MONOLOGUE DE TIBÈRE
A LA CRAINTE, au remords, il faut me résigner...
Tout oser, mais tout craindre, est-ce donc là régner ?
Quel prestige soutient cet empire suprême.
Pesant pour les sujets, pour le tyran lui-même ?
Un seul, maître de tous, ordonnant de leur sort,
Et promettant la vie ou prescrivant la mort!
Un seul! Et les Romains tremblent devant u ^ homme!...
Les Romains ! Où sonuils ? Dans les tombeaux de Rome...
Les Romains! Deux encor sont dignes de ce nom :
Cette fière Agrippine et le fils de Pison.
Cnéius est vertueux; c'est un héros peut-être :
Au temps de ses pareils Cnéius aurait dû naître.
Mais que sont désormais les pères de l'État ?
Un fantôme avili qu'on appelle sénat.
O lâches descendants de Dèce et de Camille,
Enfants de Quintius, postérité d'Emile,
Esclaves accablés du nom de leurs aïeux !
Ils cherchent chaque jour leur avis dans mes yeux,
Réservent aux proscrits leur vénale insolence,
Flattent par leurs discours, flattent par leur silence.
Et, craignant de penser, de parler et d'agir,
Me font rougir pour eux, sans même oser rougir.
Raynouard I76I-I83Q