‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 68 sur 161 · I. Bibl. Nat., fr. 12558, fo 57, vo · texte numérisé non relu

I. Bibl. Nat., fr. 12558, fo 57, vo

154 l'idée religieuse

Roland qui expire ; saint Gabriel reçoit le gant du héros ; puis, ils attendent avec quelque impatience que le dernier souffle de ce martyr s'exhale de sa poitrine pantelante et de ses lèvres décolorées. A peine ce dernier souffle expiré, ils entourent l'âme sainte et la conduisent en Paradis (i). Et c'est là en effet une de leurs missions épiques : ils se tiennent pour ainsi dire à la bouche des héros chrétiens qui meurent dans la grande guerre contre les Sarrasins, ils saisissent doucement les âmes des chevaliers et les présentent à Dieu (2). Saint Michel est particulièrement chargé de cette honorable fonction (3). Voilà, voilà enfin le surnaturel revêtu de la beauté qui lui est propre.

Les Anges, d'ailleurs, ont porté bonheur à nos poètes, Saint Gabriel intervient dans le grand duel entre Charlemagne et Baligant: « Charles chancelle, et peu s'en faut qu'il tombe ; — Mais Dieu ne veut point qu'il meure, ni qu'il soit vaincu. — Saint Gabriel descend vers lui, et lui crie : « Grand roi, que fais-tu ?» — Quand Charles entend la sainte voix de l'ange, — Il n'a plus peur de la mort — Et il reprend vigueur (4). » C'est encore saint Gabriel qui, à la fin de la Chanson de Roland, vient donner l'ordre à Charlemagne, au nom de Dieu, d'entreprendre sur-le-champ le voyage de Syrie (s). L'Empereur voudrait bien n'y pas aller : « O Dieu, dit-il, que ma vie est peineuse!» Il pleure des yeux et tire sa barbe blanche.... Dans Ogier, c'est saint Michel qui franchit l'espace entre ciel et terre pour apaiser le héros un peu sauvage de cette rude épopée et l'empêcher de tuer le fils de Charlemagne. Le Danois cependant frémit de fureur, grince des dents, il a la mort de son fils à venger : « Ogier, lui dit l'archange, ne touche pas à cet enfant, Dieu te le défend. Arme-

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