‹ La littérature française aux XIXe et XXe siècles: tableau général accompagné de pages typesChapitre 28 sur 58 · CE QUI CONSTITUE LA SCIENCE · texte numérisé non relu

CE QUI CONSTITUE LA SCIENCE

Le désir ardent de la connaissance est ruiùqiift mobile qui attire et soutient l'investigateur dans ses efiorts ; et c'est précisément cette connaissance, qu'il saisit réellement et qiû fuit cependant toujours devant lui, qui devient à la fois sca aaul tourment et son seul bonheur. Celui qui ne connaît pas te tourments de l'inconnu doit ignorer les joies de la découverte» qui sont certainement les plus vives que l'esprit de l'homme puisse jamais ressentir. Mais, par un caprice de notre nature, cette joie de la découverte, tant cherchée et tant espérée, s'évanouit dès qu'elle est trouvée. Ce n'est qu'un éclair dont la lueur nous a découvert d'autres horizons vers lesquels notre curiosité inassouvie se porte encore avec plus d'ardeur. C'est ce qui fait que dans la science même le connu perd son attrait, tandis que l'inconnu est toujours plein de charmes. C'est pour cela que les esprits qui s'élèvent et deviennent vraiment grands sont ceux qui ne sont jamais satisfaits d'eux-mêmes, dans leurs œuvres accompUes, mais qui tendent toujours à mieux dans des œuvres nouvelles. Le sentiment dont je parle en ce moment est bien connu des savants et des philosophes. C'est ce sentiment qui fait dire à Priestley qu'une découverte que nous faisons nous en montre beaucoup d'autres à faire; c'est ce sentiment qu'exprime Pascal, sous une forme paradoxale peut-être, quand il dit : «Nous ne cherchons jamais les choses, mais la recherche des choses. » Pourtant c'est bien la vérité elle-même qui nous intéresse et, si nous la cherchons toujours, c'est parce que ce que nous en avons trouvé jusqu'à présent ne peut nous satisfaire. Sans cela nous ferions dans nos recherches ce travail inutile et sans fin que nous représente la fable de Sisyphe, qui roule toujours son rocher qui retombe sans cesse au point de départ. Cette comparaison n'est point exacte scientifiquement : le savant monte toujours en cherchant la vérité, et, s'il ne la trouve jamais tout entière, il en découvre néanmoins des fragments très importants, et ce sont précisément ces fragments de la vérité générale qui constituent la science.

(^Introduction à la médecine expérimenlale, éd. Delagrave.)

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