‹ La littérature anglo-canadienneChapitre 2 sur 3 · E. SAN SOT ET C · texte numérisé non relu

E. SAN SOT ET C

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MCMVII

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n. A ÉTé TIRÉ DB GBT OUVRAOB :

Trois exemplaires sur Japon impérial numérotés de I à 3, et sept exemplaires sur papier de Hollande, numérotés de 4 à lOm^

On entend souvent déplorer Textrôme spécialisation à laquelle l'immensité du savoir humain contraint les savants ; chacun d'eux se cantonne dans son domaine particulier, ignorant de ce qui se fait dans les autres, chacun travaillant, comme dit le poète» à la lueur de sa petite lumière, confiné dans son petit coin d'obscurité. Mais, pour suivre la même image, peut-être que dans la nuit ils s'interpelleront» et, réunissant leurs falots tremblotants, ils en feront un phare gigantesque dont les rayons éblouissants dissiperont les ténèbres.

L'histoire littéraire, depuis quelques années, est devenue une science aux méthodes aussi sévères que celles des sciences exactes. On s'est aperçu que les littératures le plus jalousement nationales avaient subi des influences extérieures et en avaient exercé sur leurs voisines. Aussi, à l'heure actuelle, la critique est-elle obligée de franchir à tout moment les frotitières politiques

pour retrouver les origines et suivre les développements des courants intellectuels. De lucides esprits s'adonnent à ces études de littérature comparée. Pour n'en citer que quelques-uns des plus récents, Joseph Texte, Marcel Schwob, Georges Brandès, Edmund Gosse, W.-G.-C.

By vanck, Edouard Rod, Teodor de Wyzewa ont pris pour champ de leurs investigations le monde tout entier ; ils nous signalent Tensemble des efforts et de l'activité de la pensée humaine et nous résument les résultats acquis.

On ne saurait donc se renfermer en des limites étroites. De nos jours, les idées voyagent avec la plus vertigineuse rapidité ; elles sont divulguées presque simultanément en tous les coins de la terre. Les mouvements intellectuels se succèdent sans répit ; ils coexistent même, se combattent, se soutiennent, se détruisent. En quelque pays qu'il surgisse^ un mouvement d'idées a une répercussion immédiate sur les esprits du monde entier, de sorte que si les auteurs, suivant leur nationalité, conservent encore un moyen d'expression qui leur est propre, s'ils se servent de langues différentes, ils énoncent des idées identiques, exposent des thèses similaires et propagent des théories d'application générale. La littérature s'universalise de plus en plus.

Toutefois, si les races sont à ce point mélangée» qu'on n'en retrouve plus nulle part les types originaux, les nations n'ont pas encore suffisamment fusionné pour que les nombreuses différen-

ces qui les «séparent se soient effacées» et ce sont ces contrastes et ces dissemblances qui séduisent justement la curiosité des lecteurs. De là le succès des romanciers russes, Dostoïevski, Tourgueniev, Tchékhov, Gorki ; d'écrivains anglais aussi originaux que Kipling et Wells ; des Scandinaves, comme Ibsen et Bjœmson. Leurs caractéristiques sont nettement tranchées. Si leurs personnages ressentent les émotions, les joies, les souffrances que nous connaissons, les causes qui les provoquent et les façons dont elles se manifestent sont tout autres. Les institutions^ les habitudes, les mœurs nous intéressent, et nous étonnent et sont T aliment principal de notre curiosité.

Mais il est des pays d'importance secondaire qui n'offrent pas, dans leur littérature, ces disparités, ou qui les présentent à un degré infiniment moindre. La Belgique en est un exemple. La langue française y domine. Bruxelles est à quelques heures de Paris, et au point de vue intellectuel, les Belges se rattachent directement à la France. D'ailleurs, à peine ont-ils acquis quelque notoriété que leurs auteurs accourent à Paris où, loin de se sentir en exil, ils prétendent se trouver chez eux. Maurice Maeterlinck, Camille Lemonnier, Emile Verhaeren, Eugène Demolder, et bien d'autres peuvent être considérés comme français et Ton ne peut guère les dire plus provinciaux que les gens de Toulouse, de Montpellier, de Lille ou de Nancy,

Nous allons voir que, pour le Canada, il en est à peu près de même. La langue prépondérante du Dominion est Tanglais ; aussi Tinfluence de la littérature de la Métropole s'exerce-t-elle avec une yigueur immédiate qui gêne Téelosion et le développement d'une littérature purement et exclusivement canadienne.

L'étude d*une littérature implique nécessairement la connaissance préalable de Thistoire et de la géographie de la contrée ; c'est la' base indispensable à laquelle vient s'ajouter une infinité de notions générales et particulières qui permettent une culture plus étendue et plus approfondie.

Le Canada est un des plus vastes pays du continent américain. Borné au sud par les Etats- Unis, il sp prolonge au nord jusque dans les régions glaciales, et va de l'Atlantique, à l'est, jusqu'au Pacifique, à l'ouest. Sa surface dépasse celle de l'Europe entière. Jean et Sébastien Cabot furent les deux premiers Européens qui débarquèrent sur ses côtes, le !i4 juin i497- ^^ iS^» une expédition française, sous les ordres de Denys et du Vénitien Verazzani, visita le golfe du Saint-Laurent. Les Espagnols les suivirent en quête de mines d'or ; n'ayant pas trouvé le métal qu'ils convoitaient, ils abandonnèrent le pays, et c'est Jacques Cartier, un marin de Saint-Malo, qui, en i534 et en i535, explora les rives du Saint-Laurent, remontant jusqu'à l'endroit où s'éleva plus tard Montréal. Au nom de François I^', il prit possession du pays qu'il bap-

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tisa « NouTelle France ». En i54a, La Roque de Roberval édifiait le fort de Gharlebourg, et en 1608, Samuel Champlain> qui explorait depuis cinq ans ces régions, fondait Québec. La ville prit une rapide extension ; la colonie se développa, et, en i6ao, Ghamplain en était nommé gouverneur. Attaqué par les Anglais en i63a, il capitulait, mais deux ans après, le Canada était restitué à la France. En 1689, en 171 1, les Anglais essayèrent de nouveau de s'en emparer. Ce n'est réellement qu'en 1766, sous le règne de Louis XV, qui vit disparaître l'empire colonial de la France^ que la conquête anglaise commença. La lutte dura plusieurs années ; en 1769, après une bataille mémorable, où succombèrent à la fois Wolfe, le général anglais, et Montcalm, le général français, Québec tombait au pouvoir des troupes anglaises victorieuses. Le traité de Paris, en 1768, cédait définitivement le Canada aux Anglais. Par la suite, en 1775, en i8ia, le Bas-Canada fut le théâtre d'hostilités acharnées entre les Anglais et les Américains ; ces derniers finirent par être repousses^ et acceptèrent une paix, signée le 24 décembre 1814, qui mettait fin à la contestation. A diverses reprises, l'élément français essaya, mais sans succès, de secouer le joug[ de l'autorité britannique.

Au moment de la cession à l'Angleterre* la populatipn n'était que de 70.000 habitants, la plupart français ; en 1814, elle était de 335.ooo, dont 275.000 Français. En 1871, le Canada

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comptait 3.8oo.ooo habitants, et en 1901, 5.400.000. Cette population totale comporte i.Soo.ooo Français environ ; le reste comprend 1. 000. 000 d'Irlandais, 900.000 Anglais, et 700.000 Ecossais; en outre, on 7 compte des Allemands et un grand nombre de Scandinaves, surtout des Norvégiens. De vastes parties du pays sont totalement inhabitées. Les provinces les plus peuplées sont celles qui se rapprochent des Etats-Unis, à l'esté et qui bordent le Saint- Laurent.

En i79i> un acte du Parlement sépara la colonie en Haut et Bas-Canada. Le Bas-Canada, qui avait pour capitale Québec, était et est encore habité en majorité par les Canadiens- Français, presque tous cathoUques et victimes d'un cléricalisme odieusement intolérant. Le 10 février 1840, les deux divisions étaient réunies sous un unique gouverneur. Enfin, le 29 mars 1867, un acte réglait la réunion du Canada, de la Nouvelle-Ecosse, et du Nouveau- Brunswick. Sous le nom de Domirdon of Canada, l'immense territoire fut placé sous la souveraineté de la reine Victoria,, et doté d'un gouvernement qu'assiste un Parlement élu, siégeant à Ottawa et composé d'un Sénat de 7a membres et d'une Chambre comptant 181 députés.

Concurremment à cette administration autonome, l'autorité britannique est représentée par un gouverneur général, qui a sous sa dépendance des lieutenants-gouverneurs dans chacune des

six proyinces actuelles. L'armée consiste en one milice qui, tout en restant à Tentière disposition du gouTemement fédéral, est commandée par un officier supérieur ai^^lais.

C'est depuis moins de quarante ans, donc, que le Canada constitue un pays relatiTement indépendant. Il est en plein dans la période préliminaire de son existence propre ; il s'efforce de se créer une activité particulière, de développer son commerce, son industrie, son agriculture, toute son énergie productrice, et de cultiver aussi les lettres et les arts.

Dans un article publié par le Mercure de France (i), M. de Marmande indiquait les heureuses tendances que manifeste depuis peu la littérature de langue française au Canada. La littérature de langue anglaise permet les mêmes constatations. Les écrivains anglo-canadiens veulent, en conservant la langue et les formes anglaises, créer une littérature originale au moins par son sujet et les éléments nouveaux qu'il comporte. Us n'y sont pas encore parvenus et, avant d'examiner leurs tentatives, il est indispensable — et il sera peut-être intéressant — de passer en revue les auteurs assez nombreux qui se sont occupés du Canada, et les ouvrages qui se rapportent à cette contrée.

Les premiers récits des voyageurs anglais, de

I» i^' novembre 1906, n<* aa5.

Samuel Heame, d'Âlexander Mackenzie, datent de la fin du xyiii^ siècle, et même du début du XIX*, et ces relations et descriptions n'ont de canadien que le sujet. Les écrits du comte de Selkirk, VHistorjy of Canada (i8i5), de William Smith, l'exposé de la Guerre de 1812, àe David Thompson, sont des ouvrages plus anglais qu'indigènes.

Cependant, il faut bien admettre comme premiers monuments de l'activité littéraire du Canada des productions dues à des individus de naissance britannique, mais qui, émigrés de bonne heure au Canada, tirent toute leur inspiration du milieu nouveau dans lequel ils vivent et auquel ils paraissent s'être spécialement adaptés. Ceuxlà ont oublié le public resté outre-mer ; ils n'écrivent pas pour l'Angleterre, mais, ayant subi plus ou moins volontairement une naturalisation complète, ils écrivent pour leur propre satisfaction «t celle de leurs nouveaux concitoyens. Ceux-là sont les véri^bles fondateurs de la littérature anglo-canadienne .

Toutefois, avant de nous occuper d'eux, il est bon de dire quelques mots de deux auteurs, deux Ecossais à qui un séjour temporaire sur les bords de l'Hudson a fourni matière à des volumes intéressants. Le premier, John Galt (2 mai 1779- II avril 1889), est le fameux auteur des Annals ofthe Parish. Mêlé à la formation dela« Canada Company », Galt fit une première visite à la colonie en 1824 ; deux ans après, il y retournait

comme secrétaire d'une commission chargée d'achats de terrains ; le aS avril 1827, il fondait solennellement la ville de Guelph, qui prospéra rapidement, à rencontre du fondateur obligé de rentrer en Angleterre à peu près ruiné. C'est alors qu'il écrivit Lawrie Todd or the Settlers et Bogie Corbety deux romans dont le décor et les personnages lui sont fournis par la colonie canadienne . Le premier est l'histoire d'un cloutier qui émigré en Amérique avec son frère et acquiert une grande fortune. Gomme de Foë le fit avec l'aventure d'Alexander Selkirk, Galt se sert de l'histoire authentique d'un certain Grant Thorburn, sur laquelle il brode à tout instant ses propres expériences. Dans le second, il veut, dit-il, donner un aperçu du monde des émigrants en général, et en particulier dépeindre certaines personnes « bien nées» qu'on y rencontre. C'est à cause de ces renseignements de première main sur les fondateurs de la puissance anglaise au Canada que ces livres de Galt ont place dans les limites de notre étude.

Un autre écrivain, Robert Michael Ballantyne (i8a5-i894)} a laissé quelques volumes intéressants au même titre. Il résida pendant six ans, de de i84i à 1847, dans les territoires de la Baie d'Hudsonet donna pour milieu à quelques-uns de ses quatre-vingts récits d'aventures, les personnages et les paysages canadiens.

C'est seulement pendant la seconde moitié du dernier siècle qu'il existe une production litté-

raire qu'on peut se risquer à appeler anglo-canadienne. Pourtant, dès i8a8» on relèye Texistence d'un journal, le Noça Scotian, qui était un organe canadien à la fois politique et littéraire. Son directeur et. propriétaire, un jeune imprimeur de vingt-quatre ans, josbph howe, en fit une feuille remarquable. Il eut des collaborateurs fameux, U y donna lui-même des séries de brillants articles, et il acquit très vite une puissante influence à Halifax et dans la Nouvelle-Ecosse . Député à l'Assemblée, il s'y montra orateur éloquent, devint secrétaire d'Etat, puis gouverneur de la province. Il mourut en iSjS. Ses Speeches and Public Letters avaient été publiés en i858.

Un des principaux collaborateurs de Joseph

Howe fut THOMAS GHANDLER HALIBURTON, qui était

né à Windsor, Nouvelle-Ecosse, en 1766. Avocat en i8ao, il devint magistrat en 18218 et occupa un siège à la Cour suprême en iS^^i. Ayant pris sa retraite en i856, il se fixa en Angleterre, fut fait a docteur en droit civil » par l'Université d'Oxford et représenta de 1859 à i863, comme député conservateur, la circonscription de Launceston à à la Chambre des Communes. Les articles qu'il envoyait au Noça iSco^îa/i étaient surtout humouristiques. Il créa un personnage qu'il baptisa Sam Slick, horloger-colporteur, auquel il prêta des opinions d'une drôlerie irrésistible, des juge, ments mordants, spirituels et satiriques, révélant une profonde connaissance de la nature humaine.

On peut dire que, de cette création originale, dérivent les humourîstes américains, qui, comme Mr Dooley récemment, s'expriment en argot.

Haliburton ne signait pas ses articles, mais il les réunit en volumes, en 1887 et 1840, sous le titre de The Glockmaker or Sayings and Doings of Samuel Slick of SUckçille, et, en i843-i844> une seconde série parut sous le titre de The Attaché, or Sam Slick in England. Haliburton écrivit un certain nombre d'autres ouvrages, parmi lesquels une étude historique et statistique de la Nouvelle- Ecosse (1835-1829); £a66{e< of Canada; The old Jndge, or Life in a Colony ; The Letterbag of the Great Western; Wise Saws and Modem Instances ; Nature and Human Nature ; Traits of American Humour ; Rule and Misrule of the EngUsh in America, etc.

A la fin du xix* siècle, une anthologie canadienne donnait des spécimens d'œuyres de cent trente-cinq poètes. Il en est naturellement, dans ce nombre, qui n'ont d'autre mérite que d'être Canadiens et l'on peut excuser un compilateur patriote de préférer la quantité à la qualité. Laissant de côté les versificateurs insignifiants^ nous nous bornerons à mentionner quelques personnalités intéressantes.

Le premier poète remarquable de cette longue liste est une femme, mrs suzannah moodib (i8o3-i885), sœur cadette de miss Agnès Strickland, l'historien de Marie Stuart et des reines d'Angleterre et d'Ecosse. Mrs Moodie se fixa à Ontario, en i83a, avec son mari, oificier écossais, et elle célébra dans ses poèmes les forêts d'érables et les longues pérégrinations en canoë.

CHARLES HBAVYSBGE (i8i6-i8j6) était un ébéniste de Liverpool qui émigra au Canada en i853. C'est après cette date qu'il composa des sonnets, des poèmes agréables, des romans ayant pour sujet et pour cadre son pays d'adoption. Il fit même plusieurs tragédies, dont l'une est intitulée SaûL Notre attention est < retenue ensuite par une Irlandaise, isabella valbngy CRAWFORD (1851-1887), qui, née à Dublin^ arriva

encore enfant au Canada. Deux de ses poèmes soBifxLmenx: Le Maître ConstructeurelLaHache du Pionnier. Mais le premier, véritablement, des poètes indigènes fut george Frederick game- RON (i854-i885), né dans la Nouvelle-Ecosse, et qui mérita les louanges des meilleurs poètes et critiques delà mère-patrie.

Dans ses volumes de vers, le d' willtam HENRY DRUMMOND emploie, avec une habileté extrême et un rare bonheur, ce curieux patois fait de français et d'anglais, qui se parle dans certaines parties du Dominion. Le D' Drummond est né en Irlande, dans le comté de Leitrim, mais il fit toutes ses études aux écoles et à l'Université de Montréal. En possession de son grade de docteur, il exerça quelque temps sa profession dans un de ces villages mixtes, nommé Bord à PloufTe, peuplé de « voyageurs » anglais et français, d'Indiens, de ces métis et de ces Canadiens francoécossais-irlandais qui servirent autrefois avec Wolseley, lors de l'expédition de la Rivière Rouge. Depuis i885, le D' Drummond est revenu à Montréal, où, tout en soignant ses concitoyens, il professe la jurisprudence médicale à l'Université (il est aussi docteur en droit). C'est en 1898 qu'il publia The Habitant and other French- Canadian Poems, recueil de pièces composées dans ce dialecte bigarré du village de ses débuts. L'année suivante, il fît paraître Phil-o'-Runis Canoë tX Madeleine Verchere$,ei, eniQoi : Johnnie Coarteau and other Poems,

Beaucoup plus fécond nous apparaît le professeur GHABLES GBORGS DOUGLAS ROBBRTS. Né le

lo janvier 1860, à Douglas, sur la rivière Saint- Jean, près de Fredericton, Nouveau-Brunswick, il fit à l'Université de sa province de très brillantes études, de solides humanités. Il occupa ensuite plusieurs postes secondaires dans renseignement ; en i883 et 1884, il dirigea une publication hebdomadaire de Toronto, The Week, fondée par Goldwin Smith ; ensuite, pendant dix ans, il professa diverses matières, entre autres les littératures anglaise et française ; enfin, en 1897, il devint à New- York le codirecteur de Y American Uluslrated. Son premier volume de vers, Orion anrf o/A^rPoems, parut en 1880; c'est le recueil juvénile d* un poète de vingt ans ; puis ce furent : en 1887, In Divers Tones ; en 1892, Ave^ une ode pour le centenaire de Shelley; en 1898, Songsofthe Common Dajr; en i9Q'],\The Book of the Natiçe ; en 1898, New York Nocturnes ; en 1903, TheBook oftheBose. En 1900, il publia ses CoUected Poems. G.-G.-D.Roberts a écrit aussi, sur des sujets très variés» un bon nombre de volumes en prose : des guides, une histoire du Canada et une douzaine de romans •

D*une famille d'émigrants allemands fixés jadis enPensylvanîe» archibald lampman (1881-1899) était né à Morpeth, dans TOntario. Il fit ses études à Toronto et entra dans Tadministration des postes fédérales, k Ottawa. L'édition complète de ses Poems, qui comprend, avec des

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pièces inédites, Among the Millet (1888) et Lyrics of Earth (1895), a été publiée par les soins de DUNGAN GAicPBBLL SCOTT, haut fonctionnaire du département des Affaires Indiennes, qui, poète lui-même, a donné déjà, outre un roman et des nouvelles, deux volumes de beaux vers : The Magic Hottse et Labor and the Angel,

Les vers de william wilfrbd gampbell sont ardemment patriotiques. Le poète, il est vrai, occupe de hautes fonctions officielles : il est Conseiller Privé du gouvernement fédéral à Ottawa. En outre, sa femme descend, par ses grand-père et grand'mère maternels, des rois d'Ecosse James rV et James V. Peut-être les sentiments impérialistes de Mr W.-W. Gampbell sont-ils renforcés par ces circonstances. Quoi qu'il en soit> ses vers ont de l'allure ; il en a publié plusieurs recueils : Lake Lyrics, en 1889; The Dread Voyage Poems^ en 1893 ; Second the Hills of Dream, en 1899 ; en 189S, il fit paraître aussi deux tragédies : Mordred et Hildebrand.

Ingénieur, professeur, à. présent journaliste, telles sont les professions qu'exerça william bliss GABMAN, le meilleur, le plus pur poète, selon nous, auquel le Canada ait donné naissance.

Compatriote de C.-G.-D. Roberts, Bliss Carman naquit à Fredericton, le i5 avril 1861. Il commença ses études à l'Université de New-Brunswick, les continua à Edimbourg et les termina à Harvard. Depuis 1890, il vit aux Etats-Unis, à New-York principalement, où il collabore à des

journaux ou en dirige. Son premier livre de vers, Low Tide on Grand Pré, publié en 1893, lui valut d*être salué comme un poète original et puissant.

Il donna par la suite, en 1896, Behind the Arras et A Seamark ; en 1897, Ballads o/Lost Haçen; en 1898, By theAureUan Wall ; en 1899, A Winter Holidajr ; en 1900, Last Songafrom Vagabondia, (Il avait donné, avec un de ses amis, Richard Hovey, mort depuis, deux recueils de beaux poèmes, Songsfrom Vagabondia, 1894, et More Sangs from Vagabondia^ 1896.) En 1901, paraissait Chrislmas Eçe atSt KaçMa, en 1902, Ode for the Coronation^ et une première série de Pipes of Pan, dont une seconde paraissait en 1903. Récemment il a pubUé Sapho, One Hundred Lyrics, d'inspiration classique.

Cet œuvre poétique, déjà considérable, révèle une des plus vigoureuses personnalités de Theure actuelle, un poète de langue anglaise qu'on peut sans témérité mettre au même rang que W.-B .

Yeats, Stephen Phillips, Arthur Symons, Laurence Binyon, etc . Il se peut même que la postérité le classe plus favorablement encore. Nous pourrions lui consacrer ime longue étude avec des citations nombreuses auxquelles le lecteur prendrait certainement plaisir. Mais ce serait étendre par trop les limites de cette esquisse, et nous remettrons cette tâche à plus tard. Donnons seulement, sans débats, un rapide jugement sur son œuvre. Chaque volume présente des carac-

téristiques différentes tant au point de vue de l'inspiration qu'à celui de la* technique, révélant ainsi les ressources multiples et les dons admirables du poète. Toutefois, on pourrait lui reprocher sa prolixité ; sa pensée est submergée souvent sous un torrent de mots et d'images que rien n'arrête. Il est bon de savoir se borner. « De temps à autre, comme le dit Mr William Archer, il est enclin à diluer ses idées jusqu'à une ténuité extrême, ou à les fouetter en une écume chatoyante, mais illusoire. »

Mr BlissCarman a, dans sa poésie, des qualités qui font de lui incontestablement un Canadien. Tout le paysage du Nouveau-Brunswick, de sa province d'origine, le hante et l'inspire. Il chante la mer et la forêt, les rivages et la plaine, avec un amour profond, ému et vaste pour la nature et pour la vie . Ces deux quatrains que nous ne pouvons résister à la tentation de citer sont typiques :

Over the sboulders and slopes of the dune

I saw the white daisies go down to the Ma, A host in the sunshine^ an armj in June

The people God sends us to set our heart free. The bobolincks rallied them up from the dell,

The orîoles whistled them out of the wood ; And ail of their singîng was, c< Earth, it is well t »

And ail of their dancing was, « Life, thou art good 1 »

Marguerites. — Sur les épaules et les pentes de la dune, j'ai vu les blanches marguerites descendre vers la mer, horde sans nombre au clair soleil de juin, que Dieu nous envoie pour affranchi nos cœurs.

Lds bruants ralliaient celles du vallon, et leur sonnaient la charge, les loriots^ à coups de sifflets stridents, rassemblaient celles des bois, toutes entonnaient le même chant : «c ïerre, c'est bien I m Toutes dansaient en chœur : « Vie, tu es bonne 1 »

Cet hymne retentit à tout instant dans les poèmes de Bliss Garman, et notre Yielé-Griffin, fils de l'Amérique lui aussi, le répète dans ses poèmes superbes : a La vie est belle de bel espoir I » C'est la saine chanson de la jeunesse ardente et vigoureuse, ivre d'espace, d'horizons immenses, impatiente des entraves, heureuse seulement en ses vagabondages par les contrées illimitées où l'on ne heurte pas à chaque tournant la clôture agressive et la défense de passer.

Bien que vivant aux Etats-Unis, Mr Bliss Garman n'oublie pas qu'il est sujet britannique et, désirant nous le prouver, il compose une ode pour le couronnement d'Edouard YII. Bien que Canadien, ou mieux parce que Canadien, sa culture est anglo-saxonne : il module des élégies sur Keats et sur Shelley , il célèbre William Blake et ses Chants d'Innocence. Cependant, ses poèmes inspirés par des .sujets d'Amérique, $es élégies sur Phillips Brooks, John Eliot Bowen, et sur Henry George ont des mérites beaucoup plus originaux. Il a même écrit quelques beaux vers sur Verlaine. « Il est toujours poète, déclare Mr William Archer ; sa vision est intense, son imagination puissante, son expression forte et libre ; et quand il réussit à être concis et clair, le résultat est une poésie d'un ordre très élevé. »

n semble que les mœurs canadiennes» avec ce qu'elles présentent en détail de distinct et de bizarre même, devraient être une source intéressante d'études pour le romancier. Mais il faut constater que le roman est un genre peu cultivé au Canada. Les cinq millions d*habitants ne fournissent sans doute pas un public suffisant et les Etats-Unis voisins, comme la mère-patrie, ne manifestent pas une curiosité rémunératrice, de sorte que les œuvres dignes d'attention sont rares.

Cependant, en i833, le Major John Richardson, né à Ontario, de parents écossais, publie Wacousta, roman du terroir, et jusqu'à ces dernières années c'est à peu près le seul que l'on puisse retenir. En mentionnant William Kirby, G. -M. Adam, Miss M.-M. Saunders, nous arrivons au Révérend Charles William Gordon qui est,à l'heure actuelle, le seul romancier purement canadien. Il est né près de Glengarry, dans l'Ontario, appartient à l'Eglise Presbytérienne et il est ministre de Saint Stephen's Church, à Winnipeg, depuis 1894* Sous le pseudonyme de ralph coNNOR, il a donné quelques romans intéressants : Beyônd the Marshes ; Black Rock ;

Ould Michael; The M an front Olengarry, etc.

En 1898, il publia The Skjy Pilot, roman dans lequel il met à profil les expériences qu'il recueillit, de 1890 à 1893, comme missionnaire auprès des mineurs et des bûcherons des Montagnes Rocheuses.

Quelques autres écrivains ont leur place ici, bien qulls aient quitté plus ou moins jeunes le Canada, et dans la plupart des cas sans esprit de retour. Cependant, on rencontre fréquemment dans leurs œuvres Finfluence des mœurs et des sites de leur pays, et leur personnalité a gardé Fempreinte de leur origine.

Miss LiLY DOUGALL, qui vit maintenant à Exmouth, en Angleterre, naquit le 16 avril i858 à Montréal ; elle étudia à Edimbourg, en Ecosse, et prit à TUniversité de St. Andrews un diplôme de « Lady Literale in Arts ». C'est en 1891 qu'elle publia son premier roman : Beggars AU, qui fut suivi de : What Necessity knows, en 1893 ; de The Mermaid et de Zeiigeist, en 1895 ; de The Madonna of a Day, en 1896 ; de A Do%en Wqys of Loçe, en 1898 ; de The Mormon Prophet, en 1898, et de The Earthljy Purgatôry en 1904. Ce sont des œuvres honorables, mais plus anglaises que canadiennes.

Une autre Canadienne complètement dénaturalisée est Mrs Everard Cotes (1861), qui publie sous son nom de jeune fille, saba jeannette dungan, un roman tous les ans. Ses deux premiers livres : A Social Departure (1890), basé sur un voyage

autour du monde, et An American Girl in London (1891), firent à leur apparition un certain bruit. Peu après, Miss Duncan épousa un journaliste étabU à Simla et depuis lors ses romans se rapportent beaucoup plus aux Indes qu'au Canada.

Bien que fixé en Angleterre, où, en 1900, il se fit élire à la Chambre des Communes par la circonscription de Gravesend, sir gilbert parker est resté un romancier canadien. Né le aS novembre 1862, il étudia à Toronto, partit pour l'Australie,, fut codirecteur, en 1889, du Sjydney Morning Herald, parcourut rOcéanie, l'Extrême- Orient, l'Europe, et tout le Canada septentrional. Il a pubUé un volume de vers : A Loçer's Diary, en 1894; une relation de ses voyages en Océanie et en Australie ; une adaptation de Faust en 1888, et trois pièces de théâtre, dont Tune est tirée d'un de ses romans. Mais ce fut le succès de Pierre and his People (189a), une belle étude du caractère canadien^ qui le décida à continuer dans une voie où il s'est acquis depuis une enviable notoriété . Gilbert Parker se mit donc à écrire des récits de la vie canadienne d'aujourd'hui ou d'autrefois, prenant pour cadre les provinces diverses et, pour personnages, des colons, des métis, etc. The Seats ofthe Mighty (1896) est un roman historique, se déroulant au siège de Québec avec Wolfe ; The Pomps of the Laçillettes (1893) est l'histoire d'une famille canadienne de jadis. The Translation of a Saça^e (1894), The Trail of

the Sword (1894), When Valmond came to Pontiac (1894), The Lane that had no turning (igoo), The Right of Way (1901) évoquent aux lecteurs le Canada avec ses mœurs présentes ou passées. En terminant cette énumération, il serait injuste de ne pas dire que gharles grant allen, bien que le plus dénaturalisé de tous, appartient, par son origine, au Canada, étant né en 1848 à Kingston. Mais U vint de bonne heure étudier à Oxford et perdit dès lors tout contact avec sa contrée native. Honmie de science, sociologue, romancier» il fut un des esprits les plus distingués de la fin du dernier siècle. Dans une série de romans hardis, « Hilttop Novels », qui débuta en 1895, par The Woman who did, il exposa ses vues sur la vie et la société, ses idées sur le mariage et les relations des sexes, vues et idées en complet désaccord avec les théories conventionnellement admises et dont s'effaroucha quelque peu le public timoré. Plus tard, quand le mouvement d'idées qui se dessine actuellement aura perdu sa timidité et acquis plus de force et d'ampleur, Grant Allen sera considéré comme un précurseur et ses œuvres exerceront une salutaire influence.

On ne saurait, en résumant un mouvement littéraire, exclure même de la plus brève des esquisses^ les savants, les érudits^ les historiens dont les ouvrages sont d'une importance durable, encore que s' adressant à un public peu nombreux.

Les premiers de ces savants furent inévitablement des émigrés nés en Angleterre et n'ayant parfois quitté la mëre-pati;ie qu'à un âge assez avancé. William kinosford, par exemple, l'auteur d'une History of Canada, en lo volumes (1887-1897), qui fait autorité, était né à Londres en 1819 et ne vint au Canada qu'en 1887. Sergent de dragons, il abandonna l'arméei en 1841 et s'occupa jusqu'en 1879 de construction de canaux, de chemins de fer et de ports dans toute l'Amérique septentrionale jusqu'à Panama. Son Histoire lui coûta dix-sept ans de patientes et minutieuses recherches dans les archives canadiennes, et bien que le style ne soit pas toujours des plus élégants, elle est complète, impartiale et remarquablement iidèle à ses sources. Kingsford mourut en 1898.

Ce n'est qu'en 1871 que goldwin smith se fixa au Canada. Il est né en 18123, à Reading, passa

d'fiton à Oxford, où il fit des études extrême--

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