La littérature catholique et nationale
enseignement littéraire : telle est aujourd'hui la préoccupation de tous les bons esprits. On peut dire que la mode est aux nouveaux programmes, et rien ne nous semble plus légitime.
Si ces nouveautés menacent les fondements de notre foi, notre devoir est de nous en inquiéter, notre droit est de les combattre. A tous autres égards, ce n'est pas nous qui nous plaindrons de ce souffle de jeunesse, de ce vent frais, qui tout à coup a passé sur nos vieux collèges. Nous n'avons pas à nous prononcer ici sur la valeur de tous ces rajeunissements ; mais enfin nous nous réjouissons de penser que les rajeunissements ne sont pas impossibles parmi nous. C'est à nous, catholiques, de donner à notre enseignement la vraie jeunesse, la solide fraîcheur, la vie.
Il est tel vieux programme qui n'a point varié depuis trois cents ans ; des nuages de poussière s'en échappent dès qu'on y touche. Antiquités vénérables, mais qu'il ne faut plus compter au nombre des choses vivantes ! Créons un musée, s'il le faut, pour les programmes qui ont fait leur temps ; mais ne les imposons plus à la jeunesse de nos fils.
Au moment où nous écrivons ces lignes, quelque pauvre enfant, penché sur le plus ingrat des travaux, apprend « par cœur » les figures de rhétorique, exactement comme les enfants d'Athènes et de Rome les apprenaient il y a deux mille ans ! Et il y a encore dans nos collèges une classe qui s'appelle : la Rhétorique ! Tous les justes mépris que l'humanité a déversés sur ce mot et sur la chose qu'il exprime n'ont pas empêché le triomphe durable d'un usage aussi contraire à l'élévation des idées chrétiennes. Ce n'est pas la parole qu'on apprend à nos fils : ce ne sont trop souvent que les déguisements et l'hypocrisie de la parole. La rhétorique n'est pas autre chose.
En ce moment, quelque petite fille, d'une voix fraîche et charmante, récite les pages de ses Élt'me?its de mytJiologie d'où toute critique est absente comme aussi toute beauté. L'ennui sort de ce livre ridicule et odieux : il monte en vapeurs lourdes à la tête de nos enfants, qui ne saisiront jamais l'intérêt de ces mythes stupidement défigurés.
En ce moment même, des milliers d'enfants sont condamnés à ignorer toute l'antiquité, sauf l'histoire de deux peuples. Dans tous les temps qui ont précédé la venue du Réparateur, leurs pauvres yeux ne voient que la Grèce et Rome. Ils connaissent seulement le siècle de Périclès et celui d'Auguste. Mais ce serait provoquer leurs dédains que de leur parler de la littérature hébraïque et du grand siècle de David, de la littérature chrétienne et du grand siècle de saint Augustin. Infortunés que nous sommes ! Quel crime avons-nous commis pour mériter un tel châtiment ? Nous sortons du collège sans connaître la poésie de la Vérité. Nous en sortons persuadés le plus souvent que l'erreur seule a possédé ici-bas une littérature, et que la Vérité n'a jamais rencontré l'Art sur son chemin. Les auteurs de nos histoires littéraires s'empressent de sauter du siècle d'Auguste à celui de François I^"". En traversant les quinze siècles qui séparent ces deux paganismes, ils sont mal à l'aise, ils se hâtent, ils ont froid : « Nous sommes en plein christianisme ; donc, nous sommes en pleines ténèbres. » Et le moyen de concevoir qu'un chrétien puisse écrire proprement et selon les règles !
En ce moment même quelqu'un de nos enfants récite sans doute le Lutrin ou la Satire sur les embarras de Paris. Ces belles petites intelligences si vives, si fraîches, si ouvertes, c'est avec une parodie qu'on a le triste courage de faire leur éducation. La parodie qui est le dernier, le plus vil de tous les genres littéraires ; la parodie qui est l'amusement des vieux esprits et la marque des vieux siècles, on l'impose à des natures de quinze ans : ce doux printemps n'est pas épargné. Malgré tout l'effort des écoles nouvelles,il est encore plus d'un Manuel où l'on résume en ces quelques mots toute l'histoire de notre poésie antérieurement au quinzième siècle: <i Avant « Boileau, il y a eu Malherbe ; avant Malherbe il y a eu « Villon ; avant Villon, c'était le chaos. » Et voilà trop souvent
AVANT JÉSUS-CIIKIST.
tout ce qu'ils savent de notre littérature nationale : ils la connaissent, alors seulement qu'elle n'est plus nationale. Je me souviens de l'étonnement profond que j'éprouvai, de ma stupeur, quand, m'étant hasardé dans les ovihres du moyen âge, je découvris un jour,qu'il y avait eu en ce temps-là une véritable littérature, toute chrétienne et toute française. Je marchais de surprise en surprise, de ravissement en ravissement ; je marchais les lèvres béantes, les yeux ravis, respirant à pleins poumons le parfum de ces fleurs sauvages, mais si odorantes, de la poésie de nos pères. Mais un jour surtout, je fus troublé jusque dans l'intime de mon âme et presque noyé dans mes larmes. Je venais de lire l'Iliade de la France, la CJuinso7i de Roland.
Et maintenant, que conclure de tous ces exemples que nous pourrions multiplier?
Nous en concluons, tout d'abord, que l'Histoire littéraire tient encore trop peu de place dans les programmes de notre enseignement secondaire, et même dans ceux de notre enseignement supérieur. La place qu'elle mériterait est mal à propos usurpée par les futilités de la rhétorique ou les mensonges de la mythologie. Il serait temps d'en finir avec ces vieilleries et de réaliser enfin le Nova sint omtiia.
Dans ces nouveaux Cours d'histoire littéraire qu'il serait bon de créer, et près desquels s'empresserait la légitime curiosité de nos enfants, il serait nécessaire avant tout de déchirer, d'une main inexorable, les anciens programmes et de les remplacer par un nouveau plan.
Dans ce plan, la plus large place, la place d'honneur, serait réservée à la « littérature catholique ». Ce n'est pas sans quelque terreur que nous associons ces deux mots: nous passerons pour téméraire. Il y a depuis longtemps des cours de littérature sacrée dans un certain nombre de maisons d'éducation dont on ne saurait trop louer la persévérance et le courage. Il conviendrait peut-être de dilater encore davantage les proportions de ces cours ; d'entendre le mot catholique dans son acception la plus large; de considérer enfin comme appartenant à « l'âme de l'Eglise » tous les poètes, tous les philosophes, tous les historiens de l'antiquité ou des temps modernes qui, en dehors de l'influence et de l'enseignement
directs de l'Église, ont connu les vérités naturelles et traditionnelles, les ont aimées, les ont traduites dans leurs œuvres. Et réellement, ils nous appartiennent à cause de cette communauté de nature et de traditions reçues : ils sont à nous, ils sont catholiques.
Il ne faudrait pas non plus regarder, comme étant uniquement de notre domaine, les seuls écrits où la religion a été exposée ou défendue. C'est ainsi que les épopées de la Grèce et celles de notre moyen âge appartiennent excellemment à la littérature catholique, à cause de ces magnifiques rayons que la vérité chrétienne a projetés sur elles et dont elles ont gardé la trace ineffaçable.
A nous, en un mot, tout ce qui est chrétien d'inspiration ; à nous, par conséquent, tous les chefs-d'œuvre, de tous les pays et de tous les temps, qu'il est possible de ramener par quelque côté à l'idée catholique. N'oublions pas que catholique signifie : universel.
Loin de nous seulement tout ce qui est païen, et dans la forme et dans le fond ; tout ce qui respire la révolte contre Dieu, contre Jésus-Christ, contre l'Église, contre ces trois termes de toute vérité! Ces tristes monuments, fruits d'une collaboration active entre l'esprit de l'homme et l'enfer, pourront servir à celui qui entreprendra un jour d'écrire une histoire de la littérature antichrétienne,révoltée, satanique. Quant à nous, c'est l'histoire de la littérature catholique, humble et soumise, c'est cette histoire que nous voulons écrire. Ou plutôt, nous ne voulons pas entreprendre une œuvre tellement au-dessus de nos forces, et nous nous bornerons à une rapide esquisse. Tel est l'objet de ce travail.
LA premièreleçondu nouveau cours pourrait recevoir com- ^ me titre ces trois mots : l'Art, la Parole, le Style. Si, en effet, on ne comprend pas la valeur de ces trois termes, il est inutile de pousser plus loin une étude désormais sans valeur et sans but. On dit que, lorsque saint Jean voulut commencer son Évangile, il monta sur les hauteurs ; on dit qu'il écrivit le premier chapitre de son livre, ou plutôt qu'il entonna le
AVANT JÉSUS-CHKIST.
premier chant de son pièmc, alors seulement qu'il fut arrivé sur des faites voisins de la foudre. Essayons, avec notre faiblesse, d'imiter cette énergique ascension de saint Jean : montons sur les hauteurs immatérielles de la métaphysique et de la théologie pour écrire le premier chapitre de notre histoire littéraire. Sursum corda, sursum mentes !
« L'Art est l'expression sensible du Beau », et le Beau lui-même n'est que la splendeur souveraine du Vrai et du Bien. Or la Beauté, la Bonté et la Vérité suprêmes n'existent point par elles-mêmes, vaines abstractions suspendues comme des nuages entre la terre et le ciel : elles n'existent qu'en Dieu. Dieu, tel est le premier et le dernier mot de l'Art.
L'Art est l'imitation intelligente des belles œuvres de Dieu.
Mais comment l'Art exprime-t-il le Beau ? A l'aide de deux éléments. Premièrement à l'aide de certaines facultés de notre intelligence, et, secondement, à l'aide de certains organes de la perception extérieure.
La peinture, la sculpture, l'architecture n'existent que grâce à la collaboration de notre imagination et de nos yeux, auxquels la mémoire et le tact viennent parfois prêter leur concours qui n'est pas toujours nécessaire. La musique n'existe que grâce à l'entente cordiale de notre imagination et de notre mémoire avec l'organe de notre ouïe. La parole, enfin, a également recours à ce double élément de nos organes matériels et de nos facultés immatérielles. \^?i parole parlée a besoin de l'ouïe, la parole écrite a besoin des yeux : l'une et l'autre ont leur point de départ dans notre imagination, dans notre mémoire, dans notre raisonnement.
Ce n'est pas sans dessein que nous insistons sur ces idées. Il est utile, il est nécessaire de proclamer que la Parole est un art au même titre que la musique ou la peinture. Le mot <i littérature » dont nous sommes forcés de nous servir, est un des mots les plus barbares et les plus malheureux qu'on ait jamais créés. La Parole est le premier des arts. Comme les autres arts, elle exprime le Beau, et elle l'exprime sensiblement. Elle s'adresse à nos sens par le son ou l'écriture. Mais, grâce à un étonnant et irrécusable privilège, elle peint, elle reproduit la pensée de l'homme ; sa pensée la plus intime, la plus meta-
physique ; sa pensée sur le monde et sur Dieu. Par des procédés analogues, elle arrive à un but infiniment plus élevé. C'est le premier des arts, avons-nous dit : mais enfin, c'est un art.
L'Art lui-même, ainsi compris, ainsi dilaté, a sur cette terre un idéal, un but et une sanction qu'il nous faut déterminer, avant d'aborder ce domaine de la Parole où nous allons désormais nous renfermer.
L'idéal de l'Art, c'est Dieu ; c'est dans les œuvres de Dieu, tout ce que le péché n'a pas déformé, n'a pas enlaidi ; c'est la beauté sans défaut, c'est la lumière qui ne connaît pas d'ombres, c'est le monde tel qu'il était avant le crime originel, au sortir des mains de Dieu, alors que tout obéissait à l'homme, et que l'homme obéissait à Dieu.
Le but de l'Art, c'est de sauver le plus d'âmes possible.
La sanction de l'Art, c'est le jugement de Dieu : jugement terrible, épouvantable, qui, jusqu'à la consommation des siècles, ajoutera une nouvelle âcreté au châtiment des artistes impies, toutes les fois qu'une âme sera perdue ici-bas par la lecture, l'audition ou la vue de leurs détestables ouvrages ; c'est le jugement de Dieu, tout miséricordieux et suave, qui, jusques à la fin des temps, ajoutera une nouvelle douceur à la récompense des artistes chrétiens, toutes les fois qu'une âme sera sauvée ici-bas par l'utile et austère beauté de leurs œuvres.
LA parole est un don de Dieu. C'est le miroir où Dieu a voulu que la pensée humaine se peignît et se reflétât avec exactitude et lucidité. Dieu fait lui-même une si grande estime de la pensée de l'homme qu'il n'a pas voulu qu'elle restât invisible, sans action, sans influence extérieures. Dieu donc a pris la pensée de l'homme et lui a uni la parole : elles sont aussi indissolublement unies que l'âme et le corps ; elles ne forment point deux choses séparées et distinctes, mais une seule puissance pleine d'unité et de vie. Sans doute, la pensée et l'âme peuvent subsister seules et vivre par elles-mêmes; ainsi feront-elles après notre mort. Mais c'est un état presque anormal : la résurrection y mettra fin, en rendant notre corps
à son âme, et à la pensée notre parole qui retentira immortellement dans les conversations et dans les chants du paradis.
Quelles sont l'origine, la nature intime et la traduction visible de la parole humaine ? Enfin quel est son but ? Autant de questions auxquelles nous allons essayer de répondre rapidement.
La parole vient de Dieu. Dès le premier instant de sa création et parla grâce de Dieu, l'homme pensa : il parla. La pensée humaine se refléta sur-le-champ dans le miroir de la parole.
Tel est, sur l'origine du langage, le système qui semble le mieux approprié au texte auguste de la Genèse.
Il est toutefois permis de croire, sans violer ce texte sacré, que Dieu laissa à l'homme une certaine initiative, un certain travail dans la formation de son langage.
Ce qu'il y a de certain, ce que ce langage est en rapport exact avec la création dont il est appelé à nommer tous les êtres ; c'est que chacun des mots qui le composent — sauf l'interjection et le pronom — est une sorte d'imitation ou de portrait de l'objet qu'il exprime ; c'est que rien ne fut ici laissé au hasard ; c'est que, ne pouvant peindre en un seul vocable, toutes les qualités de chacun des êtres qui l'entouraient, l'homme procéda par abstraction et peignit dans chaque mot une seule de ces qualités; c'est que l'onomatopée joua un rôle important dans cette intelligente et féconde opération ; c'est que l'homme enfin parvint à nommer ainsi tous les êtres visibles et sensibles.
Restaient à nommer les êtres immatériels, et la difficulté pouvait ici sembler insurmontable, le problème insoluble; Mais par une admirable loi, que trop peu d'esprits approfondissent, le monde physique est calqué sur le monde moral : il est en quelque sorte couché sur lui. Il n'y a pour ainsi parler, qu'un organisme pour la création invisible et pour la création matérielle. Une analogie constante est le lien qui unit entre eux les deux mondes visible et spirituel. C'est ainsi qu'il y a une respiration intellectuelle, un aveuglement moral, une lumière et des ténèbres immatérielles.
Pour nommer les êtres qui ne tombent pas sous nos sens, l'homme n'a donc eu qu'à leur donner les noms des choses
matérielles avec lesquelles ils ont le plus d'analogie. L'homme a procédé par comparaison. Il a dit, par exemple : « L'âme est analogue à un souffle, » et, retranchant tous les termes inutiles de la comparaison, il a appelé l'âme du même mot que le souffle lui-même : 'p''jy/>, spiritus, esprit.
Dès lors il pouvait tout nommer dans l'univers entier ; et, de fait, il nomma tout. O science admirable de la linguistique qui est appelée à étudier chacune des paroles humaines, à en analyser tous les éléments, à y découvrir tout ce que l'intelligence de l'homme y a déposé de pensées ingénieuses, délicates, élevées !
Le style figuré n'est pas autre chose que l'emploi de ces comparaisons d'objets immatériels à des objets visibles.
La gloire de l'homme est de créer le plus possible de ces comparaisons : c'est de prendre les mots avec leur sens terrestre, matériel; vil, et de les élever jusqu'à un sens céleste, immatériel, sublime.
Voulez-vous suivre, à travers les temps, le progrès de l'intelligence humaine? étudiez l'histoire du langage figuré.
QUELQUES mots sur la Poésie ne seront pas inutiles. On la confond généralement avec la versification : erreur déplorable, erreur funeste, dans laquelle il importe que nos jeunes gens ne tombent plus.
Nous pourrions ici appliquer à la Poésie une de ces définitions vagues qui ne vont pas au fond des choses ; nous pourrions dire avec Musset « qu'elle nous vient des cieux » et que « le monde l'entend et ne la parle pas », nous pourrions ajouter, avec un peu plus de précision, qu'elle est la forme enthousiaste de la parole humaine. Mais il est préférable de l'analyser et de la définir d'une façon plus scientifique.
La Poésie est la création de nouvelles comparaisons, de nouvelles images pour désigner les êtres visibles ou spirituels. La Poésie est l'emploi continu de ce que, faute d'une expression plus nette, nous avons appelé le style figuré. C'est la transfiguration d'un certain nombre de mots qui ne désignaient auparavant que des êtres ou des opérations matériels,
AVANT JKSUS-CIIKIST.
et auxquels la Poésie donne la force de peindre des opérations et des êtres immatériels.
La Poésie est cette langue qui crée sans cesse de nouvelles images où doit sans cesse éclater la Beauté qui est toujours nouvelle.
Cette Poésie, ainsi comprise, peut se passer et se passe en effet de la versification. Il y a plus de poésie dans vingt lignes de la légende de saint François d'Assise que dans toutes les œuvres réunies de Boileau, de Rousseau, de Voltaire.
Mais la versification est un auxiliaire utile. A l'élément pictural , la versification ajoute l'élément musical, et cet élément, ce sera la mesure dans le s}'stème des anciens ; ce sera le rhytJime dans le nôtre. Horace a dit : Ut pictura poesis : il n'a point dit toute la vérité. 11 eût fallu ajouter: Ut musica poesis, et surtout proclamer que la Poésie est née de Dieu et qu'elle a pour mission spéciale de le glorifier, non seulement sur la terre, mais encore dans le ciel.
TELLE est la nature de la parole humaine ; telle est en particulier celle de la poésie. Le but de notre langage est d'ailleurs le même que celui de l'Art : c'est avant tout de rendre hommage au Dieu éternel ; puis, de prouver à nos frères que nous les aimons, en nous rendant utiles à leurs âmes d'abord, et ensuite à leurs corps. C'est de persuader le bien et de dissuader le mal dans la famille à nos enfants, dans la patrie à nos concitoyens, dans la société à tous les hommes, dans l'Église à tous nos frères.
En deux mots, le but du langage, c'est la glorification de Dieu et le salut des hommes.
Quant à la loi de la parole, elle peut se résumer en deux lignes que nous devrions sans cesse avoir sous les yeux de notre entendement, quand nous avons l'honneur de tenir une plume :
« L'homme doit parler comme il pense ; « il doit penser le vrai. »
Ces deux principes peuvent sans désavantage remplacer toutes les Rhétoriques du monde.
lO LA LITTÉRATURE CATHOLIQUE
Il nous reste à parler de la traduction visible de la parole. Cette traduction, c'est l'écriture.
L'écriture est un moyen plus ou moins ingénieux de faire comprendre, d'après un système de signes, que tel signe correspond à telle émission de voix (c'est le système //w«/tique\ ou à telle idée (c'est le système hiéroglyphique).
Il est inutile d'ajouter ici que le système phonétique est de beaucoup le plus parfait et qui honore le plus l'entendement humain. Il n'est pas de découverte moderne qui se puisse comparer à l'invention de l'alphabet
LE Style a été défini tout récemment avec autant de netteté que d'élévation. C'est l'expression, a-t-on dit, c'est l'explosion de la nature intime d'un être. Nous ajouterons avec l'auteur de cette définition, avec cet Ernest Hello qui a été l'un des plus hauts esprits de ce temps, et l'un des plus méconnus :
« César nous dira que son style est indiqué par le mot qu'il a dit, pendant la tempête, au pilote tremblant : « Que crains-tu } tu portes César. » Sa parole, c'est l'affirmation de l'empire du monde qu'il attendait. Sa parole, ce sont les larmes qu'il versait à trente ans au souvenir d'Alexandre, déjà vainqueur à cet âge.
i. Le style d'Homère est le premier mot de la prière de Priam: « Souviens-toi de ton père, Achille semblable aux dieux, de ton père faible et vieux comme je suis. » Cette parole renferme tout Homère : les dieux, la paternité, la vieillesse et l'épithète homérique elle-même : € Achille semblable aux dieux. »
« Le style de Bossuet, le voici : < Madame se meurt, Madame est morte. > Les grandeurs sociales et la mort à côté.
< Le style de Christophe Colomb est le signe de la croix tracé dans le brouillard de la pointe de son épée...
« La prière est le style humain par excellence, je veux dire l'expression de l'homme. La prière est à la fois le cri de la détresse et l'hymne de la gloire. Or, le cri de la détresse et l'hymne de la gloire, n'est-ce pas l'expression de l'homme ? N'est-ce pas le style humain? Le style humain, c'est la réponse de l'homme à la parole qu'a entendue Moïse : « Je suis celui qui suis. » O vous qui êtes, écoutez donc, et exaucez ('). »