LE PETIT ÉPICIER
C'ÉTAIT un tout petit épicier de Montrouge,
Et sa boutique sombre, aux volets peints en rouge.
Exhalait une odeur fade sur le trottoir.
On le voyait debout derrière son comptoir.
En tablier, cassant du sucre avec méthode.
Tous les huit jours, sa vie avait pour épisode
Le bruit d'un camion apportant des tonneaux
De harengs saurs ou bien des caisses de pruneaux;
Et, le reste du temps, c'étedt, dans sa boutique.
Un calme rarement troublé par la pratique.
Servante de rentier ou femme d'artisan.
Logeant dans ce faubourg à demi paysan.
Ce petit homme roux, aux pâleurs maladives,
Était triste, faisant des affaires chétives
Et, comme on dit, ayant grand 'peine à vivoter.
Son histoire pouvait vite se raconter.
Il était de Soissons, et son humble famille.
Le voyant, à quinze ans, faible comme une fiUe,
Voulut lui faire apprendre un commerce à Paris.
Un cousin, épicier lui-même, l'avait pris,
Lui donnant le logis avec la nourriture ;
Et, malgré la cousine, épouse avare et dure.
Aux mystères de l'art il put l'initier.
Il avait ce qu'il faut pour un bon épicier :
Il était ponctuel, sobre, chaste, économe.
Son patron l'estimait, et, quand ce fut un homme.
Voulant récompenser ses mérites profonds.
Il lui fit prendre femme et lui vendit son fonds.
(Les HumbUs, éd. Lemerre.)
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