‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 92 sur 161 · Foulques de Candie. Bibl. Xat., fr. 25518, fo · texte numérisé non relu

Foulques de Candie. Bibl. Xat., fr. 25518, fo

i8o l'idée religieuse

songes épiques, et en particulier ceux de Charlemagne dans la Chanson de Roland [}).

Ce qui n'est pas douteux, c'est l'origine de certaines croyances superstitieuses et fatalistes, à propos de tels ou tels événements qui peuvent servir de bon ou de mauvais présage. Quand Charles tend son gant à Ganelon avant l'ambassade de ce traître, le gant tombe, et cet accident est considéré par tous les Français comme d'un fatal augure (2). C'est là du fatalisme de la pire espèce ; c'est, pour mieux parler, du paganisme sans mélange, et, ajoutons-le, sans excuse.

D'autres emprunts, bien plus nombreux et non moins inexcusables, ont été faits par nos poètes à la mythologie celtique. Ces heureux poètes, qui avaient à leur disposition et comme sous leur main tout le surnaturel chrétien, ces poètes auxquels venaient s'offrir les Anges et les Saints, ces riches se sont crus pauvres. Ils sont allés, couverts des richesses du christianisme, mendier les ridicules trésors de l'erreur. Ayant les anges, ils ont voulu avoir les fées. Ayant les saints, ils ont cru avoir besoin des nains. Ridicule et malheureuse innovation qui les a précipités pour tant de siècles loin de la grande voie de 1' Art,dans les mauvais sentiers de la fantaisie ! Nos trouvères, d'ailleurs, ont abusé des nains et des fées. L'usage était mauvais.l'abus est véritablement impardonnable. Nous comprenons qu'un cycle tout entier, comme celui de la Table Ronde, soit né plus ou moins directement des légendes celtiques qui avaient une puissance et une fécondité réelles; mais dans nos épopées, ce mélange des légèretés et des grâces celtiques avec les lourdeurs et les rudesses du roman carlovingien, a vraiment quelque chose de singulier et de méprisable. Le nain Obéron, fils de la fée Morgue et de Jules César (3),fait une étrange figure auprès de ces gros héros carlovingiens tout chargés de fer.Le contraste même est impossible ou désagréable.

Les nains et les fées déshonorent d'ailleurs de leur présence tous les cycles de nos épopées nationales : pénétrant partout, troublant tout, infectant tout.

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