‹ La Linite Plastique Gastro-IntestinaleChapitre 16 sur 33 · D RS · texte numérisé non relu

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fréquence de ce symptôme et l'importance qu'il prend dans le tableau clinique de la linite gastro-intestinale.

Sur 56 observations, en effet, nous avons trouvé l’ascite signalée 48 fois et dans 6 cas seulement l’ascite peu abondante était passée inaperçue et n'avait été découverte qu’à l’autopsie. Nous voilà loin de l’opinion de Brinton qui disait avoir-été frappé par la rareté de l'ascite. Wilks, en 1862, signalait déjà l'abondance de l’ascite : «.. qu'on expliquera sans doute, disait-il, par la péritonite concomitante et la cachexie ; mais il n’est pas interdit d’invoquer aussi la compression de la veine porte au milieu de cette sclérose du hile du foie que nous avons notée et qui doit souvent Se produire en pareille circonstance ».

Brelet, en 1905, s’élève d’ailleurs contre l’opinion de Brinton. Mais la proportion qu’il indique est bien audessous de celle que nous avons trouvée. « En parcourant les observations de linite actuellement publiée, écrit-il, on trouve l’ascite signalée dans un cas sur trois ». Mais il faut remarquer, il est vrai, que la linite gastro-intestinale n’avait pas encore Son individualité nosographique et que Brelet n’envisageait que la linite plastique localisée à l’estomac. Il ne signale, en effet, qu’inci-. demment «les lésions du côlon transverse ou de lintestin grêle qui accompagnent parfois la linite plastique et peuvent, qu'eiles Soient d’ailleurs scléreusés (!) ou néoplasiques, entrainer la mort après accidents d’occlu-: sion intestinale ».

L’ascite existe dans la proportion de 6 fois sur 7. Dans les 5/6 des cas elle fait partie du tableau clinique

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et le plus souvent en est un des éléments principaux. Cest une ascite libre, mobile, généralement'assez abon-. dante comme en permettent de juger les chiffres relevés dans plusieurs observations : 10 litres (obs. d’Achard, Mouzon et Marchal), deux ponctions de 5 litres et de 3 litres, 5 litres, 7 litres, (obs. de Chuquet), deux ponctions de 9 litres, (obs. de Suzy), 13 litres (obs. de Ménard). Cette ascitese reproduit facilement : c’est une ‘ascite à répétition comme le signalent Garret et Ménard. Dans l'observation de Martin et Dechaume, l’ascite est ponctionnée le 16 avril, ce qui permet de retirer 7 litres de liquide, et le 17 elle était réformée.

Le plus souvent le liquide ascitique est citrin, limpide, séro-fibrineux. L'examen cytologique en a été fait assez rarement et dans ces cas l’examen a montré des Iymphocytes, des cellules endothéliales, quelques grands mononucléaires et parfois quelques hématies. Dans deux cas le liquideétait sanguinolent ou rougeûtre (Chuquet) et renfermait alors des hématies en plus grande abondance. Dans aucune observation la présence de cellules néoplasiques n’a été signalée.

Il'estenfin une particularité à retenir.Certains auteurs ont été frappés par l'absence de circulation collatérale. Dans les 4$ observations où l’ascite existait, elle n’a été signalée que 3 fois : observations d’Achard, Mouzon et - Marchal, de Curtis et de Lehmann. Dans toutes les autres observations il n’en est pas question. Trois fois par ailleurs son absence a retenu l’attention et a été notée : observations de Bensaude, Cain et Oury, de Cain et = Tran-Nhu-Lan, de Lehmann.

C'est dans cette forme avec ascite que rentrent très probablement certaines formes dites ascitiques du cancer de l’estomac et qui ne sonten réalité que des linites gastro-intestinales.

L’ascite n’est pas seulement un symptôme qui peut masquer les signes propres de la linite gastro-intestinale. C’est parfois aussi un symptôme révélateur. Au milieu d’un tableau clinique qui ne révèle pas l'existence de lésions intestinales, son apparition tout à fait insolite attire l’attention sur le tractus digestif et permetde soupçonner une linite gastro-intestinale. ['en est ainsi dans certaines formes à syndromes œsophagiens que nous étudions plus loin. |

2° Formes anémiques ef formes cachectiques.

L'état général est, nous l'avons vu, presque toujours profondément atteint. Dans certains cas les signes généraux prédominent et même pendant très longtemps constituent à eux seuls l’unique symptomatologie de la linite gastro-intestinale, jusqu’au moment où un épisode terminal tel qu’une érise d’occlusion intestinale vient révéler la nature de l'affection. Parmi ces troubles de l’état général deux prédominent souvent : l’anémie et la cachexie et leur importance est telle qu’on peut décrire deux formes cliniques particulières.

a) Forme cachectique.

Parfois en effet la cachexie est ce qui domine le tableau clinique. Il n’y a rien dans Ia symptomatologie qui

attire plus spécialement l'attention sur l’estomac ou un autre point du tube digestif.

Tel est le cas de Griffon et Nattan-Larrier.

Obs. 2. — Carcinose gastrique et rectale généralisée à l'intestin grêle (GRIFFON et NaTrAN-LarRier, in Bull.-et Mém. Soc. Anat. Paris, juin 1903). Obs. résumée.

Il s'agit d'un homme dont l'âge n'est pas indiqué. Cachexie caneéreuse sans prédominance des symptômes ni du côté de l'estomac, ni du côté du rectum. On trouve à l'autopsie une infiltration cancérèuse de tout l'estomac, du cardia, du pylore. L'épaisseur totale de la paroi est de près de 1 1/2 cm. Au niveau du rectum infiltration cancéreuse dans une étendue de 22 em. Le calibre en est modérément diminué.

Ilexiste 14 petites tumeurs de volume variant depuis celui d'une tête d'épingle à celui d'un pois ; elles siégent dans la sous-muqueuse, soit au niveau du bord libre de l'intestin, soit au niveau du bord mésentérique. Les ganglions de la petite courbure sont envahis. La vessie est englobée par le néoplasme qui laisse sa muqueuse intacte.

Examen microscopique: Estomac, carcinome diffus ayant

subi par place la dégénérescence colloïde. Identité absolue des cellules cancéreuses au niveau des autres localisations.

Ex muqueuse de l'intestin grêle recouvre les nodules sans être elle-même envahie.

b) Forme anémique.

D’autrefois enfin une anémie extrême est le seul symptôme clinique important. Tel est le cas publié par Hayem et Bensaude où la maladie évolua pendant plus PS de 3 ans 1/2 sous le masque d’une anémie perni- | cieuse.

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Obs. 3 (la partie clinique est reproduite textuellement d'après une leçon de M. Hayem: «Sur un cas d'anémie symptomatique extrème »).

Obs. I. Bensaude, in Int. Beitr z. path. et thérap. der Ernährungssiorungen.

L., menuisier, âgé de 47 ans, est entré à la salle Behin n° 33, à l'Hôpital St-Antoine, service du Pr Hayem, le 21 janvier 1905.

Antécédents héréditaires : son père est encore vivant, sa mère est morte à cinquante-sept ans, hydropique. Il est le dernier d'une famille de douze enfants, dont neuf sont morts en bas âge d'affections diverses.

Antécédents personnels : Jusqu'à l’âge de vingt ans, il a habité Villeneuve-Saint-Georges et a toujours eu une bonne santé. Exempté du service militaire pour insuffisance de taille, il vient à Paris à ce moment pour exercer la profession de menuisier dans laquelle il a débuté à seize ans. A trente-sept ans il contracte une bronchite aiguë qui dure trois semaines ; depuis il tousse un peu chaque hiver.

La maladie actuelle paraît remonter au mois de novembre 1902. A cette époque, sans qu'il y ait des troubles dyseptiques accentués, il survient de l'inappétence et du dégoût pour la viande. Bientôt apparaissent de l'amaigrissement et de la faiblesse. La pâleur si frappante actuellement ne daterait qué d'août 1903. Le malade, quoique peu vaillant, continue à travailler ; il se nourrit de lait, d'œufs, de légumes et de vin, et ne s'arrête que tout dernièrement, en décembre 1904, par suite de l'augmentation de l’anorexie qui devient presque absolue. A cette date, il à trois ou quatre vomissements de matière filante et de bile et quelques poussées diarrhéiques passagères, mais les vomissements ne sont ni rouges ni noirs et les selles n'offrent pas d'apparence hémorragique. |

Actuellement {4 février 1905) il présente une On

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pâle des téguments et des muqueuses qui ressemblerait beaucoup à celle de la chlorose, S'il n'y avait pas, en outre, une sorte de teinte terreuse de presque toute la surface du corps. Malgré l'intensite évidente de l’anémie, il n'y a pas trace d'æœdème au niveau des jambes, mais la face est bouffe et l'on trouve un léger empâtement œdémateux à la face postérieure des cuisses et au fond des bourses. Ce malade ne paraît pas avoir eu d'hémorrhagies ; il n'a jamais vomi de sang et il n’a jamais remarqué de changement dans la couleur de ses évacuations. L'anémie semble être indépendante de pertes sanguines ; elle ne s'accompagne pas d'étourdissements, bien qu'il y ait de l'essoufflement au moindre effort.

Le pouls. est faible, mais régulier; au cœur il n'existe de souffle anémique ni à la pointe ni à la base. Au niveau des jugulaires, on trouve un frémissement cataire des plus nets. IL n'y a pas de ganglions dans les régions sus et sous-claviculaires. Le ventre n'est pas déformé, le foie descend à trois travers de doigt au-dessous des fausses côtes, il est lisse, non bosselé, peut-être plus abaissé qu'hypertrophié, la rate n’est pas gonflée, l'estomac ne paraît pas dilaté, il n'y a ni vomissements, ni diarrhée, ni constipation. Les seuls

- troubles notables, mais importants, accusés par le patient, consistent en.un état dyspeptique avec anorexie élective pour la viande.

Les urines ne présentent rien de particulier.

La température oscille autour de 3705, et le 4er février elle est montée à 38 degrés.

Le malade se sent très affaibli, depuis quelques jours il reste complètement alité et comme indifférent à ce qui se passe autour de lui.

Depuis que le malade est dans le service, un siphonage de l'estomac, fait à jeun, a ramené un peu de liquide visqueux, brunûtre, contenant de la bile et quelques gouttes de sang rouge, mais l'étude de la digestion du repas d'épreuve n’a pas encore été faite.

mer” Jar L'examen du sang pratiqué par M. Pater, interne du service, a donné les résultats suivants :

Globules rouges 1, 44.2 cii..o1:12 2162600 Giohülés blancs”: PR RTE 4650

Equilibre globulaire :

Neutrophiles::#:24 cet di te DO Mononucléaires cldirs ce ur amor dE Eymphoyies.i ur VO Te Éostnophiles-s 27 2 cut Fogmes défransitiome spa ne sr 0e

Pas de myélocytes, mais hématoblastes assez nombreux et quelques globules rouges à novau.

Un nouvel examen fait le 3 février par M. Bensaude donne les résultats suivants :

Hématiess est Lire Dose nu MoiSS0E) Valeur globulaire un peu inférieure à 1.

Leucooyies nn titine share 8060 Polynucléaires ut 4er as 80:p#400

Nombreuses formes de transition.

Pas de myélocytes.

Quelques hématies nuecléées Hématoblastes peu nombreux.

Réticulum n° 2.

Le caillot n'est pas rétractile; depuis vingt-quatre heures que la prise du sang a été faite, il n'existe pas encore une goutte du sérum. x

Le malade à encore séjourné dans le service pendant sept semaines, jusqu'au 26 mars.

Pendant lout le mois de février il est resté dans un état sensiblement stationnaire ; il s'est plaint de douleurs gastriques vagues sans localisation précise, etil a eu à plusieurs reprises des poussées de diarrhée qui furent combattues par

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de l'acide lactique. A partir de la deuxième semaine du mois de mars, il a commencé à se sentir mieux ; les forces sont revenues; ila pu se lever dans la journée et manger avec plus d’appétit; son teint s’est coloré et la bouffissure et les œdèmes ont disparu presque complètement. L'examen du sang, fait à diverses reprises {voir le tableau), montre le relèvement progressif de la formule hématologique, avec réapparition des hématoblastes etfde la rétractilité du caillot,

Vers la fin du mois de mars l'état du malade était transformé à tel point qu'on aurait pu croire erroné le diagnostic de cancer. $

Ce résultat surprenant a été obtenu simplement par le repos absoiu et par l'administration du fer associé au régime lacté d’abord et képhirique ensuite.

Le 26 mars le malade quitte l'hôpital, mais il continue à fréquenter notre consultation externe. Tout en n'osant pas encore travailler, il sort et déploie une certaine activité, et il digère assez bien à la condition de suivre un certain régime, d'ailleurs assez large.

Le 5 mai, on constate une amélioration marquée. Il a engraissé de 2 kilogrammes, son:teint est légèrement rosé, les troubles digestifs ont totalement disparu, l'anémie est moindre. Le malade présente, cependant, un peu d'œdème malléolaire quand il reste debout quelque temps. | L'examen du suc gastrique fait le 5 mai 1905 a donné les résultats ci après (p. 50).

Vers la fin du mois de mai survient une crise de diarrhée qui dure huit jours, mais l'amélioration se maintient quand même, et lorsque le malade revient nous voir le 28 juin, sa santé est manifestement meilleure qu'elle ne l'a jamais été depuis que nous le suivons. L... a augmenté de 3 kilogrammés en trois semaines ; les joues sont colorées et il se sent plus fort, Il éprouve encore une certaine répugnance pour la viande, cependant il mange fréquemment des rôtis, du foie de -véau, des escalopes de veau, trois à quatre œufs par

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