‹ La littérature de tout à l'heureChapitre 18 sur 56 · Le même · texte numérisé non relu

Le même

de la dernière école. C'est encore M. de Goncourt, de tous pourtant le plus fin, le plus pénétrant et aussi le mieux informé sur, précisément, ce mystère féminin, qui nous fait l'aveu de son impuissance : « La femme ne se lit pas comme l'homme, elle est enveloppée, fermée, cachée souvent à ellemême. » Mais la plupart ont une certitude qui inquiète. Il y a du comique. La Science a-t-elle donc si formellement et si définitivement pris ses suprêmes conclusions qu'on puisse avec tant d'intolérance à tout « pourquoi » répondre : Voici là « parce que »?...•-.

Madame Bovary et Germinie Lacerteux eussent suffi à la démonstration de la formule naturaliste si elle n'avait eu, après les sensations individuelles, à rendre les sensations sociales.

C'était la plus importante part de l'œuvre des Na^ turalistes, c'est celle qu'ils ont le plus mal réussie. Ils semblent pourtant avoir nettement eu conscience de l'objet à atteindre. M. Zola, par exemple, a souvent le projet précis de peindre des masses* la foule de la rue, un atelier, un grand magasin, le peuple des mines. Son tempérament même l'y invile, risquant moins de rencontrer là quelqu'un de ces problèmes individuels, — mystérieux et profonds, qu'il se hâte de supposer résolus, ayant pour la psychologie un dédain dont il n'y a qu'à sourire. Ses tentatives en cette voie sont ordinairement heureuses: il sait faire se mouvoir les

foules, il le sait mieux que personne jamais. C'est là qu'il a parfois trouvé la grandeur. Et cela n'est pas étonnant: les foules sont toutes physiques, dans leur action d'ensemble ; les pensées, en ce moment de l'action, ne leur arrivent qu'à l'état de sensations et d'images, elles subissent les impressions physiques de la chaleur que leur agglomération même accroît, elles anéantissent l'individu pour n'en plus faire qu'une de leur cent mille voix, — elles sont des synthèses de mouvantes impressions. L'aptitude naturelle de la formule naturaliste à rendre le physique, et ce qu'a gardé M. Zola de son éducation romantique le préparaient donc tout spécialement à être le plus merveilleux peintre des foules. — Mais il y a autre chose, sous la sensation sociale, que le grand cri et le grand geste momentanés de la multitude; ce moment n'est que le dernier période et l'éclat d'une crise. Il y a quelque chose de plus important que la crise : il y a ce qui la précède et la prépare, il y a la formation latente et lente de la pensée commune, il y a la vie occulte et très forte de lame populaire. Cette vie, M. Zola ne l'a pas rendue, et nul écrivain naturaliste ne peut la rendre parcequ'il y faudrait l'effort synthétique des trois formules littéraires que nous avons successivement étudiées, — la passion classique, le sentiment romantique et la sensation naturaliste '.

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