‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 39 sur 161 · XXXVIl et XCIV · texte numérisé non relu

XXXVIl et XCIV

3. Ce supplice de l'écartèlement n'est indiqué spécialement dans aucune loi germanique.

IIO

l'idée politique

coureurs : quatre sergjents les excitent. Tous les nerfs du misérable sont effroyablement tendus, tous ses membres sont déchirés, sur l'herbe verte coule le sang clair : Ganelon meurt en vrai félon (•). »

Tels sont les sept actes de notre Supplice de Ganelon. Nous aurions voulu rendre aussi transparente aux yeux de nos lecteurs qu'elle l'est à nos propres yeux, l'origine germanique de toute cette procédure. On la retrouve d'ailleurs en un assez grand nombre de poèmes, que nous avons eu lieu d'énumérer ailleurs (2). Le jugement de Dieu fut peu à peu supprimé — mais beaucoup plus tard qu'on ne le croit généralement — par la sagesse de l'Église et la prudence de nos rois.

Il n'entre point dans notre plan de tirer de nos chansons tout un cours de Droit féodal, quoiqu'il y soit implicitement contenu. Nous n'irons pas plus loin dans cette voie.

LES Chansons de geste sont-elles véritablement animées par un esprit de révolte et d'indépendance féodales ? Sont-elles, en général, l'expression de la résistance des grands vassaux à la Royauté de plus en plus triomphante ? Quel tableau nous off"rent-elles des rapports entre le roi et les seigneurs ? Et ce tableau n'a-t-il pas été conçu et exécuté par nos trouvères tout à l'avantage de ces seigneurs qui composaient leur plus brillant et leur plus lucratif auditoire? Questions délicates, et qui ont été parfois résolues avec quelque exagération. Nous les résoudrons, quant à nous, en ces deux propositions qui nous semblent contenir toute la vérité: « Il y a deux classes de Chansons de geste : les unes sont royales, et les autres féodales d'inspiration. Mais les Romans royalistes (s'il nous est permis de se servir de ce mot) sont les plus nombreux et, dans les autres, la liberté féodale est beaucoup moins étendue qu'on pourrait le croire. >

Tout d'abord, dans les plus anciens de nos poèmes, la Royauté domine tout. La Chanson de Roland pousse jusqu'à

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