‹ La littérature de guerre. Manuel méthodique et critique des publications de langue française. Préf. de Gustave LansonChapitre 47 sur 216 · CHAPITRE NEUVIEME L'ANGLETERRE ET LA GUERRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME L'ANGLETERRE ET LA GUERRE

Nous en avons terminé, dans le précédent chapitre, avec ce qui a directement trait aux « campagnes » du présent conflit. L'Angleterre, le Portugal, le Japon n'ont pas eu à subir les combats sur leur propre territoire ; on peut dire qu'il en est de même pour nos ennemis les Empires centraux, qui, de 1914 à 1910, n'ont pas été « envahis », si ce n'est sur une petite partie des régions frontières. C'est donc dans les chapitres qui précèdent qu'il faut chercher ce qui se rapporte aux événements militaires : désormais, les ouvrages par nous cités n'envisagent plus, en règle générale *, que l'histoire intérieure et la situation matérielle ou morale de la nation et de ses armées, en dehors de toute opération de guerre proprement dite.

Les imprimés français concernant 1' « Angleterre pendant la guerre » sont en nombre plus élevé qu'on ne pourrait s'y attendre. Cela tient en grande partie aux efl"orts des services anglais de propagande : ceux-ci non seulement éditent à leurs frais, en brochures abondamment répandues, des textes originaux français ou des tra-

I. Une petite exception doit être faite pour la campagne japonaise de Tsing-Tao, étudiée dans le supplément du présent chapitre.

J. Vie. jo

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ductions, mais encore ils encouragent et provoquent, en France et en Suisse, la publication et la rédaction d'opuscules concernant la participation anglaise à la guerre mondiale.

Ouvrages généraux.

Le plus important des rares ouvrages qui embrassent l'ensemble du sujet s'attache principalement aux causes profondes et aux origines éloignées de la participation anglaise : à ce titre, nous l'avons déjà mentionné brièvement dans notre première partie :

L'Angleterre et la guerre, par Charles Cestre. Paris, H. Didier, 191$. In-i6, 352 p. — 3 fr. 50.

La 2* édition, revue, compte 372 pages.

L'auteur, dit la Préface, « cherche à montrer par quel enchaînement de causes historiques, psychologiques et morales la Grande- Bretagne a été conduite à prendre parti, en I9i4-i9i<;, pour le droit, pour la liberté et pour l'humanité. Ces causes... sont fondamentales et essentielles. » L'histoire entière de l'Angleterre la destinait à lutter pour l'humanité et la civilisation : cette puissance a été conduite à protéger constamment l'équilibre européen, et, depuis 181$, à favoriser le mouvement des nationalités. Devant le danger créé par la naissance de l'Empire allemand, elle renonce à la politique du splendide isolement; néanmoins pendant dix ans, jusqu'aux derniers jours de juillet 1914, elle fait les plus grands efforts pour maintenir la paix. — L'Angleterre est la mère de la liberté et de ia démocratie. Dans son impérialisme, elle s'inspire des principes de liberté et d'humanité. L'amour de la liberté et le respect de la personne humaine apparaissent dans les mœurs et la littérature anglaise comme qualités profondes et distinctives de l'.îme nationale.

Conforme au caractère et aux traditions de son peuple, cette guerre

est conduite par l'Angleterre avec un effort de plus en plus efficace ; le dernier et le plus long chapitre, qui sert de conclusion, étudie ce qu'ont fait et ce que font les Anglais aux points de vue militaire, financier, politique et industriel.

L'ouvrage de M. Cestre a été couronné par l'Académie des sciences morales et politiques.

Deux autres ouvrages envisagent plus directement le présent, et limitent leur objet à de simples constatations :

L'Effort britannique. Contribution de T Angleterre à la guerre européenne, août 19U-février 1916, par Jules Destrée. Préface de Georges Clemenceau. Paris, G. Vau Oest, 1916. In-ié, xii-277 p. — 3 ^^- 50-

Ce livre a primitivement été rédigé en langue italienne, sous le titre Cid cbe hanno fatto gli higlesi, pour présenter à n©s amis Italiens le prodigieux effort de l'Angleterre, insuffisamment connu chez eux. L'auteur en donne une version française, parce que « en I-rance non plus la contribution anglaise n'est pas toujours suflisamment appréciée ». On voit que le livre est conçu comme un plaidoyer en faveur de la Grande-Bretagne : et en effet, M. Destrée consacre toute son éloquence — qui est grande, on le sait — à justifier l'Angleterre contre les accusations allemandes, à célébrer son effort naval, militaire, industriel, financier, son action diplomatique, son unanimité nationale, son attachement profond k la cause commune. L'ouvrage est suivi d'une bibliographie : car l'autenr se fonde sur SCS lectures, non sur une enquête personnelle en Angleterre. La liste comprend surtout, en dehors de quelques ouvrages français, des brochures de propagande rédigées eu anglais.

« Rule Britannia ». Les Anglais et la guerre, par Eg.

d'ARCis. Neuchâteî, Delachaux et Niestlé, 19 16. In-8, 113 p. — I fr. 75.

Ce second livre, où le souci d'apologie est moins marqué, est l'œuvre d'un Suisse romand ; il effleure en de courts chapitres toutes les parties du sujet : l'Angleterre de l'arrière et ses différentes régions, les mesures de défense, les armées, les services auxiliaires, la marine, les munitions, etc.. Il repose, au moins en partie, sur des observations personnelles : l'auteur raconte et décrit, il se plaît aux observations psychologiques concernant le caractère anglais.

L'État d'esprit en Grande-Bretagne pendant la guerre. L'effort anglais.

La tendance qui se fait remarquer déjà dans le livre de

M. d'Arcis — tendance à regarder les Anglais avec des yeux d'étranger, comme une race différente, à la mentalité particulière — devient le principe directeur de l'ouvrage qui suit :

L'Angleterre et la guerre (août 1914-janvier 19 16), par André Chevrillon. Paris, Hachette, 1916. In-ié, 316 p. — 3 fr. 50.

Sommaire. — L'Opinion. L'illusion de sécurité. L'appel à la conscience. Les hommes. L'adaptation. Aujourd'hui et demain.

C'est l'originalité très appréciée de ce livre que d'étudier objectivement la mentalité anglaise, comme il a été fait tant de fois — et comme l'auteur a fait lui-même — pour la mentalité allemande. Par le caractère spécial du peuple anglais et ses habitudes d'esprit séculaires, l'auteur explique la nature et l'évolution, au cours de cette guerre, de l'opinion anglaise, si différente de l'état d'âme français. Les sentiments individualistes, les préjugés nationaux, favorisés par les conditions géographiques, créent les illusions du début et les lenteurs de l'adaptation aux nécessités de la guerre. Les scrupules moraux et religieux, la ténacité froide, dont l'énergie est augmentée par la résistance ennemie, provoquent le ferme et constant effort, silencieux mais quotidiennement accru, pour une guerre victorieuse K

A l'opinion anglaise sont consacrés d'assez nombreux articles dont certains reposent sur des observations personnelles :

L'Esprit public et la situation en Angleterre. Corresbondafit du 25 août 19 14.

L'Unanimité du sentiment britannique, par E. Lémo- NON. Grande revue de mars 191 5.

— Du même auteur, dans la R(vue bleue : Les Causes de Vagitation en Angleterre (8-15 mai 191 S); Le Rôle du nouveau ministère anglais

r. A cet ouvrage capital, on peut ajouter une partie du livre de M. Wagnière, Près de la guerre, analysé au chapitre France, p. 275. En octobre 1914, l'auteur était à Londres, et s'étonnait de voir la grande ville conserver l'animation joyeuse des jours de paix.

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