‹ La littérature française au 19e; tableau général (volume 2)Chapitre 9 sur 58 · LE VASE BRISÉ · texte numérisé non relu

LE VASE BRISÉ

Le vase où meurt cette verveine D'un coup d'éventail fut fêlé; Le coup dut effleurer à peine :

Aucun bruit ne l'a révélé.

Mais la légère meurtrissure.

Mordant le cristal chaque jour.

D'une noiarche invisible et sûre En a fait lentement le tour.

Sou eau fraîche a fui goutte à goutte. Le suc des fleurs s'est épuisé; Personne encore ne s'en doute :

N'y touchez pas, il est brisé.

Souvent aussi la main qu'on aime.

Effleurant le cœur, le meurtrit ; Puis le cœur se fend de lui-même, La fleur de son amour périt;

Toujours intact aux yeux du monde.

Il sent croître et pleurer tout bas Sa blessure fine et profonde :

Il est brisé, n'y touchez pas.

{Stances et Poèmes^ éd. Lemerre.)

Jean Lahop I840-I909

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