‹ La lithographie originale en couleursChapitre 7 sur 23 · LUNDIS · texte numérisé non relu

LUNDIS

Lunois est un praticien, qui connaît la pierre à fond. Il a fait jadis de la reproduction. Mais dans la gravure originale, principalement la lithographie en couleurs, il s’est taillé depuis une place importante par ses œuvres abondantes et variées.

Disons que ce métier qui lui sert, le gêne en même temps. Il l’a parfois tant dans la main qu’il s’en embarrasse, ne sait pas rester suffisamment dégagé. Le travail en noir apparaît trop entier sous la couleur, avec laquelle il ne se marie qu’après coup. Or il nous

(1) Le Voyage d'Urie/i, par André Gide — Maurice Denis. Paris, Librairie de l’Art Indépendant, 1893, Tirage à 300 exemplaires numérotés.

semble qu’on ne doive pas saisir, même soupçonner qu’il y ait eu un moment où la conception de l’estampe en blanc et noir ait pu être complète en la pensée de l’artiste, pour s’attifer ensuite par un nouvel effort différent, d’une surcharge colorée. On ressent alors un je ne sais quoi ne faisant pas corps directement avec l’inspiration primitive, un manque d’unité dans l’œuvre.

Et cependant Lunois a eu parfois des rencontres heureuses de tons, ainsi dans ses danseuses espagnoles, une de ses œuvres les plus connues. Certaines, d’un travail soigné, se rapprochent trop, un peu froides, de l’aspect chromo. Mais il faut constater que dans les dernières estampes pour sa suite tauromachique , actuellement en cours, l’artiste marque un allègement dans son faire, un usage plus clair et plus net du papier, le souci d’un accord de teintes larges, une simplification du travail en noir.

Le soin consciencieux de Lunois, son savoir technique, ses progrès récents le désignent comme capable d’exercer un réelle influence, d’autant plus qu’il est fécond de production, sur le mouvement de la lithographie en couleurs.

RIVIÈRE (Henri).

M. Rivière fit jadis des illustrations pour ses ombres chinoises : La Marche à l'Etoile, L Enfant prodigue. Ce sont des teintes sobres de brun et de bleu, des silhouettes se détachant avant tout sur les fonds, ressouvenir du but initial. En revanche, il est une partie de ses œuvres où l’artiste semble avoir donné une note personnelle d’ordre tout particulier. Nous nous exprimions ainsi à propos d’une exposition qui en fut faite récemment (1).

M. Henri Rivière a produit « une série d’estampes décoratives,

(1 ) Exposition d’Estampes décoratives en couleurs d’Henri Rivière (Imprimerie Eugène Verneau) au Théâtre-Antoine, janvier-février 1898.

justement dénommées ainsi. Leurs dimensions, leur but d’être appliquées au mur et encadrées pour l’ornementation de nos intérieurs en font autre chose que la pièce de collection destinée au carton...

Ce qui frappe de prime aspect chez M. Rivière, c’est un sentiment très vrai de la nature réelle, en même temps qu’un sens harmonique de l’organisation des lignes et des tons. De là une mixte impression rappelant, si l’on y ajoute l’emploi des teintes plates, la saveur des estampes japonaises, mais sans aucune velléité de plagiaire copie. Les colorations de M. Rivière appartiennent bien de par leur gamme adoucie, à une vision d’occidental. Il se préoccupe moins de l’arabesque pure, et sa simplification si poussée qu’elle soit, ne s’abandonne point aux déformations de la fantaisie... Il faut reconnaître que l’artiste tire toujours le parti le plus adroit du décor que forme le paysage, tout en lui laissant sa poésie.

Notons encore le grand soin et la perfection du tirage...

M. Rivière nous semble avoir, dans cette tentative heureuse, concilié les exigences pratiques et celles du goût. N’est-ce pas là une réalisation effective de ce fameux art usuel dont on nous rebat tant les oreilles, et dont les productions si souvent ne joignent à un manque d’originalité vraie que la complication d’une incommodité péniblement cherchée. »

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