Amis et Amiles, éd. Conrad Hoffmann, vers
DANS l'Épopée française. 163
lution. Si vous mourez, vous serez saints martyrs, et vous aurez séjour dans le grand Paradis. » Les Français descendent de cheval, ils s'agenouillent, et l'Archevêque les bénit de par Dieu. Pour pénitence, il leur ordonne de bien frapper. Français se relèvent, se mettent sur pied. Les voilà bien absous et quittes de leurs péchés ('). »
Il est aisé de comprendre que cette singulière absolution est tout à fait exceptionnelle, et ne peut rien prouver contre la nécessité de la confession auriculaire. Sans vouloir entrer ici sur le domaine de la casuistique, il nous semble que la Miséricorde divine a dû s'émouvoir là haut du spectacle de ces vingt mille barons se frappant la poitrine en présence des Sarrasins qui vont en faire des martyrs. Vingt mille aveux particuliers sont impossibles en cet instant suprême : la bonté de Dieu a pu se contenter de cet aveu général, qui n'a rien de rigoureusement sacramentel. La nécessité de la vraie confession était d'ailleurs si bien reconnue par nos pères, qu'à défaut d'un prêtre, les héros chevaleresques se confessent à leur plus proche parent. Oui dans l'horreur de la mêlée, le chevalier tombé de son cheval, noyé dans les flots de son sang, agonisant enfin, se penche à l'oreille de son parent le plus proche et lui fait l'aveu de toutes ses fautes. Et notez que ce grand spectacle nous est offert par les plus anciens de nos poètes. Dans Raoul de Cambrai, Bernier se confesse ainsi à Savari :
A icest mot apelle Savari,
De ses pechiés à lui confès se fist,
Car d'autre prestre n'avoit-il pas loisir (').
Mais le plus bel exemple de ces confessions militaires est celui de l'enfant Vivien, qui, frappé mortellement dans la terrible défaite d'Aliscans, a encore la force de faire à la fois sa première confession et sa première communion sur le champ de bataille jonché de morts. Et c'est son oncle Guillaume qui le confesse et le communie. Il y a là un des plus beaux épisodes de toute notre poésie épique, et c'est le cas de rappeler ici cet admirable scrupule de Vivien et sa plus