‹ La littérature française aux XIXe et XXe siècles: tableau général accompagné de pages typesChapitre 25 sur 58 · COMMENT NAISSENT LES INSTITUTIONS · texte numérisé non relu

COMMENT NAISSENT LES INSTITUTIONS

AU PREMIER REGARD qu'on jette SUT les anciennes institutions, ellespaxaissentsingulières, anormales, violentes partout et tyranniques. Parce qu'elles sont en dehors de nos mœurs et de nos habitudes d'esprit, on est d'abord porté à croire qu'elles étaient en dehors de tout droit et de toute raison, en dehors de la ligne régulière qu'il semble que ks peuples devraient suivre, en dehors, pour ainsi dire, des lois ordinaires de l'humanité. Aussi juge-t-on voloatiers qu'il n'y a que la force brutale qui ait pu les établir et qu'il a fallu pour les produire au jour im immense bouleversement.

L'observation des documents de chaque époque nous a amené peu à peu à un autre sentiment. Il nous a paru que ces institutions s'étaient formées d'une manière lente, graduelle, régulière* et qu'il s'en fallait beaucoup qu'elles pussent avoir été le fruit d'un accident fortuit ou d'un brusque coup de force. Il nous a semblé ausû qu'elles ne laissaient pas d'être conformes à la nature humaine: car elles étaientd'accord avec les mœurs, avec les lois civiles, avec les intérêts matériels, avec la manière de penser et le tour d'esprit des générations d'hommes qu'dles régissaient. C'est même de tout o^a qu'elles sont nées, et la violence a contribué pour peu de chose à les fonder.

Les institutions poUtiques ne sont jamais l'œuvre de la volonté d'un homme : la volonté même de tout un peuple ne suffit pas à les créer. Les faits humains qui les engendrent ne sont pas de ceux que le caprice d'une génération puisse changer. Les peuples ne sont pas gouvernés suivant qu'il leur plaît de l'être, mais suivant que l'ensemble de leurs intérêts et le fond de leurs opinions exigent qu'ils le soient. C'est sans doute pour ce motif qu'il faut plusieurs âges d'hommes pour Icmder un régime politique et plusieurs autres âges d'hommes pour l'abattre.

De là vient aussi la nécessité pour l'historien d'étendre ses recherches sur un vaste espace de temps. Celui qui bornerait son étude à une seule époque s'exposerait, sur cette époque même, à de graves erreurs. Le siècle où une institution apparaît au

grand jour, brillante, puissante, maîtresse, n'est presque jamais celui où die s'est fcwmée et où elle a pris sa force. Les causes auxquelles elle doit sa naissance, les circonstances où dile a puisé sa vigueur et sa sève, appartiennent souvent à un siècle fort antérieur. Cela est surtout vrai de la féodsdité, qui est peutêtre, de tous les réginies politiques, celui qui a eu ses racines au plus profond de la nature humaine.

{Les Institutions politiques de V ancienne France, éd. Hachette.)

Talne

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