LE VASE BRISÉ
Lb vase où meurt cette verveine D'un coup d'éventail fut fêlé; Le coup dut effleurer à peine :
Aucun bruit ne l'a révélé.
Mais la légère meurtrissure.
Mordant le cristal chaque jour.
D'une marche invisible et sûre En a fait lentetnent le tour.
Son eau fraîche a fui goutte à goutte. Le suc des fleurs s'est épuisé; Personne encore ne s'en doute :
N'y touchez pas, il est brisé.
Souvent aussi la main qu'on aime.
Effleurant le cœur, le meurtrit; ^ Puis le cœur se fend de lui-même, La fleur de son amour périt;
Toujours intact aux yeux du monde.
Il sent croître et pleurer tout bas Sa blessure fine et profonde:
Il est brisé, n'y touchez pas.
{Stances et Poèmes, éd. Lemerre.) lamMiiiiiîwimiî
Jean Lahor I840-I000