III. — Sévérités de l'Église contre le théâtre païen
LES origines du théâtre romain sont autrement obscures que celles de la tragédie grecque. Les premiers Romains étaient une race grossière et qui n'eut jamais rien d'artistique. Il semble qu'ils se soient longtemps contentés de certaines farces épaisses et licencieuses, que l'on connaît sous le nom à'Atellanes. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils doivent aux Grecs tout ce qu'il y eut d'élevé dans leur théâtre; mais que, même dans leur drame, ils ne perdirent jamais leur brutalité native, leur abominable amour du sang versé, leur cruauté souvent bestiale. On a cité avant nous l'exemple de ces acteurs qui, sur la scène romaine, étaient cxwc\^é?, pour de bon. Quant à l'immoralité de ce sanglant théâtre, il est trop vrai qu'elle dépassa toutes les bornes.
Il ne faut donc pas s'étonner si rEglise,dès les premiers temps de son histoire, a condamné les jeux du théâtre aussi sévèrement que ceux du cirque. Dans le cirque coulait le sang des gladiateurs ; au théâtre les bonnes mœurs étaient effrontément insultées. Toute pudeur s'en allait du monde avec toute honnêteté et tout honneur. L'Église attaqua le mal dans sa racine. Les Constitutions apostoliques (i), dont la rédaction est certainement antérieure au troisième siècle, s'écrient avec une singulière énergie : « Que celui qui est attaché aux spectacles du théâtre quitte cet attachement ou qu'il ne soit pas admis à recevoir le baptême;^. En 305, le concile d'Elvire, en son canon LXII, déclare que si un comédien possède la foi, il faut d'abord qu'il renonce à son art « Quant aux gens de théâtre, ajoute le premier Concile d'Arles en 314 (2), qu'ils soient tenus hors de la communion.» La question était si grave que Tertullien et saint Cyprien, ces deux génies, ont consacré aux spectacles un traité spécial. Rien d'égal au retentissement de ces deux tonnerres. C'est Tertullien qu'il faut surtout entendre : il n'a jamais été plus fougueusement sublime.
Tous les Pères, d'ailleurs, tiennent le même langage (3). Ils