Mahâbkârâta, trad. Foucaux, passim
130 l'idée religieuse
Thomas d'Aquin et les Bonaventure. Jamais il n'y a eu d'éblouissement pareil à celui dont tant de génies frappèrent le monde illuminé et ravi. Toutes les questions furent alors généreusement abordées, nettement résolues. On ne peut lire sans admiration les Traités de ces grands hommes, notamment sur le mystère de la Trinité et sur celui de l'Incarnation. Peut-on comparer de telles richesses aux pauvretés théologiques de nos chansons de geste ?
Prenons pour exemple la Trinité.
Les Docteurs nous font voir dans le Père l'infinie Puissance et le Principe suprême ; dans le Fils, la Parole, le Verbe, l'Intelligence, la Raison, le Discours intérieur de Dieu; dans le Saint-Esprit enfin, l'Amour qui unit entre eux le Père et le Fils. De là d'admirables développements ; de là d'étonnantes doctrines, qui avaient passé jusque dans les prières extra-liturgiques :
« Père suprême et suprême Principe, qui n'avez pas eu de commence- « ment et ne devez rien qu'à vous-même, créateur de la lumière, créa- « teur de l'espace et de tout ce qui se meut dans l'espace : Kyrie, eleison.
€ Christ, éternelle splendeur de l'éternelle lumière, Christ réparateur <L des chutes de l'homme. Christ qui avez restauré l'univers tout entier « par votre merveilleuse incarnation : C/iriste, eleison.
« Esprit-Saint, qui procédez du Père et du Fils ; Esprit-Saint, qui êtes <L leur coopérateur en toutes choses ; lumière des âmes, lumière qui ne « doit jamais s'éteindre, délicieuse lumière : Kyrie, eleison ('). »
Rien de pareil dans nos poèmes. La Trinité y est un dogme admis et confessé, mais ce n'est pas un dogme approfondi. Lorsque Roland, dans VEntrce de Spagne, veut convertir le géant Ferragus par d'autres arguments que par les coups de Durandal, il lui fait un cours de théologie élémentaire où les naïvetés abondent. Arrivé au dogme de la Trinité, le neveu de Charlemagne n'emploie que des images pour faire bien entrer ce mystère dans l'intelligence un peu dure de son redoutable adversaire : « Prends, lui dit-il avec une « gravité étrange, prends ton grand bouclier rond que j'ai « brisé et crevé à coups de pierres. Choisis trois de ces trous, « ceux que tu voudras. Tourne maintenant ton bouclier du « côté du soleil, tu verras trois soleils ; mais si tu retires ton