‹ La littérature de tout à l'heureChapitre 51 sur 56 · Déjà indiqués. parmi les bons poètes · texte numérisé non relu

Déjà indiqués. parmi les bons poètes

3. George Doncieux est peut-être, des jeunes, .celui qui con-

Félix Fénéon, — un sens incontestable de l'Art vrai.

Mais, malgré que je ne manque pas d'accorder à ce genre d'écrire — la Critique — le respect décent, je ne pense pas devoir m'y arrêter davantage en un livre consacré à l'Art lui-même et aux Artistes, dont le Critique n'est qu'un témoin éclairé.

naît le mieux notre littérature du Moyen-Age. Il prépare des psychologies historiques [Amours choisies), très documentées et curieuses. Un livre de lui sur le XVIl» siècle, à propos de Boubours, a paru.

Dans l'abstraction, le rêve et le symbole. >i

M. Taink.

En attendant que la Science ait décidément conclu au Mysticisme, les intuitions du Rêve y devancent la Science, y célèbrent cette encore future et déjà définitive alliance du Sens Religieux et du Sens scientifique dans une fête esthétique où s'exalte le désir très humain d'une réunion de toutes les puissances humaines par un retour à l'originelle simplicité.

Ce retour à la simplicité, c'est tout l'Art. Le Génie consiste — comme l'Amour et comme la Mort — à dégager des accidents, des habitudes, des préjugés, des conventions et de toutes les contingences l'élément d'éternité et d'unité qui luit, au delà des apparences, au fond de toute essence humaine.

Lj, singulier, l'unité, c'est le nombre affirinatif et divin. Le pluriel décompose et nie. Les grandes époques artistiques disent : l'Art. Les époques médiocres disent : les arts. — Les grandes époques sont au commencement et à la fin des sociéié» : d'abord le Poëte embrasse le monde d'un seul regard et d'une seule pensée et, ce qu'il pense, l'exprime par un seul geste. Puis les détails le sollicitent, et de simultanée, l'expression se fait successive. Pour cette tâche d'analyse, le Poëte, naguère le conducteur d'hommes aussi, et le prêtre encore, divise sa propre personnalité, descend du trône, quitte l'autel : le Poëte devient l'artiste. Mais l'artiste lui-même se partage; peu à peu le symbole admirable de la Lyre se démode, garde un sens d'autrefois dans le chant silencieux des vers, enfin l'efface, et l'artiste devient l'artisan de la littérature, l'artisan de la musique, l'artisan de la peinture... C'est la période de division et de médiocrité. Mais peu à peu l'analyse, lassée d'elle-même, laisse l'artisan se ressouvenir de l'artiste, et l'artiste, dans un passé très antique, parvient à entrevoir la figure quasi-divine du Poëte. Alors va naître une grande époque nouvelle et dernière, et, comme l'analyse en avait détourné les arts, la synthèse va rendre l'Art à la primitive et centrale Unité. — Toujours faut-il compter, toutefois, avec les éléments d'éphémère qui constituent la vie, avec l'espace et

avec le temps. L'espace et le temps scindent fatalement l'Art en deux groupes: le groupe arithmétique de la Poésie et de la Musique, le groupe géométrique de la Peinture, de l'Architecture et de la Sculpture. — La fusion des deux groupes en l'unité parfaite, le son et la lumière retournant à l'unique et première vibration: conception surhumaine et, sauf en Dieu, impossible ! — Mais les deux groupes constituent deux effets de la même idéale clarté. Ils ont une double unité, de cause et d'effet, d'origine et de fin, — une double unité, pourrais-je dire, centrale et périphérique, — dans la pensée commune du Poêle et de ses témoins Car ces périodes de concentration artistique coïncidant, providentiellement, avec les décadences des évangiles, le Poète y reprend son rôle sacerdotal des premiers jours; ce que disent le Musicien et le Peintre, en ces heures de synthèse, c'est le fond des désirs et des croyances de toute l'humanité; c'est toute l'humanité ellemême dans la triple réalité de ses pensées, de ses sentiments et de ses sensations ; la parole du Musicien et la parole du Peintre proclament les mêmes affirmations, et, dans la belle image que le Poète impose aux esprits par les sens, les distinctions de l'expression artistique, immédiate, s'atténuent : le Vers évoque des visages et des paysages dans l'admiration qui écoute; la Couleur évoque des poèmes et des symphonies dans l'admiration

qui regarde. — Synthèse dans- la Pensée, dans l'Idée et dans l'Expression. Art métaphysique. Religion esthétique, — religion suprême.

Cependant chacun des Arts doit rester luimême, mirer par des moyens symboliques, en quelque sorte, les effets des autres arts. Ces moyens nous allons les étudier pour l'art littéraire ; pour les autres, il ne m'appartient pas d'en traiter.

Nous réduisant donc â notre objet strict, observons : que la grande Analyse des trois siècles derniers ' ordonne à cette heure-ci le devoir logique de la synthèse; qu'après avoir étudié l'homme successivement dans son âme, dans ses sentiments et dans ses sensations par une littérature de précision et qui n'empruntait guère ses moyens qu'à l'exemple des arts géométriques, qui sont immobiles, l'œuvre des poètes nouveaux est, essentiellement, de suggérer tout' l'homme par tout l'art, en retenant sans doute les bienfaits des arts géométriques, mais en leur ajoutant les moyens propres de la poésie et des autres arts arithmétiques, qui sont successifs, mobiles et ondoyants : la loi des Rhythmes après la loi des Proportions; que l'Analyse a dû, en effet, pour rendre son objet unique, l'immobiliser, le fixer, et ainsi Y exprimer, mais qu'au contraire la Synthèse, pour rendre, son triple objet, doit. le saisir

i. IL Formules accomplies. .

COMMENTAIRES DUX LIVRE FUTUR SoS'

dans sa vie, dans son unité composite, dans son mouvement, et ne peut donc que le suggérer par le moyen des nuances et des notations de la forme littéraire; que l'Analyse classique,, pour étudier en eux-mêmes les éléments de l'âme, l'Analyse romantique, pour étudier en eux-mêmes les éléments du sentiment, l'analyse naturaliste, pour étudier en eux-mêmes les éléments de la sensation> ont pu se contenter d'exprimer leur objet particulier tel qu'elles l'avaient dégagé de ses entours, mais que la Synthèse ne peut se localiser ni dans la pure psychologie passionnelle, ni dans la pure dramatisation sentimentale, ni dans la pure observation du monde tel que nous le voyons dans l'immédiat, puisqu'elle risquerait également dans les trois domaines de cesser d'être la Synthèse, de redevenir l'Analyse : d'où l'évidente nécessité de la Fiction symbolique, libén.e aussi bien de la géographie que de l'histoire.

L'Analyse a été triste, parce qu'elle est Texil de l'esprit, la division de l'héritage, parce qu'elle entraîne l'oubli de la Vérité éternelle et oblige l'Art à lui substituer les vérités de détail temporaire, enfin parce qu'elle est l'abdication des droits de l'Art sur la Beauté, dés devoirs de l'Art envers la Beauté. — La Synthèse rend à l'esprit sa patrie, réunit l'héritage, rappelle l'Art à la Vérité et aussi à la Beauté. La synthèse de l'Art, c'est : le rêve.

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