‹ La littérature française au 19e; tableau généralChapitre 13 sur 90 · LA MORT DES TEMPLIERS · texte numérisé non relu

LA MORT DES TEMPLIERS

Un immense bûcher dresçé pour leur supplice

S'élève en échafaud, et chaque chevalier

Croit mériter l'honneur d'y monter le premier.

Mais le grand-maître arrive, il monte, il les devance;

Son front est rayonnant de gloire et d'espérance.

Il lève vers les cieux un regard assuré ;

Il prie, et l'on croit voir un mortel inspiré.

D'une voix formidable aussitôt il s'écrie :

« Nul de nous n'a trahi son Dieu, ni sa patrie.

« Français, souvenez-vous de nos derniers accents;

a Nous sommes innocents, nous mourons innocents ;

« L'arrêt qui nous condamne est un arrêt injuste;

« Mais il est dans le ciel un tribunal auguste

« Que le faible opprimé jamais n'implore en vain,

« Et j 'ose t'y citer, ô pontife romain !

« Encor quarante jours!... je t'y vois comparaître. »

Chacun en frémissant écoutait le grand-maître :

Mais quel étonnement 1 quel trouble ! quel effroi I

Quand il dit : « O Philippe ! ô mon maître ! ô mon roi !

« Je te pardonne en vain, ta vie est condamnée,

« Au tribunal de Dieu je t'attends dans l'année. »

Les nombreux spectateurs, émus et consternés,

Versent des pleurs sur vous, sur ces infortunés.

De tous côtés s'étend la terreur, le silence;

Il semble que du ciel descende la vengeance.

Les bourreaux interdits n'osent plus approcher.

Ils jettent en tremblant du feu sur le bûcher

Et détournent la tête... Une fumée épaisse

Entoure l'échafaud, roule et grossit sans cesse.

Tout à coup le feu brille... A l'aspect du trépas,

Ces braves chevaliers ne se démentent pas.

On ne les voyait plus; mais leurs voix héroïques

Chantaient de l'Éternel les sublimes cantiques.

Plus la flamme montait, plus ce concert pieux

S'élevait avec elle et montait vers les cieux.

Votre envoyé paraît, s'écrie... Un peuple immense,

Proclamant avec lui votre auguste clémence,

Aux pieds de l'échafaud soudain s'est élancé... Mais il n'était plus temps... Les chants avaient cessé.

Pierre-Antolna Lebrun 1785-1873

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