‹ La lithographie à Rouen; avec un portrait à l'eau-forteChapitre 5 sur 9 · DEUXIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PÉRIODE

ANS la première partie de notre travail, nous avons dû, pour plus de clarté et pour faire mieux comprendre les progrès de Tart de la lithographie à Rouen , adopter Tordre chronologique. Nous avons cité et analysé chaque estampe à la date de son apparition. L'intérêt de ce mode de procéder est facile à comprendre; il s'imposait de lui-même tant à cause de la nature de cette étude que des questions de priorité qu'il fallait examiner. Beaucoup de pièces ne tiraient leur importance que de la date de leur publication comme aussi quelques artistes ou amateurs n'ont été cités que parce qu'ils ont été les ouvriers de la première heure.

A l'époque où nous sommes parvenu, l'ordre chronologique ne doit plus être suivi; il n'a plus de raison d'être; il ne ferait qu'apporter gêne et confusion sans aucune utilité. La date de chaque estampe ne présente plus qu'un intérêt secondaire et nous pensons qu'il vaudra mieux pour tout le monde prendre chaque artiste isolément et étudier

son œuvre collectivement, sans courir de Fun à l'autre comme nous avons été forcé de le faire au début.

Nous resterons ainsi fidèle à notre programme, tout en donnant plus d'homogénéité à notre étude. Il est à remarquer, d'ailleurs, que nous ne retrouverons plus sous notre plume les noms des artistes qui ont figuré dans la première partie de ce travail. Quelques-uns sont morts, d'autres ont quitté Rouen, d'autres enfin ont abandonné la pierre et le crayon lithographiques.

Ainsi Brévière s'est adonné complètement à la gravure sur bois, à laquelle il devait faire faire tant de progrès. Après avoir quitté Rouen en 182g, il habita Paris. De 1834 a 1848 et de i85i à i855, il fut attaché comme graveur à l'Imprimerie nationale.

H. Langlois, qui mourut en iSSj, data de i832 sa dernière lithographie ; du moins nous n'en connaissons aucune qui porte une date postérieure.

Le Carpentier ne produisit plus rien après 1821 ; il décéda, du reste, en 1822, à l'âge de 72 ans, après avoir fourni une longue carrière et avoir eu l'honneur de voir quelques-uns de ses paysages gravés par Picquenot.

M. DE Chaumont laissa vacante, en i836, la place de Directeur de l'Ecole de Dessin.

Parelle lui-même ne nous offre plus qu'une pièce datée de i835, c'est le portrait d'une chanteuse aimée du public, j^ik Melotte (3^ lithog. du Frondeur], qui devint plus tard Mme Félix, et était sœur de M. Melotte, l'auteur du portrait remarqué de E. Bérat.

Nous allons donc avoir à passer en revue presque une nouvelle génération et il nous faut reconnaître qu'elle possédera le sentiment artistique à un degré bien plus élevé que son aînée. L'influence de l'école de David se trouvera mitigée par les principes nouveaux puisés aux ateliers de

Gros et de Cogniet. Sans négliger le dessin, on se préoccupera davantage de la couleur et personne n'y perdra. A la froideur et à la rigidité des dessins de H. Langlois succéderont la verve et Tentrain des croquis de H. Bellangé, de G. MoRiN ainsi que le charme des portraits de Delacluzeou des paysages de Dumée. Les artistes mettront tout autant de science dans leurs compositions, ils sauront en outre y ajouter le prestige d'une exécution adroite et brillante, ce qui ne gâte rien,

Mais il est temps de revenir à notre galerie de lithographes rouennais et nous commencerons notre série par le plus brillant de tous, par Hippolyte Bellangé, le rival de Charlet. a tout seigneur tout honneur.

H. Bellangé, né à Paris le i6 février 1800, y mourut le 10 avril 1866. Après avoir fait son éducation artistique à Paris dans Tatelier de Gros et avoir été décoré, à la suite de l'exposition de 1834, sur les instances de son camarade et ami Charlet, il vint à Rouen et y occupa, en i836, la place de Conservateur du Musée de Peinture qu'il garda jusqu'en 1 853, époque à laquelle il retourna à Paris jouir de la réputation qu'il s'était acquise comme peintre de batailles. Ainsi que Charlet, Bellangé avait publié un grand nombre de lithographies à Paris ; aussi les créateurs de la Revue de Rouen firent-ils appel à son talent. Il accepta de collaborer à cette publication et nous devons ajouter qu'il n'illustra aucun autre journal. Nous ne connaissons en effet que trois pièces lithographiées en dehors de la Revue, — d'abord le portrait in-folio de l'acteur Leclère dans le rôle du Sergent Austerlit\ dans le drame de Catherine, pour le journal le Romantique. Ce journal n'eut, du reste, qu'une courte existence.' Cette lithographie est la plus grande de celles que notre artiste composa à Rouen. Toutes les autres, destinées à la Revue de Rouen, en ont le

format. — Ensuite un Chasseur à cheval sonnant du cor, destiné à servir d'en-tête à une fanfare. M. S. Perruche possède chez lui une esquisse peinte que Fartiste lui donna à cette occasion et qui avait servi pour faire la lithographie, et enfin, — une lithographie pour la Loterie de Monville.

Maintenant voici la liste chronologique des pièces données par M. Bellangé à la Revue de Rouen :

En i833. L'acteur Leclère , dans le rôle de Loupy, dans II y a sei\e ans. L'artiste avait dessiné dans la marge de gauche quelques petits croquis qu'il fallut gratter pour insérer la planche dans la Revue. Il fut toutefois tiré quelques épreuves avant le grattage de ces croquis. Elles sont par suite les meilleures, mais aussi les plus rares.

La Cour de V auberge du Grand-Cerf, à

Fécamp.

Amours d'artistes. — Vrai tableau de genre. 1834. L'acteur Andrieu, rôle de Guillot dans le Philtre.

Boïeldieu et le Berger : Il eut faim

i835. Le Curé des Bruyères d'Oisjr.

i836. Laitière des environs de Coutances.

1 84 1 . L'Enfant du pauvre.

Causerie d'artistes. — Une véritable lithographie de Gharlet.

1842. Lemaire, rôle de Gauthier dans les Afe-

moires du Diable.

1844. Le Vieux Marin à la jambe de bois.

1845. L'artiste apportant son offrande pour la

loterie des artistes, organisée pour venir au secours des victimes de la catastrophe de Monville. — Bellangé lithographia une autre planche plus grande pour cette Loterie. Elle fut imprimée par Villain à Paris, en 1846.

1847- -^^ /7ère Salé, marchand de porcs.

1848. Enfin le portrait de Duméefils, qui mourut si tristement à Paris, dans les rangs de la Garde nationale de Rouen aux journées de Juin.

A côté de H. Bellangé nous devons placer M. G. Mo- RiN, qui fut aussi un des collaborateurs actifs de la Revue de Rouen, en même temps qu'il donnait quelques planches au Frondeur et à V Indiscret. Nous ne reviendrons pas sur Tœuvre de cet artiste; nous avons décrit et analysé, dans le volume que nous lui avons consacré, les 102 estampes sorties de son crayon et de sa plume. Nous prenons la liberté d'y renvoyer le lecteur ; par égard pour la modestie de notre excellent Confrère, nous ne redirons pas tout le bien que nous pensons de lui comme homme et comme artiste; Tamateur trouvera cette appréciation consignée dans la Préface de notre Catalogue raisonné. Nous devons ajouter toutefois que les estampes de M. Morin ne forment qu'une partie bien minime de son œuvre, car en dehors de ses tableaux et aquarelles, le Directeur de notre Ecole de Dessin possède dans son atelier une quantité considérable de croquis et d'études faits d'après nature et extrêmement intéressants. La vie de l'artiste et de l'homme est là, c'est tout dire.

M. DuMÉE fut attaché longtemps à la Direction du Théâtre-des-Arts de Rouen comme décorateur. Nous avons vu de cet artiste qui était loin d'être sans talent, des décors véritablement bien réussis; il peignit aussi des tableaux et des aquarelles, mais la verve qu'il mettait dans ses décorations théâtrales ne se retrouve plus au même degré dans ses autres productions. Ses peintures à l'huile ou à l'eau, ses croquis à la mine de plomb sont toujours

spirituellement enlevés, mais il faut reconnaître qu'il y manque une certaine largeur d'effet et d'exécution, Le tout est un peu vu par le petit bout de la lorgnette, néanmoins quelques sujets de marine furent très-heureusement traités par lui. Comme ses confrères, M. Dumée mania aussi le crayon lithographique, mais seulement à l'usage privé de l3L Revue de Rouen; nous ne connaissons pas de lui d'autres planches que celles qu'il donna à cette publication et nous devons le regretter, car ses croquis lithographiques sont plus largement traités que ceux qu'il dessinait à la mine de plomb. Il donna :

En iS33. Les maisons des frères Corneille.

L'Eglise Saint-Paul de Rouen.

V Eglise Saint- Ouen.

1834. La Cour de Vabbaye Saint-Amand.

La maison de Guillaume Robertot.

i836. VEglise Saint-Nicaise.

iSSy. Une vue d'une petite chapelle de Saint- Ouen.

Une vue de Vabbaye du Bec.

iSSg. Une vue intérieure de Véglise Saint-Ouen.

1840. Une croisée du Palais de Justice. La Tour Bigot.

1841. Une vue générale du port de Rouen. Les tombeaux de Langlois et de Marquis.

1842. Véglise du Mont-aux-Malades.

1845. Souvenir d'une église des environs de Rouen.

M. Dumée, qui avait vu son fils le précéder dans la tombe d'une façon si triste, mais si honorable, mourut luimême à Rouen en 1861. Il laissait une fille mariée à

M. Daniaud, qui occupait, avant Tincendie de notre Théàtre-des-Arts, la place de Conservateur du matériel théâtral et qui vient de mourir prématurément. Nous n^aurons pas à parler de M. Daniaud qui ne publia aucune lithographie à Rouen; nous le regretterons doublement, connaissant les lithographies qu'il fit imprimer à Paris et les très-belles académies qu'il peignit dans les ateliers de la capitale qu'il fréquenta.

Si nous avons reproché à M. Dumée père, le fini un peu mièvre de ses tableaux et dessins, nous critiquerons M. Balan pour s'être livré à l'excès contraire, c'est-à-dire pour avoir trop peu serré son travail et avoir trop procédé par hachures sèches et heurtées, même dans ses tableaux. Balan, né à Rouen en 1 809, fut un peintre de mœurs et costumes rouennais. Il reproduisit également beaucoup de vues de notre ville. Comme lithographe, il fit imprimer à Paris une série de vues d'Amiens véritablement remarquables et bien supérieures aux pièces qu'il exécuta à Rouen. La Revue de Rouen publia de lui :

En i833. La porte d'une maison rue Damiette, 2g, à Rouen.

i836. V exécution de Jeanne-d'^Arc.

1837. La procession de V Oison bridé.

1 843 . Une vue des Courses de Rouen.

1849. Intérieur de l'église de Veulettes.

Balan donna au Frondeur le portrait de l'acteur F///^r5 dans le rôle de Crispin — et à VIndiscret un paysage intitulé Souvenir de Normandie et qui était la reproduction d'un de ses tableaux.

Ce tableau fut lithographie deux fois par son auteur et les deux lithographies qui sont de même dimension furent

publiées par VIndiscret. La première planche fut-elle cassée et fallut-il en dessiner une seconde pour continuer le tirage ? Cest probable, mais nous ne pourrions Taffirmer. Nous devons nous borner à constater Fexistence des deux planches, qui sont d'ailleurs très-négligées.

Les autres lithographies de Balan sont — un Tanneguyle-Bœuf — et un autre buste de Seigneur pour une édition quelconque de D'Hozier. — Un buste du Cardinal Prince de Croï, tel qu'il fut exposé après sa mort. — Des Acrobates arabes assistant à une représentation dramatique au Théâtre-de-Arts. — Et enfin trois vues sur la même feuille d'un Pensionnat de Demoiselles.

Eugène Balan, qui s'était acquis une petite fortune par son travail et par quelques opérations financières faites avec l'aide d'amis dévoués, mourut à Rouen en i858. Nous ne connaissons de lui au Musée de Rouen qu'un tableau ou plutôt qu'une ébauche de tableau de nature morte. Ce n'est pas assez et cet artiste mérite de figurer d'une façon plus sérieuse dans notre galerie municipale. Nous sommes convaincu d'ailleurs que, si Balan n'y est pas représenté comme il convient, c'est que le Conservateur de notre Musée n'a pas encore eu l'occasion d'acquérir une toile sérieuse de son ancien confrère.

Nous ne reparlerons que pour mémoire de M"« Espérance Langlois dont nous avons déjà cité quelques planches, car ses principaux ouvrages sont surtout des travaux faits en collaboration avec son père. Nous devons cependant mentionner un chapiteau de l'église Saint-Paul représentant VAdoration des Mages, — quelques planches reproduisant des Sculptures intérieures et des Chapiteaux intérieurs de l'église Saint-Georges de Rouen — et enfin une Vue des ruines de Lillebonne.

M. Eustache Bérat, dont nous avons eu déjà occasion de

parler, donna au Frondeur plusieurs croquis notamment Grassot, — la Croix du Village, — des Chiffonniers — et un Joueur d'^orgue italien^ — le Sylphe publia de lui quelques pochades et la Revue de Rouen un Pendentif de Jumiéges. — Il fit également la charge d'un écrivain public surnommé Phœbos. — Nous ne dirons rien du nombre considérable de dessins qu'il jeta à tous les vents, mais on nous permettra d'insister sur quelques aquarelles qu'il termina avec soin et surtout sur deux Vues de Jumiéges, possédées actuellement par la famille Guernet si nos souvenirs sont exacts, et sur un Album qu'il composa exclusivement pour sa fille et qui contenait toutes ses compositions musicales et poétiques illustrées avec soin par lui. Cet artiste fut notre professeur, et nous croirions manquer à la reconnaissance la plus élémentaire en ne lui adressant pas ici tous nos remercîments pour les soins qu'il nous a donnés et l'affection qu'il nous a témoignée.

Frédéric Legrip appartenait, comme E. Bérat, à une famille rouennaise ; nous ne connaissons de lui qu'une lithographie représentant un Vieux Hussard^ datée de i833, et imprimée chez M. Périaux. Cet artiste travailla surtout à Paris et pour le compte de son ami M. de Chennevières, aujourd'hui Directeur des Beaux-Arts, Les lithographies qu'il dessina pour l'ouvrage intitulé Portraits inédits d'' artistes français, ne manquent pas d'un certain talent. C'est, du reste, la partie de son œuvre la mieux réussie, car il n"'était pas né peintre.

Mansson, au contraire, qui n'habita Rouen que peu de temps, avait un grand sentiment de la couleur et de l'effet. Nous avons vu de lui des aquarelles véritablement remarquables et pleines de sentiment. Il donna au Frondeur :

— un portrait de M"" Laigneletj dans le rôle de Florinde,

— et un Croquis d'après nature, — et à la Revue de

Rouen, en i833, — une vue de la Fontaine de la Crosse.

Kasthofer ne fit également que traverser Rouen, et nous ne connaissons de lui que La Promenade du soir qui accompagnait le sixième numéro de VIndiscret.

Des deux frères Vasselin, Paul fut celui qui travailla le plus pour la Revue de Rouen. Elle publia de lui :

En 1841. Le miracle des Roses.,

1 842. Etretat le lendemain de Vinondation^ d'après

Berthelemy.

Le portrait du sieur de Bois-Rosé.

1843. Le Château des Ifs., près Fécamp.

Pendant la même période il donna au Progressif Cauchois quelques caricatures politiques peu réussies, intitulées :

1841. La voix du peuple.

1842. Vauberge du dernier sou.

1843. A-propos d'agriculture.

1845. Alle^, mes amis.

Comme quoi le Progressif n'arrive pas toujours à destination.

Nous devons encore citer de lui une Vue d''Etretat, prise de la chapelle, d'après Pol. Langlois, — et une Vue de rentrée du bassin de Fécamp.

Son frère L.-E. Vasselin publia, en 1841, une Eglise en ruines. — Il lithographia aussi à Rouen, deux tableaux de notre Musée le Grec en habit albanais, de Lemonnier, et Jésus au milieu des docteurs de Gazes, mais ces pièces furent imprimées à Paris.

Victor Delamare qui fit, sur la fin de sa vie, de si beaux

dessins, ne se livra guère à la lithographie. Nous n'avons rencontré de lui qu'un en-tête de romance : Cest moi, Mam^eir, point de frayeur^ — et les portraits sur une même feuille des deux acteurs du Théàtre-des-Arts qui remplissaient les rôles de Robert-Macaire qx. do. Bertrand, dans V Auberge des Adrets. Nous possédons les croquis originaux. Nous n'insisterons pas davantage sur cet artiste et cet homme de bien, auquel nous avons rendu un hommage mérité dans la Revue de Normandie quelques jours après sa mort, en 1868.

Parmi les peintres rouennais qui s'adonnèrent le plus à la lithographie, il faut citer A. de Malécy, qui ne put jamais s'élever au-dessus d'une honnête médiocrité. Il dessina, pour la Revue de Rouen., les portraits de l'acteur Leclère (1834), — de Louis Brune (i838) — et du calculateur Henri Mondeux ( 1 841 ).

Pour le Frondeur, ceux de Leclère, rôle de Grandet, — Nicolo Isouard, rôle de Pauvre Jacques, — Borssat, rôle de Don Juan d'Autriche, — M'"^ Grassot, rôle de Peblo dans la même pièce.

Pour le Qui vive, celui du chanteur Boullard.

Pour la Clochette, celui du comédien Alexandre.

Pour VIndiscret, une scène de genre intitulée : La Leçon de musique.

En dehors de ces pièces nous devons citer d'autres lithographies du même artiste qui ne parurent dans aucune feuille ou revue, ainsi :

Les Indiens de la tribu des Osages au Thédtre-des- Arts.

Louis Brune en pied.

Madame Lavrjr.

Madame Duversin.

Mademoiselle Langle, ces actrices aimées du public rouennais et leurs partenaires aussi applaudis :

Biéy rôle de Grégoire.

Alexandre et Jourdain dans Latude.

Joseph en costume de ville.

Ainsi qu'on le voit, A. de Malécy s'adonnait surtout au genre du portrait et nous devons dire que celui qu'il réussit le mieux fut le sien, qu'il légua au musée de Rouen et qui figure dans notre galerie municipale.

Le peintre Bonvoisin, qui abandonna notre ville pour habiter le Havre, où il mourut en 1862, lithographia aussi quelques portraits, mais il prit ses modèles dans toutes les classes de la société. Ainsi il reproduisit les traits de M'"^ la baronne de Bosmelet, — ceux de M'"^ Louis, rôle de Ma Tante Aurore (iS^lith. à\i Frondeur] — et ceux de l'académicien Gosseaume et du grand vicaire Hollejr, Ces pièces révèlent un talent correct et sage, mais sans inspiration.

Quant à M. Légal, dont nous avons beaucoup entendu parler dans notre jeunesse, nous cherchons'ce qui a pu lui valoir ce renom ; ce ne peut-être à coup sûr sa peinture. Les portraits qu'il lithographia et qui furent imprimés surtout à Paris, sont absolument mauvais ; et, pour s'en convaincre, il n'y a qu'à regarder ceux du baron Dupont- Delporte, des docteurs Flaubert et Blanche. Quel besoin cet artiste avait-il donc de reproduire les traits de ce dernier médecin, dont la physionomie intelligente avait été si finement rendue par M. de Chaumont dans la planche dont nous avons déjà fait mention? Si c'était pour constater son infériorité, il a parfaitement réussi ; cependant Légal avait été à même de prendre une bonne leçon, lorsqu'il posa devant le père Delacluze qui fit de lui un très-beau

portrait. Mais il y a des gens qui, infatués d'eux-mêmes, ne voient rien et n'estiment que leurs productions. Légal a donné au Frondeur: — Le chanteur André, dans le rôle d''Ante?ior, — et la danseuse Caroline Beaucourt. — Il fit aussi imprimer chez M. Perruche, le portrait de Tabbé Pauliet.

Dans le même temps, c'est-à-dire vers i835, Doutreleau, un jeune peintre qui promettait, dessina sur la pierre lithographique deux portraits de l'acteur bouffe, Joseph Kelm, qui remplissait alors à Rouen, un emploi dans la troupe d'opéra et était connu surtout sous son prénom. L'un de ces portraits parut dans le Frondeur, ainsi que celui d'une cantatrice, M"^^ Genot. Doutreleau resta peu d'années à Rouen ; nous ne savons ce qu'il devint.

Nous arrivons maintenant à l'artiste qui fit à Rouen les portraits les plus réussis. Nous voulons parler de M. Dela- CLUZE, qui s'acquit et mérita une véritable réputation dans la miniature. Ses portraits étaient remarqués aux Expositions de Paris, au moins autant qu'à celles de Rouen. Ajoutons que c'était à juste titre.

Aussi avons nous à mentionner avec éloge, une petite série de portraits lithographies par lui et dans lesquels il déploya un talent sérieux. — 11 publia en i836, le portrait du capitaine Troude^ qui avait opéré le sauvetage d'un navire anglais The Trial of Belfast sur les côtes de la Manche, sauvetage dont il fut beaucoup parlé à l'époque.

Malgré toutes nos recherches, nous n'avonstrouvé aucune lithographie de notre artiste, datée de l'année 1837. En revanche, en i838, nous avons à mentionner cinq portraits parfaitement réussis, tant au point de vue de la ressemblance, qu'à celui du dessin et de l'habileté dans le maniement du crayon. Nous citerons d'abord le portrait de M. Mauduit, qui occupa jusqu'en 1848, avec un mérite re-

connu, le poste de secrétaire de la mairie de Rouen ; — puis ceux de M. Huet, ancien avoué, beau-père de Jules Janin,

— de M. Raphaël Lelarge, qui est devenu un des bons professeurs de dessin de notre ville, en même temps qu''un peintre de paysages qui sont loin d'être sans mérite, — du ^QÏnXYQ Légal, dont nous n'avons plus à apprécier le talent.

— Delacluze reproduisit encore cette même année, les traits d'un nommé Godard, qui, à propos de nous ne savons plus quel exploit révolutionnaire, avait encouru la prison. A sa sortie, un banquet lui fut offert et la lithographie de Delacluze, retraçant les traits du malheureux persécuté, fut distribuée aux frères et amis. De tout cela il n'est resté que ce qu'il y avait de bon, c'est-à-dire la planche de notre artiste.

Delacluze consacra encore son talent à reproduire, — en 1839, les traits d'un Personnage anonyme, portant barbe sans moustache, — en 1840, ceux de Louis Brune, le sauveteur, — en 1844, ceux d'Eustache Bérat, le Troubadour moderne, comme l'a appelé son biographe le docteur Viro,

— en 1847, ceux de l'abbé Lefebvre.

Nous ne saurions trop répéter que tous ces portraits sont les meilleurs qui soient sorties des presses lithographiques rouennaises. Modelés avec talent, dessinés très-sérieusement, ilssontégalementtrès-ressemblants. Les imprimeurs, jaloux de ne pas rester au-dessous de l'artiste, se sont piqués d'honneur et le tirage des planches a toujours été effectué heureusement. Les premières épreuves sont sur chine.

Un autre peintre se faisait aussi remarquer à Rouen par ses portraits lithographies avec une certaine habileté dans le maniement du crayon, mais son travail procédait plutôt par hachures; les portraits étaient modelés avec moins de soin et beaucoup moins grassement traités que ceux de Delacluze. Hâtons-nous d'ailleurs d'ajouter que M. Lafosse,

après avoirquitté Rouen où il ne séjourna que peu d'années, alla travailler à Paris et ne tarda pas à y acquérir une certaine réputation pour ses portraits de célébrités contemporaines. Nous avons vu de lui des planches véritablement remarquables. A répoque dont nous parlons, notre artiste était jeune et, quoique dessinateur adroit, il n'avait pas encore la maturité de talent qu'il acquit plus tard. Lafosse fit tirer toutes ses planches chez M. Perruche, qui s'en acquitta très-bien. Nous citerons les portraits — de l'abbé Motte, alors curé de St-Gervais (portrait anonyme), — de l'abbé Fayet, vicaire-général de Rouen — et d'un sieur Erkmaiin, marchand de blanc à Rouen et oncle du collaborateur de Chatrian. Ce négociant se noya par accident et fut retrouvé par M. Perruche qui avait imprimé son portrait. — Ces planches portent toutes la date de i836. — L'année suivante, Lafosse ne lithographia que deux portraits, — celui de Polyclès Langlois, dont le cou est entouré d'un énorme cachenez — et celui d'un sieur Langlois. Ce dernier portrait est anonyme, mais on peut le reconnaître à ce détail que l'artiste a figuré, au-dessous du portrait, une vue du cimetière où était enterré ce M. Langlois. Une femme en deuil (la veuve sans doute) est agenouillée sur la tombe.

En 1837, un artiste de passage à Rouen, H. -G. Hine, s'occupa, non des habitants, mais des monuments de la ville. Il donna à la Revue de Rouen une lithographie assez bien enlevée et représentant la Porte des Maçons de la cathédrale.

Parmi les peintres paysagistes qui jouissaient à cette époque d'un certain renom, M. Hubert, dont nous avons tous plus ou moins bien copié les études d'arbres, occupait un rang distingué. Il fit plusieurs élèves. Parmi ceux-ci, il nous faut citer M. Hurault de Ligny, qui vint, comme

amateur, implanter dans notre ville les procédés de son maître. Nous mentionnerons de lui : — une Vue de Jumiéges, — une Vue de Tancarville — et un autre Paysage en largeur. Ces études, enlevées avec beaucoup d'adresse, révèlent un artiste, maître de son crayon ; nous ne leur reprocherons que de trop rappeler le faire du maître.

L'un des plus féconds parmi les peintres lithographes rouennais fut certainement Polyclès Langlois , fils de Hyacinthe Langlois. Cet artiste doué d'une facilité, trop grande peut-être, réussissait surtout dans les vues de monuments.

Nous connaissons de lui :

Une Vue septentrionale de la cathédrale d'Evreux, Une Vue extérieure de V abbaye de Fécamp,

Deux Vues intérieure et extérieure de Vabbajre de

Graville, Et deux Projets d' achèvement du portail de Saint-

Ouen.

Il dessina encore :

Une Grande feuille de 20 croquis, La Délivrance, scène d'assassinat, Le Portrait de Tibère, Thomme à la corde, Des Planches d'animaux pour un ouvrage sur l'agriculture,

Une Tour dans un parc,

Des en-têtes de romances :

A demain,

Soye^ propice aux Malheureux!

. — -Jl —

Il lithographia deux fois le Portrait de son père, peint par Delacluze et dont Poriginal est au Musée de Rouen. Il donna à la Revue de Rouen :

En 1837. Le Médaillon de son père, d'après David d'Angers ;

1843. Une-Clef de voûte de V église du Pont-de-

V Arche.

1844. Une Vue du château de Valmont.

La onzième lithographie de Vlndiscret intitulée : Souvenirs du jeune âge, est signée de lui. — Polyclès Lan- GLOis, qui travailla beaucoup à Rouen, quitta notre ville pour la manufacture de Sèvres, dont il devint un des peintres remarqués. Nous avons gardé le souvenir de vases décorés par lui et sur les parois desquels il retraçait, avec toute la prestesse de son pinceau , des camaieux qui n'étaient autres que des souvenirs de sa ville natale.

A côté de Polyclès Langlois, brilla un Jeune artiste du nom d'ANDRiEu, qui, s'inspirant également avec succès des splendides monuments de Rouen et des environs, lithographia une grande et belle Vue panoramique du port de Rouen. — La Revue de Rouen publia de lui une Vue de Saint-Maclou. — Il dessina en outre quelques Vues de r abbaye de Jwniéges. Un de ces croquis largement enlevés est en notre possession.

M. Raphaël Lelarge, dont nous avons dit un mot à propos de Delacluze, publia aussi quelques lithographies, entr'autres, le portrait de Lomz5 Brune ex le sien propre (1837). — En i838, il donna à la Revue de Rouen, le Départ pour la chasse, d'après H. Langlois.

Alphonse Aillaud, élève de Langlois et de l'Ecole municipale, commença par reproduire des vues de monuments.

tels que VEglise de Caudebec et Y Ancienne chapelle de Bonsecours. — Il dessina encore une Grande affiche ornée d'une vue de Rouen et destinée à annoncer un Almanach publié par son frère. Depuis, cet artiste changea complètement de genre et célébra les hauts faits de notre armée. Quelques portraits d^officiers et tableaux de bataille ayant eu du succès, il partit pour Paris; mais bientôt la mort le surprit dans la force de Tâge et Tempêcha de faire consacrer par le public artistique de la capitale la réputation qu'il s'était faite dans notre ville.

Julien Bleriot qui travaillait à Rouen vers 1840, publia plusieurs planches destinées à illustrer un livre forestier et reproduisant les arbres phénoménaux, tels que la Vigne séculaire d' Amfreville-la-Mivoie, — le Hêtre du Fondrel, le Chêne de Pessine, — Y Aubépine de Bouctot, etc.

Dans la Revue de Rouen, on trouve de lui :

En 1840. Un Vitrail de l'église de Conches.

1842. Le Portail de l'église de Pont-sur-Dives.

Cestà Rouen aussi que Le Poittevin, un de nos brillants et regrettés peintres de genre, fit ses premières armes. Nous ne pouvons citer de lui qu'une seule pièce. Le Contrebandier, qu'il publia en 1841 dans la Revue de Rouen. Les meilleures épreuves sont avant lettre sur chine et grand papier. Ce peintre qui était l'ami de H. Bellangé, le précéda à Paris, comme lui s'y fit une réputation méritée, et mourut en pleine possession de l'estime du public.

M. DE JoLiMONT, qui était un archéologue distingué, avait aussi un certain talent comme dessinateur. Il travailla surtout pour la Revue de Rouen. On trouve de lui dans ce Recueil :

En 1841 . La Maison d'Olivier Basse lin.

UAncienne porte du Bel du château d'Arqués.

1843. La Porte Martainville.

1 844. ]J Eglise de Moulineaux.

Le Château de Pavilly.

1845. La. Porte Saint-Hilaire.

Le Poteau d'angle d'une maison en bois.

En dehors de cette Revue, il publia une Vue générale de Caudebec, — et Jacques Le Lieur offrant le Livre des Fontaines.

M. Perruche imprima, en 1 841, un portrait du général Teste., dessiné sur pierre par un artiste du nom de Lauret, qui, de passage à Rouen, fit nombre de petits portraits au pastel vers 1842. Nous croyons devoir lui attribuer une charge lithographiée, signée A. L., représentant un Avocat et son client.

Parmi les élèves de notre école municipale de dessin, il serait injuste d'oublier M. Berthélemy, qui a conquis une place distinguée parmi nos peintres de marine. Nous n'avons malheureusement à citer de lui que quatre lithographies qui se sentent un peu de la jeunesse de leur auteur, mais qui méritent cependant d'être mentionnées ici. Ce sont :

Une inondation de Fécamp (vue du Bail), LAnge et VOra^e, Les Pêcheurs normands.

Et Une Femme d' Yport.

Ces deux dernières planches destinées au Progressif Cauchois ont été imprimées sur la même feuille.

M. Renouard, qui fut longtemps peintre et professeur de dessin à Rouen, s'est depuis adonné à la photographie. ïl fut dans les derniers temps de la Revue de Rouen, un de ses collaborateurs les plus sérieux et les plus fidèles. Il lui donna :

En 1843. L Aumône.

1845. Le Chasseur Breton.

1846. La Statue de Géricault.

1 847. Le Sacristain de Bonport.

1848. Mollien.

1849. Le Château de la Court.

Le Portrait de Graillon, Fauteur de tant de charmantes terres cuites.

Cet artiste nous a conservé également les traits du docteur Pillore ; il faut avoir cette belle lithographie en premier état, c''est-à-dire avant la signature et avant toute lettre.

M. Renouard est aussi Fauteur d'une planche reproduisant le Groupe en bron:(e qui fut offert à M. Girardin, lorsque ce chimiste éminent quitta notre ville. Les premières épreuves sont aussi avant lettre et avant la teinte bronzée.

Citons en passant M. Sardou, qui venait de temps à autre peindre à Rouen quelques portraits remarqués et qui esquissa pour la Revue de Rouen, le portrait en pied de ^ik Fit^- James .f une des actrices aimées du Théàtre-des- Arts, en 1844.

C'est en cette même année 1844, que commença à se faire connaître d'une façon sérieuse Dumée fils, sur la fin malheureuse duquel nous ne reviendrons pas. Ce jeune homme, après avoir fait imprimer à Paris un Album de Vues de

Rouen et des lithographies représentant la Catastrophe de Monville et de Malaunay , fit paraître dans la Revue :

En 1845. La Cour du Château de Clères, aujourd'hui restauré par la famille de Bearn.

1846. Le Dernier Tableau du drame des Mous-

quetaires.

Une Arcade romane de la rue des Béguines.

1847. La Statue de Jean sans Terre.

Le Château de Gaillon.

Vases et Têtes trouvés à Saint-Pierred'Epinay.

1848. L'année même de sa mort, la Façade de

V ancienne église Bonne-Nouvelle,

Comme nous Favons vu, H. Bellangé, rendant hommage a Tartiste d'avenir et au courageux citoyen, nous a heureusement conservé ses traits dans une lithographie publiée dans la Revue de Rouen. Qu'il nous soit permis aujourd'hui d'ajouter notre modeste couronne à celles qui ont déjà été déposées sur le tombeau de cette victime du devoir noblement accompli.

Les effets désastreux de la Trombe de Monville furent aussi reproduits dans la Revue de Rouen, par un artiste du nom de Franck, sous deux aspects différents. Ce dessinateur publia dans le même recueil, — en 1843, Un Tigre poursuivant une Hémione, — et en 1846, Deux Vues de V ancienne église de Bonsecours.

L'architecte Lebrun qui, commetant d'autres, s'est envolé vers Paris, produisit, lors de son séjour à Rouen, quelques lithographies. C'est ainsi qu'il fait en 1841, tirer chez M. Berdalle, une décoration des bals-tombolas donnés k Rouen, — et chez M. Perruche, les pièces suivantes :

Une Vue de la Cathédrale,

Un portrait-charge de Toussaint Baubet, Fancien directeur du Tivoli Normand :

Un Palais des Singes pour cet établissement.

Et enfin une Vue de V Hôtel de Rouen à Duclair, destinée probablement à servir de réclame.

M. BoRELY, avant d'entrer dans les ordres, s'était adonné à la peinture; nous ne connaissons de lui qu'une lithographie; c'est le portrait daté de 1854, de Y abbé Prévost, si renommé pour sa bienfaisance.

Comme on le voit par cette date de 1854, nous arrivons à la fin de notre travail et nous n'avons plus que quelques noms à citer.

D'abord le dessinateur Hadol, employé de l'administration des douanes, approvisionna, en 1857, \q Petit Journal d'une série de charges d'acteurs de nos théâtres. Nous n'en donnerons pas la liste, parce qu'elle serait trop longue, et ensuite parce que ces pièces ne méritent véritablement qu'une mention. Elles dénotent en effet une inexpérience complète. Plus tard, l'artiste se rendit à Paris, où il mourut il y a peu de temps. Il s'était perfectionné dans la capitale, mais sans mériter toutefois une place notoire parmi les dessinateurs humoristiques de notre temps.

L'année suivante, en i858, le même Petit Journal publia une série de caricatures signées E. Colline. Ces planches, qui ne méritaient que le reproche d'être un peu froidement exécutées, étaient l'œuvre d'un amateur, M. E. NicoLLE, qui depuis s'estlivré tout à fait à la peinture. Vers le même moment, M. Nicolle avait heureusement illustré une tragédie bouffe du crû intitulé: les Croisés. Cet artiste, non content dç manier le crayon et la brosse, a gravé à

Teau-forte quelques pièces et notamment un dessin trèsheureux de H. Langlois. Cette dernière planche est véritablement réussie. Espérons qu'elle sera suivie de beaucoup d^autres non moins intéressantes.

Nous terminerons cette nomenclature, déjà bien longue, comme nous Favons commencée, c'est-à-dire par un peintre dans toute Tacception du mot, par M. Emile Bavard, qui s'est acquis une si brillante réputation à Paris comme peintre et comme illustrateur de livres.

M. E. Bavard arriva à Rouen tout jeune, à Tâge de 22 ans environ, en i858. Grâce à son entrain et à son talent, il fut vite accueilli par toute la jeunesse intelligente de notre ville. Il faisait en 20 minutes au fusain, des portraits-charges très-drôles et très-ressemblants qu'il faisait payer 3o francs. Nous avons vu de lui des petits portraits de femme en pied, aussi exécutés au fusain et pleins d'allure; tout cela était bien vivant, prestement enlevé, resplendissant de jeunesse et d'esprit. La présence de cet artiste à Rouen était une bonne fortune pour un directeur de Journal Illustré. Le Petit Journal lui demanda quelques dessins qu'il octroya de bonne grâce. Les quatre lithographies qui furent ainsi publiées sont :

Un portrait-charge du dessinateur Hadol.

Des Canotiers après la lutte.

Un Monsieur de la maison du Roi (Souvenir des fêtes de bienfaisance de i858).

Au Bateau d'Elbeuf.

E. Bavard exécuta également à Rouen une série de planches destinées à illustrer un ouvrage du docteur Morel, le célèbre aliéniste.

Enfin la dernière pièce que notre ami fit à Rouen fut

une Carte d'Adieu, aujourd'hui très-rare. Elle ne fut tirée en effet, que pour un nombre restreint de jeunes gens qui lui offrirent un banquet avant son départ. Cette composition représente Tartiste partant, en charmante société, pour Dieppe ; son dos est chargé d'un crochet de commissionnaire avec plusieurs malles; il tient à la main sa carte de visite, sur laquelle était inscrit le nom du destinataire.

De Dieppe, E. Bavard retourna à Paris où il ne tarda pas à conquérir une réputation considérable qui va toujours en grandissant.

Avant de clore cette liste, il nous reste encore à citer quelques noms d'artistes qui collaborèrent à la Revue de Rouen, mais dans une mesure restreinte. Ainsi, Morel Fatio, le célèbre peintre de marines, qui publia en i835, dans ce recueil, Un homme à la mer, — et les frères A. et G. Drouin, dont le dernier illustra une Histoire des milices bourgeoises de Rouen, — MM. Merlin, H. Pot-

TIER, ROULLIER, DeLASSAUX, ReNOUT, LeGENVRE, CoRBE,

J. Chevrier, Tudot fils, TmEULAN, Bligny, J. Petit et Lemarchand, le dessinateur fantaisiste du vieux Rouen.

Ainsi qu'on a pu le remarquer, nous avons esquissé rapidement la période qui s'écoule de 1848 à i858. En effet, pendant ces dix années, la lithographie resta plongée dans, une sorte de torpeur qui fut, pour ainsi parler, le commencement de l'agonie de cet art dans notre ville. Les derniers volumes de la Revue de Rouen sont déjà bien pauvres comme illustrations, mais quand cette publication cessa de paraître, la lithographie se réfugia à la troisième page des petits journaux hebdomadaires, tels que le Tam-Tam, le Tambour, le Petit Journal, qui se débitaient surtout dans les théâtres. Ces feuilles ne contenaient souvent que des charges d'acteurs, dessinées par des jeunes gens chez

lesquels la bonne volonté ne remplaçait pas toujours le savoir et Texpérience. Faisons une exception honorable toutefois en faveur de MM. Zacharie, Le Petit et Charpentier qui produisirent quelques planches intéressantes.

Aussi arrêterons-nous notre étude sur la lithographie à Tannée 1860, pour deux motifs : d'abord, parce qu'à partir de cette époque, nous n'aurions à signaler aucune pièce remarquable et, ensuite, parce que nous nous trouverions forcément amené par la pauvreté du sujet à faire une critique stérile et inutile.

D'ailleurs il est de toute justice de reconnaître que cette décadence de la lithographie ne se manifesta pas seulement dans notre ville. A Paris également depuis longtemps, l'art de dessiner sur pierre a cédé le pas à Veau-forte, qui, elle même, est battue en brèche par les procédés de photogravure ou de phototypographie. Sans méconnaître les services que la photographie et ses dérivés peuvent rendre aux arts, il nous est impossible de ne pas protester contre cette averse de fac-similé et de reproductions typographiques qui nous inonde et qui n'intéresse que la spéculation sans profit pour l'art.

En tout cas, il est profondément regrettable de voir deux branches de l'art, aussi splendides que la lithographie et l'eau-forte, se débattre, agoniser et mourir sous les étreintes de procédés purement mécaniques. Par ce temps de vapeur et d'électricité, on veut faire vite et faire bien. Cette théorie peut convenir au commerce et à la spéculation; elle ne saurait être adoptée par ceux qui ne recherchent que ce qui est véritablement beau et qui croient que cela seul dure qui est fait avec le temps. Là, et là seulement, est notre espérance. Vous aurez beau nous accabler sous un déluge de fac-similé, de reproductions d'héliogravures et de photo-

typages, la pensée triomphera toujours de la matière, la science de Tignorance.

Dans les régions sereines qu^il occupe, Tart n''a rien à craindre des aspirations audacieuses, mais impuissantes de la photographie. Comme toutes choses, en ce bas monde, le niveau artistique de l'humanité peut subir des dépressions dont il serait trop long de rechercher les causes, mais il se relèvera toujours, soyons ea convaincu. Il ne faut donc pas nous inquiéter sérieusement des fluctuations de la mode, qui pourra momentanément favoriser plus ou moins tel ou tel procédé de Part. Il ne restera toujours que ce qui satisfera le sentiment du beau que Dieu a mis en nous et rheure de la justice sonnera quand même pour les artistes surfaits comme pour les artistes méconnus.

On cherche et on retrouve les vieux procédés de nos anciens faïenciers, nous pouvons donc croire et espérer que les beaux jours de la lithographie reviendront, et que nos artistes dessineront sur la pierre de nouvelles compositions, que nous pourrons, sans hésitation, mettre dans nos portefeuilles à côté de celles qui y sont déjà et que signèrent Vernet, Géricault, Charlet, Raffet, Decamps ou Ga-

VARNI.

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