‹ La littérature au Canada en 1890 [microforme]Chapitre 32 sur 34 · CHARLES M. DUCHARME · texte numérisé non relu

CHARLES M. DUCHARME

Le 10 novembre 1890 voyait s’éteindre à Montréal, à l’âge de 26 ans, un jeune homme, dont la force intellectuelle promettait beaucoup pour l'avenir.

Charles M. Ducharme devait comme sa mère mourir de consomption.

= Fils d’un riche cultivateur de la banlieue

des Trois-Rivières, il fit son cours complet chez les Révérends Pères Jésuites à Montréal, et devint notaire.

Ce jeune homme était doux, tranquille et studieux. Son âme cependant ne manquait pas d’ardeur, mais son tempéramment plutôt faible ne se prêtait pas à une Grande activité physique.

Lorsque la piété, le talent et le travail se trouvent réunis dans une existence, il y a toujours, si les circonstances facheuses de la vie n’y mettent pas obstacle, une riche effloraison.

On trouvait tout cela chez Ducharme.

Si les grandes pensées viennent du cœur, les pensées justes procèdent et de la pondération du jugement et de l'esprit d’observation.

Ducharme était un observateur. C'est qu’il avait étudié en cherchant à se rendre compte des choses. Les jeunes gens de

nos jours ne cherchent pas 1ssez à voir la raison des choses, c’est ce qui fait que tant d’écoliers médiocres restent des hommes médiocres.

On ne peut chercher la raison des choses sans développer en soi l’attention. L’attention continue, qui devient facile par l'habitude, c’est l’esprit d'observation.

Notre jeune ami réfléchissait sur ce qu’il voyait. La réflexion est ce qui donne avant tout la maturité : elle est au jugement ce que le soleil est à la végétation.

Notre jeune notaire n'ayant point du reste à se préoccuper du côté matériel de la vie, fit bientôt des lettres sa PROFESSION !

Les revues et les journaux du pays ont publié un grand nombre de ses articles.

En 1889, il lançait son premier ouvrage :

# ais et Croquis.

Ce volume restera. Il renferme de grandes vérité et d’excellents conseils.

Il donna dans la suite dans le Vafional de Montréal une série d'articles sur la littérature au Canada de 1880 à 1890.

11 y a là beaucoup de travail et de justes appréciations. Cette petite histoire littéraire sera publiée un jour si jamais nous trouvons un 100 plâstres, et la permission.

D’autres articles ont fait suite.

Ce travailleur laisse beaucoup de pièces

inédites ; elles sont entre les mains de M. Pierre Bédard qui les réunira en un volume. :

Ducharme visait tout d’adord a dire vrai. Le travail de la forme ne venait qu’ensuite. Il parlait avec une grande au torité, parce qu'il parlait avec connaissance de cause.

On peut lui reprocher d’avoir été parfois trop rude. Il lui est arrivé aussi, assez parfois, de se perdre dans l’amplication et de ne pas arriver assez vite au sujet.

Cela devait disparaître avec le temps :

le tour alerte de sa phrase l’annonçait déjà,

Le grand mérite de M. Ducharme c’est d’avoir fait de la véritable critique littéraire. De l’encens, lorsqu'il en fallait, mais aussi le coup de bâton lorsque la circonstance l’exigeait.

La science est une grande chose, mais la vertu l'emporte encore en excellence.

Ducharme était bon dans toute la force du mot. Il avait su conserver la piété de sa jeunesse. L'un de ses parents nous écrivait :

« C'était un jeune homme d’un grand talent. Il lisait et il égrivait beaucoup. Il ne sortait jamais sans une raison d'utilité.

Il ne parlait jamaïs en mal de son prochain.

C'était un jeune hcmme accompli.

« Il était malade depuis le mois d'avril dernier ; 1l était allé voir ses parents aux Trois-Rivières, et c’est là qu'il a pris le rhume qui devait le conduire au tombeau.

« Il s'attendait à mourir. Il était bien résigné. Il est mort comme il avait vécu, en vrai chrétien. Il a conservé sa connaissance jusqu’à la fin. Il disait qu’il avait hàte de mourir, qu'il aimait mieux mourir maintenant que plus tard, parce qu'il aurait moins de compte à rendre. »

Ducharme avait beaucoui d’amis.

Grande fut parmi nous la désolation à la nouvelle de sa mort.

Plusieurs ont voulu lui consacrer quelques lignes, entre autres : Rodolphe Brunet dans le Monde Zllustré du 22 novembre, J. M. Denault, dans le G/aneur, et Ludovic dans le Recueil Littéraire.

La Providence, espérons-le, donnera à Charles M. DuCharme des successeurs qui marcheront comme lui dans le sentier du vrai, du beau et du bien.

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TABLE ALPHABETIQUE

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