaire, les mêmes scènes pathétiques, les mêmes réjourssances recommencent. On parle encore des funérailles d'un certain Déophale . .. Après un délai de trois semaines, 80000 personnes se trouvèrent rassemblées dans les enclos des bêtes à cornes, et les cris et les hurlements s'entendaient à plusieurs milles à la
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Qui n’a entendu parler des pleureuses à gages de l’ancienne Rome? Les mêmes marques d’un chagrin de commande étaient familières aux Juifs, comme elles le sont aujourd’hui à la plupart des tribus américaines, comme elles le sont, à un degré encore plus exagéré, aux Chinois modernes, puisqu’un livre intitulé: Comment doivent se comporter les vrais Fils du ciel décerne une mention honorable à une certaine Chinoise qui avait pleuré si bruyamment son défunt mari, que les murs de la cité en avaient croulé-
De plus, nous devons observer que la manière de disposer des morts, que ce soit la crémation, la sépulture ou la momification, n’a rien à faire avec la classification des races. Toutes ces dif. férentes pratiques, ou du moins les deux premières, étaient fré- «, -mment contemporaines chez des peuples étroitement apparentés, ou même, dans plus d’un cas, chez des fractions colimitrophes d’une seule nation. D'un autre côté, des races hétérogènes ont, plus d’une fois, adopté la même manière de traiter les cadavres. Si l'Egypte eut ses momies, on peut en dire autant du Pérou préhistorique et même des îles de la Reine Charlotte, dans la Colombie britannique.')
On pourrait ajouter à ce qui précède le fait encore plus significatif que l’organisation de la tribu et le système des clans propre aux aborigènes de l’Amérique varient notablement même entre tribus du même groupe ethnologique. Quelques-unes sont gouvernées par l’autorité patriarcale, tandis que d’autres portions de la même race, parfois même des tribus colimitrophes, reconnaissent, le principe matriarcal ou le droit de la mère comme la loi fondamentale de leur constitution.
Voudrait-on soumettre à notre considération les titres de la psychologie relatifs à la différenciation des races? On constaterait bientôt que cette science est alors un guide encore moins sûr. Car, bien que nous ne puissions pas reconnaître les memes
moutons furent massacrés pour orner ensuite les broches des cuisiniers.“ (Vicomte de Voguë, dans Harper's Monthly, juin 1890.)
1) ,Un Indien, qui me servait de guide, me fit voir plusieurs cavernes où les sauvages enterraient autrefois leurs morts. Nous en examinâmes quelquesunes et ouvrimes plusieurs des boîtes qui contenaient les restes des anciens habitants. Dans chaque cas, nous trouvâmes le cadavre momifié avec les membres repliés absolument de la même manière que les momies mexicaines.“ (James Swan, dans le journal de Victoria, Colonist, août 18-2.)
outrepasser les bornes de la vérité que de soutenir la congénéité de deux races par cela seulement qu’elles possèdent un égal degré de culture ou de barbarisme. Aristote déclare qu’une nation, chez les Thraces, était si primitive au point de vue psychologique, que son arithmétique n'allait pas au delà du chiffre 4 !). D'un autre côté, on nous apprend que les Chiquitos, Indiens de l'Amérique du Sud, ne dépassent point l'unité dans leur système de numération. Pour tout nombre complexe, leur rude langue a recuurs à des termes de comparaison tels que, par exemple: autant que les yeux d’une personne, autant que les membranes d’une patte de corbeau, autant que les doigts d'une main, et ainsi de suite. Les Tasmaniens peuvent compter jusqu’à deux, mais pas davantage. Les noirs de l'Australie vont un peu plus loin; ils disent: un, deux, deux-un (trois), deux-deux (quatre); puis ils ajoutent: plus de quatre, c'est-à-dire un nombre indéfini. Or, il est évident que des races d'habitat si distant, si isolé, bien qu'identiques sous le rapport de l'indigence psychique, n’en sont pas moins totalement distinctes au point de vue ethnologique.
L'Egypte avait ses hiéroglyphes, mais le pays des Aztèques avait aussi les siens. Les premiers n'avaient qu’un point de supériorité sur les seconds, puisque les caractères américains, bien qu’en partie idéographiques, étaient aussi phonétiques. Quelques tribus aborigènes du Mexique avaient même fait tant de progrès en culture psychologique, qu’elles avaient inventé un système d'écriture purement phonétique. De plus, les caractères cunéiformes des Assyriens n'ont-ils pas de signes équivalents dans les signes calculiformes des Mayas? Et les livres aztèques en parchemin ou en papier maguey ne pourraient-ils pas faire pendant aux rouleaux de cuir des Juifs et des Moabites et aux papyrus des Egyptiens ? Pourquoi ne pas mentionner non plus le précieux calendrier des Aztèques qui reconnaissait les 365 jours de l’année solaire, et celui encore plus compliqué des Mayas, lequel, outre un cycle de 20 ans et un autre de 52 ans, comprenait un grand cycle de 252 ans? Ces calendriers, provenant de peuples emprisonnés entre deux océans, peuvent certainement figurer avec honneur à côté des cycles zodiatiques de la Perse et de l'Egypte. Par conséquent, des talents intellectuels d'égale portée ne sauraient servir à prouver une identité raciale.
1) Problem., sec. XV, 8, t. Il, p. 753.
La même remarque s'applique avec autant de force aux qualités comme aux faiblesses morales. Les Bushmen de l'Afrique australe et les aborigènes de l'Australie sont ordinairement mis au rang des créatures intelligentes les plus basses et les plus viles. On ne pourrait pourtant les classer pour cela avec les Caraïbes de l'Amérique méridionale, parmi lesquels les mariages entre père et fille ou entre frère et sœur sont, dit-on, loin d’être rares.
Mais il existe une autre science qui jouit aujourd’hui d’une grande estime parmi les ethnographes, je veux dire l'archéologie. Cepedant, même dans les circonstances les plus favorables, cette science ne peut guère déterminer que de très vagues divisions du genre humain, sans compter que, comme son nom l'indique, elle traite presque exclusivement du passé. Hormis, en quelques cas particuliers, aucune relique archéologique, surtout si elle appartient à l’âge de pierre, ne peut indiquer avec tant soit peu de précision la nationalité de l'artisan. Des ruines monumentales seraient peutêtre un facteur plus puissant dans l'identification des races primitives. Pourtant, le style propre à ces monuments, les diverses formes de leur ornementation, en un mot, leur architecture particulière, auraient alors plus de valeur que le seul fait de leur existence; mais il est douteux que même ces détails puissent prétendre au titre de critérium infaillible de certitude ethnologique. De semblables travaux se rencontrent, sous une forme ou sous une autre, dans le monde entier; et les conclusions ethnographiques auxquelles ils ont jusqu'ici donné lieu sont d'importance inapré. ciable. Le Mexique a ses pyramides non moins que l'Egypte. L'honneur de nous avoir laissé des monuments historiques n'appartient pas exlusivement à la Grèce et à l’ancienne Rome ; les américanistes connaissent bien les Casas Grandes des Pumas, les temples des Téotihuacans, les ruines de Mitla et les superbes structures de Copan, de Palenque, etc, au Mexique, aussi bien que les murailles cyclopéennes des constructions péruviennes. Un fait, ne pas encore assez apprécié, est que de semblables ruines monumentales se recontrent jusqu’au fond des îles les plus reculées de l’océan Pacifique.')
1) Par exemple, sur l'île de Pâques, qui se trouve à 2500 milles de l’Amérique du Sud, se trouvent de grandes plates-formes en grandes pierres de taille
jointes ensemble sans être cimentées et dont les murs, du côté de la mer, ont