‹ La littérature de guerre. Manuel méthodique et critique des publications de langue française. Préf. de Gustave LansonChapitre 129 sur 216 · LA PAIX ALLEMANDE · texte numérisé non relu

LA PAIX ALLEMANDE

Maurice des Ombiaux. Paris, Bloud et Gay, 1916. In- 16, 62 p. — o fr. 60.

(Pages actuelles, n° 86.)

L'auteur, publiciste belge, fait connaître les visées annexionnistes de l'Allemagne en ce qui concerne les pays envahis (la Belgique et le Nord de la France). Une conclusion très rapide indique commen nous réorganiserons, après notre victoire, ces régions délivrées.

Pourquoi l'Allemagne veut la Belgique, par Hubert BouRGiN. Mantes, A. Bcaiwwnt, 191 5. In-i6. — o fr. 20.

M. André Chéradame, dont on connaît la compétence toute spéciale, démontre que même un retour au statu qno ante hélium consacrerait le triomphe des pangermanistes, en permettant l'organisation durable du « Mittel- Europa » :

La Guerre européenne et la paix que voudrait l'Allemagne, par André Chéradame. Paris, Chapelet, 191 5. In-i6, 116 p. et carte. — i fr.

Cette brochure est une première esquisse de l'ouvrage qui suit.

Le Plan pangermaniste démasqué, par André Chéradame. Le redoutable piège berlinois de « la partie' nulle ». Paris, Plon-Nourrit, 1916. In-ié, 356 p., avec cartes. — 4fr.

La préface est datée du 16 mai 1916 : l'auteur a voulu écrire un ouvrage de vulgarisation, qui fût basé sur une riche et solide documentation personnelle. Le plan pangermaniste, qui constitue la raison unique de la guerre, consiste à former une vaste Confédération de l'Europe centrale, en lui assurant la subordination des Balkans et de la Turquie. Dès le mois de décembre 1915, les buts allemands de la guerre sont atteints. La « partie nulle » elle-même, c'est-à-dire le retour au statu qiio ante he]lumW\sstxA\Xï l'Allemagne la ligne Hambourg- Golfe Persique, et entraînerait par là les plus fu nestes conséquences. Le seul remède consiste à appliquer, grâce à une paix victorieuse, le principe des nationalités à l'Autriche-Hongrie, et à assurer l'indépendance des Balkaniques. Il faut, jusqu'à l'heure de la victoire, déjouer les manoeuvres de paix de l'Allemagne et de ses alliés : les neutres eux-mêmes y ont intérêt.

— Consulter également les études sur le » Zollverein » mentionnées au chapitre Allemagne, p. 505.

ééo LES CONDITIONS DE LA PAIX

Les idées de M. Chéradame sont généralement partagées ; et c'est avec la plus grande méfiance que sont accueillies les manœuvres allemandes pour une paix immédiate :

La Paix. Les manœuvres allemandes, par Francis Four- NiER. Nouvelle revue du je»- janvier 1916.

— La propagande pacifiste poursuivie en France par certaines organisations, et favorisée par l'Allemagne, ne peut entrer dans notre cadre, puisqu'elle fut clandestine. Elle s'effectuait par la distribution de tracts variés, ne portant ni nom d'auteur ni adresse d'imprimeur. Plusieurs de ces tracts étaient de fabrication allemande. Ceux de Sébastien Faure eurent une particulière diffusion, A l'un de ses libelles, Vers la paix, M. F. Clerget répondit par un opuscule patriotique : ],e Salut mondial. — Signalons encore, en raison de sa provenance féministe, le tract Un devoir urgent pour les femmes, publié par la Section française du Comité international des femmes pour la paix permanente, rue Fondary. — Les Allemands se chargeaient d'autre part de l'envoi d'ouvrages et opuscules publiés en Suisse, parmi lesquels le plus célèbre est La Vérité de J. Bertottrieux. Il existe une liste des publications interdites, imprimée par l'Administration des Postes pour l'usage de ses agents : liste aussi surprenante par ses omissions que par ses indications.

Les ouvrages français qui, pendant les deux premières années de la guerre, traitent, de manière générale, des conditions de « la paix des Alliés » expriment sur les points essentiels — nécessité d'une victoire complète, abaissement de la Prusse, application du principe des nationalités — des idées concordantes. Mais chaque parti ou chaque groupe traduit avec des nuances particulières ces idées semblables en les adaptant à des tendances divergentes :

La Paix future d'après la Révolution française et Kant.

Conférence faite à la Sorbonne pour les Amis de l'Université de Paris, le 7 mars 191 5, par Alphonse Aulard. PariSj Colin, 191 5. In-i6, 32 p. — o fr. 50.

L'historien réputé de la Révolution française estime que la paix future doit être établie d'après les principes du droit et de la liberté des peuples, que la Révolution a proclamés et que l'Allemagne de jadis a elle-même acceptés : Kant les a faits siens, et ils ont provoqué, il y a un siècle, la constitution des Allemands en patrie,

La France et la guerre. Les solutions françaises, par

Edouard Driault. Paris, Cerf, 191 5. In-8, 80 p. — i fr.

L'auteur, également historien de la Révolution, écrit au début de 191 5 : il expose l'histoire diplomatique de la guerre, et s'applique à déterminer les solutions que réclament les principes républicains. Il insiste en particulier sur l'acquisition de « la frontière du Rhin » ; ce fut l'œuvre poursuivie par la Révolution française, et toute l'histoire de la France tend à cette conquête : éloignée du Rhin, la France mène une vie humiliée et amoindrie.

Au lendemain de la victoire. Le nouvel équilibre européen, par Alexis Delaire. Préface de Maurice Barrés. Paris, Nouvelle librairie nationale, 1916. In-16, xvi-380 p., avec cartes. — 3 fr. 50.

L'auteur appartenait au parti nationaliste. Il voulut consacrer à. cet ouvrage les derniers mois de sa vie ; il ne put le voir paraître. Utilisant de vastes connaissances, il établit un nouveau partage du monde. Il préconise les solutions généralement réclamées par son parti : annexions importantes, acquisitions coloniales, démembrement des puissances ennemies.

L'Europe qu'il nous faut faire. La guerre, la paix, l'organisation du droit-force, par le colonel Biottot ^ Paris, Fournier, 1915. In-i6, 100 p., avec carte. — i fr.

L'auteur expose les vues du parti militaire. S'exprimant dans \\n langage volontairement abstrait, il étudie les conditions nouvelles suivant lesquelles l'Europe devra être organisée pour réaliser la

I. Comparer : La Guerre actuelle. Ses conditions. Ses solutions possibles, par le général Bertaut (Paris, Volumard, 1915. In-8, 20 p. — o fr. jo).

Paix du Droit, la seule paix qui ne soit point « cause de guerre ». Estimant que le Droit devra reposer sur la Force, il préconise la militarisation généralisée.

— Nous avons étudié antérieurement (p. 142) la I" partie, Le Crime, du livre de M. Rtchet, Les Coupables. Dans la seconde partie, Les Réparations, l'auteur exprime les vœux d'un pacifiste modéré : sage application du principe des nationalités, nouveau partage des colonies. 11 insiste sur la nécessité de faire cesser l'anarchie internationale : une loi de justice, appuyée sur la force, devra être imposée aux Etats souverains ; ainsi disparaîtra le fléau du militarisme.

« La Paix que nous voulons », par Charles Dumas. Paris ^ M. Rivière, 191 5. In- 16, 36 p. — o fr. 30.

L'auteur est un socialiste majoritaire qui écrit au lendemain de la Conférence de Londres. La paix que veulent les socialistes est celle <r qui libérera tous les opprimés et qui ne créera pas par la force de nouveaux opprimés ». L'auteur demande donc la destitution des Hohenzollern, mais des annexions réduites et le maintien de l'Allemagne comme nation. Les socialistes ne renonceront ni à la lutte des classes ni à l'internationalisme.

Comparer :

La Guerre pour la paix, par Hubert Bourgin. Paris, M. Rivière, 191 5. In- 1 6, 45 p. — o fr. 50.

L'auteur, de tendances démocratiques et socialistes, montre comment, dès le début, la France lutte pour une paix raffermie, pour une paix libératrice et définitive. La première condition de cette paix est la destruction du militarisme prussien : le droit des gens devra être organisé, sous la sauvegarde de garanties solides. L'équilibre économique devra être assuré. L'ordre naturel ainsi obtenu évitera le retour d'aberrations morales semblables i celles dont l'Allemagne est la victime.

Comment et quand faut-il faire la paix ? par C. CuRi-

nii:r. Pans, M. Rivière, 191 5. I:i-i6. — o fr. 50.

A côté des livres de parti, il y a les brochures qui s'adressent au grand public et qui expriment les idées susceptibles d'eue approuvées par lui. Ces publications manquent de clairvoyance et de largeur de vues : envisaiieant les choses dans la situation où elles se trouvent au

moment précis où l'auteur écrit, elles forment un curieux témoignage sur les états successifs de l'opinion :

La Paix suprême en 1916, par le D»" A. Casset. Pam, Fontemoiug, 191 5. In-ié, 48 p. — i fr.

Après la guerre. Les AUemagnes, la France, la Belgique et la Hollande, par J. Dontenville. Paris, Floury^ 1915. In-8, 56 p. — o fr. 60.

Dernière guerre en Europe. La Paix de 1916, par Stéphane Juge. Paris, Librairie française, 191 5. In-8, 195 p., avec cartes. — 3 fr.

(Edition des Œuvres humanitaires.)

En 1916 : une Europe rénovée. La charte des nations ;

par Jean Lhomme. Paris, Delandre, 191 5. In-8, 140 p., avec carte. — 3 fr.

Sommaire. — Le nouveau statut européen. Les onze cercles de la Germanie. Comment établir la paix. La justice surnationale.

La Paix que nous voudrons, par Henri Lorin. Paris, Alcan, 191 5. In-8, 48 p. — o fr. 60.

Recueils d'articles parus dans la Petite' Gironde de Bordeaux, du 26 février au 21 avril 191s.

Quelle sera la durée de la guerre ? Comment la guerre doit-elle finir ?, par Henri Lyonket. Paris, Éditions pratiques el documeniaires, 1915. In-8, 64 p. — i fr. 25.

Les Problèmes de la paix, par G. Martin. Préface de Ch. Benoist. Paris, Éditions pratiques et documentaires, 1915. In-8, 64 p. — I fr. 25.

Paix définitive ou guerres renouvelées. Comment doit s'établir la paix, par P. Page. Paris, Édition Lutetia, 191 5. In-i6, 40 p. — o fr. 50.

La Guerre actuelle et l'Europe de demain, par Armand Richter. Paris, M. Giard et E. Brière, 191 5. In-8, 40 p. — I fr. 25.

L'auteur étudie, d'après les antécédents historiques, vers quels résultats tendent les événements actuels, et il analyse les éléments en présence, montrant la victoire assurée pour les Alliés, par les effectifs comme par le moral. Il détermine ensuite, brièvement et avec méthode, les conditions de la paix : annexions, châtiments, indemnités, fédération des nations. La brochure date du début de

L'Indépendance européenne. Études sur les conditions de la paix, par André Sardou. Paris, Plon-K ouvrit, 191 5. In-i6, 69 p., avec 2 cartes. — o fr. 50.

Dans cette étude, qui fut parmi les premières à paraître sur le sujet, l'auteur réclame le désarmement et le démembrement des puissances ennemies, de dures mesures financières, des annexions étendues ; il demande l'extension du territoire français jusque sur la rive droite du Rhin.

Ce que sera la paix de demain, par un diplomate. Paris, Éditions pratiques et documentaires, 191 5. In-8, 64 p.

Et après la victoire ? Conditions de la paix ; au dehors et au dedans. Lyon, Emm. Vitte^ 1915- In-i6, 32 p. —

0 fr. 25.

La Paix que nous devons faire. Le remaniement de l'Europe. Paris, Boivin, 191 5. In-8, 72 p., avec cartes. —

1 fr.

Saint-Aymour.

Les Enigmes de la guerre. Réponse aux graves questions de Theure présente : Comment finira la guerre ? Quand finira la guerre ? Que sera la paix ? Que sera la nouvelle Europe ? Qu'adviendra-t-il de l'Empire turc ? Que durera la paix? etc., par Georges Pail. Paris, Éditions pratiques et documentaires, 191 5. In-8, 64 p. — i fr. 25.

— Pour les prophéties annonçant la fin de la guerre, voir p. ijx.

Le Traité de paix du... 1915, avec la carte de l'Europe modifiée. Fontenay-le-Comte, C. Péteîot, 1914. In-8, 18 p., carte.

Nous citons cette dernière publication à titre de curiosité.

— Parmi les articles de revues : Les Garanties nécessaires, par C. Schefer {Revue hebdomadaire du 17 juillet 191 S), dans la série Les Lendemains de la guerre (mentionnée au chap. III) ; Ce que nous donnera la victoire. La Paix française, par Louis Barthou, Lectures pour tous du I" février 1916. Voir encore dans la Nouvelle revue \e& articles de M. Jacques Daugny (15 janvier, i" avril 191 5), etc.

Certains ouvrages mentionnés dans notre première partie, tels que ceux de MM. Yves Guyot (p. 116), Ernest Denis (p. 154) font une place au a traité de paix ».

Nous devons mettre à part un ouvrage documentaire où il est fait preuve d'une certaine objectivité, et qui constitue « une véritable encyclopédie des questions posées par la guerre » :

Les Problèmes internationaux et la guerre. Tableau des conditions et solutions nouvelles de l'économie, du droit et de la politique ; par Paul Otlet. Paris, A. Rousseau, 1916. In-8, xii-504 p. — 8 fr.

L'auteur, bibliographe, de nationalité belge, est secrétaire de l'Union des associations internationales. La • Société des nations » semble être l'idée capitale de son livre complexe et touffu.

La paix des Alliés aura pour fondement le principe des nationalités : les problèiiies de la paix, au point de vue politique, se ramènent donc pour la plupart aux problèmes qu'entraîne l'application de ce principe. Ces derniers sont étudiés, de façon générale, en une brochure de propagande qui expose le point de vue des modérés :

Le Problème des nationalités, par Théodore Ruyssen, Paris f Ligue des droits de V homme et du citoyen, 191 6, In-i6. — o fr. 50.

— Nous avons mentionné p. 153 l'importante enquête de M. Eugène Baie sur Le Droit des nationalités .

En avril 1916 a été fondé un journal quotidien « politique et lit-

téraire » sous le titre : Le Droit lies peuples (Paris, i6, rue du Croissant) '.

Comparer :

La Conscience nationale, par W. Lutoslawski. Paris, Revue « Poîonia », 1916. In-ié, 32 p. — i fr.

(Extrait de la Revue Polonia, n°* 11, 12, 15 du 11-25 mars 1916.)

Le fond de cette étude est une comparaison très ingénieuse et

féconde entre « la conscience nationale» et « l'amour romantique 1.

Chacun des problèmes particuliers a sa littérature propre, plus ou moins abondante, que nous étudions séparément, dans l'un ou l'autre des paragraphes qui suivent.

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