‹ La lithographie originale en couleursChapitre 11 sur 23 · SISLEY. — GUILLAUMIN · texte numérisé non relu

SISLEY. — GUILLAUMIN

De Willette — le Petit Chaperon rouge. C’est moins une vraie tentative en couleurs qu’une lithographie rehaussée, mais avec linesse, comme on pouvait l’attendre du si charmant et délicat artiste.

Peut-on également considérer autrement que comme un intérêt porté à l’estampe colorée, les lithographies en noir et sanguine où Forain continue ses qualités de dessinateur nerveux et incisif?

Et nous signalerons, à titre de curiosité, l’essai fait par Puvis de Chavannes : une lithographie monochrome d’après son Pauvre pécheur, pour la deuxième série de Vollard.

Dans le même album, une lithographie de Rodin, ou, à plus justement parler, d’après Rodin. C’est le triomphe du fac-similé. Au point de vue de l’estampe, moins une œuvre originale qu’une restitution chromolithographique excessivement adroite due à l’imprimeur Clôt. Le dessin de Rodin était une sepia diluée où, dans une ligne encerclante, le maître sculpteur enfermait un curieux et précis nu de femme. Tout l’intérêt, indissoluble dans une vraie estampe originale en couleurs, se divise ici entre l’œuvre primitive

de l’artiste, et d’autre part, la perfection technique du travail de reproduction.

A la même catégorie appartient une lithographie en couleurs, véritable tour de force de métier, exécuté toujours par Clôt, d’après un pastel clair et lumineux de Sisley.

Plus caractéristique, en sa brutalité malhabile encore mais chercheuse, éclate la Falaise, de Guillaumin. Une Tète d'enfant de lui rappelle sa peinture, mais en des divisions de tons larges et visant à l’estampe...

Tous ces essais ne constituent pas de réels documents pour la marche de la production originale dans la lithographie en couleurs. Mais c’est une indication précieuse sur l’attrait de ce mouvement. Il faut qu’il soit bien fort et très répandu, pour que de tels artistes occupés, et maîtres ailleurs, daignent, ne fût-ce qu’accessoirement ou indirectement, s’y intéresser. C’est une preuve plutôt en faveur de sa vogue qu’un appoint efficace à sa direction.

En tous cas, nous doutons fort, pour notre part, qu’il appartienne à ces maîtres d’àge mûr et d’ample carrière faite, certains même d’une haute gloire consommée, de créer véritablement la lithographie en couleurs. Ils céderont à une atmosphère ambiante, n’y verront qu’un passe-temps. Tandis qu’il faudra, au contraire, des artistes pleinement convaincus, des tempéraments neufs, s’éveillant, qui trouveront là un mode adéquat à leur inspiration. Pour ceux-là, l’estampe en couleurs ne sera point une amusette légère mais une occupation sérieuse et essentielle. Elle comptera pour leur émotion comme intensité de moyen de s’exprimer, aussi bien que matériellement elle occupera dans le total de leurs œuvres une place nombreuse. En un mot, elle sera pour eux, non l’incursion fugitive d’un moment, mais la pleine conquête en terrain vierge — ils s’y créeront un personnel domaine. Ensemble qu’un révèlement d’art, ils y trouveront un procédé qui leur paraîtra amplement

suffisant, et que par fusage ils agrandiront encore en le perfectionnant.

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