Roland, v
3. « Ço duinset Deus, li filz sainte Marie. » (Roland, v. 2938), etc.
DANS l'épopée FRANÇAISE. 153
Chansons une doctrine très complète et des idées fort théologiques sur la Vierge immaculée, rien enfin qui approche des grandes vues d'un saint Anselme et des hymnes d'un Adam de Saint-Victor. Une seule fois nous avons trouvé dans nos vieux poèmes une affirmation nette de l'Immaculée Conception : c'est dans un poème du douzième siècle, dans les Enfances Gode/roi. On y invoque :
Le roi qui fist terre et rosée
Et la sainte puciele QUI SANS PECIÉ FU NÉE (")
Un tel passage est décisif. Pourquoi faut-il qu'il soit le seul? Il existe, d'ailleurs, sur ce dogme tant d'autres documents, tant d'autres preuves qu'on peut ici se passer de nos épopées. Quant au paradoxe de M. Michelet, nous n'y reviendrons pas. Qu'il nous cite, au treizième siècle, et durant les siècles suivants, les plus grands actes d'amour et les plus ardentes paroles en l'honneur de la Vierge, nous sommes prêts à leur opposer des actes aussi aimants et des paroles aussi ardentes durant tous les siècles qui ont précédé celui de saint Louis.
Chose étrange ! les trouvères, auteurs de nos épopées, ont eu plus de dévotion littéraire aux Anges qu'à la Vierge. Sur la mère de Dieu nous n'avons à relever dans nos poèmes que quelques épithètes, et la Vierge n'agit guère dans notre légende chevaleresque. On l'invoque, on la prie, mais on ne la voit pas descendre réellement dans les événements épiques, y prendre part, les décider. Il semble que nos Chansons s'adressaient surtout à des gens de guerre peu sensibles de leur naturel, et vénérant la Vierge plutôt qu'ils ne l'aimaient. Les Anges, au contraire, étaient mieux compris de ces rudes intelligences. Nos pères se les figuraient sans doute comme les chevaliers du ciel ; ils leur trouvaient je ne sais quelles allures militaires. A tout instant les Anges descendent dans nos épopées, les traversent, les animent et les transfigurent. Nous avons cité tout à l'heure l'Ange qui se tenait sans cesse à l'oreille de Charles, ayant avec lui ces conversations secrètes que l'antiquité avait supposées entre Socrate et son démon ; mais les esprits célestes apparaissent en foule dans toute notre action épique. Ils s'abattent par milliers autour de