‹ La littérature de tout à l'heureChapitre 35 sur 56 · Emile Ilennequin · texte numérisé non relu

Emile Ilennequin

une imagination plus joyeuse, une sensibilité moins empêchée de piqûres d'épingle. Mais ce qu'il pouvait et, donc, devait faire, M. Bourget le fit. Il relut Balzac et surtout Stendhal, M. Feuillet aussi, et aux romanciers qui ne connaissaient que des créatures toutes de sensations, opposa des créatures dont les mobiles d'actions sont des sentiments. — En ce genre, Deuxième Amour est un chef-d'œuvre. Mais le grand tort de M. Bourget, où l'induisit, je suppose, sa nature délicatement sensuelle, trop dolente et, dirais-je, douillette, fut de laisser dans ses romans d'âme s'insinuer la tristesse animale des romans de chair. Il a contribué comme un autre et pour sa cote-part à la « grande enquête »; comme un autre il écrit l'histoire des mœurs contemporaines et chez lui, comme chez tous, « l'auguste mensonge » de la fiction du récit n'est qu'un prétexte aux « vérités des détails », un fait-divers qu'il préfère élégant alors que d'autres le préfèrent vulgaire, et la différence n'est pas sensible. — Poëte et romancier exquis, M. Bourget est encore un très important critique, bien inspiré, de Sainte-Beuve et de M. Taine, et fondé en œuvres.

Un autre critique a écrit aussi des vers. J'ai dit ce que valent les vers de M. Lemaître: j'ajoute qu'ils valent un peu plus que le Sully-Prudhomme tendre qu'il imite, par ce qu'il imite aussi Théophile Gautier. Quant à sa critique, elle est très

déliée, très intelligente, très normalienne et très incompétente. — N'est-ce pas lui qui chicanait M. Paul Verlaine à propos de grammaire? Je consens" hélas ! que M. Lemaître écrit correctement, qu'il est pourvu d'une bonne intelligence générale et qu'il a tout ce qui s'apprend. Mais je cherche le principe de sa critique et je ne le trouve, ni dans les chefs-d'œuvre qu'il n'a pas écrits, ni dans la doctrine qu'il ne croit pas, j'espère, avoir formulée. Je ne puis saluer en lui que l'élève, ou l'émule, ou le successeur de M. Sarcey, et, pour sévèrement dire, le Critique-Dilettante.

Un troisième critique m'intéresse davantage : M. Gabriel Sarrazin. Sûrement devrais-je le compter parmi la génération nouvelle, s'il n'appartenait, lui aussi par ses relations du début, à celle qui la précède. Sans prétentions universitaires ni autres, M. Sarrazin a la force parcequ'il a la foi. Dans ses études sur Les Poètes modernes de V Angleterre, dans son nouveau volume {La Renaissance de la Poésie anglaise) on sent, à chaque page, un homme qui a le culte et le sens de la Beauté. Il a rendu à la Littérature de très grands services par ces livres d'érudition, de goût et de sincérité.

Autour de M. Bourget — sans qu'il soit en rien leur chef — plutôt réunis par des directions communes — groupons des romanciers idéalistes et naturalistes à demi, comme lui. M. Mirbeau, qui a des qualités de passion et le sincère et noble

amour des Lettres, .MM. de Bonnières, Pouvillon, Dodillon, Hervieux, Lavedan, Caze, foat des livres sincères, très étudiés, auxquels on ne reproche guère que de s'attarder dans un idéal de transition. — De M. Harry Alis, dans un naturalisme relevé d'ironie, Petite Ville est un roman irréprochable. — A part de tous, mettrai-je M. Elémir Bourges [Le Crépuscule des Dieux est un beau livre de Poëte), M. Pinard, de qui Madame X révèle un esprit de psychologue très singulier, M. Blondel, dont j'aime Le Bonheur d aimer et cette tristesse douce, sentimentale bien, et M. Léon Bloy, pamphlétaire * et romancier qui met le roman en pamphlet et le pamphlet en roman. C'est encore de ces écrivains dévoués à l'Église et dont l'Église a horreur. Ils troublent son agonie qui voudrait s'endormir dans un chuchotement de vieilles femmes... Je considère avec étonnement la fécondité d'invectives de M. Bloy. C'est le Maître des Injures. Il a surtout l'adverbe prodigieux. Mais j'admire sans restriction de très uniques pages sur le Symbolisme en histoire, clans le Désespéré.

1. Le pamphlet était hier un genre démodé ; la chronique l'avait submergé : les petites brochures de la Restauration cédaient à l'énorme flot actuel du journalisme quotidien. Les Lanternes de M. de Rochefort avaient des allures anachroniques. Aujourd'hui, le pamphlet reparaît sous la forme de la brochure et du livre, se glisse dans le roman, envahit l'étude philosophique et sociale ; nos pamphlétaires sont MM. Bloy, Mirbeau, surtout M. Drumont, un philosophe de la plus haute lignée catholique, d'autres encore.

La contrée où j'aborde est la plus étrange du monde. Elle apparaît, de loin, dans ses brumes, tiède et pâle ; mais il ne faut pas s'en approcher beaucoup pour savoir qu'elle est située sous la plus ardente latitude: seulement, son soleil n'éclaire pas. De loin toujours, on croirait que c'est l'empire du repos et de l'indifférence ; et sitôt qu'on y regarde on voit bien que c'est un centre de terrible activité : seulement, de cette activité on ne saurait saisir le but. Des gens qui vont, viennent, pressés, empressés, avec un sourire qu'ils portent comme un masque. Ils vont dans les champs et n'en rapportent ni fruits ni fleurs. Ils effleurent tout et ne touchent rien. Ils font leurs dévotions tour à tour au temple de Jupiter-Ammon et à l'Église de Jésus-Ghrist. Sans foi, ils se plongent dans des études que la Foi seule autorise et féconde: aussi, dans l'instant, les prendriez-vouspour des ascètes et des Pères de l'Église et ils savent de Théologie autant qu'Origène ou St-Thomas : mais écoutez-les, l'instant d'après, « expliquer » l'extase par l'hypnotisme et le miracle par l'hallucination ! Ils sont gens qu'on aime, et des pays les plus lointains du leur — de la Pensée pure, de la Science, de la Poésie, de l'Action, — les rois et les capitaines viennent pour le plaisir de voir et d'entendre

ces inconnus qui n'ont titres ni œuvres et qui ne sont rien, mais qui savent mieux que personne faire jaillir de chacun ce qu'il a de meilleur. Et pourtant, malgré l'éternelle placidité souriante de leurs visages, ils ne sont pas heureux. Peut-être ont-ils le secret désir de produire, eux aussi : mais dans leur cœur se sont rencontrées et se maintiennent immobiles tant d'affirmations et de négations hétéroclites, qu'ils demeurent à jamais dans la situation que symbolise l'âne de Buridan ! Peutêtre ont-ils le secret désir d'entrer dans la vie et d'être des hommes : mais ils sont retenus dans le Dilettantisme. Ils sont les Dilettanti.

J'exagérais: ils produisent. Mais ils produisent contradictoire. Ils ne pourraient parler deux fois de la même chose sans dire, la seconde fois, non, s'ils ont dit oui, la première fois. Et s'ils écrivent un long livre, c'est une si incohérente suite de contradictions flagrantes que le lecteur hésite : mystification ou folie? Cependant la bonne foi du dilettante a toutes les meilleures apparences et, pour la solidité du jugement, chaque détail pris en soi en témoigne avec certitude. Non, le Dilettante est très sincère et très sage, il a précisément trop de sagesse pour ne pas voir du même regard le pour et le contre de chaque question et précisément trop de sincérité pour ne pas dire tout ce qu'il voit : s'il revient à l'affirmation après avoir nié, c'est qu'il aura, chemin faisant, trouvé quel-

que nouvel argument en faveur de l'affirmation : mais, la négation, il se gardera bien de l'effacer car il soupçonne, à pari lui, qu'il va rencontrer, à l'improvisle, n'importe où, une preuve irréfragable que le plus sage parti est de nier.

Le Dilettantisme est l'anesthésie — pour parler ce langage! — des facultés créatrices par l'hypertrophie des facultés compréhensives. En religion, en philosophie, c'est la mort et le néant; en art c'est tout ensemble un grand danger et une grande sauvegarde. N'ayant point de foi, le dilettante est infécond et le sourire supérieur de cet homme dont le regard, le geste, la parole révèlent l'intelligence extraordinaire, intimide chez les autres la création. Mais n'ayant point de parti pris, il est juste. Où l'homme d'action esthétique, emporté par sa passion, par les préférences naturelles de son génie, condamne ou loue trop vite, le dilettante fait les parts delà volonté et du hasard, les réserves du goût, et s'abstient de conclure. — Le dilettantisme est pourle génie une sorte de mort attrayante. C'est l'abîme ou risquent de sombrer, volontairement à demi, ceux qui sentent leur vision par trop inégale a leurs moyens de réalisation. Quoique'le dilettante semble goûter de tous les plaisirs également, il souffre plus qu'un autre, ne pouvant choisir. Son mal est. par excellence, la forme élégante de l'Ennui.

Le Dilettantisme est un des principaux dissolt

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vants des sociétés trop mûres, bien plus actif que l'esprit critique avec lequel il arrive qu'on le confonde, sans doute parcequ'ils n'ont rien de commun, et aussi parcequ'en effet nous avons aujourd hui cette variété admirable et qui n'a pus dé sens : le Critique Dilettante, — c'est à dire le Critique appréciant les oeuvres aux lueurs changeantes' d'instables préférences. — Quant à la Critique vraie, qui suppose un esprit debout sur des prin-" cipes immuables1, on entend assez qu'elle est justement le contraire du Dilettantisme.

C'est, dis-je, lé mal des fins de société, et je ne sache presque personne, aujourd'hui, qui n'en soit atteint. En quelques-uns il s'affirme davantage/ il éclate. Presque toute cette génération à qui je reprochais de n'avoir pas travaillé pourrait me répondre en me montrant sa tracé dans l'étrange' et triste contrée. Un peu plus haut, M. Memlès l'a certainement traversée. Mais elle a un souverain. •■ C'est M. Ernest Renan.

Je n'ai point à juger l'œuvre philosophique et' religieuse de M. Renan. Toutefois, comme il m'est impossible de séparer le fond de la forme, je ne pais assez admirer que cette langue l'aile on ne sait de quoi, claire et légère, la plus franche qui

i. On semble, ici, prendre l'Esprit critique pour la Critique. Mais il est bien évident que celle-ci n'est qu'un produit de ce- 3>ui-là. Comme elle en garde les caractères réduits, on a pu !e personnifier eh elle.

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soit, revête ces pensées troubles et doubles, lourdes et louches, cette conviction qui se dérobe, cette foi dans le doute, ce doute en pleine foi, plutôt cette foi doutante et ce doute croyant. Entre le fond et la forme je sens un écart anormal, inquiétant qui permet à la pensée des retours si imprévus, ce jeu si large. Chez M. Renan^le style, riche sans fasle, flotte autour de la pensée, nette ensemble et relorle. 11 a de l'aisance grasse d'un prélat qui porte sans excès de gravité son costume austère et, d'esprit fin, ô diaboliquement fin ! jette avec élégance, comme de la poudre aux yeux, les grâces de son style dans l'esprit tiu lecteur pour y introduire du même coup des" choses qu'on ne voit pas d'abord dans le prestige du sortilège; — ou bien, profite d'avoir avancé; dans une affirmation simple, une vérité incontestable et qui s'embellit de nous montrer un nouvel aspect, pour s'enfuir, par la tangente d'urîè incidente, et nous entraîner bien loin dans des voies moins sûres où nous ne l'aurions pas Suivi sans la confiance qu'il a su nous imposer. Mais au bout du chemin, au bord du fossé où la* logique et notre impatience a'iaient le pousser, il se retourne paisiblement, avec un sourire tout phosphorescent d'ironie, et revient sur ses pas, nous ramenant au' point de départ où se croisaient deux routes, — là nous laisse respirer, puis capte à nouveau, en l'émerveillant encore, notre confiance qui se lassait^

la rassure en même temps, s'insinue plus avant en elle, en déployant sa science inépuisable et sa non moins inépuisable sincérité, et brusquement, par un tour, si j'ose dire, de gobelet et de génie, nous r'entraîue à sa suite, dans la seconde voie plus obscure, plus difficile que l'autre, mais qu'il aplanit, mais qu'il illumine et nous fuit aimer, — pour nous y arrêter, cpmme naguère, «Ions un doule suprême où il semble triompher. Pourtant il se dit et nous voulons bien l'estimer un croyant. Un croyant aussi, M. Anatole France, au dire de ses vers; mais sa prose est sceptique. Voil i les contradictions du Dilettantisme Et le cas ici est des plus curieux. Les sujets qui tentent M. France poète, — Les, Noces Çor'uiiliunnes, par exemple, et crtte Leuco?ioë, si belie, par endroits, qu'on ne peut la comparer qu'à elle-même, — sont mystiques et il les traite avec une mysticité merveilleusement sincère, — croiriez-vous. Mais qu'il vienne à parler en prose de Saint-Antoine, p^ exemple, il ne nous laissera voir, en ce presque divin rêveur, en ce génie du Christianisme naissant et qui fonda tant d'qrdres monastiques et les dota d'une Règle dont nous admirons encore la sagesse et la vigilance, — qu'un cas pathologique, et pour lui le Mysticisme n'est plus qu'une maladie nerveuse. — Alors quoi? Celait donc un jeu d'enfant, le beau poëme? Évidemment M. France $e se donne pas à son œuvre et l'Art n'est guère

pour lui qu'une distraction magnifique. En d'autres termes, c'est un dilettante.

Le Dilettantisme a, de certaines vertus, comme un retîet diminué: il n'a pas d'orgueil. Il aime le passé/ ne gêne pas le présent, n'opprime pas l'avenir. On sent quelquefois le besoin de recourir à lui pour être pleinement juste, pour goûter égaler ment des esprits opposés entre eux ou simplement rofractaire aux convictions qu'on a, — par exemple pour estimer comme il faut M. Vacquerie, de qui jp citais la Formosa parmi les œuvres dramatiquesqui font d'heureuses taches de clartédans la grande nuit du Théâtre contemporain, — Madame Ackermann, athée qui, sans talent, a eu son instant de génie, — et en même temps qu'elle M. Hello, philosophe chrétien qu'on admire souvent et qui parfois irrite par des « excès de sincérité » qui troublent la clairvoyance de l'auteur; fatiguent la patience du lecteur et conseillent de fermer le livre. — C'est eneoreaveé un dilettantisme emprunté qu'il faut apprécier M. Octave Feuillet à cause d'un beau livre (M. de Camors), M. Dro2 pour un pareil motif (Baùolain), M. Hector Malot pour ses premiers romans, M. Fabre pour de curieuses études du monde ecclésiastique et M. Theuriet pour de jolis sentiments de nature, — aussi peut-être pour la calmante conception générale de ses œuvres qui sont les dialogues épiques delà Villeet des Champs : l'amoureux est rustique,

l'amoureuse, citadine: de là les poignants drames d'amours empêchées ou troublées par le confliï des préférences.

îlï

La pensée de M. Taine m'a souvent accompagné jusqu'ici. C'est qu'en effet cet esprit admirable, si peu directement qu'il soit mêlé à révolution artistique toute moderne, — absorbé qu'il est aujourd'hui, à notre grand regret, par les études historiques — a, de tous les témoins, suivi du regard le plus lucide les mouvements antérieurs qui, logiquement, devaient conduire l'Art à ces conclusions suprêmes que nous pressentons. 11 a vu l'esprit humain s'engager dans les voies d'un mysticisme métaphysique, « dans l'abstraction, le rêve et le symbole, » devenir surtout « plus capable de s'abstraire » et digne en même temps d'un plus fluide idéal de Beauté, à la fois grandir dans sa conception et dans son expression.

« Est-ce qu'il n'y a pas une communauté de nature entre tous les vivants de ce monde ? Certes, il y a une âme dans chaque chose; il y en a une dans l'univers; quel que soit l'être, brute ou pensant, défini ou vague, toujours par delà sa forme sensible luit une essence secrète et je ne sais quoii de divin que nous entrevoyons par des éclairs sublimes sans jamais y atteindre et le pénétrer. Voilà

le pressentiment.et l'aspiration qui soulèvent toute la poésie moderne, tantôt en méditations chrétiennes-, comme chez Campbell et AVordsworlh, tantôt en visions païennes, comme chez Keats et Shelley. Ils entendent palpiter le grand cœur de la nature, ils veulent arriver jusqu'à lui, ils tentent toutes les voies spirituelles ou sensibles, celle de la Judée et celle de la Grèce, celle des dogmes consacrés et celles des doctrines proscrites. Dans cet effort magnifique et insensé les plus grands s'épuisent et meurent. Leur poésie, qu'ils traînent avec eux sur ces routes sublimes, s'y déchire. »

Ainsi parle M. Taine et, malgré la menace des dernières lignes ci-dessus citées, son admiration et sa préférence ne sont pas douteuses. Pendant ce temps, un critique très sage, quoique, sans doute, un peu réduit par l'exclusif de son point de vue, du haut de renseignement et de la tradition d'un siècle dont la grandeur le désenchante de tout avenir, juge avec sévérité les tentatives nouvelles et se roidit contre le courant heureux et fatal qui emporte notre âge à l'apothéose suprême de l'Art Intégral. Je respecte l'indubitable sincérité de M. Brunetière, j'aime autant, je crois, qu'il peut les aimer, les maîtres inimitables du XVIIa siècle, mais je crois qu'eux-mêmes, en ce temps, eussent été des novateurs : ne l'ont-ils pas été, à leur date ? — D'ailleurs, je pense que l'effort de M. Brunetière n'est pas perdu ; qu'il est providentiel qu'une voix

comme la sienne, autorisée, rappelle souvent, fûtce si rudement, les jeunes espérances au respect des croyances anciennes, au culte de ce qu'elles gardent encore de vital et de fécond.

En un troisième critique, le comte Melchior de Vogué, écrivain de race, traditionnel de principes et moderne de goûts, se rencontrent et s'accordent le respect du passé et l'impatience de l'avenir. M. de Vogué, que les hasards de la vie ont de bonne heure initié à la langue, au génie et à la littérature d'un peuple jeune et plus voisin que nous de l'Orient, mais qui avait, dès le milieu du siècle dernier, accueilli l'influence du vieil occident, nous a rapporté de Russie l'effet combiné de cette influence ajoutée et de cette jeunesse native, — une littérature magnifique, — 'âpre, acre et tendre, naïve et compliquée, spirituelle, sentimentale et sensuelle, tout ardente d'un amour extasié jusqu'à la charité, mais violente avec tant de douceur! types nets dont tout autour les reflets vont s'atténuant à la fois et se spécialisant, — Dostoïevsky, Tolstoï, — la Littérature Russe! La jeune Littérature Française la salua comme une alliée naturelle, reconnaissant en elle quelques-uns de ses plus lointains désirs réalisés, et d'elle, en même temps, reçut une leçon bienfaisante de simplicité et d'intensité.

Enfin, un esprit très curieux, très à part, d'une finesse délicieuse et d'une très aiguë clairvoyance^

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an artiste épris de la vie avant tout, mais à qui l'Art — l'Art Plastique — se révèle comme la plus puissante expression de vie qui soit, nous apporte au nom de cet Art un précieux témoignage. Si M. Jean Dolent n'est pas peintre lui-même, avec les dons qu'il a, tout spécialement appropriés à l'intelligence de la Beauté picturale, c'est parce que « le peintre ne voit qu'en soi » et qu'il convient « que, parmi ceux qui regardent, plusieurs regardent et voient. » Mais cet Amoureux d'art, qui contemple la vie au miroir idéalisant des belles peintures, a déduit de cette étude perpétuelle des certitudes. Il en a changé bien souvent, nous dit-il1. Tant mieux : ces variations prouvent la bonne foi. Or, ses conclusions sont singulièrement d'accord avec les nôtres : « Ce qui me prend le plus fortement, c'est l'œuvre où l'artiste me mène plus loin que là où il s'arrête — où il paraît s'arrêter... Mon idéal: Vérités ayant la magie du Rêve 2. »

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