‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 53 sur 161 · I. Bibl. Nat. , lat., 3719, xiiies · texte numérisé non relu

I. Bibl. Nat. , lat., 3719, xiiies

DANS l'épopée française. I 3 I

< bouclier, il ne restera qu'un soleil ; rien n'est plus certain. « Eh bien ! comprends parla la Trinité en un seul Dieu f')- ^ L'argument n'est pas des plus forts, et néanmoins c'est le seul que nous ayons jamais rencontré dans nos Chansons de geste.

De même pour Jésus-Christ. Les scolastiques ici nous font marcher de clartés en clartés; mais aucune de ces splendeurs n'a passé dans nos Épopées nationales. Ce n'est pas dans nos Chansons de geste que l'on trouvera la conception magnifique de ce Verbe incarné qui représentant, résumant en lui l'univers tout entier, le monde des esprits et le monde des corps, la nature humaine et la nature divine, s'agenouille dans la splendeur d'un culte souverain, et agenouille avec lui l'univers tout entier. Dieu adorant devant un Dieu adoré. Dieu glorifiant devant un Dieu glorifié. Ce n'est pas dans nos Chansons de geste que l'on trouvera la notion de ce Rédempteur qui est apparu dans le monde avec le principe de l'Expiation à sa droite, le principe de la Solidarité à sa gauche; qui a expié solidairement pour tous les hommes et qui les a lavés dans son sang libérateur. Ce n'est pas dans nos Chansons de geste que l'on trouvera la doctrine qu'a si bien exposée un poète théologien de l'école de Saint- Victor, dont nous avons publié jadis les œuvres inédites : « L'Infini, l'Immense, Celui « qu'aucun espace ne circonscrit, qu'aucune intelligence ne « comprend, Dieu, pour restaurer l'univers tout entier, entre « de l'éternité dans le temps. Dieu, qui était sans limites, se « localise. Il ne se revêt pas du péché, mais des apparences « du péché. L'immortalité se fait mortelle, la spiritualité « suprême prend un corps. Qui le pénétrera, ce grand et re- « doutable mystère (2)? » Encore une fois, rien de pareil dans nos poèmes. Ils sont évidemment l'œuvre de simples fidèles qui savent bien leur petit catéchisme, et non pas de théologiens dont les yeux sont habitués à fixer humblement le soleil de la Vérité.

Mais cette infériorité même de nos poèmes est à nos yeux ce qui les rend le plus précieux. Ce sont des œuwes populaires, et c'est leur plus grand titre à notre attention. Les

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