A. de Vigny
2. « Les vieilles morales étroites vont faire place à la large
et d'unir aux facultés spéculatives et intuitives de son hérédité asiatique les facultés scientifiques et déductives de son hérédité grecque. Le grand péril qu'il court, dans cette grandiose tentative d'unification des diverses parties qui constituent sa vie intellectuelle, est de perdre ou du moins d'altérer le caractère spiritualiste ou mystique qui jusqu'ici le domine, le distingue le plus nettement de l'homme des civilisations antiques et l'éciaire du plus précieux des rayons dont la lumière évangélique ait suscité le monde.
Mais avant d'en venir à ce grave et actuel moment de la Synthèse, il faut encore une fois prendre le conseil de l'Histoire — de l'Histoire, désormais, seulement de Y expression du Beau par l'Art Écrit — et montrer comment l'esprit moderne, dans cette tâche de réaliser sa conception esthétique de « l'Homme dans le Monde», a instinctivement et tout d'abord divisé par l'Analyse son sujet en ses termes principaux, constitutifs, et successivement étudié par l'Analyse encore chacun de ces termes.
Pour éviter de trop longs développements nous ne remonterons pas jusqu'où pourtant il serait logique de remonter, jusqu'à ce lointain lendemain de l'Ancien Monde, à la trouble aurore du Moyen Age, quand l'homme, encore tout imbu des sen-
sympathie de l'homme moderne qui aime le JJeau partout où le Beau se rencontre et qui, refusant de mutiler la nature humaine se trouve à la fois païen et chrétien. » M. Taine.
sualités païennes et souriantes, mais déjà converti à la Religion des Larmes, commençait de balbutier son ignorance et sa souffrance, de se confier aux mains des prêtres, et,- sans toujours refréner les naturelles expansions de sa naïveté, du moins épelait l'alphabet dur des Contritions et soulevait péniblement, de mains endolories, le voile profond des trop futures béatitudes. Gomment le Christ peu à peu chassa de l'imagination des générations neuves, qui conservaient dans leur vague pensée le Panthéon, tout autre Dieu que lui-même et leur imposa par ses Apôtres des Nations une écriture toute sacerdotale, où seulement des savants comme Rabelais mêlèrent le souvenir des anciennes vérités, — toutes choses qui seraient précieuses à dire mais nous entraîneraient si loin ! Réduit d'avance à la seule Littérature française, nous la prendrons à cette fin du XVIe siècle qui, comme pour nous offrir une sorte d'effectif symbole, ressuscita le paganisme, risqua d'étouffer la véritable inspiration moderne qui est chrétienne, et pourtant, vaincu par l'artificielle mais puissante influence du Christianisme à son tour ressuscité, soumit Homère et Virgile à Bossuet.