‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 40 sur 161 · La Chevalerie, 2^ édition, p · texte numérisé non relu

La Chevalerie, 2^ édition, p

la naïveté l'expression de l'obéissance entière, absolue, que le vassal doit à son seigneur : « Pour son seigneur on doit souffrir grands maux, endurer le froid et le chaud ; pour son seigneur on doit perdre de son sang et de sa chair (').» Cette rudesse de soumission n'apparaît pas seulement une fois dans le Roland, et tel est certainement l'esprit de tout le poème. C'est ainsi qu'une des dernières pensées de Roland est pour son seigneur, pour Charles « qui l'a nourri. » Nous avons exposé ailleurs ce qu'étaient les nourris et par quel lien étroit ils étaient unis à leur seigneurs et au Roi.

Si de la geste de Charles nous passons à celle de Guillaume, la scène change. Nous ne sommes plus en présence du grand empereur dont la main de fer savait contenir toutes les résistances : nous nous trouvons devant ce Louis, qui reste toujours un peu enfant. Eh bien! malgré cette faiblesse du roi, la Royauté conserve son prestige. Le Couronnement Looys est l'histoire d'une grande lutte entre l'Empereur et ses barons rebelles : Guillaume s'arme pour la défense du roi et fait le tour de l'Empire en écrasant toutes les rébellions. On n'a peut-être pas assez fait ressortir la valeur de cette belle chanson : le Couronnement Looys est le poème royal par excellence; c'est avec Roland, la plus antiféodale de toutes nos épopées. Néanmoins l'Empereur y est traité assez outrageusement ; mais on se tromperait singulièrement si l'on attachait trop d'importance aux discours de nos héros épiques. Ils sont volontiers insolents, nos «chevaliers gaillards », et les gros mots remplissent aisément leurs bouches militaires ; mais c'est à l'œuvre qu'il faut les voir. Étudiez dans Aiibri le Boiirgoing, le personnage d'Orry,roi de Bavière.Ce Régulus des épopées françaises est fait prisonnier par les Sarrasins : « Renie ton Dieu, lui crient ces ennemis du nom chrétien, « renie ton Dieu et ton roi. » Écoutez la magnifique réponse du Bavarois : « Jamais, jamais, dit-il « on ne me verra commettre ce crime abominable, de renier à la fois « mes deux seigneurs, Jésus le Glorieux et Pépin notre roi (2)! "è Et il meurt dans les plus effroyables tortures.

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