‹ La littérature de tout à l'heureChapitre 39 sur 56 · LES POETES · texte numérisé non relu

LES POETES

Gomme dit M. Mallarmé, les livres de vers, c'est toujours très bien: et comment serait-ce mal? Le charme du nombre ordonné et de la Rime qui va s'enrichissant sauve tout. Mais, sans doute, ne fautil jamais faire de « livres de vers » . Dans un salon, une harpe, si vous n'êtes un musicien, y toucherez-vous ? Vous le savez pourtant,, que sous vos doigts, quoique malhabiles, jailliraient des sons qui, pris en soi, seraient tous harmonieux. Mais non : si vous ne savez «jouer wi air », ne louchez pas à la harpe. Et pourtant, c'est toujours très bien, les livres devers : a moins que ce soit autri chose...

30 i LÀ LITTÉRATURE DE TOUT A L'HEURE

L turent Tiilhade est un païen mystique, un sensuel spiritualisant. Il vient de M. de Banville, de M. Armand Silvestre, du soleil et des hymnes religieuses Moins appartiendrait-il à la génération nouvelle qu'à celle des Parnassiens, croiraiton d'abord a le lire. Mais, chez lui, les joailleries du Parnasse prennent un autre accent, éblouissant, puis qui inquiète. Des mysticités douteuses el tro» parées, une madone telle que l'eût priée Baudelaire, mais c >mbien plus simbre d'avoir oublié de l'être, combien plus triste de souriru ainsi ! Une sorte de piété sacrilège. Le rêve du poêle ne sait guère que se jouer avec des instruments sacrés, s'acCOudèr a des'missels, vêtir des chapes sur des surplis. Et dans ce mysticisme la sensualité raffine. Ce décor splendide emprunte à l'Evangile seulement son prétexte, le charme non pas d'une contrainte mais d'un accompagnement somptueux à toutes les jouissances. Le soleil qui se reflète en tous ces ors prodigués a décomposé les croyances, les a rendues à leurs éléments prem iers, à l'amour, à la vie, à la nature, — C'est le b el être qui va mourir qu'on adore dans le ni mbe céleste où l'amour voudrait monter, voudrait

Usurper en riant les hommages divins1

pour les lui dédier. N'est-ce pas cela? Lisez :

Dans le nimbe ajouré des vierges byzantines, Sous l'auréole et la chasuble de drap d'or 1. Charles Baudelaire: Bénédiction.

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Où s'irisenl. les clairs saphirs du Labrador, Je veux emprisonner vos grâces enfantines.

Vases myrrhins! trépieds de Cumes ou d'Endor! Maître-autel qu'ont fleuri les roses de matines! Coupe lustrale des ivresses libertines!

Vos yeux sont un ciel calme où le désir s'endort.

Des lis! Des lis! Des lis! 0 pâleurs inhumaines!

Lin des étoles ! cbup des froids catéchumènes! |

Inviolable hostie offerte à nos espoirs !

Mon amour devant toi se prosterne et t'admire,

Et s'exhale avec la vapeur des encensoirs,

Dans un parfum de nard, decinname et de myrrhe!4

Qui s'étonnera que ne soit le prêtre de ce maîtreautel-là qui célèbre, fraternels, les éphèbes antique* Et Narcisse au grand cœur qui mourut de s'aimer?

C'est surtout par les couleurs de son inspiration, par ce lyrisme mystique et sensuei qui, à ce degré, n'est que de ce siècle, que Lauivnt Tailhade nous appartient. Sa forme, lyrique essentiellement, je l'aime pour le respect gardé du Vers vivant dans son rhythme authentique, instant d'exal • tation, flèche d'or, comme disait Glatigny. Pourtant, jamais interrompu, cet éternel vers lyrique fait un livre entier d'une lecture longue et qui fatalement sera morcelée autrement que n'ordonnerait l'unité de l'œuvre, parcequ'il y supprime, mille états, de repos ou d'attente, de transition, par quoi, s'ils étaient dits, l'exaltation s'imposerait sans cette fatigue, et la flèche dor atteindrait

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