‹ La littérature française au 19e; tableau général (volume 2)Chapitre 19 sur 58 · BRIGARD · texte numérisé non relu

BRIGARD

Ma fille I

GILBERTE

Ne me plains pas... pauvre père !... A quoi devais-je m'attendre ? A mourir abandonnée, désespérée... Au lieu de cela, je meurs au milieu des miens, tranquille, heureuse, pardonnée...

SARTORYS

Ah I ce n'est pas à vous qu'il faut pardonner, c'est à moi... à moi qui n'ai pas su...

GILBERTE

Vous pardonner quoi ?... de m 'avoir trop aimée ? {Montrant Louise et Brigard.) Cela aura été mon malheur, à moi. Tout le monde m'aura trop aimée...

LOUISE

Gilberte I

GILBERTE

Et c'est à cause de cela que je meurs... Et c'est à cause de cela aussi que je meurs si doucement ! {Se laissant aller.) Ah 1

TOUS, la croyant morte.

Gilberte!

GILBERTE, relevant un peu la tête.

Est-ce cela qui est la mort, mon Dieu ? Comme cela me paraît peu de chose !... Louise... où es- tu, Louise ?... Viens que je te dise tout bas... Quand je serai morte, il faudra me faire belle comme je l'étais autrefois... {Montrant sa robe noire.) Cette robe noire... non... tu prendras parmi mes robes de bal... une robe blanche... la jupe est toute couverte de petites roses... c'est celle-là que je veux... et vous verrez comme je serai jolie et comme une fois encore vous retrouverez Frou-Frou I

SARTORYS

Ah!

GILBERTE

Vous voyez, toujours la même... Mon fils !... Vous me pardonnez, n'est-ce pas ?... Frou-Frou ! pauvre Frou-Frou I

{Elle meurt.) {Ffou-FfoUf éd. Calmann-Lévy.)

Edouard' Pa il leron 1834-1899

Page 1