‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 79 sur 161 · XI. — Notion de l'Église. — Le Pape · texte numérisé non relu

XI. — Notion de l'Église. — Le Pape

UN petit poème du treizième siècle, publié déjà plusieurs fois, YOrdene Je chevalerie, nous fournit sur le symbolisme de la Chevalerie, sur son but et ses devoirs, les plus complets, les plus précieux détails. Il faut néanmoins se garder de considérer ce poème, dont la pensée est si élevée, comme l'expression exacte des idées militaires aux douzième et treizième siècles. Il convient en particulier de ne pas se représenter la doctrine subtile, délicate, quintessenciée, de YOrdene de chevalerie, comme étant celle de nos Chansons de geste. Entre nos Épopées nationales et les délicatesses théoriques de YOrdene il y a presque toute la différence qui existe entre l'idéal et le réel : car nos Romans sont le reflet peu embelli de la vie de leur temps et n'ont presque rien de théorique. Le petit poème dont nous parlons ne nous offre au contraire, si l'on peut parler ainsi, que la métaphysique de la chevalerie.

L'auteur de cette métaphysique, résumant et accentuant la pensée des esprits les plus hauts de son temps, affirme nettement que la Chevalerie a pour premier but la défense de l'Église. La Chevalerie doit être en effet la Puissance armée se tenant debout, la lance au poing, près de la Vérité désarmée : tel est l'idéal sublime que le christianisme a proposé et propose encore à la condition militaire. Le chevalier est couvert d'une robe vermeille, à cause, lui est-il dit, Que vostre sang devez espandre, — Por la sainte Eglise deffendre. Jamais on ne concevra pour le soldat un aussi grand, un aussi glorieux idéal. La force est appelée à soutenir la faiblesse ; l'Empire est destiné à être le bouclier de la Papauté ; la Chevalerie est le rempart de l'Église. Tandis donc que le soldat grec ou romain combattait avec l'égoïsme étroit d'un amour exagéré de sa patrie ; tandis qu'il ne rêvait trop souvent que l'oppression du monde, le soldat chrétien se place, lui, près de la Vérité et lui dit : « Envoie tes missionnaires, prêche, baptise, convertis, éclaire. Je suis là tout en armes, et personne n'aura devant moi l'audace d'empêcher la libre diffusion de ta parole et de ta lumière. » Voilà la notion de l'Eglise dans ses rapports avec la Chevalerie.

l'idée religieuse

Cette notion se retrouve dans nos poèmes. Elle y est sans cloute moins complète et moins brillante ; mais enfin elle s'y retrouvée. Deux beaux vers du Montage Gîiillaunie pourraient être la devise des chevaliers chrétiens auxquels le vieux poète les applique : « Il se combattent as Turs molt volentiers — Et sovent sont en leur sanc baptisiez (i) ». Parmi tous les conseils qui sont adressés aux nouveaux chevaliers, il en est toujours un qui se rapporte à la défense de l'Église. Dans Gaidon, un évéque de la lignée des traîtres expose longuement ce que l'on pourrait appeler « le code Ganelon ». Il est inutile d'ajouter que ce code est précisément l'inverse de celui de la chevalerie chrétienne. Or, on y trouve en bonne place les vers suivants : « Les orphelins à tort déshéritez — Et sainte Eglise adès déshonorez if) ». L'amour de l'Église était si bien le premier devoir du chevalier, qu'il l'emportait sur le devoir féodal lui-même, sur l'obéissance au suzerain. Dans Girars de Viane, il est très lucidement spécifié que l'on doit partout aider son seigneur, puisque l'on tient de lui terres et fiefs, « pourvu cependant que ce ne soit pas pour détruire moutier », ni pour piller le pauvre peuple : « car nul ne doit guerroyer contre Dieu. » L'Église et Dieu, ne l'oubliez pas, c'est tout un aux yeux de nos épiques. Dans nos premiers poèmes, les mots « Église » et « Chrétienté » sont complètement synonymes. Quand l'archevêque Turpin,au début de son incomparable sermon de Roncevaux, s'écrie : « Aidez à maintenir chrétienté ; » c'est absolument comme s'il disait : « Soyez les soldats de l'Église. » L'allocution de Turpin est bien faite pour nous donner, à tous égards, l'idée du valeureux amour pour l'Église qui enflammait toutes les poitrines de nos chevaliers. A leurs yeux, la puissance du mal s'était condensée ici-bas dans le peuple musulman, dans l'Islam : la puissance du bien, au contraire, dans l'Église. Ils se faisaient les champions de cette faiblesse qui soutient le monde « et étaient souvent baptisés dans leur sang ! »

Cet amour pour l'Église n'est pas toutefois sans se contredire souvent dans nos épopées nationales. Vous venez de

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