‹ La littérature au Canada en 1890 [microforme]Chapitre 22 sur 34 · NOS REVUES · texte numérisé non relu

NOS REVUES

La province de Québec possède un nombre de revues relativement considérable :

La Revue Canadienne ?”?

‘6 Le Canada-Français ”

6 Le Naturaliste canadien ?”

‘€ La Gazette médicale ”

L'Union médicale ”

‘* Le Moniteur du commerce. ”

‘€ La Semaine religieuse de Montréal ”

‘ La Semaine religieuse de Québec ?”

‘ Le Journal d’Hvgiène populaire ”

L’Enseignement primaire ”

Le Monde illustré ”

‘6 Les Modes illustrées. ”

‘ Le Propagateur de MM. Cadieux & Derome”

‘ Le Journal de l’Instruction publique ”

‘ Le Sténographe canadien. ”

La Bibliothèque à cinq centins ”

‘ Le Recueil littéraire ”

‘ Le Samedi ”

Le Glaneur ”

‘“ La Gazette des Campagnes

‘“ Le Journal d'Agriculture ”

‘ Le Colonisateur canadien ”

‘ L'Etudiant ”

‘ Le Couvent ”

Il y a encore la “ Vérité ” et “ l’Association qui tiennent du journal et de la revue.

Quant aux beaux arts, nous avons, en particulier pour la musique et la littérature, le ‘6 Canadc Artistique. ”

La justice possède aussi ses organes :

‘ Rapports judiciaires de Montréal ”

‘ Rapports judiciaires de Québec ”

‘ La Revue-légale

‘ Le Juriste ”

‘ Le Leyal News.”

S'il faut juger d’après Marceilus de l'Union Libérale äu 21 novembre, ces revues laisse.

raient passablement à désirer.

Depuis notre revue du mois d’avril 1889, ont disparu :

‘ Le Chercheur ”

‘ La Lyre d’or ”

‘ La Petite Revue du Tiers-Ordre ”

‘ La Vie illustrée.”

* # * Paraîtront prochainement :

‘ La Revue du Tiers-Ordre ”” ‘6 La Famille.”

Biographie, discours, conférences, etc.

de l’honorable Honoré Mercier, Grand Croix d ‘Ordre de St-Grégoire le Grand'Offcier

de la Légion d'Honneur et Premier Ministre de la province de Québec, publié par M.

J. O0. Pelland, avocat de Montréai. :

Ce volume, de 812 pages, sur excellent papier, comprend :

La biographie de M. Mercier ;

Des discours sur la question des écoles du Nouveau-Brunswick, sur l'affaire Letellier, sur l'abolition du coñseil législatif ;

Les débats sur l’adresse en réponse aux discours du trône en 1884, 86, 87, 88 ;

Des discours sur la création d’une école des Arts et métiers à Québec, — sur la question Riel, — sur l’incorporation des RR. PP Jésuites, — sur les biens des Jésuites, —sur Pautonomie des provinces ;

Des discours prononcés dans différents banquets et congrès, entre autres, celui prononcé au congrès de Baltimore le 12 novembre 1889 ;

Trois lettres adressées à la Gazette da Montréal ; :

Cinq conférences : Le Patriotisme, Charles Laberge, Côme Séraphin Cherrier, l'Héroisme, l'Education.

Ceux qui veulent se renseigner sur l’hon.

M. Mercier et sur les principales questions de notre histoire politique devront se procurer cet ouvrage.

Dès qu’un homme monte sur la scène et qu’il exerce une certaine influence, amis et

adversaires ont avantage à se renseigner, les uns pour se convaincre, les autres pour faire tomber certains préj':gés.

M. A. Béchard termine airsi une longue étude sur ce volume l’Electeur, 20 août :

A la lecture des discours du premier ministre, on découvre, à partir de 1873 jusqu’à ce jour, que son éloquence devient plus soignée, mieux accentuée, à mesure que l’on avance dans ia lecture du volume, On trouve, dans certains de ces discours, des pages que signeraient sans hésitation les politiciens de n’importe quel pays. ‘“ Sans doute, lit-on dans l'introduction, M. Mercier ne possède ni la voix d’or ni l’élégance châtiée de M. Laurier. Il n’a point, comme M. Chapleau, ces longues périodes rhythmées derrière lesquelles se dissimule lincorrection ou la vulgarité du langage et dont la mélopée commurique parfois à ceux qui l’écoutent l'illusion de la vraie et grande éloquence.

L’éloquence de M. Mercier est toute faite d’éloquence continue, de tenacité et de force logique. Elle ne vient point de la subtile et

merveilleuse d'Athènes, mais il semble qu’elle n’eut point déparé le Sénat romain, aux temps rues et forts des harangues viriles qui appartenaient au génie sévère de la vieille république, et dont un Caton n’a point emporté avec lui le secret tout entier.”

Quoiqu’il en soit de cette appréciation, on peut assurer, sans crainte de se tromper, que quelques-uns des discours de M. Mercier, surtout ceux qui touchent à ses thèmes favoris, le Patriotisme et l’Instruction, peuvent être mis en regard des meïileurs discours de MM. Laurier et Chapleau.

Nous n’avons pas à apprécier ici les opinions de M. Mercier, nous ne serions pas toujours d'accord. Quelle que soit la manière de voir d’un chacun, ïl sera toujours vrai de dire qu’il y a chez notre premier ministre une manière distinguée qui est loin d’être commune,

Monsieur Pelland à bien fait de publier ce volume. C’est dangereux parfois, c’est utile ici.

L'Evangeline illustrée, C’est un numéro spécial de l’Evangeline -- de Weymouth.

N. E — publié à l’occasion de la 3ième convention générale des Acadiens, au mois d’août 1890. Cette brochure, de 32 pages, préparée par un prêtre acadien, renferme des matières intéressantes. On y voit avec plaisir le portrait de plusieurs évêques des Provinces maritimes, aussi que celui de plusieurs Acadiens distingués. Les notes biographiques, et divers articles sur les Acadiens, donnent à ce numéro une valeur particu-

lière.

Un nouveau champ de colonisation — 1890. Tel est le titre d’une nouvelle brochure traitant de colonisation dans la célèbre vallée de la Saskatchewan conprise dans les districts d’Alberta et de Saskatchewan, sous la signature du ‘Rév. Père Lacombe.

Cette immense contrée, une des plus belles de la puissanse du Canada, est aujourd’hui ouverte à la colonisation par les embranchements du C. P. R. Lisez cette brochure et vous apprendrez une partie des avantages de cette vallée. En avant ! Canadiens-fran-

çais, allez vrendre votre part à côté de vos frères les Anglais, qui déjà se précipitent dans ce beau pays. Mgr Grandin et le Père Lacombe, deux types de patriotisme et de colonisation, ont pu se procurer un bon prétre de ce diocèse, qui est spécialement charchargé de cette question si importante.

C’est le Rév. M. J. Bte Morin, ancien vicai- caire de St Jean-Baptiste. Tous s’accordent à dire que c’est le véritable sujet pour cette œuvre. “ The right man in the 1ight place.

Il sera pour le discèse de St-Albert ce que le Rév.M. Beaudry fait si bien pour St-Boniface. M. Morin part avec le P. Lacombe. Ils’en va visiter et étudier ies districts d’Alberta et de Saskachewan, reviendra de nouveau ici et pendant l'hiver s’occupera d'organiser une colonie de bons cultivateurs pour les conduire lui-même sur la place choisie pour la nouvelle paroisse.

Nous affrons nos souhaits et nos sympathies à ce prêtre patriote ct dévoué. Nous faisons des vœux pour que son œnvre prospère.

L'Etendard.

14 oct, 1890.

Les principes de l'honorable M. Mercier, des presses du Courrier de St. Hyacinthe.

C’est une brochure de 62 pages faite par un adversaire politique et dont les principaux titres sont : Mr. Mercier et l’instruction obligatoire ; Le vote obligatoire ; Les Régitres de l'Etat civil ; Mr. Mercier et l’orangisme ; Les asiles d’aliénés; Le libéralisme de M. Mercier ; L’annexion.

Histoire populaire de Montréal, par A.

Leblond de Brumath — In 80 de 450 pages— Granger Frère — Montréai — 1890.

Il est difficile d'ouvrir un chemin, surtout en histoire.

Monsieur Leblond, grâce à son amour du travail devait réussir, mais comme il défrayait la route il était exposé à faillir en plus d’un endroit.

L'histoire de Montréal, de fait, laisse à désirer. Il n’y a pas là assez de synthèse ; on parle à la fois de trop de choses disparates. Les tansitions sont parfois trop brusques, et la philosophie de l’histoire n’est qu’effleurée. Il est vrai que le titre d’histoire populaire doit nous empêcher d’être trop exigent sur ce point.

Dans cette histoire de Montréal, parle-t-on suffisamment des grandes gloires de Montréal : Mlle Mance, Sr Bourgeois, Madame d’Youville, etc. Pourquoi ne pas parler non plus du voyage de Jacques Cartier à Montréal ?

On voit avec plaisir que l’auteur suit de près les documents ; ce n’est pas l’imagination qui brode.

Certains détails sont, croyons-nous, de surcharge et seraient plus à leur place en note au bas de la page.

Le chapitre XVI se compose plutôt de notes rédigées et rapprochées que fondues.

Le chapitre XVII qui parle du mouvement de 37 est particulièrement intéressant.

L'histoire politique, après la cession, est la partie la plus développée, c’est aussi ila plus connue. M. Leblond cependant nous intéresse parcequ’il met heureusement à profit tous les travaux récents.

L'histoire intime de Montréal ne paraît pas assez ; ce n’est pas, il faut l’avouer, une légère difficulté.

Le narré de certains faits nous semble trop écourté.

Ce livre tel qu’il est n’en pique pas moins la curiosité, plus particulièrement pour la

période anglaise, l’auteur ayant mis la main sur des lettres de famille et autre documents intéressants.

Quant au style, il est rapide et ne manque pas d’une certaine chaleur. L'auteur a des connaissances variées dont il se sert à propos.

Ecrire l’histoire de Montréal était une œuvre de longue haleine. La Rome du Nouveau-Monde possède en effet des annales très chargées. Il est difficile de choisir et il n’est pas aisé de fondre, car. tout et se succède en nombre et vite.

M. Leblond a craint, mais sa crainte ne l’a pas empêché d'oser. Ceux qui viendront après teront mieux, mais ce n’est pas le premier venu qui au premier essai eut fait mieux que M. Leblond.

L'auteur rend service à la patrie canadienne française ; elle lui est reconnaissante.

F. A. BB

P.S$. On pourra voir une critique par E.-Z.

Massicotte, Fdans le Monde iüllustré du 26 avril — Nous avons vu du reste très peu d’appréciations de cet ouvrage. Pour notre part, nous ne l’avons point reçu.

L'histoire de Montréal cor ent comme ivre de récompense, Prix $1,(

Histoire chimique et physiologique d’une bouchée de pain, conférence faite à l'Union catholique de Montréal, le 27 avril 1890, par le Révd Père Jos. C. Carrier, C. S. C.

Ce travail fait honneur à la science du R, P. Carrier.

I] considère la bouchée de pain dans son état primitif et la suit dans ses diverses phases : Nous voyons la graine, semence du froment ; cette semence semble mourir, puis elle ressuscite! L’épi qui est né d’ur seul grain nous donne de 30 à 40 grains ! Puis vient le vannage, le nettoyage et le criblage. Le meunier fait son apparition. Grâce à deux meules en grès grossier, le grain est concassé ; le blutage fait disparaître le son et l’on a de la farine.

Le boulanger vient à son tour. Ses armes, à lui, sont : l’eau tiède, le sel, la fécule de pomme de terre, la pâte aigrie (levain }, et ses bras.

La bouchée de pain est confectionnée.

Quel est le rôle de cette bouchée de pain ?

A près une digression sur un instrument merveilleux la main, l’auteur parle successivement de la mastication, de l'insalivation, de la déglutition, de la digestion stomacale, de la digestion intestinale, de l’absorption.

Les détails nombreux et circonstanciés dé.

notent que le Révérend Père est maître de son sujet.

Les faits scientifiques ne sont point présentés d’une façon sèche et abstraite. La note gaie se fait même entendre, en sorte qne cette conférence est tout à la fois instructive et intéres-

sante. F. A.B.

Nos collections historiques. Nous avons annoncé la publication de deux volumes importants pour notre histoire : Lettres de la Cour de Versailles au baron de Dieskau. au marquis de Montcalm, et au général de Lévis, et Extraits des Archives des ministères de la guerre, à Paris.

Ces deux volumes ont été publiés sous la direction de M. l’abbé Casgrain, dont on ne saurait trop louer ie zèle et les efforts incessants pour agrandir le champ de nos recherches et de nos études historiques.

Le premier de ces volumes est la continuation de la série des manuscrits dun chevalier de Lévis que la province de Québec doit à la munificence du comte de Nicolay, et aux démarches de .i. l’abbé Casgrain. Comme on le sait, il y avait déjà deux volumes de cette collec-

tion de- publiés : Les lettres du chevalier de Lévis, et le Journal du chevalier de Lévis.

M. l’abbé Casgrain a reçu à ce sujet des lettres très importantes et très flatteuses, Voici par exemple celle de Parkman :

50, Chestnut street, Boston 11 th Dec 1889.

My dear Abbé.

Thank you very much for your kind note of the 7th, which came last evening, and for the first two, volumes of the Levis collection, one of which has this moment come and the other will no doubt follow soon. The form of the publication is worthy of the matter, and I am very glad to add so valuable a collection to my French library.

You have undertaken a great work in collecting all the napers relating to the war of 1755. 1760, in the Archives of the Ministry of War and of the Marine and Colonies....…

As for the paper in the Archives de la Marine, c’est la mer à boire...

With thanks for your kindness and best wishes for your health ard for your success in your excellent work.

M. John Gilmaly Shea, M. Marmier, M. ameau, et plusieurs autres écrivains remarquables ont aussi témoigné leur haute appréciation des publications commencées.

Tout cela démontre l’importance de ces collections de documents historiques, qui, une fois

terminées, imprimées, sauvées de la poussière,

du feu, de l’eau, de tous les hasards des archives, constitueront un véritable monument na-. tional.

Ii y a donc à l’heure qu’il est trois volumes des manuscrits de Lévis de publiés.

Il est bon de dire ici que M. Casgrain a déjà fait copier, à ses frais, six volumes des Archi- . ves de la Marine, comprenant les documents relatifs à l’époque de 1755-60, l’époque de la guerre de sept ans, avec les huit volumes manuscrits de la même période qui se tronvent au ministère de la guerre, complétant ainsi, en autant que ces ministères sont concernés, la collection des manuscrits Lévis, qui se rapportent à la même période.

M. l’abhé Casgrain a fait imprimer un vo- Jume de ces manuscrits : c’est celui que nous désignions plus haut sous le titre d'ExrRaiTs DES ARCHIVES DES MINISTÈRES DE LA MARINE ET DE LA GUERRE A PARIS.

Mais cela n’est pas suffisant, et nous déclarons nettement que le gouvernement de la province doit prendre la chose en mains, et faire copier à Paris tontes les collections qui s’y trouvent touchant le Canada, |

Lorsque tout cela sera copié et imprimé par les soins du gouvernement, nous aurons la plus belle collection coloniale qu’il soit possible

d'avoir relativement à la gnerre de sept ans.

On aura une idée de l’excessif bon marché que coûtera cette copie en sachant que les cent volumes in folio qui restent à faire transcrire ne coûteront que ce qui a été dépensé pour la publication d’un seul des volumes du Conseil Souverain ! ;

Le cardinal-archevêque de Québec a si bien apprécié l’importance de ces documents, qu’il a fait copier Ini-même par intermédiaire de M. Casgrain, les deux volumes catalognés par M.

Marmette sous le titre: Ecuise pu Caxapa.

Voilà un exemple qui doit avoir une autorité spéciale,

Le Courrier du Canada.

Wilfrid Laurier à la tribune. — Le volame, publié par M. Barthe de l’Electeur, s'ouvre par une biographie de M. Laurier, due à la plume de M. L. O. David ; par un article de M. Willison : ‘“ M. Laurier chez lui ” ; et par une introduction de M. Barthe.

Les principaux sujets traités dans les discours sont les suivants :

Louis Riel — La question du tarif — Le libéralisme politique — L'acte du lieutenant gouverneur Letellier — Un toast à l’Acadé-

mie française — La construction du Pacifi:

que — Les frontières d’Ontario — La vie parlementaire — La seconde insurrection au Nord Ouest — L’exécution de Riel — Le Home Rule pour l'Irlande -- La réciprocité commerciale illimitée — Les pêcheries — Les biens des Jésuites — La :angue française au Canada.

L'hon. M. Laurier ayant généralement parlé en anglais et la traduction du Hansard étant très défectueuse, M. Bartne a dû refaire en grande partie cette traduction.

La Minerve dit à ce sujet 19 août 1890 :

Le talent oratoire du chef de l’opposition est incontestable ; nous en sommes fiers, amis comme adversaires politiques, mais nous devons dire que la préparation de ses discours a été faite avec une négligence impardonnable.

Ce travail aurait dû être confié à un homme du métier. Nous en fournirons la preuve dès : que nous aurons terminé la lecture des œuvres de celui que l’on veut nous donner pour uu

modèle. Nous nous réservons également de signaler les erreurs de fait ou d’appréciation. .

M. Barthe répondit :

.… J’ai consacré trois mois à ce travail de revision ; une année n'eut pas été de trop pour produire une œuvre qui eut trouvé grâce aux

yeux mêmes de cette vieille rageuse de Miner- Dircses

Les mauvais traducteurs du Hansard ne m’aiment pas ; je parie que c’en est un qui me lance le susdit pavé.

De confiance, j'avais mis leur prose aux mains de l’imprimeur., Quel ne fut pas mon désespoir à la lecture des épreuves! Tout était à refaire à neuf; presque rien à prendre! Et dire qu’il y en a comme cela vingt volumes, qui coûtent $4),000 par année !

Si j'ai fait du mauvais sang, j'ai au moins acquis de l’expérience ; «est toujours quelque chose. Je sais maintenant comment se fait la traduction du Hansard.

Lu À +

L'œuvre de M. Barthe a été bien accueilli en général par la presse.

Sans doute, dit PEtendard — 15 août 1890 — nous ne partageons pas toutes les idées émises par M. Laurier dans ses discours ; son opinion sur le libéralisme surtout n’est pas la nôtre.

Nous n’en conseillerons pas moins la lecture pour l’excellente raison que M. Laurier est de ceux qui ne déguisent pas leur pensée et qui expriment franchement lexrs opinions de manière à ce que personne ne puisse s’y tromper.

Le recueil de M. Barthe est donc une précieuse acquisition pour notre histoire parlementaire et nous espérons le voir figurer bientôt

davs la bibliothèque de tous nos hommes publies.

On peut consulter le National, 26 juillet

Qui ne se rappelle le discours qu’il prononça lors du cinquantenaire du collège de l’Assomption, discours que M. Barthe n’a eu garde d’oublier dans son recueil ?

C’est à l’occasion de ce grand mouvement d’éloquence classique, que M. Tarte ne put s'empêcher de faire dans le Canadien cet aveu significatif : “ Il a fait un discours qui, dans n'importe quel pays du monde, placerait son auteur au premier rang des maîtres de la langue française...

On peut consulter encore, la Patrie 8 octobre 1890.

M. A. Béchard a fait paraître dans la Justice un article que nous n’avons pas sous la main.

Par Nous citerons en partie l’article que M.

Napoléon Legendre a publié dans l’Electeur du 16 juillet 1890.

… M. Laurier est en ce moment un des hommes les plus en vue, non seulement dans la province, mais dans tout le Canada. Et il ne

doit pas cette haute réputation seulement à son talent si remarquable d’orateur, qui lui a valu tant de succès ; il la doit encore à sa grapde honorabilité, à ce caractère si irréprochable que ses adversaires mêmes n’ont ja:rais songé à lui faire subir la moindre ternissure.

M. Laurier a débuté en 1871, dans l’Ac-emblée législative de Québec, et dès son premier discours, il s’est révélé du coup le grand orateur parlementaire qu’il a toujours été depuis lors. Naturellement son talent a pris de l’ampleur, son intelligence s’est constamment enrichie durant ces vingt années de Inttes et d'étupes ; mais, dès 1871, il était déjà très remarquable et irès remarqué.

Avant l’excellente étude qui sert d’introduction à son volume, M. Barte cite quelques appréciations du talent de M. Laurier, entre autres un article de M. L. O. David ( 1874 ) dont nous aimons à reproduire ici les points ‘es plus saillants.

“D’autres, dit-il, peuvent avoir une éloquence plus brillante, plus imagée et plus entrainante ; il n’a ni la voix, ni le geste, ni la passion du tribun ; son tempérament comme sa nature se refuse à ces mouvement: impétueux, à ces inspirations énergiques que l’on remarque chez certains hommes. Il n’a pas l’énergie de Fréchette, la chaleur de Chapleau et la parole nerveuse et fleurie de Chauveau, mais il a plus que nos orateurs distingués le ton, la méthode, Pélévation d’idées, la justesse de raisonnement, la pureté de diction et l’élégance de langage qui constituent l’orateur parlementaire.

‘€ On compare souvent l’éloquence au tor-

rent qui se précipite avec fracas, ou au gazouillement du ruisseau qui coule à travers des prés fleuris.

‘ La paroie de M. Laurier ne ressemble pi à un ni à l’autre ; on pourrait plutôt la Comparer aux eaux pures et limpides des grands fleuves qui arrosent notre pays.

‘ Laurier a l’esprit philosophique nécessaire à l'orateur ; il ne parle pas une heure sur une virgule, comme certains avocats, et ne se perd pas dans les nu‘ges à lu façon des poêtes ; non, d’un coup d'œil, il embrasse tous les côtés d’une question, y aécouvre le principe dominant et en tire une suite de raisonnements qui s’enchainent, d’arguments serrés dont il tem père la sècheresse par des pensées nobles, des réflexions saisissantes. Toujours maître de sa pensée, il ne dit que ce qu’il veut, et il le dit sans etfort d’esprit, de voix, de geste, sans jamais hésiter. Sa parole est si simple, si naturelle, son débit si facile, ses pensées si vraies qu’il semble qu’on pouriait tous en faire autant. C’est précisément le mérite des grands orateurs, de M. Thiers par exemple, de paraitre dire ce que tout le monde croit avoir déjà dit ou pensée.

On n’errive pas à cette perfection sans étude ; traiter des questions difficiles de manière à les faire comprendre de tout le monde, demande une lucidité, une pénétration d'esprit que peu d’homimes possèdent, et une grande puissance de raisonnement.

‘€ M. Laurier a l’avautage d’être né orateur, mais il a le mérite d’avoir cultivé ce don ma-

gnifique de la nature et de l’avoir respecté, d’avoir compris que l’orateur doit être un honpête homme, n homme de bien, ”

M. David a raison, et il a saisi ce qui fait le charme et en même temps la force de la parole chez Laurier ; c’est cette distinction, ce “ comme il faut, ”” cette élégance qui re dégagent de toute sa personne physique comme de sa personne morale. On sent qu’on a devant soi quelqu’uu de complètement inaccessible aux petitesses, aux basses pensées, aux idées mesquines ; on voit rayonner, pour ainsi dire, sur sa figure, la franchise, la loyauté, l’honneur ; on sent chez lui la conviction et l’on a cette confiance, cette certitude que cet hommelà est incapable de vous tromper. Voilà ce qui à fait et ce qui fait encore la force de Lanrier.…

M. Barthe, qui:est avec raison un admirateur de Laurier, a également bien saisi le secret de son éloquence, et le fait ressortir avec beaucoup de force dans son introduction :

‘* Quoique plus grave, et partant moins pathétique que Chapleau, Laurier s’élève parfois vers des sphères inconnues aux autres orateurs, et que son génie oratoire seul lui permet d’atteindre. Sa voix prend alors des accents plus harmonieux et plus sonores, et son éloquence revêt un tel caractère de majesté et de noblesse qu’elle vous remue le cœur et vous fait frissonner d’enthousiasme.

‘ En somme, Chapleau est l’orateur dela foule, et Laurier est avant tout et par-dessus tout un orateur parlementaire...

‘ La discussion de M. Laurier est une synthèse comme celle d’autres puissants orateurs est une analyse. Lui et M. Mercier prouvent, par leur extraordinaire ascendant sur leurs contemporains, que l’une et l’autre manière sont des instruments d’égale valeur entre des mains expertes. Lisez à tête reposée une dissertation de M. Laurier : ce qui vous frappe tout d’abord, c’est la limpidité de la pensée. Ecoutez M. Mercier attaquant à l’improviste le premier sujet qui se présente, développant une thèse, rendant compte d’un fait, d’un acte administratif quelconque : il y a dans ce qu’il dit quelque chose qui nons confond, c’est la lucidité, la prodigieuse aisance de la parole. M. Mercier embrasse une question par tous ses côtés à la fois, il épuise son sujet ; M. Laurier en aspire à longs traits l’essence.… Je suppose qu’avant de préparer un discours, M. Laurier se dit: Voici deux ou trois considérations qui à mes yeux renferment tout le débat ; elles devront me suffire ; défense formelle de sortir de là !... Et c’est dans ce cercle magique qu’il s’enferme avec sa pensée...

‘ La poursuite d’une idée fixe absorbe cette existence. Tous les hommes d’Etat ont leur idée fixe. M. Mercier, dans la politique provinciale, a la sienne ; de même que M. Laurier, dans la sphère fédérale. C’est l’impression qui n’est restée d’un tête-à-tête de trois mois avec sa pensée. Son éloquence est une variation à l'infini sur un thème unique.”

En somme, c’est l’honneur, la loyauté, la justice ayant pour les traduire, pour les inter-

prêter, le talent le pius distingué, la plus haute éloquence : c’est véritablement le vir bonus dicendi peritus, c’est-à-dire l’orateur dans la plus belle acception du mot...

Ceux qui veulent affermir le présent et préparer l’avenir à la lumière du passé liront donc ces discours.

Quant à la jeunesse elle doit être prudente toutes les fois qu’il s’agit de tonder une opinion politique.

i ne faut pas se laisser emporter par un vain enthousiasme.

Un jeune homme qui veut arriver à quelque chose doit savoir attendre ; il doit étudier fortement ; il doit se rendre capable de comprendre, d’analgser, et de peser. Cela fait, il consulte les hommes que la Providence a mis à la tête de son pays, soit pour le récompenser, soit pour le chätier. Il étudie leurs discours, les analyse, ies compare, les pèse et à la lumière de la logique, et des principes, il accepte ce qui est démontré et se fait une opinion plus ou moins probable sur la valeur des opinions.

Sont à la tête de leur pays tous ceux dont les jugements ont une infinence plus ou

moins immédiate sur la direction des affaires. A ce titre donc les discours de M. Laurier devront être sérieusement étudiés.

F. A. BB

Analyse de l’encyclique de Léon XIII :

Sapientiae christianae, par Mgr Laflèche, évéque de Trois-Rivières. — 50 pages. -— 1890,

Cet encyclique à pour objet les principaux

. devoirs des chrétiens dans les temps présents.

Le travail de Mgr Laflèche nous paraît si utile que nous aimerions à le voir dans les mains de chaque étudiant des classes supérieures, et dans la bibliothèque de tous ceux qui s'occupent, Ou ne s'occupent pas assez, des questions sociales, et politicoreligieuses. Tout est élémentaire, suivi, et

démontré.

F. A. BB

Le Fort et la Chapelle de Ste Anne, à Pile LaMotte, sur le Lac Champlain, par Joseph Paquette, ptre, Burlington, &. U, —1890.

Cette brochure, de 55 pages, renferme de la matière pour 150 pages. C’est une étude détail-

lée et fidèle ; les faits édifiants abondent, ceux qui aiment à connaître dans le menu l’énergie de nos ancêtres, les misères qu’ils eurent à subir et la haute valeur chrétienne dont ils ont fait preuve, voudront se procurer cette brochure. Cette publication est de plus un témoignage éclatant de la dévotion de nos anciens à Ste Anne. Il s’agit anjourd’hui d’affir. mer de plus en plus le culte de Ste Anne en ces lieux ; Ste Anne aura donc pour très agréable toute anmône que l’an enverra au Rév. I. Paradis, à l’évêché de Burlington Vt. F.A.B.

L'Ile verte par Charles A. Gauvrean —Mercier & Cie — Lévis —1889.

M. Gauvreau veut écrire l’histoire des paroisses du comté de Témiscouata. L’entreprise est entre bonne mains. L’histoire de l'Isle Verle est très intéressante et très littéraire. M Gauvreau a déji donné des preuves de ses aptitudes toutes spéciales pour la belle littérature. Ceux qui s’occupent de l’histoire de leurs paroisses feront bien de consulter l'histoire de l'Isle Verte, c’est un genre à imiter. (1)

(1) C’est par lapsus, sans doute, que les typographes ont mis un trait d'union entre Jacques et Cartier. :

Médailler du Canada: Supplément, par Jos. Leroux, M. D. — Beauchemin. — Montréal — 1890.

M. le docteur Leroux est un collectionneur émérite. Son travail sur les médailles du Canada est unique dans son genre, au point de vue du détail et de la science. Ce supplément donne une nouvelle valeur aux travaux précédents. Comme nous l’avons remarqué dans une autre circonstance, il y à dans ces médailles beaucoup de documents historiques précieux. La publication de M. Leroux est honorée d’une souscription du gouvernement Français. Le travail est fait dans les deux langues : anglaise et française. Les illustrations sont bonnes.

as |

Nouvel abrégé de géographie, éditée par M. Beauchemin, libraire, rue St-Pau), Montréal — 1890.

L'auteur a développé considérablement ce qui se raporte aux Etats-Unis, à l'Angleterre et à la France : ce n’est que juste.

L'ouvrage est suivi d’un petit traité de cosmographie.

Le sous-comité chargé de l'examen des

livres classiques ne croit pas devoir approuver l’ouvrage VU DE NOMBREUSES OMISSIONS ( il serait utile de les connaître, tous n’attachant pas là même importance à tel ou tel détail ) surtout pour ce qui CONCERNE L’ÉDU- CATION DANS LA PUISSANCE DU CANADA.

Notons en passant que le collège Bourget est un collège classique ( p. 47). Notons en outre que le chemin de fer de Joliette n'unit plus cette ville, au village de Lanoraie, sur le fleuve.

Espérons que M. Beauchemin perfectionnera ce qui à été bien commencé.

Ceux qui veulent connaître la géographie du Canada devront se procurer ce volume.

Les asiles d’aliénés de la province de Québec. Rapport par le Dr A. Vallée.—189y.

Cette brochure, de 75 pages, renferme à peu près 5 ou 6 pages sur les asiles de la province. en sorte que le titre est pour le moins . peu approprié.

La lère partie de ce travail résume le rapport du professeur Ball au congrès de

médecine mentale tenu à Paris en 1889.

Nous lisons ( p. 7. ) :

‘* Dans tous les pays on a cherché à établir une sorte d'équilibre entre l’autorité médicale et l'autorité soit administrative, soit judiciaire. La balance penche fantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Nous citerons parmi les pays dans lesquels l'autorité médicale est prépondérante —la Russie, la Belgique, l’Autriche, la Suède, la Norvège et la France.

Dars ces diverses contrées, l’autorité administrative contrôle l’action médicale dans une mesure plus ou moins étendue, mais en laissant la part principale au médecin.”

L'auteur cite ensuite (9) le Dr Falret qui refuse toute compétence aux tribunaux en matière d’aliénation mentale.

Il nous parle ( 11) du système d’affermage, dans le genre ce ce qui existe dans la province de Quétec, établi en France, en 1838.

L'’objection faite à ce système ( 12. ) c’est que les propriétaires de ces asiles peuvent être portés à faire des économies au détriment des malades.

Ces économies sont contraires à la justice et à la charité.

Y a-t:il raison de craindre chez ceux ou celles qui font vœu de pauvreté et dont le

but, dans la vie présente, est le soin des maiades ?

La France a changé de système. Si elle n'avait jamais eu de plaintes graves contre le système d’affermage, l’aurait-elle aboli ?

Ces plaintes existent-elles contre les propriétaires des asiles de la province de Québec ?

Le Dr Vallée dit ( 14 ) que le nombre des aliénés augmente chez nous. Il en donne deux causes :

10 Le chiffre des entrées augmente.

20 Le nombre des admissions l’emporte sur celui des sorties.

Nous disons que le nombre des aliénés auymente avec l’immoralité, lirréligion, la boisson et le tabac.

La science demande que les aliénés soient séparés de plusieurs autres catégories de malades ou d’infirmes, le traitement n’étant pas le même (16).

Le travail est nécessaire dans une large mesure ( 18 ).

M. Vallée demande ( 20 ) qu’il y ait dans le programme des études une plus large place pour l’étude des maladies mentales,

‘“ L’asile est un lieu de traitement dit l’auteur... (22). Pour qu’un établissement de ce genre réponde à sa destination il ne doit y avoir qu’un chef auquel tout le monde soit tenu d’obéir. ”

Si l’on disait : l’asile étant un lieu de traitement il ne doit y avoir qu'une direction, la conciusion serait-elle moins logique ?

Si l’on ajoutait, dans l’hypothèse du système actuel : “ Pour qu'il n’y ait qu’une direction, il faut qu'il y ait entente parfaite entre l’autorité administrative et l’autorité médicale ”, cette conclusion serait-elle encore’logique ?

Pratiquement, cette entente est elle possible ? Historiquement cette entente a-t-elle existée dans nos asiles ?

Cette dualité dans l’unité n'est-elle pas convenable, désirable, nécessaire plus particulièrement lorsque les administrateurs sont propriétaires ?

Un député consciencieux doit avoir la réponse à ces questions pour agir à l’encontre du système actuel.

Il faut de bons gardiens ( 24 ).

Les congrégations religieuses ont plus particulièrement les qualités requises ( 25 ).

Hi

, Elles pratiquent la charité par état. Et il y a plus de permanence ( 26 ).

Au cours d’une citation, le Dr Parchappe dit (27 ): ‘“ L'expérience a prouvé que les inconvénients des tendances à l’envahissement du pouvoir, généralement impntées aux congrégations religieuses, ne se rencontrent pas dans nos asiles publics et, tout en admettant que ce résultat a pu être assuré par les stipulations des traités et par les prescriptions des règlements, il est juste de reconnaître que plusieurs congrégations de femmes qui ont fait entrer dans les destinations de leur œuvre les soins à donner aux aliénés, se sont constamment RENTRÉE à la hauteur de cette vocation par leurs aptitudes, leur dévouement et leur esprit de conduite. ”

Est-ce l'Etat qui pratique la charité par état, ou sont-ce les congrégations religieuses qui pratiquent la charité par état ?

Dans le dernier cas, est-il dans l’ordre que l'Etat de substitue aux congrégations religieuses ?

IT

L'auteur donne ensuite un compte rendu d’une visite faite à divers établissements.

A Gand, il trouve le travail organisé (30), régulier et rétribué. Il y trouve tout un système de distractions. Dans les asiles de France il trouve des fanfares.

Sur ce, il note que l'asile de Québec n’est pas au niveau des améliorations modernes.

Il semble dire qu’il n’y a pas assez de médecins. Il oppose l'asile St-Jean-de Dieu à celui de Québec disant qu’en celui-là il y a 3 médecins traitants ( 37 ).

En passant, si 3 ou 4 médecins traitent dans un asile, cela fait 3 ou 4 têtes qui doivent n’en former qu’une. Si 3 ou 4 têtes de médecins peuvent n’en former qu’une, pourquoi une tête d'administration et une tête médicale ne pourraient-elles point n’en former qu’une ?

L'auteur dit p. 86: ‘ Le médecin doit consacrer tont son temps aux malades sans avoir à s’occuper de la pharmacie, de la tenue des livres, de la correspondance, etc.

Cependant s’il ne faut physiquement qu’une tête, comme ilest dit, page 22, comment cette tête suflira-t-elle à tout.

L'auteur dit que l’on n’a pas distingué les malades dans nos asiles, p. 39.

Est-il bien difficile de le faire à l’avenir ?

Quelqu'un s’y oppose:t il ?

I} serait intéressant de savoir aussi, si les idiots et les aliénés ont été placés dans des salles séparées.

La classification des malades p. 49, degrèveruit sensiblement le budjet, vu que le soin des idiots est moins dispendieux que celui des aliénés. Suit, p.52, une discussion sur la réponse aux questions : Faut-il séparer les aliénés curables des incurables ? Est-il possible de confier des aliénés à des familles étrangères.

La réponse à la première question est négative. La réponse à la deuxième question est affirmative avec des restrictions.

L’auteur, p. 75, signale un point. Dans tel asile, les propriétaires ont refusé d’accorder au bureau médical des sorties sur essai.

Pourquoi ce refus ?

L'auteur ne le dit pas.

La brochure renferme trop de répétions sur certains points.

Quant à la question qui préoccupe le pays, elle est insuffisante, car elle laisse place à plusieurs questions auxquelles elle ne donne pas réponse.

Cependant, somme toute, il y a là un travail sérieux qui fait honneur à son auteur.

Cette brochure bien imprimée, se lit sans fatigue et avec profit.

Les Fleurs poétiques, simples bluettes, par Léon Lorrain. — In-12 de 182 pages — C, O. Beauchemin —— Montréal — 1890.

(L'Union libérale ) 28 nov. 1890.

Nous avons parcouru ce joli volume de poésies, édité avec un luxe inaccoutumé.

Si le travail d’impression à son mérite, à plus de forte raison l'ouvrage lui-même, quant à la forme et au fond. Ces quarante-quatre pièces, avec préface et dédicace, seront parcourues avec plaisir réel par ceux qui savent encore ce que c’est que Ja poésie et qui sont à même de faire la différence entre un poète et et un faiseur de vers.

Avant d’entrer plus au long dans le mérite du livre, nous désirons enregistrer notre protêt contre cette partie de la préface qui décerne à M. Louis Fréchette le titre pompeux de ‘ père de la poésie française en Amérique.” M. Lorrain à été un peu troc complaisant pour l’au-

teur de la Légende d’un peuple ce livre qu’on ne lit plus que dans les écoles où on le donne en prix.

Nous réclamons en faveur de notre cher et bien-aimé Crémasie, le titre qui lui appartient, celui de père de la poésie française en Amérique. Crémasie a été poète véritable par le cœur et les sentiments, et nous ne sachons pas qu’en le lisant on se soit involontairement dit : ‘ Mais j'ai vu cela quelque part, dans Hugo, ou Coppée ?”

Respectons les vivants et ne dépouillons pas les morts. Nous respectons M. Fréchette, qui a certainement des mérites ; mais aussi nous nous ne voulons pas que le poète aimé de noatre jeunesse, l’immortel auteur du Drapeau de Carillon, soit renversé de son piédestal pour être remplacé par M. Louis Fréchette qui n’a pas, que nous sachions, mérité encore de statue.

Le livre de Lorrain se distingue par des qualités réelles : chaque pièce de poésie est d’une facture parfaite. La rime sans être riche, est appropriée et il règne dans tout le livre, un souffle poétique assez intense pour que nous devinions chez l’auteur une âme éprise du Beau.

Vous lisez Lorrain, et vous trouvez que c’est

du Lorrain ; et c’est ià, de nos jours, une chose plus rare que vous ne le pensez. Il nous arrive souvent de lire certains de nos poètes canadiens, jeunes ou vieux, et de nous avouer que Sully-Prud’homme, Coppée et Leconte de Lisle s'étaient un peu frolés à cette poésie, qui avait le mérite d’être impersonnelle un peu trop visiblement.

Rien de cela chez Lorrain ; il reste lui et son œuvre est personnelle. Non pas qu’elle sorte des sentiers ordinaires de la poésie à lagelle nous sommes accoutumés ; mais elle a, au moins, le rare mérite de rester propre à l’auteur, sans qu’on puisse évoquer, en la parcourant, le souvenir de certaines lectures parmi les poètes contemporains.

Nous avons rencontré certaine faiblesses ” qui sautent aux yeux du lecteur; mais ce ne sont là que des défauts d'occasion, inhérents à toute œuvre de jeune homme. C’est ainsi, par exemple, qu’à la page 135 on trouve le vers suivant :

Sur sa vive corolle on dirait voir errer !

Assurément l’expression ; 54 dirait voir errer est défectueuse. Le poète a certainement voulu dire : ‘ on crotrait voir errer,” ce qui aurait été bien français.

A la page 139 le huitième vers laisse beau-

coup à désirer, et le premier vers de la page 177 :

“ Rarement verra-t-on un poète être avare,” un est d’une dureté un peu tropaccentuée.

Nous aimons à croire que M. Lorrain fera dispariître ces taches dans la prochaine édition de ses Fleurs poétiques. Nous savons une chose, c’est que notre ami, le poète d’Iberville, n’a jamais pensé un seul instant que son œuvre fût parfaite. Il nous le redit en toute sincérité dans sa préface, qui a encore un mérite à nos yeux : celui d’être courte. Il n’en est encore qu’à son premier recueil : rien d’étonnant alors qu’il se soit glissé ici et là certaines faiblesses, des oublis inattendus que l’expérience et une nouvelle édition feront disparaitre. |

D'ailleurs, que sont ces légers défauts comparés aux beautés réelles que renferme ce livre simple, ému, paisible, exempt de toute rêverie et où il n’y a pas ce fond spleenétique que l’on rencontre assez souvent chez certaius versificateurs contemporains ?

Le livre, c’est le poête, c’est l’homme et à lire ces pages d’une simplicité réelle, où il perce souventes fois une pointe d’émotion, à parcourir ces feuillets bien imprimés d’où l’on sent monter un souffle de quiétude et d’appaisement, on s’ävoue de suite que l’or est en

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