‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 72 sur 161 · Roland, vers · texte numérisé non relu

Roland, vers

156 l'idée religieuse

Les Démons ont leur place toute marquée dans nos épopées chrétiennes. Ils sont, en général, peints sans vigueur. Les trouvères n'ont pas eu la notion de l'orgueil satanique ; mais ils se sont élevés jusqu'à la belle doctrine de l'antiquité chrétienne qui a généralement vu dans les faux dieux autant de Démons perpétuellement occupés à séduire et à tromper les hommes. Dans la Chanson de Roland, Jupiter est représenté comme un diable (i); mais les trouvères postérieurs ont donné peu de développements à cette idée si féconde. Ils se contentent de peindre le Démon comme le roi, comme le suzerain de tous les mécréants. Roland, après avoir bien parlé théologie au géant Ferragus qu'il veut convertir, finit par ces mots: « Je t'en dirais volontiers davantage, mais tu te moques, à cause du Diable qui te tient en sa seigneurie (2). » Le principal rôle des esprits infernaux, dans l'Épopée française du moyen âge, est la contre-partie de celui que jouent les Anges au milieu des batailles. Les Démons se tiennent aux aguets près des Infidèles qui meurent, épient leur dernier soupir et se précipitent avec une joie féroce sur ces âmes infortunées pour les emporter avec eux dans l'éternel Enfer. (3) Cette conception est belle ; mais, pour tout le reste, il est aisé de voir combien nos poètes sont peu théologiens. Nous sommes loin du Lucifer de l'Écriture ; de ce grand combat céleste dont parle l'Apocalypse ; de cette grande cause de la chute des anges qui nous est indiquée par les Pères, et cette cause n'est autre que l'incarnation. Les trouvères, du moins, ont merveilleusement compris que le Diable est le type de toute laideur. Ils ne cessent de répéter que tel ou tel mécréant est aussi noir que « diable et aversier ». Pour être devenue un proverbe, cette comparaison ne fait pas moins d'honneur à nos poètes.

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