Beauchemin — Montréal
iL^Unûtn libérale) 28 nor. 1890.
Nous avons parcouru ce joli volume de poésies, édité avec un luxe inaccoutumé.
Si le travail d'impression à son mérite, à plus de forte raison l'ouvrage lui-même, quant à la forme et au fond. Ces quarante-quatre pièces, avec préface et dédicace, seront parcourues avec plaisir réel par ceux qui savent encore ce que c'est que la poésie et qui sont à même de faire la différence entre un poète et et un faiseur de vers.
Avant d'entrer plus au long dans le mérite du livre, nous désirons enregistrer notre protêt contre cette partie de la préface qui décerne à M. Louis Fréchette le titre pompeux de " père de la poésie française en Amérique." M. Lorrain à été un peu troc complaisant pour l'au-
teur de la Légende iTun peuple ce livre qu'on ne lit plus que dans les écoles où on le donne en prix.
Nous réclamons en faveur de notre cher et bien-aimé Grémasie, le titre qui lui appartient, celui de père de la poésie française en Amérique. Crémasie a été poète véritable par le cœur et les sentiments, et nous ne sachons pas qu'en le lisant on se soit involontairement dit : ** Mais j'ai vu cela quelque part, dans Hugo, ou Coppée ?"
Respectons les vivants et ne dépouillons pas les moits. Nous respectons M. Fréchette, qui a certainement des mérites ; mais aus>si nous nous ne voulons pas que le poète aimé de notre jeunesse, l'immortel auteur du Drapeau de Carillony poit renversé de son piédestal pour être remplacé par M. Louis Fréchette qui n'a pas, que nous sachions, mérité encore de statue.
Le livre de Lorrain se distingue par des qualités réelles : chaque pièce de poésie est d'une facture parfaite. La rime sans être riche, est appropriée et il règne dans tout le livre, un souffle poétique assez intense pour que nous devinions chez l'auteur une âme éprise du Beau.
Vous lisez Lorrain, et vous trouvez que c'est
bjL^
du Lorrain ; et c'est là, de nos jours, nue chose plus rare que vous ne le pensez. Il nous arrive souvent de lire certains de nos poètes canadiens, jeunes ou vieux, et de nous avouer que Sully-Prud'homme, Goppée et Leconte de Lisle s'étaient un peu frôlés à cette poésie, qai avait le mérite d'être impersonnelle un pea trop visiblement.
Bien de cela chez Lorrain ; il reste lui et son œuvre est personnelle. Non pas qu'elle sorte des sentiers ordinaires de la poésie à laqelle nous sommes accoutumés; mais elle a, au moins, le rare mérite de rester propre à l'auteur, sans qu'on puisse évoquer, en la parcourant, le souvenir de certaines lectures parmi les poètes contemporains.
Nous avons rencontré certaine faiblesses qui sautent aux yeux du lecteur ; mais ce ne sont là que des défauts d'occasion, inhérents à toute oeuvre de jeune homme. C'est ainsi, par exemple, qu'à la page 136 on trouve le vers suivant :
Sot sa ylve corolle on dirait voir errer I
Assurément l'expression ; on dirait voir entf est défectueuse. Le poète a certainement voulu dire : " on croirait voir errer," ce qui aurait été bien français.
A la page 139 le huitième vtrs laisse beaa-
coup à désirer, et le premier vers de la page 177:
**Bare7nerU verra-t-on un poète être avare,'^ un est d'une dureté un peu tropaccentuée.
Nous aimons à croire que M. Lorrain fera disparîtro cen taches dans la prochaine édition de ses Fleurs poétiques. Nous savons une chose, c'est que notre ami, le poète d'Iberville, n'a jamais pensé un seul instant que son œuvre fut parfaite. Il nous le redit en toute sincérité dans sa préface, qui a encore un mérite à nos veux : celui d'être courte. Il n'en est encore qu'à son premier recueil : rien d'étonnant alors qu'il f«e soit glissé ici et là certaines faiblesses, des oublis inattendus que l'expérience et une nouvelle édition feront disparaître.
D'ailleurs, que sont ces légers défauts comparés aux beautés réelles que renferme ce livre simple, ému, paisible, exempt de toute rêverie et où il n'y a pas ce fond spleenétique que l'on rencontre assez souvent chez certains versificateurs contemporains ?
Le livre, c'est le poète, c'est l'homme et à lire ces pages d'une simplicité réelle, où il perce souventes fois une pointe d'émotion, à parcourir ces feuillets bien imprimés d'où l'on sent monter un souffle de quiétude et d'appaisement, on s'avoue de suite que l'on est en
présence d'un homme supérieur dont la vie est paisible, toute d'intérieur, n'ayant rien ou presque rien laissé aux ronces du chemin.
Lorrain est un de nos jeunes gens d'avenir.
Avocat distingué, auteur d'ouvrages de droit qui sont dans toutes les mains, écri vain de mérite, méthodique, renseigné, il a certainement une belle carrière à remplir. Notre poète est blond, d'un blond d'Allemand, un peu grassouiller à la Fréchette, teint animé, yeux bleus, démarche d'abbé, manières aimables et polies ; tout, chez lui, s'harmonise parfaitement. On n'y rencontre pas de ces heurts de natnre qui blessent l'œil et font, de prime-abord, un eîfet désagréable.
Nous avons tenu à mettre devant le public le jeune poète d'Iberville et son œuvre poétique. Nous devonn aux jeunes de leur tendre la main. Il en est assez de ces dénigieurs moroses qui ne cherchent qu'à diminuer les talents en pousse : à nous d'enrayer leurs efforts.
Charles* *♦*
M. Léon Lorrain est un poète agréable et facile qui affectionne particulièrement la note sentimentale et se complaît dans une sorte de spiritualisme plein de charme.
Sa muse est chaste et pieuse et respire le patriotisme le plus ardent.
Nous citerons : Extase ; Suive Regina ; A Orémazie.
Le Monde,
de Montréal 11 déc. 1890.
Le volume de M. Lorrain renferme de très jolies choses.
Le sérieux tient assez large place à côté du léger. L'auteur dans ce léger se respecte et respecte ausni ses lecteurs, ce n'est pas un petit mérite de nos jours où l'on s'imagine que le sale moral est le beau littéraire. Les nialpropres à la Zola sont assez connus.
Le sentiment chrétien, à la manière de Lamartine, pénètre plusieurs de ces bluettes.
C'est alors que l'auteur donne ses meilleurs coups d'aile.
Nous voyons avec plaisir que la première des poésies de M. Lorrain est dédiée à son bienfaiteur M. A. Dufresne. La reconnaissance est si peu commune de nos jours que l'on aime a la voir s'affirmer ainsi hautement.
▲ M. ALEXANDRE DUFBESNB
Ancien député d^Ibenrille MON BIENFATTEUR
Décédé le 30 septeinbre 1878.
Tout jeune, voyageur inexpérimenté,
Sur le grand chemin de la vie J'allais je ne sais où. Tout désorienté, Je ne connaissais rien, ni la route suivie, Ni oelle à parcourir, même le lendemain.
N'ayant, pour me guider, ni jalon, ni repère. Errant sans espérance à l'âge où l'on espère I Alors un protecteur, ou plutôt un bon père, Vers moi tendit sa main, sa généreuse main.
Qui m'indiqua l'éoueil où la tempête grond».
Et dirigea mes pas tremblants vers l'avenir.
Begretté bienfaiteur, tu. n'es plus de oe monde ; Mais je coziserverai toujours ton souvenir.
Car la reconnaissance en mon cœur surabonde.
Quant à la forme rythmique, nous nous somuies demandé »\ }a rime n'était poÎQt parfois trop prosaïque et ei la texture du vers était toujours assez vigoureuse. Nous remplacerions volontiers le titre désespoir, page 41 , par désen^ chantée»
Somme toute, les premières fleurs poétiques de M. Lorrain ont une valeur réelle qui fait bien espérer de sa muse.
La maison BeauOTiemin mérite des éloges quant à l'exécution typographique ; on ne fait pas mieux que cela dans le pays.
Les Hémiptères, P&r Pabbé Proyancher.
Vol. in-8 de 354 pages, illustré. — Darveau — Québec.
''Ce volume fait suite au second, traitant deB Hyménoptères. Comme dans les volumes précédents, Tauteur a borné le champ de ses études particulièrement à la province de Québec, cependant, chaque fois qu'il en a eu l'occasion, il n'a pas héeité à donner la description de tout insecte trouvé dans les autres provinces britanniques, ou même en dehors, lorsqu'il a pu constater que c'était une espèce nouvelle. On trouvera dans ce volume la description d'un grand nombre d'espèces nouvelles, et à chaque famille et chaque genre des clefs systématiques pour faciliter la détermination de ses espèces."
Prix : $2.00, s'adresser à l'auteur, au Cap Rouge.
C'est le Sètiie volume de la faune eniomohgique de M. Provancher.
On ne saurait trop encourager ce 8aTant laborieux qui ne demande qu'à servir la science
et le pays.
Ce qu'il faut à Técolier d'aujourd'hui pour être rhomme de demain. Discours
prononcé au petit Séminaire de Montréal, le 2 février 1890, fête de la Purification de la sainte Vierge, par Mr. l'abbé S. Bourassa, vicaire à St. Joseph de Montréal.
Pour devenir un homme, il faut : le savoir les convictions, l'honneur. Belatîvement au savoir, l'orateur appuie particulièrement sur l'étude du latin, du grec et de la philosophie, étude que les partisans de l'éducation utilitaire voudraient mettre à l'arrière-plan.
M. Bourassa sait faire du solide. Le style est très soigné.
Nos asiles d'aliénés, par Napoléon Legendre — Belleau — Québec — i890.
Le progrès est une belle chose et il fait plai-
sir de voir que les voyants, Ô0 ce côté, ne font pas défaut chez nous.
M. Legendre traite aujourd'hui la question des asiles.
Lisons et notons au fur et à mesure.
M. Legendre se propose de parcourir et d'analyser ( page 4 ) les cinq rapports annuels de M. le Dr Vallée, Cela tranche déjà plusieurs Questions. Une autre manière nous plairait davantage.
" La médecine a progressé (5). Nos hôpitaux d'aliénés doivent réunir toutes les conditions qui peuvent aider Thomme de Part à remplir sa mission "
'* Il y a progrès chez nous, mais pas autant qu'aux Etats et qu'à Ontario,"
L'auteur tient-il compte de» améliorations faites à St Jean de Dieu depuis le dernier incendie ?
Dans le passé, a-t-on pu faire plus que ce qu'on a fait, étant données les circonstances connues 7
" Nous ne croyons pas qu'il poit arrivé, une seule fois, qu'une personne ait été internée, et retenue à l'asile, sans d'excellentes raisond."
Voilà qui répond à propos à un récent avancé de la Patrie de Montréal.
L'auteur déinot^re (8) que les sujets que l'oo désire interner y sont envoyés d'une façon irrégulière.
Pas d'aniles à 5 étages ( 10 ) ; des pavillons séparés, et un étage seutemeut au-dessus du rez-de-chaussée, avec une galerie couverte autour du rez-de-chaussée.
Magnifique.
C'est ce qui existe aujourd'hui à St-Jean de Dieu moins les galeries, mais la reconstruction n'est pas terminée.
Pourquoi l'auteur ne dit-il pas'un traître mot de ces améliorations. Un voyage à la Longue- Pointe n'eut pas été hors de mise^avant d'écrire une brochure sur les asiles.
Dès lors, est-il légitime de dire : " il y a encore hien davantage à faire ( 6 ) pour mettre nos établissements sur le même pied que ceux de la province d'Ontario " ?
M. Legendre a-t-il lu ce que M. Taché a écrit de la valeur comparative des asiles de Québec et d'Ontario 7 il y a là une conclusion qui diffère de celle de l'auteur.
Oii est la vérité?
Traitant de l'autorité du médeciu et de l'adtninistratioD : *' les aliénés^ sont maintenant élevés au rang des malades ; dès lors ils relèvent entièrement de l'action et de la direction du médecin et doivent être soumis à une seule • autorité." M. Legendre ne veut donc qu'une tête. Pour confirmer sa doctrine^ il cite un extrait du rapport du Dr Desrosiers oiH l'on voit plusieurs têtes I C'est embrouillé. On lit^ à ce sujet, dans cet extrait, que les sœurs de l'hôpital Notre-Dame n'ont le droit d'admettre ni de congédier aucun patient ( aujourd'hui les religieuses de l'asile St^Jean-de-Dieu prétendentelles avoir ce droit ? ) ; qu'elles ne peuvent prescrire aucun remède ( les religieuses de St- Jean-de-Dieu prescrivent-elles des remèdes ?
Serait-ce un mal si ces femmes, qui en savent plus long que certains médecins, prescrivaient quelque chose dans des cas accidentels ou qui crèvent les yeux ? ); qu'elles ne peuvent ni changer ni modifier aucune prescription ( cou naîton quelqu'un dans nos maisons qui ait eu la présomption de changer les prescriptions ? )
L'auteur cite le fait que les autorités de l'asile ne veulent pas reconnaître l'autorité du bureau médical sur les congés d'épreuve.
" Les autorités de l'asile exigent pour mettre
QD malade en liberté un ordre signé par l'honorable secrétaire provincial ou par son assistant. "
Pour quelle raison l'autorité de Tasile agitelle ainsi 7
L'auteur ne le dit pas.
Les réponses aux questions susdites sont-elles pour ou contre les propriétaires des asiles ?
L'auteur ne le dit pas non plus.
Il conclut cependant ;
" Nous avons en ce point ( l'autorité du médecin et l'administration) de grandes modifications à faire dans les asiles de notre province."
Avant de modifier grandement ne serait-il pas à propos de s'assurer un peu plus ?
Le personnel de l'asile doit être choisi par le médecin (24). Gomment faut-il entendre ce choix chez les religieuses qui sont chez elles ? Lorsqu'une raligieuse ne sera pas du goût du médecin qui la renverra de chez elle? Qui devra la remplacer ?
" Les gardiens devraient porter des costumes". Les gardiens dans nos asiies portent^ils un costume 7
Il faut un travail réglé (29), rétribué (31), manuel et en plein air, autant que possible (32),
8oa8 la gouverne da médecin (34), et sous la direction des bons chefd d'atelier.
Très bien.
** Et, sur ce point encore, nous devons constater qu'avec le mode ordinaire d'alfermage, il est bien difficile, pour ne pas dire impossible d'avoir une bonne organisation du travail. La position des propriétaires d'asiles n'est pas assez stable pour qu'ils fassent les frais nécessaires à cette organisation. Ils ont un contrat pour un certain nombre d'années ; qui leur assure qu'il sera renouvelé ? Tl y a dans ce mode de direction des asiles un caractère de non permanence, de transition, de non confiance, qui frappe de prime abord et qui déteint sur tous les services. Il y aurait donc de sérieuses améliorations à faire, sous ce rapport, dans nos maisons de santé."
Pourquoi le propriétaire ne pourrait-il pas faire les frais en question ? La remarque de l'auteur ne prouve pas. Nous lisons dans sa brochure p. 34 (il cite le Dr Vallée) : "En définitive ces dépenf^es relativement fcdbles seraient bien vite compensées par les bénifices réalisés par le travail des malades " I
Des qu'une maison donne satisfaction, n'estou pas moralement certain que le contrat ne sera renouvelé ?
Les communautés religieuses n'ont-elles pas la stabilité que demande l'auteur ?
Il faut débarrasser Pa8ile,des infirmes d'esprit qui ne sont p%8 curables. "Jusqu'ici, dans notre pays, l'assistance de l'idiot a été confondue avec celle de l'aliéné" Dr Vallée, R. de 1887.
Faut-il entendre aussi que les idiote et les aliénés étaient pèle-mèle dans les mêmes salles ?
M. Legendre ajoute ( page 47 ) : " Notre étude est basée sur des rapports oflBciels qni constatent qu'en Europe, aux Etets-Unis et dans Ontario on r fait des progrès considérables dans cette branche de l'assistance publique, tandis que dans notre province on est encore, à peu près partout, attaché aux vieilles méthodes que tous les pays éclairée ont mises décote l'une après l'autre. Tous les raisonnements du monde ne réussiront pas à changer ces faits, de même que toutes les récriminations ne nous empêcheront pas de faire connaître la vérité. "
Une phrase de cette portée, qu'on nous jettera peut-être un jour à la face, devait être mise dans la balance.
Nous avons un établissement pour les idiots à St-Ferdinand d'Halifax.
Le gouvernement Mercier a fait passer une loi dans le sens indiqué par l'auteur, les idiots devant être confiés à diverses communautés.
M. Legendre cite le rapport de la commission des asiles oii il est dit : Le Dr Bourque de IV sile de St-Jean-de-Dieu a donné ordre de séparer complètement les idiots et les imbéciles des sujets périssables.
Est-ce après cela que M. Legendre a droit de nous gratifier d'un certificat d'ignorance et de dire ** qu'à peu près partout on est oMcLché aux vieilles méthodes ? " Ce n'est pas la science qui a fait défaut ; et si on a eu la science on n'a pas pu avoir d'attachement à un système qui détruisait la science.
L'auteur ajoute^ citant le rapport de la commission de 1888 : *' jusqu'à présent on n'a tenu aucun compte de l'ordre du Dr Bourque, qui est resté à l'état de lettre morte."
Voilà une 2èmeaccasotion nettement formulée. Il faudrait ici d'autres renseignements. 11 faudrait dans tous les cas un bout de critique historique, ce qui ferait voir l'exactitude du fait, s'il y a lien, et le degré de responsabilité suivant les circonstances atténuantes ou non.
*' Quand il est question des curables, il faut ; employer les méthodes qui offrent, les plus
hautes garanties ; et malheureusement, l'affermage n'entre pas dans cette catégorie." Puis citant la commission de 1888 : " ce système a été suivi un peu partout, mais aujourd'hui il est presqu'abandonné p. 51.
Quelles sont les inconvénients de ce système ? C'est un étranger qui va répondre, le Dr. Fal* lières.
Pourquoi courir si loin 7 Pourquoi ne point parler des inconvénients qui existent chez nous, s'il y en a, au lieu d'aller à l'étranger ?
Ecoutons le Dr Fallières : " Qu'arrive-t-il en effet ? Ces maisons sont fondées dans un but de spéculation, elles entraînent des frais considérables".
Nous demandons :
Les asiles de la province de Québec ont-ila été fondés dans un but de spéculation ?
N'y a't-il pas autre chose à dire contre le système d'affermage ?
Quand ** même il n'y aurait pas d'exploitation coupable des malades, ajoute M. Dr. Fallières, on est obligé de constater qu'on est pas en mesure d'exiger de ces établissements les sacrifices nécessaires à l'amélioration des services."
Et si ces établissements voulaient les faire ces sacrifices ?
M. Legendre ajoute : ''Et quand même on
écarterait, comme le dit M. de Falliéres l'hypothèse d'ane exploitation coupable il n'en reste, pas moins vrai que ce mode d'assistance ne fournit point aux malades toute la somme et la qualité du traitement auxquels ils ont droit, et ne donne que le mininum des guérisons. "
S'il n'y a pas d'exploitation, les malades ont nécessairement ce à quoi ils ont droit, la conclusion donc n'est pas logique.
Quand au nombre des guérisons, il n'y a pas UB traître chiffre.
Nos asiles ont-ils guéri moins d'aliénés, proportion gardée, que les asiles qui leur sont opposés. C'est ce sur quoi nous avons besoin d'être renseignés 7 A-t-on peur de toucher ce côté de la question ?
Tout cela se résume en deux mots : faiblesse d'argumentation.
L'auteur se déclare pour les religieuses comme gardiennes dans les asiles de femmes.
" Dans les asiles pour les hommes, les religieux et les laïques, suivant certaines autorités (Qui ?) donnent à peu d'exceptions près une égale satisfaction."
Plus loin (55) M. Legendre dit que les religieux et les religieuses offrent le plus de garanties et cela par ce que, dit-il, à la suite du
Dr Vallée : " Pour le soia des aliénées, il faut un tact, une patience et un désintéressement que l'on n'obtient pas toujours à prix d'argent " (66).
M. Legendre se déclare finalement en favear du projet de VEkU propriétaire d^caUes (58).
" Nous comprenons, dit-il, qu'il y aurait probablement quelques frais à encourir." Ce prohablemerU a dû échapper au correcteur d'épreuves.
*^ Mais cette dépense se ferait une fois pour toutes, et la direction des établissements possédés ou contrôlés par VEtcU ne serait pas plus coûteuse qu'elle ne l'e?t actuellement. "
Si nous faisions un article sur les asiles, nous en aurions long à dire ici, mais noas ne devons pas sortir de notre rôle de bibliographe.
Qu'il suffise de dire que lenteur affirme ici purement et simplement, sans apporter un mot capable de donner à son avancé le mérite de la prohabHUé»
La brochure de M. Legendre a 66 pages, sur bon papier. Elle est très bien imprimée.
Cette étude qui, comme on le voit, renferme d'excellentes choses, n'est pas cependant une étude approfondie quant au point de vue qui préoccupe aujourd'hui le pays, et les députés.
pour voter un changement radical dans le système de nos asiles, ont besoin de plus amples renseignements.
Il eut vrai de dire que M. Légendre n'ayant voulu que résumer les divers rapports du Dr Vallée, on ne doit point, pour être juste, trop exiger.
Les travaux da Dr Vallée et de M» Legeadre ont leur valeur, mais, encore une fois, il est nécessaire que d'autres se mettent aussi à l'œuvre. F. A. B.
Le Canada au point de vue de TEmigra-
tion, par M. Herreboudt, Bruges — 1190.
Cette brochure a pour but d'éclairer les populations belges, françaises, luxembourgeoises, suisses, etc., sur les avantages que leur offre notre pays au point de vue de la colonisation.
Cet ami du Canada, où il s'est fixé avec sa famille depuis deux ans, e&t retourné en Belgique au printemps dernier pour y faire connaître les ressources de son pays d'adoption et fonder une société commerciale dont le but serait de coloniser la Gaepésie et d'exploiter les immences richesses naturelles de cette partie de la province de Québec.
Cette société, au capital d'un luillioo de piastres, est aujourd'hui fondée et n'attend que la coopération du gouvernemeDt, sous forme de construction d'un chemin de fer de colonisation dans la Gaspésie pour commencer ses opérations.
Le peuple belge est laborieux, économe, sobre, travailleur, bon catholique et le Canada-français ne peut désirer une meilleure immigration que celle qui lui viendra de ce côté.
6 déc. 1890. L'Etendard.
Nos Ecoles, par Napoléon Legendre — 100 pages — Darveau — Québec — 1890.
M. Legendre passe en revue l'enseignement primaire (écoles élémentaires, écoles modèles, académies ) renseignement secondaire ( collèges), et renseignement spécial (écoles normales, etc.) Il parle de l'organisation des études, des méthodes et de l'hygiène.
Il y a dans cette brochure du faux, da contestable et beaucoup de vrai.
L'Enseignement primaire.
Ecoïea UémentaireB.
Nous n'admettons pas que l'école primaire soit au Canada obligatoire (page 11), même
d'une façon atténuée. La raison en est que la rétribution mensuelle de 40 centins pèse sur toutes les têtes et qu'elle n'a pas, par suite, le caractère d'une pénalité. Nous tenons de fait à ce qu'il ne soit point dit que notre l'égislation est entachée de la lèpre gouvernementale qui à nom instruction élémentaire obligatoire.
L'auteur a raison de dire que le salaire des instituteurs et des institutrices n'est pas asfe>ez élevé.
La dissection de la phrase, du mot, son origine, son histoire, ses transformations succèssivei^, ses affinités, ses parentés, sont un quelque chose de trop fort pour l'intelligence bornée des enfants dans l'école primaire (17). Il faut donner peu à la fois à l'intelligence de l'enfant
Il est vrai de dire qu'il ne faut pas enseigner le français à la manière des langues mortes.
M. Legendre dit de bonnes choses sur la surcharge que l'on impose trop souvent à la mémoire, il exagère cependant en sens opposé ( 22 ). II cite M. Jules Simon qui voudrait " que l'on cessât presqu'entièrement de faire apprendre des régit s par cœur. " Il y aurait beaucoup à distinguer dans tout cela.
Ce qu'il faut donner à l'enfant ce n'est pafl le meilleur àbsolumerU c'est le meilleur relatif vemerU; ce meilleur, c'est avant tout l'a. b. c.. Vêlement de chaque chose.
L'instituteur ne remplit pas une charge de VEiat, il n'occupe pas un emploi de l'Etat, comme il est dit, page 26.
L'instituteur est le suppléant de la famille et non le représerUanl de VEtaJt. La raison en est que ces instituteurs ne tiennent pas de l'Etat leur mission et leurs pouvoirs. Ceci, on ne saurait le répéter trop souvent Soutenir le contraire est une erreur formelle.
M. Legendre dit avec raison, du bien, du Recueil de devoirs de M. Lippens, mais il semble croire, p. 30, que les exercices de ce genre ne sont pas en usage dans un grand nombre d'institutions. Il aurait tort de le croire.
Enseignement élémentaire Académies, Gonrento
M. Legendre veut ici un enseignement proH- Hqusp.Sl, Nous en sommes dès que l'on s'entend sur le sens du mot proMque. Beaucoup de personnes ont des idées fausses sur le sens de ce mot en matière d'éducation. Pla-
sieurs veulent qu'un enfant soit un homme au sortir de l'école.
L'enseignement donne non pas le savoir mais le pouvoir : c'est là clef pour ouvrir.
Enseignement n'est pas synonyme d'encyclopédie.
*' Le programme de nos académies qui comprend aussi l'école modèle et l'école primaire, est rédigé avec beaucoup de soin, et l'élève qui le suit en son entier doit être apte à remplir un grand nombre d'emplois bonorablee ," p. 31. Plusieurs songent cependant à modifier ce programme. Ne disait-on pas en cbambre deruîèrement qu'on enseigne beaucoup de cboses inutiles dans nos écoles ?
Dieu nous garde cependant de donner tort à l'auteur. Notre programme est bon ; il peut être perfectionné, voilà tout.
Nous croyons avec l'auteur, p. 32," que certains éléments de vie publique pourraient être introduits avec fruit dans quelques classes.
Pour notre part, nous enseignons l'a. b. c. de l'économie politique aux finissants du cours commercial et aux philosophes, au collège Joliette, et nous avons lieu de nous en féliciter. Il va, sans le dire, qu'il faut toujours se proportionner à l'enfant, et laisser l'accessoir au second plan. L'important n'est pas de con-
paître toutes les lois, l'im portant c'est d*apprendre à obHr à la loi 1
Quant à la gymnastique, " il en faut " p. 22, mais pas trop. Plus, un peu, que ce que nous avons.
M. Legendre a tort lorsqu'il dit, p. 37, que dans la plupart des couvents le cours n'est pas du toui adapté au genre de vie qui attend la grande majorité des élèves. Il faudrait ici préciser.
On reproche souvent aux religieuses d'enseigner le piano à un trop grand nombre d'élèves.
Lorsque l'on veut creuser un peu, on pe trouve ici en face de la volonté du père ou de la mère- Nous en savons quelque chose.
Enseigrnement secondaire Collèges
Monsieur Legendre fait erreur lorsqu'il met le latin, p. 42, dans Vaccesaoir. Dans un cours classique, cet enseignement fait partie du principal L'auteur, disons-le pour être juste, s'amende un peu p. 46. II ne contredit pas à la conclusion qu'il tire des opinions diverses :
En somme, on semble erre d'accord pour
convenir qne Tétude du latin est nécessaire. " La vérité, c'est que le grec et le latin ne sont pas encore suffisamment enseignés chez nous, et cela en plus d'un endroit. C'est surtout par cette étude que se fortifient les études classiques* La méthode américaine sourit à Tauteur : " retarder de quelques années l'étude des langues mortes et la renvoyer aux classes plus avancées. '* La majorité de nos professeurs ne pense pas ainsi, croyons-nous. Les classes avancées sont déjà suffisamment encombrées et supposent du reste la connaissance du latin.
Pourquoi ne rien dire de la philosophie ?
Pourquoi ne formuler aucun désir sur son compte ? Voilà l'étude qui nous donnera des hommes et de la force.
Pourquoi ne pas déplorer aussi la facilité qu'ont les élèves des écoles normales de se présenter aujourd'hui à l'étude de la médecine, an détriment des fortes études classiques.
Pourquoi ne pas reprocher aux médecins île rendre facultatives au choix des aspirants deux des études suivantes : la physique, le grec, la philosophie ?
Bnseigrnexnent spécial Ecoles normaleB.
Ce que l'auteur dit des écoles normales est vrai kprion»
Quant à leur utilité pratique, tous ne sont pas d'accord. Il y a des esprits distingués des deux côtés.
M. le docteur Meilleur recommandait, dans son rapport de 1861, " de faire donner l'ensei- '* gnement normal, dans nos institutions d'édu- " cations secondaire, aux personnes des -deux *' sexes qui serait disposées à se couFacrer à " l'enseignement -primaire."
Si ces institutions avaient reçu, dans ce but le un mîMoUf cent onze rniUey six cent soixante et dix piastre8($l,lll,670)dépensées pour les trois écoles normales laïques de 1856 à 1880, les résultats ne serait-ils pas supérieurs ?
En 1880, 7 par cent seulement des instituteurfi et des institututrices étaient sortis de ces écoles normales ; 93 par cent venaient d'ailleurs.
De 1856 à 1880, les écoles normales ayant été fréquentées par 6,784 élèves, il se trouve que le gouvernement a donné $192,00 d'aide par élève.
Dans le même espace de temps, 16 collèges
clai^siques et 85 autren institutions ( acadéniieR surtout; ont reçu du gouvernement $801,035, 00. Ces 101 institutions ayant été fréquentées ftfir 461,035 élèves, il se trouve que le gouvernement a donné $1.73 d'aide par élève !
Si maintenant on compare les 16 collèges classiques et les ?\ écoles normales, pour la même époque, il se trouve que les écoles normales ont reçu 28 foif> plus que les collèges I ceux-ci ayant été fréquentés, de 1856 à 1880, par 50,460 élèves, et n'ayant reçu du gouvernement que $344,652,00.
II est à noter de plus que les instituteurs sortis des écoles normales abandonnent en grand nombre, après trois ans seulement d'enseignement, pour encombrer ensuite les professions
libérales.
l»ieu nous garde de contester le mérit€ d'hommes tels que M. l'abbé Verreau, et M. l'abbé Rouleau. Ils ne sont pas en cause, c'est le système qui est en cause.
Les écoles normales on t-elies fait mieux depuis 1880 ? Nous ne sommes point prêt à le dire. Qu'on nous le fasse voir et nous serons
des premiers à applaudir.
Quoi qu'il en soit,il faut des écoles normales,
et d'excellentes écoles normales, et des écoles
normales fréquentées.
Ca et La
Que les règles de l'hygiène ne soient pas euiBsauiment observées ( 68 ), nous en sommes vingt fois convaincu.
Que les élèves soient parfois trop resserrés ( 70 ), la chose est possible, mais c'est au directeur de chaque» établissement, règle générale, à juger de cette affaire.
Qu'il soit mal de faire baiser le plancher ( 75 ), c'est vrai dans beaucoup de cas.
Quant aux coups de férule, il importe assurément (76) qu'on n'en abuse pas ; quant à les faire disparaître œmplètemerUf ce ne serait pas sage. Le Saint-Esprit s'est prononcé sur cette question.
L'éducation physique laisse à désiier (78), gardons-nous cependant de soigner moins l'âme que le corps. Pas d'exagération.
Que la propreté du corps soit entretenue par l'usage des baiùs (81), c'est ce qu'on ne saurait trop répéter. De ce côté il y a immenRCment à désirer.
ce
Que Ton s'applique à lire et à dire " (56).
Tout le monde est d'accord 8ur ce poiat, et il y a du progrès un peu partout, pas assez cependant.
L*idée de n^.ettre les dortoirs au rez-de-chausaée C91) n'aboutira point.
Quant à la nomination d^inspecteurs apéciaux chargés de visiter fréqiiemmenJt nos pensionnats, au point de vue de la sécurité contre les incendies (p ';2), il est â propos dé dire que Je moi fréqvsmmerU est de trop. Nos pensionnats ne sont pas dirigés par des enfants et les divisions ne sont pas changées tous les huit jours.
La sécurité dont il est parlé est nécessaire, mais la nomination d'inspecteurs spéciaux n'est pas nécessaire.
M. Legeudre n'aime pas que l'on tutoie les élèves (93), il a raison.
La fin de la brochure de M. Legendre est un peu décousue.
La rédaction est- excellente. M. Legendre à bonne réputation de ce côté. Ajoutons que si la certitude ne règne pas toujours dans ''Nos Ecoles" toujours y régnent la bonne foi et la dignité. P . A. B.
Etudes et Eécits, par P. J. Bédard, In- 12 de 212 pages~50 centins- G. A. et W. Dumont, 1826 rue Ste- Catherine, Montréal —
M. Bédard, voulant donner un parrain, à sou petit livre, a fait appel à M. Rémi Tremblay.
Ces pièces détachées méritent considération ,et le parrain, à juste titre fier de son filleul, n*a pas tort d'y voir ** un esprit observateur " un fonds considérable d'érudition, de phi- ** losophie chrétienne, de poésie contempla- ** tive et de ce respect pour la saine morale " qui est la qualité la plus précieuse de Té- " cri vain. '* Tout cela s'y trouve, assurément.
M. Bédard a fait montre d'un talent sérieux, qui commande le respect, qui justifie l'espérance des amis ei qui mérite Pencouragement. Nous ne dirons pas pour cela que son livre est exempt d'imperfections; L'esprit est encore en marche vers la maturité, et des écarts d'imagination amènent quelquefois des inadvertances de pensée. Par exemple, lorsque M. Bédard écrit que ** la gloire, ** c'est le jugement de l'humanité sur un de ses membres," il émet une proposition évidemment contestable. Voudrait-il nommer gloire le jugement de l'humanité sur Caïn,
sur Néron, sur Caligula ? Et l'humanité n'est pas toujoui-s unanime ni constante dans ses jugements. Elle méprise quelquefois au cours d'une époque ce qu'elle a admiré dans les âges précédents.
'* De nos jours, on a donné de la gloire à ** des hommes qui ne méritaient que la ré- " putation ou la célébrité. " La gloire n'est donc pas le jugement de l'humanité sur un de ses membres. Elle découle de ce jugement, lorsqu'à bon dro\t ce jugement honore l'homme qui en est l'objet, et l'impose à l'admiration.
Si la brochure de M. Bédard appelle quelques reproches, elle mérite d'autre part beaucoup de félicitations.
(L^ Association)
Ce livre nous plaît dans son ensemble ; ce n'est pas à dire qu'il soit parfait.
Les 32 sujets traités par l'auteur devraient être groupés, le livre aurait par là plus de corps. 11 faut viser de bonne heure à cet esprit de synthèse qui e<?t le véritable esprit philosophique, parcequ'il saisit ce qu'il y a de commun dans les idées diverses.
Certains sujets ne sont pas assez développés; d'autres ne sont pas assez approfondis, plus
particulièrement l'étude «ur la révolution française.
L'auteur a beaucoup lu et il a su lire, on en a une preuve frappante dans ce qu'il nous dit de la littérature au XI Ve, au XVe, an X Vie. au XVIIe siècle.
Certains articles peu étend us sont trop écrasés par leur titre.
M. Bédard écrit avec une facilité et une correction qui Pont certainement au-dessus de la moyenne.
Les passions littéraires chez lui sont trau* quilles et l'enthousiasme est pondéré. Il doit cultiver son penchant pour les études sérieuses. Il doit se livrer à des études philosophiques suivies, à cette condition nous lui promettons l'originalité souvent et le succès dans la majorité des cas.
L'auteur de Etudes d Récita a des principes et il n'a pas honte d'en faire parade.
Somme toute son livre nous donne des espérance et nous rappelle dans une mesure ce que nous espérions de Ohs.Ducharme à la lecture de Ris et Croquis, bien que le genre soit différent : Chs Ducharme était tait pour la guerre, M.
Bédard est fait pour la paix.
On fera donc bon accueil au livre de M. Bédard. Nous le recommandons aux maisons
d*éducatioii comme livre de réoom pense.
On ne lira paR sans profit les appréciations données de Etudes et Béoits, par Rodolphe Brunet ( Monde illustré, 6 décembre 1890 ), et par Jules St-Elme dans I'Etudiamt de janvier 1891. F. A. B.
» » ( Le Monde )
Quand une lecture vous élève Tesprit, a dit excellemment La Briiyère,et qu'elle vous inspire des sentiments nobles et courageux, ne cherchez pas une autre rô^çle pour juger de l'ouvrage : il est bon.
Cette pensée, qui doit être une règle absolue pour les critiques, m'est revenue en mémoire en lisiint Etudes et Récita.
Il peut y avoir dans Touvrage du jeune auteur, quelques digressions nuisant â des sujets plus poétiques, plus agréables à lire et qui retardent l'explorateur dans les récit« entrevus; il peut y avoir môme des hors d'œuvre, des divisions peu trancHées; les sujets vus trop de profil peuvent, parfois, manquer d*<am pleur, mais tout ce qu*on y lit vous instruit et surtout vous élève Tesprit et suscite les sentiments généreux.
Tout, dans ce volume que j'ai eu un extrême plaisir à lire, est vibrant et la pensée virile ou gracieuse, est nettement exprimée.
Voilà ce que je loue hautement dans l'ouvrage de M. P. J. Bédard.
Il y a, d*un bout à lautre d*^/i^des et RécitSy une certaine grâce, une légèreté d'allure, une façon de pensée capricieuse et paradoxale qui dénotent chez l'auteur le
poète et l'écrivain de race.
Dans certaines parties, Mon Pays, L' Amitié f la Musique et la Poêsiet et surtout dans Elle et I/uiy on peut dire que c'est un livre d'âne. Il s'ancre en nous, et son charme est tel, à ce petit livre, qu'on le reprend, après l'avoir lu, pour le relire.
C'est plutôt un album qu'un livre, à vrai dire,un album dont la rêverie d'un charmant écrivain tourne les feuilles ; c'est un appel, sans ordre, à des souvenirs qui s'en viennent vers vous, un à un, évoqués par rhistoire de la patrie ; ce sont enfin les méandres d'une âme qui s'est repliée sur elle-même, dans les mélancolies du passé.
J'aurais voulu que dans V Amitié, M. P. J.
Bédard creusât un peu plus son sujet.
Dans Musique et Poésie on ne lira pas sans plaisir les pages consacrées au Rôle de la
Poésie ; c'est peut-être là ce qu'il y a de plus complet, de mieux étudié dans l*ouvrage où, pourtant, les belles choses ne man* quent point.
Le parallèle entre Homère et Virgile est fort bien fait et très bien pensé. Il prouve que l'auteur a soigné ses études classiques!
Quel que soit celui qui lira Etudes et Récits, savant ou ignorant, il finira par y prendre goût et il dira ce que l'auteur aurait pu dire de Virgile on d'Homère : " C'est un compagnon dont on a grand peine à se séparer I "
J.-B. DE LORDES.
B.e«teTon8*nou8 Français? par M. Faucher
de St. Maurice. — Québec — 1890.
Le nom de l'auteur, déjà si avantageusement connu du public qui aime à lire, le sujet plein d'actualité qu'if traite, sont autant de motifs qui nous ont poussé à parcourir d'un bout à l'autre ce nouveau volume.
Nous n'avons certainement pas perdu notre tempe. Dans la première partie de son ouvrage, M« Faucher de St Maurice s'occupe de la langue française. Il nous la montre, depuis son implantation sur le continent américain, en lutte à toutes les haines et à toutes les atta-
quea. Elle y est restée ce qu'elle est encore aujourd'hui " l'interprète le plus habile de l'esprit et de la pensée humaine."
Avec la seconde partie, nous rajeunissons de vingt ans, c'est beaucoup porr quelques-uns, aussi les jeunes ne liront-ils pas sans une profonde émotion ces pages qui retracent les évène . ents de 1870-71. Elles sont pleines de la France, ces pagef^, et à chaque mot, à chaque phrase, on sent que l'auteur témoin oculaire de ce qu'il raconte, veut faire passer dans l'esprit de ses lecteurs un peu de l'amour qui l'anime pour la mère-patrie, . un peu du désespoir qui assombrissait les Cana« diens quand ils apprenaient une nouvelle défaite de l'armée frrnçaise.
Voilà vingt ans que ces événements là ont ont eu iieu. Il est bon de ne pas en perdre le souvenir. Aussi M. Faucher de St. Maurice a-t-il fait une bonne œuvre en ressemblant dans quelque? pages des documents aussi importants.
Ce n'est peut-être pas sans intention qu'il a mis côte à côte, dans son ouvrage, le récit de la guerre faite à la langue française au Canada et celui des sympathies rencontrées en ce pays par la France dans une année de terribles épreuves. Ces deux études se tiennent en effet par plus d'un point, elles se comptèrent l'une
par l'autre et font le plus grand honneur à
leur auteur.
Le Courrier de St-Hyacinlhe,
On fera bien de consulter sur cette brochure : Le " National," nov., 1890, article étendu, de M. P. M. Sauvalle ; La Vérité, 31 octobre 1890 ; La Presse hebdomadaire, 13 octobre 1890, article de J. Ansernnoz ; Le Moiïde II- LUSTRÉy 18 oct., 1890, article de Léon Ledieu; La Presse heb., 13 nov. 1890.
Rapport du Surintendant deTinstruction publique de la province ftuébec ~
pour 1889-90.
Nous extrayons de ce rapport les statistiques suivantes, qui ne manquent pas d'intérêt pour ceux qui suivent de près .le mouvement de l'éducation dans notre pays. Voici le nombre de nos écoles dans toute la province :
Ecoles élémentaires 4859
Ecoles modèles 481
Académies 164
Ecoles normales 3
Collèges classiques catholiques 17
Collèges protestants 6
Universités 4
Ecoles des sourda-muets et des aveugles. 5
Ecoles des arts et manufactures 10
Total 5549
Le rapport nous donne ensuite le nombre des élèves qui fréquentent ces écoles :
Ecoles élémentaires, élèves catholiques 154,949
Ecoles élémentaires, élèves protestants 25,999
Ecoles modèles, élèves catholiques 46,217
•* '^ ** protestants 3,415
Académies, élèves catholiques 25,233
' " " " protestants 4,955
.Ecoles normales, élèves catholiques 194
'* " " protestants 86
Collèges, élèves catholiques 4,590
" ** " protestants 250
Universités, élèves catholiques 660
" " ** protestants 844 Ecoles des sourds-muets et des aveugles, élèves catholiques 447
Ecoles das sourds-muets et des aveugles, élèves protestants 42
Ecoles des arts et manufactures,
élèves 1,223
Total 269,104
Noue comptons 9,238 professeurs pour toutes ces institutions.
Combien nous coûte l'instruction publique dans cette province ? Le rapport du Surintendant nous renseigne suffisamment sur ce sujet.
Les subventions ordinaires et spéciales payées par le gouvernement ont atteint le chiffre de $386,835. Si Pon ajoute à cela les sommes votées pour venir en aide aux institutions littéraires et scientifiques, $19,650, on arrive à un total de $406,485 votées par la législature pour l'instruction publique.
A ces subventions du gouvernement il faut encore ajouter les sommes payées par les contribuables et qui se repartissent comme suit :
Taxes annuelles $815,313.00
Taxes spéciales 87,495.00
Rétributions mensuelles 244,972.C0
Sommes dépensées par les institu*
tions d'éducation supérieure 1,292,617.00
En réunissant toutes ces somme.o, on constate une dépense totale de $2,846,882 pour les fins de l'éducation.
Le Surintendant termine ses considérations générales par l'invitation suivante :
Le succès marqué obtenu par votre exposition scolaire à Londres, en 1886, malgré le temps très limité qui avait été donné aux
membres de la coinmissioa chargée Je la préparer, engageront peut-être votre gouvernement à prendre part au grand concours international scolaire qui fera ^certainement partie de l'exposition qui doit se tenir à Chicago au printemps de 1892. Le Canadien,
Pages d'Histoire du Canada, par Benjamin Suite, 480 pages — $1 00 — Chez Oranger Frères, libraire.-, éditeurs, Montréal — 1890.
Cette fois M. Suite ne nous donne pas une histoire suivie mais bien plutôt une mozaïque composée de différents points d'histoire ; et lorsque ces trois ou quatre volumes auroi-t paru ils formeront une petite bibliothèque facile à con^ulter puisqu'il y a un index alphabétique attaché à chaque volume.
J'ouvre cet index au mot Influenza lequel me renvoyé à la page 418, oiî je lis qu'en 1807 rinfluenza exerce des ravages parmi nous durant tout l'été — ce qui montre que celle mafadie n'est pas, comme on le croit généralement, une épidémie particulière à la saison d'hiver. La même chose avait eu lieu en Europe et en Amérique, durant les années 1727, 1732, 1764, I8G7, et chaque fois le nombre des décès a été très grand.
Avez vous jamais cnteiïdu parler du marquis (JtiMiscou? Quant a moi je n'ai vu son nom nulle part parmi la noblesse du Canada 11 y a toute une histoire sur son compte.
Mais à part ces bagatelles, le livre est rempli de bonnes études sur le golfe Saint Laurent, les premiers seigneurs di Canada, l»s chevaliers de Malte, le combat du Long-Saull, les anciennes industries, nos découvreurs etc. — et le tout en écri! d'un bXyle qui s^e fait lire car il est vif, dire» t et chaleureux.
Citons un passage au hasard :
** 1632 s'ouvrit sans règlemt^nt do comptes entre les deux couronnes. Il fallut att<^nare au 29 mars pour voir signer le traité do Saint G«tmain-en-Laye qui lit cesser toutes les difficultés Le 13 juillet suivant, Thomas Kertk ren- 'dit le poste de Québec à Emeric de Caen, et partit emportant une riche cargaison de fourrures ; les années 1629-32 lui en avaient procurées pour des sommes énormes Les cent associés envoyèrent en 1632. quelques colons, ce qui donna l'espoir que la culture de la terr^ allait enfin recevoir sa pari d'attention. Au lieu de se concentrer uniquement dans le golfe, l'activité des Français devait se répandrn sur le continent et réaliser le rêve du fondateur de Québec, car celui-ci n'est grand dans l'histoire
que par les projets qu'il a conçus, sans pouvoir exécuter lui-même. Tout se liguait contre la réalisation de ses plans, ^ous ne lui attribuons pas la gloire d'avoir construit la ville de Québec, puisqu'elle n'était encore qu'une bicoquo l'année de son décès, mais c'est lui qui a rédigé, avec un esprit pratique extraordinaire, ces rapports volumineux où il enseigne comment il faut s'y prendre pour fonder une colonie durable, une Nouvelle France. Quelle joie ne devait-il pas ressentir lorsqu'il remit le pied à Québec en 1633 ! Lui qui avait déjà parcouru le territoire de nos deux grandes provinces centrales et de plus l'Acadie, comme il devait être heureux de voif que ces vastes domaines allaient se trouversCntre les mains de ses compatriotes. N'aurait-il pas pu s'écrier alors avec le héros légendaire :
L* avenir I L'avenir, l'avenir est à moi.
Malheureusement, des circonstances multiples entravèrent son action. Les guerres que soutenait continuellement la France, un penchant nouveau chez les armateurs à se porter vers l'Amérique Centrale, la mort de Ghamplain (1635) et les guerres des Iroquois qui suivirent bientôt, tout se conjura pour paralyser le développement du Canada. A Port-Royal en Acadie, môme état de choses ; Razilly n'eut pas
assez de secours ni as^ez de Uraps h sa disposition pour exécuter l'œuvre qu'il avait préparée ; il mourut, lui aussi, laissant des petits groupes français, isolés les uns des autrefl, végétant, peu rassurés et nullement aidés dans leurs entreprises. Ils se maintinrent néanmoins dans» ces vastes contrées, et posèrent avec patience et longueur de temps les assises d'un empire français dont Colbert comprit la valeur en 1663."
Voici maintenant, racontées en peu de mots les aventures de l'un des interprètes de Champlain :
" Etienne Brûlé accompagna Ghamplain au Idc Huron en 1615. Tous deux se séparèrent au lac Ontario et chez les Iroquois, vers Syracuse , Etat de New-York aujourd'hui ; Brûlé pour explorer les territoires alors inconnus que Tious nommons la Pennsylvanie.
Il y rencontra principalement des tribus des Andastes, peuple qui parlait la langue huronneiroquoise. Après avoir suivi le cours de la Susquehaana jusqu'à la mer, il revint par le pays des Iroquois, Tsonnantouans, aux environs de la ville de Buiïalo aujourd'hui, et tomba aux mains de ces barbares, qui lui arrachèrent les ongles et lui promenèrent des tisons enflammés sur le corps, mais sans parvenir à
vaincre son audace, lant el si bien qu'ils fîoirenl par en avoir peur et le. libérèrent dans Tespoir de s'en Taire un allié. Noire interprète découvreur, plus courageux que Stanley e( Brazza, retourna au lac Simcoe, puis à la ba-> Géorgienne et ne revit Québec qu'en 1618 où i; raconta ses aventures à Ghamplain. Il aval accompli seul et sans autres ressources que son intelligence et son courage, une (lécouverk qui suffirait pour immortaliser le nom d'un homme — mais, lo seul souvenir que Thistoire ait conservé de lui c'est que le pauvre Brûlé fui rebrûlé pour la dernière fois vers 1634 au payî des Hurons."
Juifs et Chrétiens, Un vieux livre el un vieux fusil» Les anciennes horloges, et plu* sieurs autres chapitres, son des recueils 1' faits intéressants que tout le monde voiilrj lire. Des notes sur La Verendrye, un arlic:^ sur l'intendant Bégon, des observations suij rhistoire de Lachine, Texeman des papiers ilu conseil souverain, sont autant de sujets que rauteiir traite d'affection et avec rentrani qu'on lui connaît.
Lisez seulement son chapitre intitulé Lf\
Histoires du Canada et vous serez désireux kj
voir le reste du volume.
De Lèrv Macdonald.
Ce nouveau volume Je M Sulle n'a pas soulevé de critiques anières. 500 exemplaires ont été écoulés en très peu de temps : c*est chez nous un succès de librairie. Gel ouvrage mérite de fait la consiaératiôn des amis de Thistoire du Canada. C'est écrit avec facilité, si Ton veut, mais cette facilite, fauteur la doit à la connaissance de son sujet, il la doit non à des recherches patientes, mais à Taltention, nous dirons, comparative.
M. Suite ne se tue pas à chercher telle ou telle chose. II lit beaucoup. En lisant, il rapporte ce qu*il apprend à ce qu'il sait déjà ; il 1iote ; et lorsqu'il en possède suffisamment sur un point, il fait son article. Cet article lui-même s*augmente, disons mieux, s'enrichit à son tour, à la suite de nouvelles lectures.
Pour suivre cette méthode il faut ne pas avoir besoin de sa plume pour vivre. Il n'en reste pas moins que c'est une excellente méthode.
Bien que *' Pages d'histoire du Canada '* soit une série d'articles distincts, ce n'est pas une série d'articles disparates.
L'auteur nous fait tout.d'abord connaître les ♦' Histoires du Canada,'' c'est une clef qui devraiL.ôtre dans les mains de tous.
Puis il nous parle d'ffochelaga, de la Petite Hermine, ce qui nous porte aux premiers temps (lu Canada. Une carte du Canada ancien^
trouve ici nalureliement sa place» ce qui nous fait faire connaissance avec un récent ouvrage trop peu connu : ** Les Découvreurs français" du XlVe au XYle siècle, par Paul Galfarel.
Fait suite ce qu'on peut appeler ïhisloitedu golfe Sl'Laurenl.
M. Murray auteur de Lake Champlain and ils shores reçoit une leçon qui parait méritée. Puis il s'agit des inlerprHes de Champlain, des Premiers seigneurs du Canada, d'un contrat de mariage le plus ancien dont il est fait mention.
Hahilanls versus hivernanls définit la signification exacte de vieux mots qui ne doivent ])as être confondus.
La légende des Chevaliers d>) Malte au Canada se rapporte au commencement de la coioaie, M. Suite en parle au long, et en habile critique.
Les autres études sont :
Porlneufel le Cap-à-V arbre.
Le siège du Long-Saull, L'expèdilion de 1666, Lachine,
Conseil souverain,
Exanun critique du \.er vol. '' Documents historiques " publiés en 1883-85..
Famille de 81 Ours, -
Pecaudy de Contrecœur, La Vt'rendryej La Franee et le Canada.
Il y a d'excellentes choses dans cette dernière étude ; notre manière de voir diffère cependant un peu de celle de Tauteur quant au degré d'influence bienfaisante de la vieille Fraircu sur le Canada.
Nous somme.s à la page 374. L*ensemble des articles de M. Suite constitue donc, à sa manière, une histoire du Canada sons la domination française.
Les articles qui suivent ne sont pas autant en relations : Cantons de VEsl ; Vieilles horloges ; Les centenaires ; Juifs et Chrétiens ; Un vieux livre et un vieux fusil ; De lerreneuve aux Monlaynes Rocheuses ; Bégon ; Les miettes de V histoire (poésie.)
On lit ce livre avec plaisir. Le style est bon sans recherche ; le ton gai, Texpression vive, la phrase alerte. La partie typographique est soignée. Bon livre de prix. F. Â. B.
Bapport annuel da surintendant de Taqnednc de Montréal pour 1889.
Les spécialistes liront cette brochure avec plaisir, car elle est faite selon toutes les données de la science. Les analyses de Teau que Ton boit à Montréal, par M. G. A. Pfister, ne manquent pas d'intérêt. F. A. B. •
Becneil de Prières en langue micmacque, par Mgr Chs Guay. — Prolonotair© Apostolique ad instar. — Ancien missionnaire des sauvage» Micmacs à Ste-Anne de Ristigouche.
Nous accusons réception de ce recueil el nous oHrons nos plus sincères remerciements à l'auteur de ce gracieux envoi.
Les charmes de la langue micmacque nous sont absolument inconnus, et pour présenter au public ce nouvel ouvrage nous nous permettons seulement de reproduire les quelques lignes de préface signées par Tauteur, et qui en accusent tout le mérite :
** En entreprenant la publication de ce petit Recueil de Prières, mon unique but est de procurer la gloire de Dieu, atin que ces pauvres sauvages de Ste-Anne de Ristigouche continuent à prier le Seigneur dans leur belle langue micmacque.
" Que l'on fasse les plus grands efforts pour qu'ils conservent leur langue, si l'on veut les conserver dans la foi catholique.
Je prie le Seigneur de bénir ce modeste travail." La Justice,
Les Orands Drames, par le juge A.-B.
Ronthier — 1ère série, 448 page» $7.00 U douzaine — Beanchemin — Montréal — 1890.
C'eet une étude profonde et pleine dMutérét dea grands dramatistes du monde, et les chefs-d'œuvre du théâtre y sont appréciés au triple point de vue littéraire, moral et religieux.
Le lirre s'adresse à tons, à la jeunesse comme à l'âge mûr, aux lettrés comme à ceux qui ne le sont pas, et il est à la fois, curieux, émouvant et varié.
Original, sans bizarrerie, élégant sans recherche, penseur sans pose, moraliste sans exagération, Tauteur aniuse, corrige, élève et instruit, provoquant tour à tour le rire et l'émotion, la critique et l'enthousiasme.
La Presse.
Bien que la couverture de ce volume porte au recto 1889, il n'a vu cependant le jour qu'en 1890.
C'est un ouvrage qui mérite l'attention du public lettré et même non lettré. Les amis du beau jouiront dans cette lecture ; quant aux autres ils s'instruiront et concevront quelqu'amour pour le beau.
Voici la table des matières, dans toute sa simplicité :
A.17 I<BCnEUB 5
BiacHrut — Promithée .
SOPHOCLS — (Edipe 53
SHAKB8PBA1» — Mucbeth 99
6(BTHB — Fauat 165
COBKS.IiUS : 235
LeCid 248
Horace 278
Cinna -.. 286
Polyeuctê 303
Bacins • 329
Andromaque 336
Iphigênie , . 352
Athalie . . .• 369
ViCTOB HUQO 391
Hernani ', :.. 414
Marion de Lorme 438
Le roi a^amuse ...... 440
L'étude enr Je Prométhée d'Eschyle est de la haute apologétique chrétienne. Tout en faisant ressortir le génie collossal du poète grec, l'auteur nous fait voir, ôOO ans avant Notre -Seigneur, une image de celui dont Tertullien a pu dire : " Voilà le vrai Prométhée. " L'écrivain se trouve en face des grandes traditions ; il croit entendre le roi prophète décrivant à l'avance les traits de l'envoyé céleste.
Une lecture de ce genre est propre à fair« grand bien aux esprits revêches qui n'ont de foi que ce qu'il faut pour ne pas être infilèles.
Les âmes éclairées verront là que le paganisme ne fut pas privé de toute lumière ; ellea en béniront Dieu, car ces pâles reflets nnis à
l'observation de la loi naturelle ont pu produire les effets qui seront peut-être pour nou», dans l'autre monde, un grand sujet de surprise.
Dans VŒdipe de Sophocle, nous respirons encore dans une atmosphère qu'une révélation véritable a peuplé d'ombres grandes et mysté^ rieuses. Prométhée, coupable, attend sa délivrance, Œdipe est un pécheur réhabilité, c'est la ditf'érence.
M.le juge Routhier nous rappelle ici^ par l'ampleur du style et par le ton élevé de l'appréciation, un grand magistrat, et un grand homme de bien, Auguste Nicolas, auteur des Etudes philo8ophiqtb€8 sur le christianisme.
Avant de parler de Shakespeare, l'auteur jette un coup d*œil sur la renaissance.
Le poète anglais paraît magnifiquement drapé ; si sa grandeur nous éblouit, l'extraordinaire abondance de l'auteur nous frappe aussi : quelle variété de couleurs, quelle riches.'*e d'expressions.
Si l'auteur se plrît dans l'analyse littéraire, il ne s'applique pas moins à l'analyse psychologique et morale, plus particulièrement dans son appréciation de Goethe.
Ce n'est pas sans une certaine terreur qu'on
le fluit dans la coDRÎdération de ces sommets ititellectaels qui, si rapprochés du ciel sont si loin de Dieu I
Corneille et Racine sont l'objet d'études qui H\ elles sont longues par le nombre de pages Hont courtes par l'intérêt qu'elles commandent. C'est une analyse littéraire très alerte, accompagnée de quelques-unes des plus belles pages des deux grands classiques du XVIIe siècle.
Victor Hugo nous apparaît ensuit^ï avec ba sublimité et ses énorinités, avec ses chef-d'œuvre et avec ses monstres. L'auteur rend justice au génie, mais il flagelle impitoyablement î'utopiste révolutionnaire et le chef d'école antisocialiste.
En résumé : ce livre du juge Kouthicr est grand et par l'idée et par la forme.
Nous attendons une nouvelle série.
Canftdiana* Nous avons reçu une brochure intitulée CancuUana publiée par M.W.* J. White, président de la Société Historique de Montréal. Cette brochure renferme plusieurs sujets importants, entre autres ; Le mouvement littérai-
"e en Canada jusqu'à 1841, par Mlle Blanche L. Macdonell ; Le Tour de Trafalgar, par l'édi- :eur ; Le Canal Lachind sous le régime farnçais par M. Robert C. Douglass, et un épisode de la révolte de 1837-38 par M. W. D. Lîgthall.
Toutes les personnes qui s'intéressent à l'histoire 'le notre pays trouveront dans cet ouvrage des ren.«eignementa préci*»ux et propres à jeter dei là lumière sur des points qui étaient restés obscurs jusqu'à ce jour. Nous en conseilioHR la lecture à tous ceux qtii ont à cœur de connaître les événements que renferme notre histoire politique et littéraire.
Le Cdltivatkitr.
5 avril 1890.
Récits de voyages, p&r Arthur Buies — In- 12 de 271 pages — Darveau — Québec — 1890.
Cet ouvrage comprend trois parties distinctes: Sur le grands lacs» — A travers les Laurentides, — Promenade dans le vieux Québec»
On ne se trouve pa«» tout à coup sur le* grands lac« : les voyages ont leur préface.
L'auteur part du Coteau-du-Lac, vrai point de départ pour les pays tVen havt. Il traverse le lac Saint François, s'arrête à Cornwall, parle
de Pre«cott, dit un mot de Brockvîlle, décrit le
passage à travers les Mille-Iles. Alexandria
Bay, 8ur la rive américaine en présence des
Mille-Iles n'est pas oubliée. Un chapitre pur
Kingston., puis le lac Ontario, avec Gobourg et
Port Hope. Toronto est l'objet du chapitre IV.
Suivent quelques mots sur la baie G-eorgienne
et sur le territoire du Muskoka. Nous voilà
bientôt sur le lac Huron ; la grande île Mani-
touline attire l'attention : elle n'est pas solitaire,
en ces eaux, puisque le long des rivages de la
baie Géorgienne et du nord du lac Huron on a
compté 27,0UU îles ! Quelques détails sur le
sault Sainte Marie, puis le lac Supérieur !
celui qui ne le cède qu'à l'océan I I L'auteur
passe au large de la baie Michipicoten.
'* Quelques heures après nous arrivons à " Otter Cove " ( Anse à la Loutre ). Nous y entrons ; nous pénétrons dans cette brèche profonde faite aux masses de granit qui étagent leurs lourds et formidables entassements sur toute la côte nord du grand lac. Depuis que cette terrible blessure a été pratiquée dans ses flancs, la muraille de rochers qui surplombe le lac a eu le temps de se couvrir d'une nouvelle couronne de pins, d'épinettes et de mélèzes qui glissent comme une cascade de 6ourcil8,*ju8qu'au bas des pentes, le long des arêtes et des parois de« rocs, et vont s'éparpiller en petits groupes perdus dans les mille anfractuoî^îtés et déchirures de la côte. Cette côte est toujours
fréinispanle d'échoa. Tantôt cVst le tonnerre qui promène ses roulements, comme un galop de chevaux aériens, dans les gorges et sur led cimes retentissantes ; tantôt c/est la tempête qui précipite Je? flots du lac sur ce rivage d'airain, où ils se brisent en jetant dans l'air une écume furieuse ; et tantôt le veut apaisé balance les têtes des arbres, dont la longue ondulation rappelle le bruit sourd d'une boule profonde et lointaine."
Après un compliment aux truites du lac Nepigon, notre voyageur entre dans la baie du Tonnerre au fond de laquelle se dessine Port Arthur. Au-delà c'est le grand Nord-Ouest canadien.
Tout cela se lit avec une jouissance considérable. M. Suies est un grand peintre de la nature. La Providence lui a donné ample provision d'images et de couleurs. Les descriptions sont ravissantes. Nous observerons cependant que l'idée de la divinité ne se reflète point assez dans ces grands tableaux ; aussi, dans plus d'une circonstance, l'auteur voltige plus qu'il ne vole. N'est-il permis de se demander s'il n'y a pas de loin en loin quelques teintes de faux brillant ? C'est si peu que chez un autre il n'en faudrait point parler. Chez notre grand portraitiste cependant nous voulons de ce côté la perfection.
Ce que nous admirons dans le genre de 5f. Buies c'est la facilita avec laquelle il donne une âme et un corps à la nature, il fait vi?rf et se mouvoir ce qu'il décrit, et cela sans !<• moindre effort.
Dans à travers les LaurerUides, c'est le nori de Québec, le lac S t- Jean, et le S t- Maurice, qui attirent particulièrement l'attention de l'écrivain. Le genre ici diffère un peu. Le stylf e!4t plus fatnilier, les détails plus nombreux, le sentiment patriotique plus souvent atfiriiié. M. Buies est un grand patriote, un grand ami de Texpansiou des Canadiens-françaii*. Aussi applaudit-il avec éclat toutes les fois qu'il œnstaie quelque part un progrès. De jolies descriptions trouvent à propos leur place.
Ce travail ainsi que celui sur les grands lac-' constituent une géographie Iiistorique et descriptive des plus littéraires.
Il y aurait un parallèle à faire entre M. Buie^ et M. Routhier, à certains points de vue du moins. Nous n'entreprendrons pas aujourd'hui ce rapprochement. Nous nous contenterons de dire que M. Buies arrive en général à l'idée par l'image tandis que le juge Routhier semliliarriver plus souvent à l'image par l'idée. La puissance d'idées est très con?îtdérabIe chez
Pauteur des Grands Drames^ la pui8»»ance d*i mages est extraordinaire chez M. Baies. S'il y a plus de peinture à Vhuile chez le juge Routhier, il y a plus grande effloraison de dessins chez Tauteur de RécUa et voyages.
La JVomewade dans le vieux Québec nou^ dit des cho«»e& connues sans doute, mais sous une idée d'ensemble qui donne au récit de Tinté rê t.
L'histoire des vieilles choses de Québec est par elle-même pleine de charmes. Les réflexions originales de l'auteur ne rendent ces pages que plus attrayantes.
Nous n'avons rien dit de la correction du langage et de la propriété des termes. M Buies est sous ce double rapport l'un de nos écrivains les plus remarquables. Quant à la partie typographique, elle fait honneur à la maison
Darveau.
Les Bibliothèques populaires, par Eugène Rouillard — In-12 de 62 pages — Demers — Québec — 1890.
M. Rouillard a fait une étude élaborée,
aussi son travail a de la valeur. Il désire que l'ouvrier lise, que Ton mette pour cela à sa disposition des salles et des bibliothèques. II apporte de bonnes raisons et il cite de beaux exemples, aux Etats-Unis surtout.
Il constate qu'on ne lit pas beaucoup au Canada ; nous croyons que la lecture est un peu plus répandue cependant qu'il ne le croit. Dieu sait ce qu'il se lit de feuilletons. Avouons que ce n'est pas la lecture utile, dans le sens de M. Rouilla rd. Nous reprocherons à l'auteur de ne rien dire de nos bibliotèqiies paroissiales ; il y en a des centaines, croyons-nous, dans la province de Québec, et ces bibliothèque ont fait du bien. La bibliotèque du Cabinet de Lecture, de Montréal, a fait aussi grand bien.
Nous tenons comme l'auteur à ce que l'on fonde des bibliothèques, mais à une condition, c'est que chaque volume devra recevoir l'approbation de Tautorité ecclésiastique.
Les bibliothèques purement s laïques nous font peur. Le livre sauve ou damne, il emporte donc que la bibliothèque ne devienne pas une chaire de pestilence. Pas de biblioque laïque, si l'autorité ecclésiastique n'a pas la liberté d'en faire sortir les livres qu'elle trouvera bon d'en exclure.
Quant à taxer les électeurs municipaux pour rétablissement de bibliothèques municipales ( page 48 de la brochure) cela ne nous sourrit guère.
Dans tous les cas, nous serons toujours des preuiiei"s a travailler à la fondation de bibliothèques qui seront des écoles de moralisation et de saine instruction. M. Rouillard a bien fait d'étudier cette importante question.
Il y a dans sa brochure du soin et de la méthode.
Il est à propos d'ajouter ici qu'à la dernière se^ision, le gouvernement de Québec ( bill de Thon. M. Langelier ) a fait adopter le projet de loi qui donne aux conseils municipaux des villes et des campagnes le pouvoir d'accorder des dons en argent pour la création de bibliothèques publiques.
Cette mesure est- elle bonne ?
Avant cette loi, le code pourvoyait à la création de bibliothèques publiques — voir les articles 2236 et 2237 des statuts revisés de la province.
Jusqu'à présent ce sont les municipalités scolaires qui ont eu le droit d'établir les ^susdites bibliothèques, de plus, les bibliothè-
ques fondéeg par les municipalités scolaires sont, de droit, soumises à l'inspection et an règlement du comité catholique de l'instruction publique.
Par la nouvelle loi, les bibliothèques publiques ne sont elles pas soustraites à l'inspection du comité catholique ?J
Progresser, c'est beau, mais le progrès ne consiste pas nécessairement à faire du nouveau ; on opère le progrès en rendant meilleur ce qui est bon déjà. Cette dernière méthode est la plus sure, autrement on est toujours à faire des expériences, ce qui est une perte de temps et souvent une perte d'argent, sans compter les brèches que l'on faits parfois aux principes.
Nous trouvons dans le Monde de Montréal un article que nous n'avions pas lu avant de faire le nôtre.
M. Eugène Rouillard, de VjEvénêTneni, vient de publier une étude remarquable sur la question de l'œuvre des bibliothèque-^ libres.
L'auteur est favorable à une légi^^lation qui permettrait le prélèvement d'une taxe pour la création et le maintien de bibliothèques publiques dans tous les principaux centres de la province
Cette question est des plus difficiles et des plus importantes.
Ce n'est pas tant le montant de la taxe qu'il faudrait payer qu'il im|:K>rte de déterminer, mais c'est la bonne et sure direction de l'œuvre elle-même qu'il faut trouver, donner et assurer. Ce n'est pas tout de monter des rayons de bibliothèque, il faut surtout les remplir de bons livres. Cansi la lecture des bons livres fait du bien, les mauvaises lectures sont la cause de maux incalculables dans la société.
Comment en arriverons-nous à exercer le contrôle nécessaire sur l'achat, la moralité des livres, et leur mise en circulation, dans ces bibliothèques publiques, M. Rouillard ne nous le dit pas. Ce point est important
Ici à Montréal, nous avons eu autrefois la bibliothèque libre de V Institut Canadien, Pendant quelques années, on a pu assez aisément contrôler la distribution des livres, mais cette direction a été de courte durée. Voltaire et tous les écrivains de son école ont vite obte nu une place dans cette bibliothèque ; une place aussi pour Eugène Sue ; un rayon pour les folies indécentes de Paul de Kock, les blasphèmes de Renan, ]et* immoralités de Dumas — et un beau jour, notre jeunesse de Montréal
se vit au milieu de touf ces livres immoraux. Les bibliothèques publiques, pour être utiles demandent un contrôle absolu de la part de ceux qui ont reçu la mission de veiller snr les âmes, d'enseigner les âmes et de les conduire au bonheur céleste. Autrement elles joueront dans la société le rôle des écoles libres.
Le Monde.
Six moix dans les montagnes rocheuses :
Colorado — Utah — Nouveau-Mexique, par H. Beau^rand, ouvrage accompagné de nombreuses illustrations hors texte, avec préface de Louis Fréchette. In 80 de 324 pages. — Granger, 1699, rue Notre-Dame, Montréal— 1890.
Cet ouvrage vaut la peine d'être lu. Il est le fruit d*un voyage de santé fait dans le Colorado, l'Utah et le Nouveau-Mexique pendant l'automne et l'hiver de 1889-90.
Il s'agit d'un pays peu connu. L'auteur fait une description, non brodée, semble-t-il, de tout ce qu'il a vu.
Course de Montréal à Chicago. Il compare la manière ancienne de voyager â la nouvelle. Aperçu général du Colorado, de l'Utah et du Nouveau-Mexique.
Historique de Denver : c'est le centre de ses opérations. Il appuie assez longuement sur les écoles publiques de cette capitale du Colorado. L'instruction y est gratuite et obligatoire ; cela peut être beau de prime abord, mais en thèse générale, c'est un malheur : ce n'est pas le temps de le démontrer. Qant à l'installation dans chaque classe des pots de fleurs naturelles qui servent à orner les chambres et à donner des leçons graduées de botanique pratique à tous les élèves, ainsi qu'a l'installation de salles de bain, nous admirons comme M. Beaugrand.
Colorado Springs : l'auteur le recommande aux personnes qui souffrent de la poitrine et des voies respiratoires, pourvu qu'on n'y aille pas trop tard.
Détails intéressants sur Manitou ses grottes, \e jardin des dieux—anr les chiens de prairie,— sur Pueblo et Trinitad
M. Beaugrand constate de visu que les montagnes rocheuses sont, non pas une chaî ne de montagnes, mais un océan de montagnes.
Durango, Silverton, Ouray, passent sous les yeux. C'est un pays d'or et d'argent.
La 4^cou verte du Nouveau-Mexique nous
met en présence de Vaca, des missionnaires et de Coronado, compagnon de Cortez.
Santa-Fé, capitale du Nouveau- Mexique.
A Santa-Fé, on voit un prêtre au nombre des cicérone de M. Beaugrand. II nous dit ici : ** Le saint père Pie IX a érigé Santa-Fé en diocèse comprenant le territoire du Nouveau-Mexique avec les évéchés du Colorado et de l'Arizona comme suffntgants ; et le premier archevêque Mgr. Lamy reçut le pallium, le 16 juin 1875.
Nombreux détails sur lea 10,000 Indiens du pays et sur leurs pu^los (communes).
Ils sont en grande partie catholiques. II y a chez eux la confrérie des pénitentes dont les membres se livrent durant la semaine sainte à des pénitences dont l'autorité religieuse à réprouvé l'attrocité. Il y a là des pages surprenantes.
De Santa-Fé a Espanola, antiques et curieuses habitations des cliff dwellers, " suspendues comme d'aigles, aux flancs des montagnes escarpées " aujourd'hui désertes.
L'auteur retourne à Pueblo et prétend que la distance de six cent quinze milles qui sépare Pueblo de SaU Lake City offre peut-être au voyageur les panoramas les plus pittoresques et les plus accidentés
qu'il y ait au monde. Le chemin de fer poursuit sa course à travers le m assis des montagnes rocheuses, escaladant des défilés de plus de 10,000 pieds d'élévation, et traversant des gorges et des déserts d'un aspect aussi sauvage que merveilleux.
Nous voilà donc dans l'Utah. Le chapitre Chez les Mormons renferme beaucoup de renseignements inédits, on y voit entre autres choses que la polygamie est bien moins en usage qu'on le pense, chez les Mormons.
En revenant à Denver l'auteur s^arréte aux sources minérales de Gîenwood a trois cent soixante -et sept milles de Denver.
" Les médecins recommandent ces eaux pour le rhumatisme, la goutte, le diabète, les scrofules, les maladies des reins, du sang et de la peau".
L'histoire de Leadville, la ville de l'or, rappelle à l'auteur les récits des mille d une nuits : ce n'est pas sans fondement.
M. Beaugrand termine en disant qu'il a été témoin au Colorado de guérisons nombreuses dues sans aucun doute à un climat sec et tempéré, à une atmosphère pure et à la légèreté de l'air. Les personnes atteintes de maladies des poumons et dés voies res*
piratoires feront bien de faire une course au Colorado.
Le livre de M. Beaugrand renferme une foule de renseignements.
Le travail M. Beaugrand, est précieux à cause de son érudition. 11 mérite à ce point de vie d'être encouragé. On n'arrive pas un ensemble aussi nourri sans ua labeur considérable.
Pourquoi le sentiment religieux n'animet-il pas davantage ces pages ? Les grands spectacles qu*a vus l'auteur n'èlevaient-ils pas en haut son âme, et ne méritaient-ils pas un mot d'hommage pour le créateur de toutes ces merveilles I Le juge Routhier devant ces tableaux nous eut fait des réflexions plus hautes que toutes les cîmes du Colorado, et cela par ce que les grandes idées viennent du ciel et que le ciel est au-dessus de tous les sommets.
M. Beaugrand ne manque pourtant pas d'élan. Comment expliquer cette anomalie ?
Quoiqu'il en soit, ce livre n'annonce pas un homme hostile ; lorsque l'éducation première est bonne, il est difficile de ne pas s'en ressentir toujours. Il n'y a pas longtemps encore nous voyions le nom do M.
Beaugrand sur un exemplaire de VImUcUion
de Jésus-Christ, c'est un livre qu'il a lu à l'âge de dix-sept ou dix-huit ans. Il n*a pu lire ce livre sans qu'une semence de bonté et de vérité n'arrête dans une mesure la naissance et la croissance de l'ivraie.
Aussi, quoique /Six mois dans les montagnes rocheuses soit un livre froid, on n'y trouve pas d'acrimonie contre la religion, tout au contraire. Tant et si bien que nous n'avons pas objection à voir ce livre entre toutes les mains. Son bel extérieur typographique, permtfet du reste d'en faire un livre de prix.
Nous n'avons rien dit du style. 11 est bon.
L'auteur ne cherche pas la phrase, c'est la phrase qui vient au devant de lui ; elle vient sans pompe, si l'on veut, et cependant dans un costume bourgeois et avec une allure de bon goût.
La préface de M. Fréchette est une appréciation favorable de l'ouvrage. C'est raisonnable dans l'ensemble, nous voulons dire qu'il n'y a pas de coup d'encensoir donné mal à propos ; c'est de plus très soigné.
M. Alphonse Lusignan a donné de ce livre, dans la Patrie du 13 décembre 1890, une ap préciation très favorable.
Le NaHonaly du 11 novembre 1890, y trouve une grande précision dans le détail et un
puissant intérêt dans le récit.
Looking forward» par Mme U.-R. Smith, Montréal — 1890.
M. Napoléon T^egendre a fait une analyse de cet ouvrage, dans la Presse (hebd.) du 9 octobre. C'est du roman très accidenté. Ce livre contient incidemment, dit-il, uh beau plaidoyer en faveur de la religion catholique, et toute une thèse en faveur de l'annexion.
La scène se passe dans un milieu protestant.
M. Legendre conclut en disant : " C'est une œuvre curieuse et frappante, mais nous croyons que le paj's ne sera pas de longtemps encore disposé à accepter un grand nombre des idées émises dans ce livre."
Renaissance Âcadienne, par L. U. Fontaine, ancien tnai^istrat de district.— Tn 12 de 64 pages— Berthiaume —Montréal —1890.
En vente chez Tauteiir, à L'Àssonoption, 50 centins Texemplaire, relié.
L'ouvrage s'ouvre par une série suivit Je
notes hiâtoriqiies : Les Scandinaves; Corte Real ; Vasco de Gama ; Christophe Colomb ; Le8 Cabot ; Jean Verrezzani ; Jacque» Cartier ; Roberval ; Thévet ; Rabelais ; de Monts; Pontrincourt ; Champlain ; Lescarbot ; Biard ; Denys ; Louis XIV.
Il se dit au sujet de ce dernier ; "On a souvent reproché aux rois de France de n'avoir pas transporté assez de colons dans la Nouvelle-France. Mais ce reproche ne me paraît guère mérité. L'immense majorité des Français sans être hostile à l'immigration, entend bien rester en France pour y vivre et y mourir. On conseille bien à son voisin d'immigrer, mais on ne lui en donne jamais l'exemple. Il ne vient guère de Français nous visiter sans faire une sortie contre Louis XIII, Louis XIV, Louis XV et la marquise de PompaJour, parce qti'ils n'ont pas établi ici 100,000 Français. Mais où les auraient-ils pris, ces Français ? I! aurait fallu les embar* quer de force sur des bâtiments, et la plupart d'entr'eux seraient retournés dons leur pays, en maudissant la tyrannie royale et ministérielle qui déporte d'honnêtes citoyens et veut dépeupler la France. "
Il parle ensuite de la Passion acadienne. M.
Gérald E Hart, qui a faussé l'histoire, reçoit une verte leçon.
L'auteur consacre quelques pages aux amis des Acadiens : La reine Anne ; Michael Franklin ; Louis XV ; Raynal ; etc.
La brochure se termine par le discours que M. Fontaine prononce à la fête nationale des Acadiens, à Digby, N. E., le 15 Août 1890.
Cette brochure fait preuve d'une*grande érudition.
On peut reprocher à l'auteur, quelque fois au moins, une certaine suraliondancç qui nuit à la clarté du discours.
Certaines statistiques sur les Acadiens du jour auraient trouvé leur place dans ces pages, ce qui aurait justifié d'avantage le titre de la brochure.
L'auteur a de l'originalité, et son travail se lit avec intérêt.
Guide illustré du Sylviculteur canadien, par J. C. Chapai^, 126 gravures — Sénécal — Montréal — 2ième édition.
Comme ouvrage spécial et pratique il est difficile de trouver mieux. La question du dé-
boifleinent et du reboisement est très iin portante au point de vue économique. M. Faii cher de Saint-Maurice qui a fait une longue étude de cet ouvrage — Presse, 26 décembre 1890 — le recommande fortement à Sfs compatriotes.
Képertoire alphabétique des Ingénieurs
et Surintendant et des Principaux Travaux Publics du Canada dont ils ont fait l'étude, le tracé ou dirigé les travaux depuiî* leur commencement en 1779 jusqu'à nos jours — par G.-F. Baillairgé, A. M. T. P. —In 8o de 100 pages— Ottawa— 1890.
Cette brochure contient une foule de renseignements judicieux au sujet de l'historique de nos grands travaux publics, d'autant plus exacts que l'auteur a été employé sur la plupart de ces travaux en qualité d'ingénieur on en a dirigé l'exécution en qualité de députéministre, de 1844 à 1891, époque à laquelle il s'est retiré du service du gouvernement.
Ce travail commencé en 1888, n'a été terminé qu'en 1890, à cause du grand nombre de documents qu'il a fallu consulter.
L'auteur indique au.-^si pour chaque ingénieur l'ordre de ses promotions. Ce répertoire
permet de constater la proportion d'ingénieurs canadiens-français employés au département des travaux publics.
Nous noterons ici que M. G. F. Baillairgé est le premier canadien français qui ait été employés au ministère des travaux publics au Canada. Il est resté 46 ans au service de ce ministère— 1844 à 1891.—
Au Canada et chez les Peaux Bouges,
par M. George Démanche. — 1890.
" Ce livre nous a paru remarquablement exact ; on devine que l'auteur s'est renseigné à bonne source. L'objet qu'il poursuit se partage en quatre points : lo Quelle est la situation politique, économique et sociale faite par l'Angleterre aux Canadiens-français ; 2o Quelle est la force de résistance de ceux-ci contre l'absorption anglo saxonne : 3o Quel rôle jouent les Canadiens-français et de quelle influence dispensent- ils dans la confédération ; 4o Qu«l avenir est réservé à la race française dans l'Amérique du Nord ?
Ce sont là des sujets d'étude fortaintéressants et que M. Démanche traite avec clarté ! Il
parle de toute ce qui a passé sous se^? yeux durant son séjour ici. Les réceptions faites aux visiteurs français ne sont pas oubliées non plus. C'est un livre rempli de souvenirs et des plus aimables. La partie qui concerne le nordouest est très utile à consulter, car elle renferme des dates précises et. une narration des événements de 1885 qui paraît aussi correcte que
possible.
Le Canada*
Memoranda : Le Canada de l'Atlantique au Pacifique et à la mer polaire, par
George Frédéric Baillairgé, assistant ministre des travaux publics — n grand in 80 de 272 pages— Ottawa- 1890.
M. G. F. Baillairgé n'a pas la prétention d'être un littérateur. Il est correct et méthodique, mais sec et froid ; il procède par tableaux.
Ce livre contient le précis historique et topographique du Canada, relativement à son climat et à ses ressources, — le progrès des découvertes du pays jusqu'à 83o-24' de latitude nord, atteint par Greely pendant la dernière expédition arctique de 1881-84, les dates de fondation de* nos principales villes, etc., et un tableau chronologique des divers voyages
de découverte depuis Tannée 340 avant l'ère chrétienne, jusqu'à présent.
L'auteur donne la description des régions et des postes les moins connus qui ont été parcourus ou habités par les découvreurs, les iniseionnaires et les traiteurs, dans les territoires du nord et de Touest, et aussi des tableaux indiquant la limite nord de la prothiction des céréales dans le Canada com parai i voient à celle des diver^^es parties de l'Kurope.
Ces renseignements seront excessivement utiles aux géographes, aux historiens, aux voyageurs, aux missionnaires et à ceux qui désireront de connaître le climat et les ressources du pays, avaîit de s*y établir.
Le tout a été rédigé avec l€ plus grand soin. C'est l'œuvre la plus complète de ce genre, qui ait été publiée jusqu'à ce jour.
Nous croyons devoir donner ici la table des Diaiières de cetle vaste compilation :
PAQB.
Lettre de Son Houneiir John Schultz, lieutenant- Gouverneur du Manitoba. à Pauteur, au sujet
do la carte historique du Canada 3
le Partie.— Superficie et population du Canada, do
1605 à 1830. Population do l'univers, etc 6 à 24
Ile Partie. — N'ombre de railles marins et statutaires, correspondants à un degré de longitude à chaque degré de latitude, et leur définition -il»
Ile Partie. — UansBement et baissement des petites et Grandes mers, à divers endroits du
Canada 311 à 218
" Onverture et fermeture de la naviga-
tion, etc., a divers Ports du Canada.. 230 à 231 ** Divers Forts ouverts à la navigation,
en Canada, pendant toute Tannée 234
'* Boutes Océaniques et Canaux Interocéaniques 244 à 248
** Chemins de fer projetés jusqu'à la
Saie d'Hudaon 249
" Dépenses sur les Travaux Publics du
Canada 262 & 263
** Administrateurs, etc., Ministère des
Travaux Publics, 1841 à 1891 266 à 267
" Eaux navigables, canaux, chemins de fer, liipies télégraphiques, route de
Liverpool à Yokohama 26 & 01
llle Partie. — Chronologie des décmivertes et de la fondation des divers cités, postes de traites, etc., dans l'Amérique du Nord, colonisée par
la France et la Grande-Bretaorne 64 à 80
IVe Partie. — Latitudes, longitudes, climat, etc., suivant les observations de divers explorateurs, et les Stations Circumpolaires Internationales 81 à 104
Ve Partie. — Bessources naturelles, produits et
commerce, etc •. . 106 à 1 12
Vie Partie.— Statistiques agricoles, 1606 à 1888 inclusivement 113 à 132
Vlle Partie. — Forts, etc., compris dans les divers
diocèses des Territoires du Nord... 236 à 239 " Bassin de la rivière Mackenzie, principaux forts. Baie d'Hudson, Territoires du Nord-Ouest, Territoire de
la Rivière Yukon 133 à 180
ville Partie.— Frontières du Canada et des Etats* unis, et des Provinces de la Nouvelle-Ecosse, du Cap-Breton, de me du Prince Kdouard, du Nouveau-Brun swick et de^Québec, des côtes du Labrador sous la juridiction du Gouvernement de Terreneuve, des Provinces Ontario, Manitoba et Colonibie-Britannique,et des Districts Provisoires Keewatin, Assiniboïa, Saskatchewan, Âlber-
ta et Athabasca 181 à 194
" Statuts Impériaux, relativement au
Labrador 242
IXe Partie. —Tableau chronologique par Scoresby, des voyages des découvreurs, continué depuis jusqu'au temps de l'Expédition récente du Lieut. A. W. Greely et de ceux qui ont été envoyés à sa recherc^ 195 à 206
Cette œuvre est la plus coînplète de ce genre qui ait été publiée jusqu*à'ce jour. Le tout a été rédigé avec le plus grand soin. Nora souhaitons au gouvernement d'avoir beaucoup d'employés aussi laborieux que M. G. F.
Baillairgé,
Nous ajouterons que M. Baillairgé prépare en ce moment une carte historique et topographique du Canada qui tiendra compte des renseignements donnés dans le susdit ouvrage et sera sans contredit la plus parfaite et la plus complète des cartes du Canada. On peut sous-
crire dès maintenant ($4,00) aux bureaux «le l'Etudiant, à Joliette. F. A. B.
Description of the princess Louise docks,
containing harbour commissonners' tarif and régulation, aîso chart of the harbour and dock plan — by harbonr-conrimissioners —Québec—
Feuilles Volantes, recueil d'études et d'articles de journaux, par Charles Savary — In 12 deô'O pages — Mason — Ottawa, 1890.
Nous devons cette publication aux soins du colonel Audet, d'Ottawa :
Portrait de Charles Savary
Sa biographie l
De la critique littéraire au Canada 10
M. Paul Bourget 106
De l'utiliti d'une chrestoraathie 12»
M. Georges Ohnet 146
ïronfrou 166
La biche et la représentation de la "i)oudre aux yeux'' 180
Victorien Sardou et Théodora 195
M. Taine et la philosophie de l'histoire 246
Lettres de la vieille France. 292
Lettres sur l'Angleterre :
I L'Angleterre qui s'en va 418
II La c iractéristique du gouvernement anglais 433
m L'aristocratie politique •♦43
IV La loi électorale et ses transformations 463
y La loi électorale (suite) les réformes de 1832 et de
VI La loi électorale (suite) la réforme de 1884 473
VII La loi électorale (suite et fin) la nouvelle répartition des sièges. 413
L'élection présidentielle aux Etats-Unis.
T Les conventions libres et le choix des candidats 494 II do do do (suite) 49*«
III La réunion des électeurs primaires ot la nomination des délégués • .504
IV La campagne électorale .ôio
La bioc^raphie de M. Savary est propre à y rendre moins sévère le jugement que ses a«1rersaires peuvent porter de lui.
Son livre s'ouvre par une très longue étude eur la critique littéraire au Canada. Ce potit les Questions d^Histoire littéraire de M. l'abVié V. Charland et VHistoire de la Littérature de M. Lareau qui sont l'occasion de ce travail. M. Savary fait incidemment une longue excursion dans le monde littéraire. Ses réflexions sont frappantes, instructives et profondes. Elles méritent considération. La page qui suit ne sera pas inutile à ceux qui ont pour mission de perfectionner le programme de? Collèges affiliés :
M. l'abbé Charland a volontairement laissé dans son livre une lacune qui nous paraît fâcheuse à plusieurs titres. Il s'arrête an senil du
XIXe siècle, à cette Révolution qui a mis fin à la période de la Renaisriance grecque et latine Révotusion dont il reconnaît les bienfaits, mais dont il ne fait connaître au lecteur ni le caractère particulier, ni len phases brillantes et diverses. M. l'abbé Gharland nous dira, sans doute, que le XIXe siècle n'est pas compris dans le programme de l'Université Laval. En ce cas, c'est le programnie qui a tort. Supprimer le XIXe siècle dans la littérature française c'est rayer de cette littérature l'histoire, la critique et la poésie lyrique. Mais il y a plus : cette omission qui, chez les partisans fanatiques de. la Renaissance classique, peut être considérée comme la conséquence logique d'un principe, produit, dans les œuvres inspirées par un esprit différent, l'effet d'une véritable solution de continuité. Il était jadis tout naturel que des classiques à outrance, auxquels le Romantisme faisait l'eflfet d'une nouvelle invasion des barbares, s'attachassent à détouiyier de ce spectacle les yeux de la jeunesse. Mais, si le culte exclusif des lettres antiques a été, comme l'affirme M. l'abbé Gharland, " un retard pour le développement des littératures nationales et une décadence pour la langue," s'il faut regretter que deux grandsgénies comme Corneille et Racine "soient allés chercher presque toutes leurs inspirations dans l'antiquité païenne, au lieu de les demander à leur patrie; s'il faut louer Chateaubriand d'avoir " clos " cette période et d'avoir écrit *Ma justification et la poétique de l'art nouveau", comment ne pas demander à l'auteur de nous expliquer, au moins par un aper-
eu général, quel est cet "art nouveau ? " Une fois eorti du collège, le jeune homme, dira-ton, ne le saura que trop vite!— C'est-à-dire qu'il se plongera à peu près exclusivement dans la lectures de ces œuvres dont on ne lui a pas parlé ; mais, est-on sûr qu'en réalité il en pénétrera Tesprit complexe, et n'est-ce pas s'exposer à laisser naître beaucoup d'idées fausses et incomplètes, que de ne donner par avance aucune règle de jugement sur des sujets qui occuperont nécessairement une place 'si importante dans la vie intellectuelle ?
L'école romantique n'a-t-elle pas secoué le joug des Grecs et des Romains, mis fin à la domination de la mythologie païenne, ramené parmi nous l'intelligence du moyen âge, fouillé les antiquités nationales, ressuscité la poésie lyrique , enrichi la veine nationale par de judicieux emprunts aux chefs-d'œuvre étrangers ? Les principaux représentants de cette école n'ont pas tous été chrétiens ; mais n'estil pas vrai que le principe d'art sur leq^jel ils s'appuyaient est sympathique a l'idée chrétienne, que ceux qui ont rompu avec elle ont cédé à un mouvement politique et social en contradiction avec leurs doctrines littéraires, et que tous ou presque tou«j avaient commencé par d'autres sentiments ?
Ces arguments sont assez plausibles pour entraîner beaucoup d'esprits. Non seulement ils Font plausibles, mais ils sont vrais en partie ; tellement vrais que, si la littérature romantique ne nous offre pas un corps de doctrines à adopter, nous aurons cependant beaucoup d'emprunts à lui faire.
Il analyse les œuvres de Paul Bourget. Il dit à propos de son œuvre : Mnie Bressuire :
"Le récit ne laisse point une impression chaste" **C'e8t malheureusement un reproche
qu'il faudrait adresser à presque tous les romans français, même à ceux qui sont écrits sous une inppiration hautement morale, et cette différence regrettable entre le roman français et le roman anglais tient, sans doute, à ce que les romans s'adressent, en France et et en Angleterre, à deux classes très ditférentes de lecteurs et surtout de lectrices."
Les professeurs de Belles-Lettres et de Rhétorique profiteront de ce qui est dit de l'utilité d'une bonne chrestomathie(Recueil de morceaux choisis dans divers auteurs ( Chrestos utile, mcUhein apprendre.)i
Il nous découvre de grandes analogies entre George Ohnet et Octave Feuillet.
Il trouve que les doctrines philosophiques de Taine sont aussi fausses et aussi pernicieuses, et ses doctrines . littéraires aussi innocentes qu'au premier jour.
Dans ses lettres sur la Vieille France, l'auteur chiffre par zéro le bagage de Boulanger ; il affirme que la République vivra ; il constate l'instabilité désolante qui règne dans la partie ministérielle et fait à ce sujet, pp. 315- 316, un rapprochement curieux entre la Fran-
ce et le.Cauada ; en Angleterre le ministère est un comité de la clianibre, en France le ministère est le serviteur de la majorité ; M.
Grévy a fait tout ce qu'il fallait pour perdre la troisième république ; *Mans les dernières années de la vie de Qambetta, l'homme d'Etat avait remplacé le bohème, et le patriote avait tué l'homme de parti.
Les Libres sur V Angleterre ne manquent pas d'intérêt.
•L'Angleterre d'autrefois disparait et s'efface peu à peu devant l'Angleterre nouvelle, et personne ne saurait dire encore, en face des conditions d'existence de la démocratie moderne, ce que sera l'Angleterre de l'Avenir."
L'Angleterre est avant tout et par-dessus tout une nation aristocratique, et son gouvernement est celui d'une aristocratie.
" Le peuple anglais est fier de son aristocratie."
**De 1832 à 1885, le régime électoral de l'Angleterre est passé, en soixante ans, de l'état féodal à l'état démocratique.'
yy
Dana son travail sur l'élection présidentielle aux Etats-Unis, M, Savarj dit avec raison :
''Au Canada même, il est convenu que ce sont le plus souvent les ''principaux" du parti qui se mettent d'accord avec les ministres ou avec le chef d'opposition, et qui arrêtent les candidatures. On ne s'en trouve pas plus mal ; et nous ne rappelons cette pratique.
que poue mieux faire comprendre et ressortir la différence qui distingue les Ëtats-Unis de tous les autres payp.
Aux Etats-Unis, la démocratie a poussé de 81 profondes racines et l'organisation des partie a atteint une force si perfectionnée, que rien n'est laissé au hasard ni à la direction des chefs. C'est véritablement le suffrage universel de chaque parti qui désigne les candidats aux fonctions politiques, et c'est ensuite le suffrage universel du pays tout entier qni décide lequel des deux partis a la majorité."
Nous nojis sommes un peu étendu sur ce livre qui n'a été tiré )u'à 300 exemplaires, et qu'il ne sera pas toujours facile de se procurer.
M. Savary a laissé beaucoup de manuscrits où les études de haute volée sont nombreuses.
Il y avait du génie dans cet homme. C'est un malheur que des circonstances fâcheuses aient enlevé le soleil à cette belle intelligence.
Il parle avec une grande autorité, parcequ'il parle avec une grande science.
II a commis des fautes et il a eu des torts. Dieu l'a frappé sur la terre môme. Nous ajouterons cependant que les circonstances atténuantes ne font pas défaut. Cet fiomme a de plus renié son passé et fait une mort édifiante.
Il écrivait à sa fille en France. "J'espère
que tu seras moins sévère pour ton père, quand tu apprenilras que Dieu lui a pardonné."
M. Savary, député, vota énergiquement contre l'article 7 de la loi Ferry ; il vota au8.si contre l'expulsion des princes.
Les Feuilles Volantes ont une valeur considérable, mais s^adresseat surtout aux hommes du métier. La mondanité de certains articles ne convient pas à la jeunesse.
Qu'il nous soit permis, de citer en terminant une partie du testament de M. Savary :
"Je suis né dans la Sainte Eglise Catholique, apostolique et romaine ; j'ai toujours résolu d'y vivre et d'y mourir. Lts fautes que j'ai pu commettre envers la loi de Dieu, et auxquelles sa miséricordieuse justice trouvera des atténuations, n!ont rien changé à ma résolution ni à mes croyances. Atteint d'une maladie qui peut m'exposer à une mort subite, je tiens à constater ici d'une façon solennelle ma ferme volonté de mourir dans la foi de mes
pères."
Vie de Mgr de Laval, premier évoque de Québec et apôtre du Canada, 1622-1708, par l'abbé Auojuste Gosselin, curé de St-Féréol — 2 vols, In-So, de plus de 600 pages, chacun —
$3.00 l'exemplaire — Deniers — Québec —
M. DeVillars écrit dans le Journal des Gampagnes :
On a pu remarquer avec quel respect la presse, en général, s'est abstenue de lai prodiguer, à son apparition, le vain encens d'une réclame, qui s'accorde si facilement à toute œuvre de bonne volonté, mais destinée à un succès purement éphémère. Le livre de M. Gosselin n'a pas besoin de cet encens ; il se recommande par lui-môme.
Il est vrai, vingt fois vrai, que les journaux canadiens, à, partir des plus considérables ne donnent pas assez d'attention aux écrivains canadiens : on ne saurait trop le leur reprocher. C'est précisément leur négligence qui nous a donné l'idée de publier ce volume afin d'encourager un peu les fournisseurs de la vie intellectuelle. Il est cependant à propos de remarquer que les reproches, parfois, ne sont pas mérités. Certains écrivains, ou certains éditeurs, craignent de faiie hommage de leurs œuvres aux journalistes. Or les journalistes, pauvres pour le grand nombre, ne sont pas disposés à faire des dépenses de temps et d'argent, et à faire de la réclame en faveur d'un livre, lorsqu'ils sont obligés de l'acheter.
L& Vie de Mgr Laval a t-elle été envoyée aux journalistes ? Pour notre part, nous n'avons pu, même. sur demande, en avoir un exemplaire pour compenser une partie de nos dépenses. Est-il bien probable que les autres ont été plus favorisés ?
Cet ouvrage se divine en quatre parties :
1ère. — Mgr de Laval avant son arrivée au Ca-, nada.
2me. — Mgr de Laval, vicaire apostolique de la Nouvelle-France: c'est la matière du 1er volume.
.3nie.— Mgr de Laval, évêque de Québec.
4me.— Mgr de Laval, depuis sa démisnion jusqu'à sa mort.
Quant à la préface, l'auteur la consacre à repu ter certaines accusations portées par M. Gareau contre Mgr de Laval. Cette préface est très sensée et très forte. Elle donne une excellente idée de ce que sera l'ouvrage.
Ce travail n'a pas été fait à la course. Il est le fruit d'un travail ardu, persévérant et difficile. L'auteur n'a rien négligé. Il est à notre connaissance qu'il a passé une année à
l'Ecole normale, de Montréal, seulement, pour y prendre connaissance des documents que poesède M. Pabbé Verreau. Cette vie est écrite avec ampleur et entrain. Il y a de Tunité dans le livre. Les citations ne prennent pas une place démesurée et viennent naturellement. Le stvle convient au sujet. La critique historique est bien pondérée.
Mgr de Laval, évidemment doit être jugé avec les idées de son temps et non avec celles de notre temps. 0» ne peut pas prétendre que tout ce qu'il a fait était en soi pour le mieux et qu'il n'y a pas de taches légères par ici par là. Comme le dit très bien M. Gosselin : "Les saints n'arrivent pas du premier coup au plus haut «legré de perfection. La vertu plus encore que le génie est une œuvre de grande patience."
Pour juger d'un homme il faut conaidérer sa vie, et dans son ensemble et dans sa marche ascendante.
M. Gosselin a fait un travail extraordinairement instructif à une foule de points de vue.
Il a des dispositions considérables pour le genre historique et il est à espérer qu'il poursuivra'ses travaux sur l'histoire de l'Ec;1ise du Canada.
Nous vous permetteons une observation.
L'auteur faisant dans cette vie de Mgr de La-
val un grand nombre d'excursions légitinries, à
droite et à gauche, n'aurait-il pas du intituler
son livre de préférence : Mgr de Laval et son
temps ? Un homme compétent noue en avait
fait cette remarque, nous en avons constaté la
vérité.
La Oatetie des Campagnes.
" La Vie de Mgr de Laval fait le plus grand honneur aux lettres canadiennes. C'est un monument où l'œil du criti«iae trouvera peut-être quelques défauts de détail, mais dont on ne peut s'empêcher d'admirer les vastes proportions, la souplesse et la régularité du dessin, le fini de l'exécution, la convenance frappante surtout avec le héros dont il est destiné à honorer et à faire bénir la mémoire."
De Villars.
** Le soin avec lequel vous avez consulté les livres et les manuscrits qu'il vous a été possible de trouver, ainsi que les personnes bien versées dans notre histoire, me donnent lieu de croire que votre ouvrage fera autorité. »
Son Eminën'ce le oardinal Taschereau.
*' Voue avez fait une œuvre solide et durable, une œuvre qui restera et dont vous pouvez dire : Monumentum exegi aerepereniua.
Mgr Paquet.
* ' Votre Vie de Mgr de Laval est ad m i ra bl e f.oufl loua les rapports. Consciencieusement exact, dans vos lecherclies historiques, vous présentez les faits d'une manière qu'on voit le Faint évêque luttant énergiqueujent pour poser solidement les bases de l'église du Canada, veillant au salut des générations successives, et édiâant tout le monde par son désintéressement et ses vertus.
J'ai eu toujours la plus grande vénération et dévotion pour Mgr de Laval ; et le commencement du procès pour sa canonisation m'a
fait réjouir."
John G. Shea.
N. B. — M. John G. Shea est un savant historien. I! a écrit sur l'histoire de l'église des Etats-Unis. Il a réédité V Histoire de la Nouvelle-France, par le P. Charlevoix , et V Etablissement de la Foi au Canada, par le P. Chrétien Leclerc, etc.
On voit, en lisant votre livre, que vous Pa-
vez écrit avec amour. Vous vous êtes attaclié
à Mgr de Laval, à mesure que voue avez
mieux connu ses grandes qualités, la nobleaf^e
de son caractère, Fes éminentes vertus ; et
vous faites partager ce sentiment à vo8 lec-
teure-."
Mgr BÉGiN.
La Semaine Religieuse de Quédec.
Non seulement ce livre fait connaître Mgr de Laval, mais, il le fait connaître sous son véritable jour ; et c'e^t là un mérite et un service dont on ne saurait exagérer l'importance. Ils sont assez rares, en effet, ceux qui connaissent bien Mgr de Laval, et qui ne sont pas un peu sous rimpression que l'absolutisme était le fond de son caractère, et fut la cause priucipale de ses démêlés avec les autorités civiles en particulier. Pour notre part, nous confessons humblement que nous appartenions à ce groupe, qui n'est peut être pas le moins nombreux. Bien que ce fait paraisse étrange au premier abord, il n'a rien cependant qui doive étonner.
Le travail de M. l'abbé Auguste Gosselin démontre donc, jusqu'à l'évidence, que Mgr de Laval n'était pas un "esprit absolu et dominateur qui voulait tout faire plier sons sa volonté" ; une espèce de tyran, qui se regardait comme infaillible , et dont les actes administratifs étaient arbitraires, mesquins et jaloux. Il n'a pas été difficile à son biographe de
donner le coup de grâce à ses légendes ; il lui a suffi d'exposer franchement les faits, sans en fafre un seul, et de les examiner à la lumière de la foi catholique. La vérité, et rien que la vérité a suffi pour faire apparaître Mgr de Laval ce qu'il est : une âme dévouée et généreuse, " un grand citoyen, un évêque tel que le désiraient les fondateurs de l'Eglise univei*selle", comme l*a «lit S. E. le Cardinal Taschereau, mais surtout un saint dans toute l'acception du mot. Le premier évêque de Québec a été tout cela à la fois, en revendiquant énergiqaeinent là reconnaissance pleine et entière de sa juridiction et de son autorité spirituelle ; en défendant comme la prunelle de ses yeux l'honneur et les privilèges de l'Eglise ; en combattant, dans le conseil supérieur, les mesures iniques de certains hommes politiques ; en luttant contre la traite de l'eau-de-vie, qui menaçait de ruiner la colonie au moral et au physique ; tn faisant une guerre à mort à tous ces êtres sans cœur, pour qui le pays n'était qu'un comptoir ; en poursuivant sans trêve ni repos, la conquête des âmes ; en s'élevant jusqu'à l'héroïsme dans la pratique de la vertu et en se montrant, du commencement à la fin de sa carrière apostolique, étroitement attaché au Saint-Siège. Ce dernier trait en particulier n'est pas un des moins remarquables de cette grande et noble figure, surtout à une époque oiî le gallicanisme était en pleine floraison. 11 est bien permis, en mentionnant ce fait, de rappeler que les Jésuites ont été ses éducateurs, et qu'il vécut toujours dans une
parfaite intelligence avec les membres de l'illustre Compagnie de Jésus, chargés alors de la desserte des missions du Canada. Il est heureux pour TEglise du Canada, et non moins heureux pour sa mémoire, que Mgr de Laval ait été tout ce que nous venons de dire dans la mesure que nous savons ; car, en présence de ce dossier, le rôle de l'avocat du diable sera réduit à pa plus simple expression, lorsque 8*instruira le procès de canonisation.
Il y a bien, sans doute, dans la vie de Mgr de Laval, quelques légères taches, certaines imperfections, comme Padmet son historien, qui nous semble cependant les aVoir voilées un peu trop. Ainsi, Mgr de Laval aurait pu dans certaines circonstances ménager davantage de.s susceptibilités faciles à comprendre ; s'etiacer peut-être encore plus après avoir donné fc-a démission, et prévenir des froissements qui ont toujours des conséquences regrettable/? ; mais ces ombres n*ont rien qui doive étonner. La painteté n'est pas, comme la nob'esse, l'apauage de la naissance, et les saints n'arrivent pas d'emblée au premier degré de la perfection.
Abstraction faite du défaut d'ordre chronologique, qui apparaît quelquefois, de quelques longueurs, de certains points qui auraient pu être élucidés davantage, des divisions secondaires qui ne sont pas toujours aussi naturelles que les grandes divisions, et des invitation? trop souvent répétées d'admirer ce que tout lecteur intelligent peut admirer de lui-même, nous pouvons dire de l'historien de Mgr de Laval, dans une égale mesure au moins, ce qu'il dit de notre historien national :
"Quelle belle et agréable manière que la pienne. Elle rappelle celle des bons biatoriens français. Il a des aperçus larges, pleins de lumière, toujours ouverts sur de vastes horizons. Il nait grouper les faits, les n^ettre en relief et en tirer toute la valeur possible."
Son style est soigné, correct, plein de vie et de mouvement. Il entraîne le lecteur, et ne le
laisse jamais s'attiédir " Il a de plus, sur
M. Garneau, le mérite inappréciable de s'être toujours placé au point de vue catholique et conservateur dans le vrai sens du mot, pour apprécier les hommes et les faits. Son œuvre durera et ne sera pas ébranlée, même par la critique la plus sévère, parcequ'elle est assise sur une ba.<e large et inattaquable.
L'abbé D. Gosselin.
Les anciens Canadiens, traduit en anglais,
par C. D. Roberts.
( 'New-York Cayiada )
Le Herald Annonce la publication par la librairie Appleton, de New- York, du roman si populaire au Canada de notre illustre écrivain M. de Ga«pé. " Les Anciens Canadiens " traduit de anglais par Charles C. D. Roberts et en fait un éloge auquel nous applaudissons de tout cœur. Cette émouvante histoire, car l'auteur s'est mis lui-même en scène dans son admirable ouvrage, méritait bien cet honneur et
tournifa aux lecteurs un livre d'une haute moralité et d'un intérêt saisissant. Il fera connaître notre ancienne vie canadienne si touchante dans sa simplicité et si grande dans la manifestation de ses pieuses croyances.
Nous sommes heureux de signaler cet hommage rendu aux talents distingués de notre sympathique écrivain, dont le nom est si cher aux Canadiens-français.
Geo. Lemay.
La Région du Lac Saint- Jean, premier de
la province de Québec — guide des colons — rédigé pour la compagnie du chemin cle fer de Québec et du Lac Saint-Jeau, par A. Buies, Québec, 1890.
Cet ouvrage — 46 pages et plusieurs l>elles gravures — se donne sur demande au bureau de la compagnie, à Québec ; s'adresser à M.
A. Hardy.
C'est une bonne page de reuvseignements et une belle page de géographie.
Les Canadiens ignorent ie'Canada.
Lisons cette brochure.
Les Hommes du jour. C'est le titre d'une publication qui va marcher 2, 3 ou 4 ans,
sinon p\up, eous la direction de M. L. H. Taché. C*est uoe galerie de portraits contemporain». L'ouvrage comprendra 40 livraisons. Chaque livraison est de 60 centins, et le montant de souscription est de $20.00.
Chaque biographie est accompagnée d'un p>ortruit ; c'est ainsi que le premier fascicule nous donne le portrait et la biographie de Sir John A. Macdonald et de l'hon. Wilfrid Laurier.
Les portraits sont magnifiques et Pouvrage In-4o est imprimé avec luxe.
C'est une louable entreprise, et il faut espépérerquô M. L. H. Taché la mènera à bonne fin. Cette galerie cependant n'aura de valeur que si les biographes mettrent de côté les fausses louanges pour ne se préoccuper que de la vérité.
Disons un mot des susdites biographies ;
Sir John A. MacdoncU, par John Francis Waters.
Ija lecture de cette biographie laisse sur son auteur une impression très favorable. M. L.
F. Waters n'est pas un penseur ordinaire. Il n'a pas, sans doute, le brio de M. Fréchette,
rnai^j quelle pondération de jugement, qu'elle ricbea-e de réflexions heureuses, et que de substance en peu de mots I Un hounne gagne beaucoup à avoir un biographe de ce genre.
L'auteur trouve beaucoup de ressemblances entre Sir John et Beniamin Disraeli, comte de Beaconefield.
Contentons-nous de citer le portrait qu'il fait de Sir John, au point de vue de la parole :
" Sir John Macdonald n'e?t pas un orateur dans le sens ordinaire de ce mot ; et cependant peu d'orateurs savent captiver un auditoire et commander Tattention de la chan^bre cl 'une manière au?8i absolue, aussi n>agnétique, que le premier ministre. Sans «îoute beaucoup de cette attention est due au fait que c'est " Sir John " qui parle, chacun voulant savoir ce que le vieux chef va dire : mais il y a en outre l'attrait de la forme, caractéristique chez Sir John, et la précision de l'idée, qu'il exprime toujours avec le mot propre Voilà ce que lui fait un genre à part dans lequel il excelle et que nul autre dans notre parlement n'a su approcher ; c'est un genre plus en faveur dans le parlement impérial que dans le nôtre. Sir John n'a pas d'abondance de parole ; au contraire il cherche souvent le mot, probablement à dessein ; il se borne plutôt à dire exactement qu'à orner son discours de fleurs de rhétorique, ce qui fait qu'il n'est jamais embarrassé. L'esprit et l'humeur abondent dans ses discours sans en exclure la sagesse. L'anecdote y trouve
toujours pa place et ne manque jamais de provoquer les applaudissements de la chambre.
Personne mieux que lui n*est habile à analyser rapidement Je difcours d'un adversaire en en faisant ressortir, avec sarcasme ou faveur, les parties remarquables ou faibles. Sa voix n'est pas forte, mais elle s'élève avec son sujet et se fait entendre jusqu'aux coins les plus reculés de la chambre ; quand les circonstances pont solennelles, elle prend parfois, comme lors du débat de la question des Jésuites, un ann pleur qui étonne et impressionne vivement. Presque, toujours. Sir John a l'air de plaisanter, souvent mênje quand tout le monde se laisse emporter par un sentiment exagéré de l'importance d'une question ; mais, dans les occasions où de grands intérêts sont en jeu, la gaieté fait place à l'émotion et le tremblement de sa voix, autant que sa tenue, ne laisse pas de place au doute sur la sincérité de ses convictions. Disons, en terminant ce portrait, que, dans ses premières années, Sir John fut un des orateurs populaires les plus actifs et les plus aimés du pays. "
Wil/nd Laurier, par L. Fréchette.
Cet biographie est avant tout l'éloge de l'orateur :
"Chose rare chez les orateurs à parole facile et nombreuse, son éloquence ne s'abandonne jamais à la fougue. Elle vous intéresse plutôt qu'elle ne vous secoue. Elle ne vous fait
pas toujours passer le frisson dans les cheveux, mais elle vous berce, vous gagne, vous convainc. L'enthousiasme qu'elle provoque est raisonné. Point de périodes ou d'images ne visant qu'à Petfet littéraire ; nulle recherche d'esprit ni d'expres?ions sonores ; jamais d'appels exclusifs aux sentiments ou aux passions del'auditoire ; rien que du bon sens, de l'hoonêteté, de la logique ; la vérité toute belle et toute pure, dans une langue correcte, savante, abondante, mélodieuî^e au possible, et pleine d'une énergie virile, devinée plutôt que sentie, sous la nervosité d'une phrase limpide comme l'eau de roche."
Il dit du chef départi :
**Renseigné sur tous les points, toujours prêt à la riposte, jamais découvert, d'une prudence sans pareille dans ees mouvements, ne laissant rien au hasard, charmant ses amis par sa crânerie, désarmant ses adversaires par sa loyauté courtoise autant qu'il les étourdit par ses brillantes charges à fond de train, il ne fait jamais une fausse manœuvre, ne se laisse jamais prendre au dépourvu •; et,*s'il n'écrase pas Tennemi à chaque rencontre, au moi^s est-il bien rare qu'il ne couche pas sur le champ de bataille." •
Il dit de Vhomme lui-même :
"C'est le patriotisoic servi par le libéralisme. Patriotisme avancé, c'est-à-dire large, éclairé et sachant regarder l'avenir en face ; libéralisme restreint, c'est-à-dire délivré de toutes
les exagérations et de tous les rêves uiopiques dont il 8*enveloppe souvent dans certains pays d'Europe.*'
M. Fréchette manie bien la plume. 11 est souple, rapide, coloré. L'enthousiasme l'emporte bien un peu, mais on le lui pardonne, car on sent que c'est le cœur, ici, qui écrit.
Cette étude bien qu'insuffisante en profondeur et en étendue, mérite cependant avec raison de titre de tr^.9 gracieuse.
Puisque nous en sommes à Monsieur Fréchette, nous tenons à noter que nous ne lui pardonnons guère la pièce de vers qu'il a faite à l'occasion du cinquantenaire d'âge de l'hon. H. Mercier. Ce genre n'a pas l'air de lui convenir. II y a là des choses d'un goût douteux et des vers épicuriens qui ne font pas honneur à l'auteur. Nous aimons à croire que c'est l'improvisation hâtive qui a joué ce mauvais tour à Pauteur de la Légende d'un peuple. Nous n'aurions rien dit si ces vers n'avaient pas reçu une aussi grande publicité.
Quant à sa pièce de vers, à l'occasion des noces d'or de M. le curé Boucher, nous tiendrons un langage différent. C'est une des plus jolies choses qui soient sorties d'une tête canadienne-française, et qui ferait grand honneur à
n'importe qu'elle plume. Nous citerions cette pièce en entier si nous avions quelque peu plus d'espace. Nous en conseillons fortement la lecture.
Le Vieux Lachine et le massacre du 5
août 1689, par Désiré Girouard — brochure In-12o de 76 pages,— Berthiaume — Montréal
Ce n'est qu'à la dernière minute que nous nous sommes aperçu que cette brochure datait de 1889 ; nous avions toujours lu 1890 I Tant pis pour nous I
Voilà encore une publication sur laquelle il n'est pas facile de mettre la main : elle n'eu est sans doute que plus précieuse. Ecoutons M. Benjamin Suite, dans Pages d'histoire du Caaaday pages 309 et 310 :
M. Girouard a l'amour du passé. S'il rappelle les souvenirs de ce temps là, c'est pour stimuler notre ardeur patriotique. L'orgueil du sang est un ressort qu'il ne faut pas laisser affaiblir. En nous racontant les malheurs et les exploits de nos pères, il fait plus que de verser un million de piastres dans nos poches.
l>an8 sa brochure la disposition des matières n'est pas aussi claire qu'il le faudrait; cela est dû à certaines pièces qui n'ont été trouvées qu'au moment où la matière de toute la brochure était composée ; néanmoins tout y est et le lecteur n'éprouvera aucune peine à grouper les faits dans sa mémoire selon qu'il le jugera à propos.
Les gravures dont l'ouvrage est orné valent dix fois le prix marchand de la brochure.
Voyez-vous le fort Rémy en 1671? C'est le berceau de la paroisse de Lachine. A côté est le portait de Cavalier de Salle qui le premier poïta la civilisatin dans ces en<lroits. Les vieilles maisons de Jacques LeBer et de Charles LeMoyne, très normandes sont à croquer. René Cuillerier, l'homme aux aventures, a aussi l'image de fa rébidence dans ces pages toutes inspirées du sentiment canadien. L'église de Lachine, bâtie en 1710, au centre du fort Rémy et démolie en 1869, est là toute droite, avec son air des anciens jours. Pure on voit des cadastres, les plans de tous les terrrai ns, des listes de colons. C'est la chose qui manque à la plupart des histoires de nos paroisses. Lachine ainsi traitée devient plus historique que jamais.
M. Girouard a dû faire bien des recherches, car son travail fourmille de renseignements.
Les gravures donnent à l'ensemble un cachet "O'antiquité qui fait que cela sent bon 1
— ai6 —
Le travail de M. Girouard ayant déjà uae grande valeur, il importe de lui signaler quelques inexatitudees. Nous dirons la mênie chose relativement à l'incomparable Dictionaire généalogique de Mgr Tanguay,
Pour faire ici un léger procès à M. Girouard il faut en faire un à Mgr Tanguay, qui lui a servi de guide.
Bien que Ton nous reproche, avec raison, de trop aimer la discussion, nous nous désistons ici et nous laissons la parole au Révd Messire Florent Bourgeault, curé de La Prairie, Nous l'avons prié de nous donner les documents nécessaires. Il l'a fait de bonne grâce, bien que cela lui imposât un travail assez long.
Mgr Tanguay suppose. Tome 1er de son Dictionnaire, p. XI il, que le registre de Vahbé d^Urféi dont M. Bourgeault lui a donné connaissance, est le plus ancien des registres de la partie de l'Isle de Montréal qui forme aujourd'hui les paroisses de Lachine, de la Pointe Claire et de Ste-Anne :
" La partie supérieure de l'Ile de Montréa la " été desservie par plusieurs membres zélés du *' Séminaire de Montréal. Les plus anciens actee ''contiennent l'origine des paroisses de Lachine,
ce
**de ]a "Pointe-Claire et de Ste-Anne. Le régis- " tre. celui de l'abbé D'Urfé manquait : ou
ignorait ce qu'il était deveuu. J'ai été assez
heureux pour le découvrir un jour, perdu " parmi d^autres cahiers, reliés en un seul *' volume et (Tune dcUe bien plus récente"
En quoi, Mgr Tanguay se trompe, dit M. le curé de la Prairie :
" Car les registres de Lachine sont de pluaîeur années antérieurs à celui-là."
Mgr Tanguay dit : p. XIII, "Grâce à cette heureuse rencontre (du registre de Tabbé D'Urfé) nous avons pu identifier des restes humains trouvés dans la Baie d'Urfé "
Il paraît singulier à M. Bourgeault qu'on ait trouvé des restes humains dans la Baie d'Urfé, comme dans les ports des objets qui proviennent d'anciens naufrages.
«De fait," dit M. Bourgeault :
" Les restes humains découverts par Antoine Caron, dans l'automne de 1865, ont été trouvés non dans la Baie (TUr/éj mais dans la cave de Vancienne église de St-Louis^ aujourd'hui Ste-Anne du Bout de Vlsle, ou comme on dit encore, malheureusement maintenant, Ste-Anne de Bellevue. Dans une excavation de 25 ou 26 pieds sur 36, faite dans cette ancienne cave remplie de terre depuis long-
tetnps, on a trouvé les restes de 2G personnes au moins, de différentes tailles. '*
Mgr Tanguay ajoute dans A travers les Registres, page G6 :
" Les dix personnes inhumées en ce lieu étaient des Français massacrés en 1687 par les Iroquois et qu'un prêtre, missionnaire, M. l'abbé d'Urfé, Suipicien, avait inhumé proche le lieu destiné pour bâtir l'église St-Louis du haut de l'île de Montréal. " { l )
M. Bourgeault poursuit :
Parmi ces 26 squelettes il ne pouvait y en avoir que deux des victimes des lro:ïuois dont parle le Registre : savoir celui de Jeande Lalonde, inhumé dans VenaeirUe de Véglise, et celui de Pierre Bonneau, inhumé dans le lieu destiné à bâtir l'église. Des huit autres personnes mentionnées dans le Registre merveilleux de Mgr Tanguay, deux, savoir Claude Lamo' the et Jean Vincent ont été inhîimées à la Pointe St-Louis, une, savoir Louis Jets dans le cimetière, une, savoir Jean Baptiste Lesueur dans le lieu destiné pour le cimetière, et quatre, Pierre PertuiSy Henry Froinageau, Jean Petileau et Pierre Camus, proche le lieu destiné à bâtir l'église de St-Louis.
Mgr Tanguay suppose que le dit Registre pouvait seul faire connaître la provenance des estes humains trouvés dans la baie d'Urfé,
(1) La paroisse actuelle de Ste-Anne du bout de l'Ile devait donc en 1687, être sous le vocable de St-Loais, sur les ords du lac qui porte ce nom. Mgr Tanguay.
M. Boiirgeault p'insurge à l'encontre :
" Mgr Tanguay prétend que ce Registre pouvait seul faire connaître la provenance de8 restes humains trouvé:? à la Baie d*Urféi c'est en quoi il se trompe grandement, car les Registres qu'on trouve aux Archives de Sainte Anne, et qui commencent au 18 décembre 1703, mentionnent les sépultures d'un grand nombre de personnes inhumées soit dans l'éjçlise, soit dans le cimetière de Saint Louis. Notons en passant que la parois:je de Sainte Anne n'a pris ce nom que en 1714 ; jusque là elle s'appelait Saint Louis. Parmi les persof)nes inhumées à . St Louis, et dont les restes étaient dans la cave, dont il a été parlé se trouvent Demoiselle de- Gabrielle, épouse de feu Claude Robotel, SiEPR DE Saint André, morte à Chateauguay, Je donnerais volontiers à cette personne noble de l'ancien temps le crucifix dont Mj^r Tanguay a disposé en faveur d'une des viciimes des Iroquois.
Mgr Tanguay dira peut-être qu'il ne connaissait pas les Registres de Sainte Anne, qui donnaient la solution du problême en question.
Mais il ne peut plaider ignorance en cette matière ; car il avait déjà parcouru les Registres de Sainte Anne avant cette époque, comme le prouvent les citations qu'il en fait dans le Premier vohïme de son Dictionnaire.
Au pis aller, s'il avait ignoré, en 1865, les faits consignés dans le-» Registres de Ste-Anne, et qui devaient conduire à l'édentifiation des restes humains trouvés alors, il ne pouvait plus les ignorer après 1866, car cette année là,
j'ai publié dans VEcho du CkMnet de Lecture, un travail qui expliquait amplement le mystère de ces restes. ( Voir VEcho du Cabinet de Lecture* — Huitième année — 1866 — pages 78 — et 22G ).
Quand donc Mgr Tanguay a publié le 1er volume de son Dictionnaire, quand il a écrit dans les Annales de la société royale ,dd CANADA, quand il a publié son ouvrage a travers LES RÉfHSTRES, il devait savoir que les corps trouvés en 1865 n'étaient pas ceux des Français mentionnés sous le Registre de M, d^Urfé, intercalé dans les Registres de Lachine.
Nous demandons grâce en faveur de Mgr Tanguay. Il avait sans doute consulté les régistes de Sainte-Anne, mais il a pu ne pas remarquer ; il a pu oublier, s'il a remarqué ; il a pu perdre ainsi ses notes. C'est chose si facile lorsqu'un ouvrage demande accumulation de documents.
Voici maintenant que les Iroquois vont donner de la tablature à Mgr Tanguay. Nous laissons la parole à M. Bourgeault :
*' Mgr Tanguay affirme que les dix personnes, dont les sépultures sont mentionnées dans son registre favori, étaient 10 français massacrés PAR LES Iroquois, maïs en cela il fait erreur car le registre ne mentionne que huit personnes tuées par les Iroquois, savoir ;
j. BAP. LESUEUR, inhumé le 19 octobre 1687.
JEAN viA'CENT, inbnnïé le 21 septembre, je an de 1.AL0KDE, inhumé le 10 octobre, pierre per- THUis, (1) pépnlture mentionnée au 30 septembre, HENRY FROMAJEAn, inbumé le 10 octobre, JEAN PETiTEAU, inliumé le 10 octobre, pierre camus, inhumé le 19 octobre, et pierre bonneau, dont la sépulture est mentionnée au 30 septembre.
Quant à claude lamothe et louis jets, le Registre ne dit pas qu'ils ont été tués par les IroquoiP.
Mgr Tanguay répète à satiété dans son Dic-w TiONNAiRE ( Tom 1er : pages 67, 101, 243, 321, 342, 349 ) que dix français furent tués par les Iro<"juoi8 — et furent inhumés a lachine, tandis que déjà — il a dit, et avec raison, que les dix personnes mentionnées dans le Registre de M.
d'Urfé — ont été inhumées a saint louis (Ste-Anne ).
La conclusion de tout ceci, c'est qu'il y a quelques corrections à faire : dans le dictionnaire GÉNÉALOGIQUE, Tome 1er, page XIII, et pages 67, loi, 243, 321, 342, 349. ; dans a travers LES REGISTRES, p. 66, et Annales de la société royale du canada, vol. 3, p. 139.
Et maintenant un bout de procès à M. Girouard.
(1) Pierre Perthuis n'a pas en l'honneur d'ôtre mentionné dans le Dictionnaire de Mgr Tancfuay. — F. Bourgeault.
Nous lisoDA dans le vieux lachixe, page II, 80U8 le titre : un combat au bout dr l'île :
L'année 1661 fut plus nialheureuôe que les précédentes. Il se passa à peine une journée que les Iroquois ne fissent quelques victimes. M. de Maisonneuve s'alarma tellement, qu'il forma une compagnie de volontrfires sous le nom de " Soldats de la Sainte-Famille de Jésus, Marie et Joseph. " Il serait trop long de signaler tout ce que nos ancêtres ont eu à souffrir de ôes barbares. Qu'il nous soit permis d'arriver de suite à l'époque qui nous occupe. En 1687, l'on voit par les registres de Sainte-Anne, sortie de la poussière avec ceux de toute la Nouvelle- France par l'infatigable Mgr Tanguay, qu'un combat eut lieu à la baie d'Urfé. Cette baie était située un mille plus bas que le site de l'église actuelle de Sainte-Anne, près de la terre occupée à présent par Antoine Caron, no. H13 du cadastre de Sainte-Anne, où,. pour citer les expressions du terrier de l'île de Montréal, était " la première chapelle de Sainte-Anne, habitée ' *' et desservie par M. l'abbé D'Urfé, qui y a " donné son notu." (1) Cette mention est faite à deux pages différentes, sous les numéros 111 et 112 du terrier. Ainsi que le constate le registre du 30 septembre 1687 de la paroisse de Saint-Loui", signé D'Urfé, " curé de la paroisse de Saint-Louis," premier nom de Sainte- Anne du bout de l'île, (2) dix français y furent
(1) D'Urfé appartenait à une des meilleures famillea de France. Il était flls du marquis D'Urfé.
(2) Ce registre se trouve, on ne sait trop pourquoi et com-
massacrés. Leurs nfnis ont été publiés pour la première fois par Mgr Tanguay dans les annales de la Société Royale du Canada, vol. 3, page 139 ; ils sont : —
Pierre Camus dit La Feuillade, soldat, âgé de 21 ans.
Claude de LaMotlie dit le Marquis des Jourdis, â^é de 40 ans.
J. Bte LeSueur dit La Haye, soldat, âgé de 21 ans.
Louis Jets, meunier de M. Jean Le Ber, âgé de 24 ans.
Jean Vincent, laboureur, âgé de 45 ans.
Jean DeLaLonde dit Lespérance, habitant du coteau Saint-Pierre, marguillier en 1685, âgé de 47 ans.
Pierre Bonneau dit Lajeunesse, caporal, âgé de 38 ans.
Pierre Perthuis, serviteur, âgé de 24 ans.
Henri Fromageau, habitant, âgé de 25 ans.
Pierre Petiteau, âgé de 20 ans.
Ils furent tous enterrés " proche le lieu destiné pour le cimetière, auprès de Péglise paroissiale.*' M. DeLaLonde fut le seul inhumé '* dans l'enceinte de l'église paroissiale de Saint- Louis du Bout de l'Ile de Montréal," et le registre dit que Jean Vincent fut enterré à la pointe Saint-Louis, aujourd'hui pointe à Caron, lieu ordinaire des sépultures du temps. En 1866, on trouva par accident les ossements de ces victimes, avec d'autres, sur la terre d'Antoine Caron, no. 313 du cadastre, à la pointe de
ment, parmi lea registres de Laohine. Sainte Anne cessa d'être desservie comme mission de Lachine en 1685. — Registre de Lachine^ p. 7.
la Baie d'Urfé,et M. Ghè^refils, curé de Saint- Anne, les fit tranpporter, dans un grand cercueil, à la cave de l'église, après un service solennel chanté en présence de tous les paroissiens qui comptaient des ancêtres parmi ces infortunées victimes. M. Chèvrefils conserve nn petit crucifix trouvé sur Tune d'elles. "
Monsieur Bourgeault poursuit :
M. Girouard a eu le malheur de suivre avec trop de confiance Mgr Tanguay dont an a vu la valeur jusqu'ici, mais il est bien moins inexact que son guide.
Vojons pourtant ce en quoi il pêche principalement.
lo M. Girouard prétend qu'il y eut, en 1687, un combat à St-Louis au Bout de l'Ile. Or rien ne dit qu'il y ait eu un combat. Il y a eu tout au plus une surprise de la part des Iroquois, comme en bien d'autres endroits.
M. Girouard dit que dix fiiançais furent MASSACRÉS dans ce combat. Mais .nous avons dit en critiquant Mgr Tanguay que huit seulement sont mentionnés comme victimes des Iroquois. Mais les huit ne furent pas tués le même jour. En effet, jean Baptiste lesokur, inhumé le 19 octobre 1687 avait été tué la veille, JEAN TINCENT, iuhumé le 21 .«eptembre avait été tué dans la guerre, dit le Régi?«tre, qui ne mentionne pas le jour de sa mort, et PIERRE CAMUS, fut tué le 1 8 octobre. On peut compter que jean de lalonde, pierre bon'-
KEAU, pierre PERTHUIS, HENRY FROMAOEAU et
JEAN PETiTEAU, CTi tout CINQ, furent tués le 30 ppptembre 1^87.
2o Dans une note M. Girouard dit que on ne sait pourquoi ni comment le Registre de M.
d*Urfé est à Lachine. Voici pourquoi et comment. M. d*Urfé repartit pour la France dans l'automne de 1687, et la paroisse St-Louis que les Iroquois dévastaient, fut déservie de Lachine jusqu'à ce que M. De Breslay en devint le curé vers I7u3.
3o M, Girouard dit que lesdixyictimes (nous savons qu'elles n'étaient que huit ) furent toutes enterrées proche du lieu destiné pour le cimetière. En cel» il suit Mgr Tanguay Nous ayons vu ce que dit le Registre. M Girouard dit que Jean De Lalonde fut seul inhumé dans Véglise. Il oublie que Pierre Bonneau fut inhumé dans le lieu destiné à bâtir régliîîe.
4o M. Girouard est moins inexact que Mgr Tanguay quand il dit que les corps des victimes furent trouvh avec d'autres, mais il est encore dans l'erreur en supposant que le Registre de M. d'Urfé a suffi pour expliquer la présence, dans la cave où Caron a creusé, des corps qu'on y a découverts.
De plus :
Pierre Bonneau doit être Pierre Boynneau ; c'est ainsi que M. d^Urfé l'écrit bien lisible ment.
Claude Lamothb dit sourdys, et non pas comme me dit M. Girouard de LaMothe, Marquis des JoURDis. Marquis n'est pas authentique, n'étant de M. d'Urfé, et de Jourdis, est inexact.. C'est donc Claude Lamothe dit Sourdys d'après M. d'Urfé.
Jean de Lalonde est habitant de St;Louia et non pas du Coteau St-Pierre, s'il a ete du Coteau St-Pierre, il n'en était plus a sa mort.
Le Registre de M. d'Ur/é, quoique dise Mgr Tanguay, est dans les Registres de Lachine raais à sa date parmi les autres de même date, et non pas parmi les Registres de dates postérieures.
Les bons comptes font les bons amis.
Quoiqu'il en soit nous devons beaucoup et à Mgr Tanguay, et à M. Girouard et au Rév. M.
Bourgéault. ^^ ^^ ^^
Petit Manueldu Cultivateur, à l'usage
des écoles primaires, par Edmond Rousseau — 64 pages — Darveau — Québec — 1890.
Il y a dans cette brochure du bon et du défectueux. L'auteur a voulu faire un livre classique. Ce genre d'ouvrage présente beaucoup de difficultés ; il ne faut donc pas s'étonner si M. Rousseau ne les a pas vaincues toutes.
Dans une deuxième édition, il devra s'appliquer à rendre son livre plus classique encore.
Pour cela :
Il retouchera la rédaction qui est défectueuse pp. IV., 10, 18, 20, 21, 28, 49.
Il ne multipliera pas autant les questions :
Que ferez-vous ensuite ? Pourquoi ?
A la question : qu'entendez-vous par superphosphate ? Il répond : " J'entends un en^ grais chimique fabriqué à Capelton ; qui se vend $1,25 le cent livres. L'italique est bon à savoir, mais non en réponse à la susdite question.
Ailleurs :
Qu'est-ce qu'une rigole ?
R. " C'est un canal que l'on fait sur le travers des champs. Toutes les deux, raies et rigoles doivent aboutir aux fossés. "
Sans doute que l'auteur a parlé précédemment des raies ; ce n'est pas une raison pour y revenir ici, de cette manière.
Plus loin : p. 41.
" Qu'entendez-vous par vitriol ?
R. L'huile de vitriol est de l'acide sulfurique appelée vulgairement eau forte.
Vitriol, huile de vitriol, acide sulfurique, eau forte ( acide nitrique ), c'est trop à la fois, sans parler du défaut d'exactitude.
Nous parlons de tout ceci avec d'autant plus de liberté que nous savons M. Rousseau capable de remédier aux défectuosités. Il y a du reste dans ce travail d'excellents conseils.