ODILON REDON
Cependant, à ce que nous avançons des artistes réputés, nous apporterons une réserve en faveur d’Odilon Redon. Il semble qu’en l’ordre d’idées envisagé par nous, l’extraordinaire lithographe qui a manœuvré si intensément le blanc et noir, doive encore occuper une place particulière. Jusqu’à présent, Odilon Redon n’a produit que deux estampes en couleurs. L’une, la Béatrice, en des teintes atténuées presque vaporeuses , avec son charme fin , demeure hésitante. Mais, l’autre, la Sulamite, franchement conçue et harmonieusement hardie de tons, est une trouvaille, un aspect nouveau et personnel donné à la lithographie en couleurs. Ce n’est point la copie , mais un équivalent des pastels , où le fusiniste sévère d’autrefois, recherche actuellement de belles tonalités d’une fraîcheur limpide et nuancée.
Dans cette voie de la couleur, ou il semble se complaire en des procédés différents, on peut réserver une attente pleine d’espoir envers un artiste de prime ordre comme Odilon Redon.
AURIOL. — LEGRAND. — MOREAU-NÉLATON. — MUCHA. — MARCEL LENOIR. — AMAN-JEAN. — RÉALIER-DUMAS. - GUILLOUX. - ELIOT. - CHARPENTIER. — DILLON. - CÉZANNE. - LEHEUTRE. — BLANCHE (J.-E.)
Quelques noms encore peuvent être signalés comme éveillant à divers titres la curiosité.
Auriol est sans doute l’artiste qui, actuellement, en France, ‘joue le mieux de la typographie originale et ornée. Ses décorations pour la Revue Encyclopédique, sa couverture pour VImage, de l’éditeur
Floury, et notamment celle pour V Estampe et V Affiche sont extrêmement réussies. Auriol s’est également essayé dans la lithographie en couleurs. Comme Rivière, il affectionne les teintes plates. Il les entoure souvent d’un cerné, et les empreint d’un aspect décoratif.
Que dire de deux tentatives d’après des pastels de Louis Legrand par Albert Bertrand ? Que c’est de l’estampe de reproduction polychrome, tout comme elle existe en noir. L’une d’elles, légère, un peu floue, est particulière comme effet et vaut d’être examinée curieusement. Le tempérament personnel de Legrand semble demeurer plus à l’aise dans le blanc et noir de l’eau-forte, où il est maître, sachant bien son métier, et soucieux de belles épreuves.
De Moreau-Nélaton , sous le titre d’estampes murales , des affichettes. L’artiste y conserve son dessin austère d’un réel effet concentré, dans des gammes extrêmement sobres. Certaines, comme Elias, se piquent d’une vivacité plus grande de tons.
Mucha, dont on a dit qu’il était a un affichiste aimable », a transporté son genre dans quelques estampes et calendriers. La chomolithographie a fait une proie facile et toute désignée de cette production abondante et fade, visant à l’afféterie.
M. Marcel Lenoir a produit également des estampes au tirage terriblement compliqué, triomphe du chromo, avec 15 ou 18 passages sous la presse : or, grenat, et toutes les couleurs de la Saint- Luc. C’est un effort plutôt qu’un effet.
Aman-Jean a transposé dans la lithographie en couleurs le genre de sa peinture : des linéations contournées, des teintes de tapisserie passée, aussi une certaine élégance.
Réalier-Dumas s’est exercé dans les teintes plates, avec un ressouvenir bien voisin de l’affiche pure, — ainsi son Napoléon.
Guilloux, dans la note des aspects sommaires mais caractéristiques de ses premiers essais, fit jadis une lithographie intéressante en couleurs pour la publication de Marty.
Eliot a donné quelques estampes nuancées, mais sans parti pris nettement prononcé, ni aspect frappant.
Charpentier, que souvent retiennent ses étains, a, dans sa suite de lithographies polychromes En Zélande, mélangé à des teintes plates de gamme pâle , une gaufrure s’accordant pour former ensemble. C’est, utilisés d’une façon propre à l’artiste, les procédés de certaines estampes japonaises.
Dillon parfois a semé de quelques rehauts de teintes légères ses lithographies très travaillées en noir.
De Cézanne et de Leheutre, dans la collection Vollard , des estampes d’après leurs œuvres, qui, ainsi que celles de Rodin et Sisley, déjà citées, peuvent être regardées comme des tours de force de métier formant intermédiaire entre la lithographie vraiment originale et le vulgaire chromo. C’est, ainsi que nous en faisions la remarque à propos de Legrand, en réalité une gravure de reproduction en couleurs.
Blanche a fait une estampe bistre avec un rehaut de rouge en deux ou trois endroits. Plutôt une fantaisie de dessin, non dépourvue d’élégance et d’intérêt qu’une polychromie véritable. On peut y joindre un sujet à teintes claires, dans le premier album Vollard.
Citons encore quelques artistes s’étant intéressés brièvement à l’estampe lithographique en couleurs : Cottet, Rœdel, Lewisohn, Peské, Wagner, Henri Martin , Rippl-Ronaï , Malteste , Rassenfosse, Bellery-Desfonlaines, Berthon, Fauché, etc., etc.