RÉPARATION
Le jour s'était passé dans toutes ces démarches. D'ailleurs, madame Thoré avait demandé la nuit pow quitter sa demeure, la nuit pom* traverser la rue, la nuit
pour entrer dans la maison où elle avait trouvé sa fille déshonorée et où monsieur de Monrion Tattendait.
Lorsque monsieur et madame Thoré et leurs enfants arrivèrent, conduits par monsieur de Montaleu et accompagnés par monsieur Villon, Gustave n'était pas encore éveillé.
Ils trouvèrent le médecin près de lui. Il les introduisit silencieusement dans la chambre, où chacun s'assit silencieusanent.
Monsieur Thoré s'était assis près de l'alcôve du lit, .une main dans la main de son fils, une autre dans celle de monsieur Villon; la douleur avait efiFacé le ridicule et la sotte importance de cet homme. Il pleurait.
Madame Thoré et sa fille s'assirent aussi Tune près de Vautre ; mais là les rôles étaient changés.
D'un côté, le fils soutenait le courage de son père ; de l'autre, la mère soutenait le courage de sa fille.
Madame Thoré tenait la main de Julie ; mais ni l'une ni l'autre ne pleuraient; non-seulement les femmes ont le courage de leur désespoh*, elles en ont aussi la dignité.
Monsieur de Montaleu et le docteur, et bientôt après, monsieur Villon, se réfugièrent dans un coin, où, après quelques minutes d'attente, le médecin dit au vieux marquis :
— Je vais bientôt me retirer avec monsieur, car le malade ne va pas tarder à s'éveiller.
Un profond soupir, parti du lit de Monrion, sembla répondre à ces paroles, un frémissement involontaire fit tressaillir toutes les personnes présentes et les laissa immobiles à leurs places : lem* destinée à toutes allait se décider.
Le docteur et Villon firent un pas pour se retirer, tandis que Monrion promenait autour de lui un œil satisfait, et qui ne rencontra pas cependant un seul regard.
Gustave vit le mouvement du docteur et de Villon , et leur dit d'une voix défaillante :
— Restez^ messiem^^ restez, ]e n*ai rien à dire que des hommes d'homieur et des amis de ma famille et de celle de monsieur Thoré ne puissent entendi-e, restez ; car, si j'avais pu rassembler ici tous ceux dont la parole est im témoignage irrécusable, je Taurais fait.
Restez, et écoutez avec attention ce que je vais dire ; sur mon honneur de gentilhomme, c'est la vérité.
Ce peu de paroles semblaient avoir épuisé les forces de Monrion, sa tête, qu'il avait légèrement soulevée, retomba sur son lit, et sa respiration devint plus pénOile.
Le docteiu* lui fit prendre quelques gouttes d'une potion qu'il avait fait préparer.
Monrion se ranima, et d'un signe de la main, il sembla appeler plus près de son lit toutes les personnes présentes. Toutes se rapprochèrent, à l'exception de madame Thoré et de Julie, qui restèrent immobiles.
— Vous, madame, dit Momûon j vous surtout, mademoiselle, approchez.
Julie se leva brusquement, s'avança vers k lit du mourant et resta debout devant lui, pendant que madame Thoré tombait sur le siège que lui avait approché son fils.
Monrion regarda pendant quelque temps en silence Julie, puis, comme s'il avait puisé des forces dans la contemplalion de sa victime, il dit tout à coup d'un accent plus ferme :
— Si la parole d'im gentilhomme est sacrée devant les hommes, si la parole *d'un mourant est sacrée devant Dieu, croyez à ce que je vais vous dire.
Monrion reprit haleine, et continua ensuite d'un ton presque sojennel, en s'adressant à madame Thoré :
— Madame, votre fille est entrée pure dans cette maison, et elle en est sortie pure.
Personne ne répondit à cette déclaration.
Julie resta toujom's immobile et droite, mais un amer sourire de dédain glissa sur ses lèvres;
Monriôn, que chaque phrase semblait épuiser, reprit encore haleine.
— Mais ce n'est pas assez, dit-il, que vous ayez tous la certitude de Finnocence de Julie, il faut que le monde entier partage cette certitude. Ecoutez-moi donc, Julie.
Ce ù'est pas seulement de l'outrage que je vous ai fait que le inonde cherchera à vous flétrir ; une main infernale et impitoyable s'est étendue sur votre destinée. Gette.main sait préparer le poison de la calomnie comme elle sait pousser ses esclaves au crime.
On ne dira pas seulement que monsieur de Monrion a déshonoré la ûUe innocente de monsieur Thoré, on dira peut-être que j'ai dérobé à son amant la maîtresse de monsieur Âmab. ,
Madame Thoré poussa un gémissement profond et s'élança vers sa fille ; mais Gustave l'arrêta en lui disant :
— Elle me comprend; votre fils aussi doit me comprendre; il sait par qui cette calomnie a été préparée; il sait avec quel art elle l'a été, c%r il y a cru.
Madame Thoré regarda son fils, qui baissa la tête en disant :
— C'est vrai.
— Mais vous n'y croyez pas, vous, monsieur? reprit madame Thoré.
I — Moi, madame, dit Monrion, j'ai entendu les serments le votre fille ; j ai vu son noble désespoir, lorsque, dans
I ^elle chambre même, elle se débattait autant sous l'horreur de mes accusations que sous l'insult» de mes prières. On m'avait fait assez ivre et assez fou pour me rendre impitoyable comme une bête fauve ; mais on ne m'avait
, pas rendu assez stupide et assez imbécile pom^ ni'ôter la mémoire. Deux heures durant, le délire m'a tenu, et je n'ai pas cru; mais le délire s'est éteint, et je me suis souvenu. Je me suis souvenu, et je me suis jugé.
Je me suis souvenu, et j*ai vu que votre fille était perdue, perdue par moi, et plus encore par un autre.
Madame Thoré leva les yeux sur monsieur de Montaleu pour lui demander si c'était là ce qu'elle était venue en tendre.
Monsieur de Montaleu se tut; personne n'osait parler quand madame Thoré ne parlait pas.
Julie se tenait toujours droite et immobile.
Cependant Monrion, après un moment de silence, reprit d'une voix qui s'affermissait de plus en plus :
— Au milieu de toutes les folies et de toutes les fautes de ma jeunesse, il est une chose que j'ai du moins respectée, c'est l'honneur du nom que j'ai reçu de mes ancêtres.
Il y a une femme à qui j'ai livré ma fortune, mon avenir, mes espérances; cette femme, je lui ai tout donné de {noi, je lui ai donné ma jeunesse, mon ambition, l'amour et la vie de ma mère, la tendresse de mon oncle, la considération de mon nom, l'amitié de mes amis, l'affection et l'estime des honnêtes gens, je luftii tout donné, excepté mon nom.
C'était là cependant le but.de sa vie; mais je lui ai toujours Vépondu, et tous ceux qui me connaissent le savent, le monde entier le sait, que jamais je n'allierais le nom d» Monrion à celui d'une femme sur laquelle pourrait planer le plus léger soupçon.
Tout le monde s'était penché avidement sur lé lit du malade pour écouter ses dernières paroles ; on attendait avec anxiété la concliision de cette solennelle déclaration.
Monrion, dont la force semblait s'accroître à chaque in stant, se souleva sur son séant, et d'une voix haute, il ajouta :
— Ma résistance inébraijjable à des vœux poursuivis ava* nchameraent pendant de longues années, mon inflexiblo volonté h cet égard, au milieu des plus inconcevables fai
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blesses, ont, je l'espcre, rendu inattaquable pour tous le dernier asile où s'était réfugié mon honneur.
— C'est vrai, dit monsieur de Montaleu, et jusqu'à ce jorn* ce refuge a été la seule espérance par laquelle je m'étais rattaché à toi.
— Eh bien ! dit Monrion, en tendant la înain à Julie, «et asile, je vous l'offre, ce nom que j'ai jiu*é de ne jamais donner qu'à une femme irréprochable, le voulez-vous?
Madame Thoré poussa un cri de joie, et Julie tomba à genoux devant le lit de Monrion.
— Ce n'est pas seulement contre mon infamie que ce nom vous protégera, ce sera contre les calomnies qu'on voudrait vous infliger.
Personne n'osera douter de l'honneur de la comtesse de Monrion. Ce nom, je ne vous l'aurais pas offert, si je n'avais su qu'un autre ne pouvait \ous donner la même réparation.
Les larmes de Julie éclatèrent en ce moment.
— Ce nom, dit Monrion d'un ton plus bas, comme s'il ne voulait être entendu que de Julie, il ne sera pas un Ucn l)ien pesant pour vous ; celui qui poiurait vous le rendre odieux aura peut-être à peine le temps de vous le donner.
Les larmes de ceux qui écoutaient Gustave répondirent seules à ces paroles.
Personne n'osait prononcer un mot pom* exprimer sa pensée; enfin Monrion reprit une dernière fois en s'adressant à madame Thoré :
— Me refuserez-vous, madame?
En ce moment, neuf heures sonnèrent, Julie se leva et répondit d'une voix ferme et digne :
— J'accepte, monsieur le comte, et si Dieu vous fait vi- ^i'e, ce que je lui demande à genoux... je serai pour vous
■ 'Une épouse fidèle et dévouée.
' — Merci, Julie, lui dit Monrion en souiiant et en lui pre-
liant la uiaiu qii*U porta à ses lèvres^ Je ne fais pas les choses à moitié.
Madame Thoré avait pris sa fille dans ses bras, et croyait avoir à consoler le désespoir d'im cœur obligé de s'arracher à celui qu'il aime ; elle fut étonnée de trouver Julie plus c^e qu'elle ne l'était elle-même.
Elle craignit que cette résolution ne cachât de funeste^ pensées, et elle dit tout bas à sa fille :
— C'est un affreux sacrifice, mais il est nécessaire.
— Non, maman, répondit Julie, c'est un honneur dont je veux être digne.
Madame Thoré, dont cette réponse renversait toutes Icî? idées, regarda sa fille avec stupéfaction.
Celle-ci la comprit et ajouta :
— C'est que j'ai trompé votre smveillance, ma mère, c'est que je lui ai écrit ; car moi, j'avais compris où monsieur de Monrion voulait en venir, et je l'en ai averti, lui, et je lui ai demandé s'il voulait faire pour moi qu'il aimait. ce que ferait un homme qui ne m'aimait pas; je lui avais donné jusqu'à neuf heures pour me répondre ici même : l'heure est passée, ma mère, cet homme est im lâche.
Cependant, Charles s'était approché de monsieur de Monrion, et après lui monsieur Thoré, et puis le docteur et monsieur de Montaleu^ et tous lui avaient pressé la mam.^ avec des larmes de reconnaissance et d'admiration dans lo? yeux.
Puis était venu le toiu* de monsiem* Villon , à qui Giiî^* tave avait fait signe d'approcher tout à fait;
— Vous aimez Julie, vous, lui dit tout bas Monrion, f vous la confie, protégez-la, quand elle ne m'aura plus pour la protéger ; ce sera bientôt, soyez-en sûr.
Villon, que les larmes suffoquaient, ne put répomhv qu'en serrant les mains à Moiu*ion. ,
— Ce n'est pas tout, lui dit celui-ci; il faut que vou>
restiez près de moi jusqu'à ce que je puisse quitter ceM maison pour rentrer dans la vie ou pour aller ailleurs.
— C'est moi qui veillerai sur toi , dit monsieur de Montaleu^ en montrant de l'œil le passage secret par où Léona s'était introduite.
— Ck)mme vous voudrez, dit Monrion, je viens de vous donner ma vie, c'est à vous à la bien garder ; seulement, mon oncle, voudriez-vous satisfaire mon dernier désir ?
— Tout ce que tu voudras sera fait, dit le marquis.
— Vous savez , reprit Monrion , cette pauvre tasse de porcelaine dont se servait ma mère lorsqu'elle est morte ; je voudi'ais l'avoir, envoyez -la-moi par quelqu'un.
— Si monsieur le marquis veut me la confier, dit Julie, qui s'était approchée de Monrion, je vous l'apporterai demain?
— Vous, dit Gustave avec un élan de joie , oserez-vous donc remettre les pieds dans cette maison ?
— Je ne crains plus rien, je ne crains plus personne, dit Julie, ne suis-je pas votre fiancée ?
— Oh ! docteur, fit Monrion, dont une larme vint mouiller les yeux, je voudrais vivre maintenant.
Le médecin ne répondit pas, et Monrion ajouta d'une voix douce :
— Vous avez raison, ce sera mieux.
I Le lendemain, les bans qui annonçaient le mariage de monsieur Gustave de Monrion et de mademoiselle Julie Thoré étaient publiés par les soins du; marquis ; mais comme pour leur donner un insolent parallèle, dans le même cadre se trouvait l'annonce du mariage de monsieur Victor Amab avec madame Léona de Gambure.
La position désespérée de Monrion fit obtenir à monsieiu* de Montaleu que les délais exigés par la loi fussent rapprochés.
Monsieur de Montaleu voulait, non-seulement hâter ce
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mariage, que la mort de Gustave pouvait à chaque instant empêcher de s'accomplir, mais il voulait aussi éviter le scandale d'une rencontre entre lui et madame de Cambure dans la même salle et devant le même magistrat.
Cependant l'intrigue de Lëona fut aussi active que la prévoyance de monsieur de Montaleu, et elle obtint les mêmes faveurs qui avaient été accordées à Tétat désespéré du futur époux.
Monsieur de Montaleu redoutait tellement cette rencontre, qu'il prit enfin un parti extrême.
Les magistrats furent sollicités, des demi>confidences furent faites sur la nécessité de ce prompt mariage, et huit jours après on annonça à Monrion que, le lendemain,, les registres de l'état civil seraient portés chez lui, que les magistrats s'y transporteraient, et que le mariage se ferait dans son appartement.
Monrion écouta son oncle sans lui faire la moindre observation ; puis, quand monsieur de Montaleu crut lui avok prouvé la nécessité d'agir ainsi, Gustave lui dit :
— Non, mon oncle, ce n'est pas ainsi que \e veux épouser Julie ; si la force me manque pour monter à l'autel, on me portera ; je veux d'autres témoins h ce maiiage que ceux exigés par la loi.
— Mais, lui dit monsieur de Montaleu, sais-tu ceux qui y assisteront peut-êti-e?
— Je les connais, repartit Monrion, et je les espère. Que madame de Camhui*e et monsieur Amab se marient
devant le même magistrat et au même autel où j'épousemi mademoiselle Julie Thoré, je le souhaite, je veux le voir, ce sera ma vengeance et ma consolation.
La volonté de Monrion fut inflexible à cet égard; il fallut lui céder.
Monsieur de Montaleu espéra cependant qu'il pourrait obtenir que le mariage de son neveu précédât celui d'Amab;
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oaks les heutes étaient définitivement arrêtées, et il n'é-. ait pas permis à monsieur de Montaleu de .pouvoir remetre cette union à un jour plus tard.
Cependant, grâce aux délais apportés au départ des fian îés, grâce à la marche lente du cortège de Monrion, ils arrivèrent à la mairie, lorsque déjà Amab et madame de uambure en étaient partis.
Ce fut un bizarre spectacle pour les habitants de ce quartier que de voir sortir de l'hôtel où demeurait madame de Cambure, ses somptueux équipages à chevaux fougueux, ses laquais resplendissants, elle-même parée, brillante et le triomphe dans les yeux ; puis , quelques moments après, une civière qu'on avait vainement habillée de velours, mais où Ton voyait à travers la mousseline dont on l'avait recouverte, le pâle visage d'un mourant.
Tous deux partant pour la même fête, celle qui était si belle et si parée, la rage et le désespoir dans le cœur, celui qui se mourait , heureux et fier de ce qu'il allait faire. Mais ce fut un bien plus étrange spectacle encore, lorsque Gustave et Julie, unis déjà devant les magistrats, se rendirent à TégUse.
La messe pompeuse qui avait célébré le mariage de I Léona et d'^nab venait à peine de s'achever, les époux sortaient de la sacristie, entourés de femmes brillantes, d'élégants amis, ils étaient déjà sous le porche de l'église, la voix d'un laquais avait appelé l'équipage de madame ! \ictor Amab, et les chevaux fringants, les laquais galonnés arrivaient avec fracas, lorsqu'ils furent tout à coup arrêtés devant la porte ou leiu" nouveau maître les attendait, par la civière fatale sur laquelle Monrion était étendu.
Comme si les chevaux eussent reconnu la main qui les avait si souvent menés, comme si cette odeur de mort, qui s'exhalait du lit ambulant de Monrion, les eût saisis d'un effroi indicible, ils s'arrêtèrent subitement, et, la tête peu-
chëe en ayant, les oreilles couchées, ils flaiièi^nt de leui> naseaux fumants le cadavre qui passait devant eux.
En effet, Monrion semblait avoir perdu ses dffliiière> ; forces. I
A cet aspect, toute joie se tut ; les vœux, les promesses \ d'avenir s'arrêtèrent.
Chacun s'écarta silencieusement, comme pour laisser i passer un convoi, et quoiqu*on ne fut déjà plus dans Tëglise, toutes les têtes se découvrirent comme devant un cercueil
Céona qui, la dernière, avait quitté la sacristie avec ses amies, traversait la nef en ce moment pour regagner sa voiture, elle s'étonna de ce silence qui avait succédé au joyeux tumulte d'une fête qui s'éloigne.
Elle arriva juste à la porte du temple au moment où Julie, conduite par son père, et Monrion toujours couché sur son lit, et accompagné par monsieur de Montaleu, en i franchissaient le seuil; elle s'airêta et les regarda passer. |
Jamais pâleur plus livide n'avait altéré les traits d'une femme : son regard, comme enchaîné au front pâle de ; Monrion, l'accompagna jusqu'à l'autel. i
Vainement, pendant les quelques instants que dura la I cérémonie précipitée que le prêtre accomplit pour ce mourant, vainement plusieurs de ses amies avertirent Léona | qu'il était temps de se retirer, vainement Amab lui-même vint la solliciter' tout bas de ne pas donner le spectacle de sa colère impuissante aux nombreux amis qu'ils avaient invités, et qui avaient voulu aussi rester les spectateurs de cette union extraordinaire... j
Léona était sourde, elle ne répondit rien, et demeura immobile à sa place jusqu'au moment où le prêtre, ayant recueilli le consentement des époux, leur eut donné son austère bénédiction.
Le soir même de ce jour, au premier étage de Thôtel de madame de Gambure^ un orchestre bruyant aninudt la
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daiiî5c ; la joie, les rire»^ les propos joyeuK coui'aieiit dans uiie foule éblomssanle de soie, de diamants et de fleurs. L'or brillait sur les tapis des tables.
Jamais fête plus éclatante n'avait célébré le mariage de deux époux plus charmants et plus beaux, les lumières ruisselaient partout, se réfléchissant à Tor des bronzes; les fleurs embaumaient Fatmosphère, les riches valets promenaient partout sur de magnifiques argenteries les breuvages les plus frais et les plus exquis, c'était une féerie conune on les rêve quand on croit aux songes de TOrient.
A la même heure, une femme seule, à genoux dans une chambre éclairée par une pale bougie, priait au pied d'un lit et près du cadavre de son époux mort, après lui avoir donné son nom,- elle jurait à Dieu qu'elle garderait ce nom pur et intact de toute souillure, et qu'elle le porterait noblement conmie il lui avait été noblement donné.
Quelques planches seulement séparaient ainsi la fête du deuil ; mais la colère , le doute, l'épouvante riaient au milieu de la fête, tandis que l'espérance et la résignation étaient dans la chambre du mort.
Cependant la fête dut finir, et la tendresse de madame Thoré arracha Julie à sa longue prière.
Le jour venait de poindre, madame Thoré emmena sa tille chcB elle, et, dans la chambre virginale où elle rentra avec le titre de comtesse de Monrion, elle ne trouva rien de changé, si ce n'est qu'on y avait posé, sur un meuble^ la petite tasse de porcelaine qui avait appartenu à la mère de Monrion.
Un petit billet avait été placé dans cette tasse. Il était de la main de Gustave.
« Les lèvi-es de ma mère pressaient les bords de cette rf tasse au moment où elle est morte ; c'est aussi le dernier » objet que mes lèvl'es aient pressé; gardez-le comme je » l'ai gardéi «
Julie prit la tasse à son tour, et elle la pressa sur ïh bouche en disant tout haut :
— J'accepte votre présent, et je prends pour moi le baiser que vos lèvres y ont déposé.
Ailleurs, Léona, fière de sa splendide beauté, attendait dans la chambre nuptiale Tépoux qu*elle s'était donné.
Amab entra ; et, malgré l'ivresse qu'elle avait su lui inspil'er, il resta épouvanté en reconnaissant suspendu au fond du lit nuptial le chef-d'œuvre qui lui avait valu tant de renommée et tant de malheurs.
Léona avait mis au-dessus de sa couche le tableau qui représentait Julie dans les voiles de la Vierge immaculée. . C'était mie insulte et un blasphème, c'était aussi une menace de malheur pour Amab ; il le comprit ainsi, du moins.
Peut-êtie raconterons-nous un jom* s'il devina juste.