‹ La littérature française aux XIXe et XXe siècles: tableau général accompagné de pages typesChapitre 15 sur 58 · LA CHANSON DES ÉPÉES · texte numérisé non relu

LA CHANSON DES ÉPÉES

GÉRALD (au milieu du théâtre, il chante),

La France, dans ce siècle, eut deux grandes épées. Deux glaives, l'un royal et l'autre féodal.

Dont les lames d'un âot divin furent trempées : L'une a pour nom Joyeuse, et l'autre Durandal. Roland eut Durandal. Charlemagne a Joyeuse, Sœurs jumelles de gloire, héroïnes d'acier, En qui vivait du fer l'âme mystérieuse.

Que pour son œuvre Dieu voulut s'associer.

Toutes les deux dans les mêlées

Entraient, jetant leur rude éclair.

Et les bannières étoilées

Les suivaient en flottant dans l'air I

Quand elles faisaient leur ouvrage.

L'étranger frémissait de rage,

Sarrazins, Saxons ou Danois,

Tourbe hurlante et carnassière,

Tombait dans la rouge poussière

De ces formidables tournois !

Durandal a conquis l'Espagne;

Joyeuse a dompté le Lombard :

Chacune à sa noble compagne

Pouvait dire : Voici ma part !

Toutes les deux ont par le monde

Suivi, chassé le crime immonde,

Vaincu les païens en tout lieu;

Après mille et mille batailles.

Aucune d'elles n'a d'entailles.

Pas plus que le glaive de Dieu !

Hélas! La même fin ne leur est pas donnée.

Joyeuse est fière et libre après tant de combats. Et, quand Roland périt dans la sombre journée, Durandal des païens fut captive là-bas l Elle est captive encore, et la France la pleure. Mais le sort diflEérent laisse l'honneur égal. Et la France, attendant quelque chance meilleure. Aime du même amour Joyeuse et Durandal I

(La FUU de Roland, éd. Fayard et C^.)

Emile Augiep I820-I889

Page 1