LITTÉRATURE ÉPISTOLAIRE
La littérature épistolaire est une des plus anciennes formes de l'écriture ecclésiastique. Les églises se recommandaient les unes aux autres par des lettres les frères, — apôtres, prophètes, didascales, ou simples fidèles, — qui circulaient perpétuellement entre elles. Apollos l'alexandrin, quittant Éphèse pour passer en Achaïe, « les frères écrivent aux disciples qu'ils le reçoivent » (Act. xvur, 27); ceux de Corinthe, quand ils députent des courriers pour porter à saint Paul la collecte qu'ils ont faite, les munissent de lettres de créance (1 Cor. xvi, 3); Paul se défend d’avoir besoin de pareilles lettres auprès de ses églises, ni même nulle part (1 Cor.in, 1). Le dernier chapitre de l’épître aux Romains, où « notre sœur Phæbé, de Cenchrées, » est recommandée aux destinataires de l’épître, est un spécimen de ces lettres d'introduction (xvr, 1). Par lettres aussi se propage l’enseignement, se donnent les directions et les corrections : telle la lettre des presbytres de Jérusalem à la communauté d’Antioche; telle l'épitre aux sept églises d'Asie en tête de PApocalypse; telle l’épitre aux Romains adressée vraisemblablement à toutes les églises connues de Paul. Il
circule même des lettres supposées, forgées par des
faussaires point nécessairement mal intentionnés, et Paul, qui le sait, authentique avec un soin extrême les exemplaires des lettres qu'il dicte. Les épitres aujourd’hui existantes de l’époque apostolique ne peuvent
donc être qu'une très infime part de ce qui s’est.
échangé de lettres entre les églises. L'église de Rome, D. de Philippes, de de Smyrne, l’église de Vienne, dont nous possédons des épitres directes ou encycliques, témoignent longtemps après les apôtres “que ce commerce n'a point cessé; la correspondance de saint Ignace suffit à montrer combien il est actif; Irénée a connu une correspondance plus étendue encore de saint Polycarpe. Lorsque les églises s’écriront, non plus pour s'édifier ou s'informer, mais pour se
concerter, nous serons à la veille des premiers Sy= nodes.
$ 1. — Les épîtres catholiques!.
L’épitre de saint Jacques, adressée « aux douze tribus qui sont dans la Dispersion », est comme un court traité moral écrit par un chrétien juif de naissance et de culture, jusqu’à ce point qu'on a récemment voulu y voir, sans raison décisive d’ailleurs, un écrit propre- ‘ment juif christianisé de seconde main. Telle qu’elle est, l’épitre de saint Jacques paraît antérieure à la rume de Jérusalem et à la persécution néronienne et se peut dater des environs de l'an 60 (Renan, Cornely),
1. Les pièces appartenant au canon du N. T. sont étudiées dans des livres spéciaux, les introductions. C’est une littérature que, vu son caractère et son imporlance, nous entendons réserver. Nous ne mentionnerons les pièces canoniques que pour leur assigner leur place chronologique dans le développement général.
. an à
sinon 50 (Mayor, Zahn). Les critiques libéraux en font une pièce composée entre 120 et 140 (Jülicher, Har-
nack).
La première des deux épîtres qui portent le nom de saint Pierre, adressée « aux élus qui pérégrinent dans la Dispersion du Pont, de la Galatie, de la Cappadoce, de PAsie, de la Bithynie », est contemporaine de la persécution néronienne (64), et a dû être écrite de Rome (Renan, Cornely, Zahn). Les critiques libéraux en font, soit un apocryphe des environs de l’an 100 (Jülicher), soit une pièce anonyme romaine datant de, la période 83-93, peut-être même plus ancienne d’une vingtaine d'années, et qui, au II° siècle, aurait été mise sous le nom de l’apôtre (Harnack).
L'épitre de saint Jude serait pour ces mêmes eritiques un apocryphe destiné à combattre les Gnostiques et fabriqué entre l'an 100 et l’an 180 en Égypte (Jülicher), ou entre 100 et 130 en Palestine (Harnack). En réalité, cette épître, d'une grécité excellente, écrite par un chrétien de culture juive hellénistique, adressée «aux élus aimés en Dieu le Père et conservés pour Jésus-Christ », combat des erreurs analogues à celles que combat l'épitre aux Éphésiens. Mais sa date reste indécise (ca. 55, Renan; ca. 65, Cornely; ca. 75, Zabhn).
La seconde épître de saint Pierre, adressée à « ceux qui pareillement à nous ont reçu la foi en la justice de notre Dieu », serait pour certains une pièce antignostique fabriquée en Égypte entre 150 et 175 (Jülicher, Harnack). Elle semble contemporäine en réalité de l'épitre de Jude; sa très pauvre grécité empêche de croire qu'elle soit du même rédacteur que la Prima Petri. Mais le problème de son origine reste encore fort obscur.
La première des trois épiîtres de saint Jean n'est adressée à aucune église et ne porte aucun nom d’auteur, mais est sûrement de la même main que le quatrième évangile auquel elle aura servi de lettre d'envol.
La seconde est adressée à une église inconnue; |
troisième à un chrétien inconnu, Doi ni l’une ni l’autre ne porte le nom de Jean, l’auteur se nommant simplement « le presbytre ». Ce sont sûrement deux billets de l’auteur de l& Prima Ioannis. La question .de l'authenticité des trois épîtres est connexe à celle du quatrième évangile.
On a relevé dans le traité du pseudo Cyprien De montibus Sina et Sion (ch. 13), lequel est de peu antérieur au milieu du III siècle, une citation d'une « Epistula Ioannis ad Paulum », que l’on ne connaît pas autrement.
$ 2. — Les épîtres paulines.
Les épitres de saint Paul sont classées dans le N.T. non dans leur ordre chronologique, mais par rang de taille. Les premières en date sont les deux aux Thessaloniciens, écrites par l’apôtre au cours de son premier séjour à Corinthe (a. 48*-49*) : l’une et l’autre porte en suscription : « Paul, Silvanos et Timothée à l'église des Thessaloniciens ».— L'épitre aux Galates” date du séjour de Paul à Éphèse (a. 50*-53*) et porte en suscription : « Paul apôtre aux églises de Galatie ». — Au séjour à Éphèse (probablement au printemps de 53*) appartient la première aux Corinthiens : « Paul et Sosthènes à l’église de Dieu qui est à Corinthe ».
1. À, HARNACK, Palristische Miscellen (Leipzig 1900), p. 106 et 138.
vif
1 = LES PRIMITIFS. = j 7
— La seconde aux Corinthiens a été écrite en Macédoine par l’apôtre en route pour Corinthe et au reçu de la réponse des Corinthiens (4. 53*) : « Paul et Timothée à l'église de Dieu qui est à Corinthe et à tous les saints qui sont dans toute l’Achaïe. » — Du second séjour à Corinthe (53*-54*) date l’épître aux Ro-
mains : « Paul à tous ceux qui sont à Rome aimés de » Dieu, saints élus ». — A l'emprisonnement de Paul $ à Rome (57*-59*) se rattache l'épitre aux Philippiens :
« Paul et Timothée à tous les saints qui sont à Phi- lippes avec [leurs] épiscopes et [leurs] diacres ». — L'épitre à Philémon est un billet familier de l’apôtre à un chrétien de Colosses : « Paul prisonnier et Timothée au cher Philémon » : il date de l’emprisonnement de Paul à Rome, sinon même à Césarée (54*- 56*). — Il faut en dire autant de l’épître aux Colossiens et de l’épitre aux Éphésiens. £ph. dépend de Col. encore qu’elles soient du même temps. En tête de Col. on lit: « Paul et Timothée à ceux [qui sont] à Colosses saints et fidèles frères dans le Christ. » Eph. est une circulaire aux fidèles d'Asie, plutôt qu'une lettre spéciale à ceux d'Éphèse : « Paul apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu aux saints qui sont (à Éphèse).. », le nom manque à certains mss. de valeur.
À la période postérieure à la libération de Paul (a. 60* et suiv.) appartiennent les trois épitres dites Pastorales. Les critiques libéraux sont à peu près unanimes à en rejeter l'authenticité, défendue par les critiques ecclésiastiques. On est d'accord sur ce point qu’elles sont toutes trois d’un même auteur; IT Tim. semble antérieure à / Tim. et à Tit.; la grécité de ces trois morceaux, sensiblement différente de celle de Paul, est plutôt latinisante.
e é Il y a trace de lettres perdues de saint Paul : une aux Corinthiens, antérieures à Z Cor., témoin l’allusion que Papôtre y fait (7 Cor. v, 9); peut-être une autre aux Corinthiens, qui prendrait date entre / Cor. et ZI Cor... et à laquelle on croit voir une allusion dans Î1 Cor. 11, 3; une aux Laodicéens contemporaine de l’épître aux Colossiens (Col. 1v, 16). L’allusion que: l'on a cru rencontrer dans le De aleatoribus (ch. 3) à . une lettre perdue aux Corinthiens ne se soutient pas. . Polycarpe (PAilip. ur, 2) parle de plusieurs lettres : adressées par Paul aux Philippiens. Et il y a trace aussi de lettres anciennement supposées : le Muratorianum parle d'une épitre aux Laodicéens et d’une » épître aux Alexandrins, d'origine marcionite !. | On a une lettre supposée des Corinthiens à saint Paul et la réponse supposée de ce dernier, en latin et en arménien. L'original, qui devait être grec, paraît avoir été connu de l’auteur des Constitutions apostoliques (vx, 6), qui signale deux soi-disant hérétiques, Simon et Cléobios, lesquels ne sont connus que par la lettre susdite des Corinthiens. La doctrine antimarcionite de la réponse de Paul donne à penser que cette corespondance peut être de la fin du I[° siècle. Il est peu probable que cette correspondance ait été partie intégrante des Actes apocryphes de saint Paul.
(1) La correspondance apocryphe de saint Pau et des Corinthiena publiée par A. CARRIÈRE et S. BERGER (Paris 1891), voir aussi E. BRATKE, Theologische Literaturzeitung, 1. XVIL (4892), p. 585. VETTER, Der. apok. III Korintherbrief (Tübingen 1894). Voir aussiun mémoire de A. BerENDTS dans les Abhandlungen A. v. Oettingen gewidmet (München 1898), p. 1. L’épître aux Laodicéens latine qué nous possédons, n’a rien à voir avec l’apocryphe marcionite, et il n’est pas prouvé qu’elle soit traduite du grec. Les plus anciennes attestations sont du VIe siècle. T. ZAuN, Geschichte des neutestamentlichen Kanons, t. II (Leipzig 41892), p. 584; Rev. bibl. t. V (1896), p. 221, C. CALLEWAERT,
L'épitre aux Hébreux dans le texte grec ne porte. pas le nom de Paul, elle ne porte même aucun nom. . On incline à croire qu'elle a été adressée à des chrétiens de Rome, plutôt qu'à toute la communauté de Rome, par un chrétien tout pénétré de l’enseignement de Paul, mais de culture plutôt alexandrine, et composée vers 65-70. Récemment le paradoxe a été soutenu qu'elle avait été composée par Priscilla, l'épouse d'Aquila (Harnack).
$ 8. — Épître dite de saint Barnabé.
L’épitre qui porte en titre le nom de saint Barnabé et en suscription : « Salut, fils et filles, au nom du Seigneur qui nous a aimés, dans la paix », est adressée à une communauté chrétienne où l’auteur semble avoir antérieurement prêché et à laquelle il s'adresse, dit-il, «non comme un maître (didéoxakoc), mais comme un de vous » (1, 8). Sa dialectique, nourrie de citations de l'Ancien Testament, s'applique à établir que la véritable Alliance est celle qui unit les chrétiens à Dieu, et que les Juifs n'ont rien reçu de Dieu qui ne fût figuratif et qu'ils n’aient mal entendu. Si l’auteur est un juif converti, comme on peut le supposer d’un écrivain si au fait des choses juives, il n'en est pas qui marque plus vivement la rupture entre l'Eglise et les judaïsants.
Au chapitre IV, en une brève allusion à la fin prochaine du monde, l’auteur calcule que la prophétie de Daniel est à la veille de s’accomplir, puisque l’on
Une leltre perdue de saint Paul et le De aleatoribus (Louvain 1893). ACL, t.1, p. 3 et 37;t. II, p. 506. — La correspondance supposée de 4. Paul et de Sénèque est une fiction latine du IVe siècle.
Nerva {96-98), ou mieux à l’époque qui suit immédia-
. Re i s = « : 1
a eu dix rois [Auguste, Tibère, Caligula, Claude, Néron, Galba, Othon, Vitellius, Vespasien, Titus], plus un petit roi [Nerva], qui humilie trois rois [Flaviens] réduits à un [Domitien]. Cette interprétation
(Renan, Funx, Bardenhewer) fixerait au temps de :
tement la mort de Nerva, la composition de l’épitre. Il est possible toutefois que l’épitre soit contemporaine de la reconstruction de Jérusalem par Hadrien, c’est-à-dire de 130-131, reconstruction à laquelle l’auteur ferait allusion en xvi, 4 (Harnack).
En äâucune hypothèse cet auteur, postérieur à la ruine de Jérusalem, ne saurait être l’apôtre Barnabé : il a lu les épîtres paulines, il connaît la tradition synoptique, et son exégèse allégorique fait penser à un alexandrin. Citée fréquemment par Clément d'A. son
plus ancien témoin, et par Origène, notre épître pa-
raît avoir été inconnue en dehors d'Alexandrie, où il est vraisemblable qu'elle ait été écrite. Nous possédons l'original grec en plusieurs mss. (notamment
dans le Codex sun IVe s., et dans le ms. qui
contient la Didachè, XI°s. : dans ce dernier, € complet), et une version latine ancienne en un ms. unique (X°
s.). L'hypothèse qui voit dans l’épitre de Barnabé un texte fortement interpolé par une seconde main, n’est pas plausible : même les chapitres xvrrI-xx7, qui manquent à la version latine et qui sont une exposition de pure morale apparentée à la Didachè, ne sauraient ètre un appendice de seconde main.
4. GEBuART-HARNACk, Barnabae epistula (Leipzig 1878). Funk, Opera
patrum apostolicorum, t. I (Tübingen 1887). PG, t. II, p. 727 (reproduit
le texte de HEFELE, Tubingen 1842). ACL, t. I, p. 58 ett. II, p. 410. FUNK,
… Kirchengeschichtiiche Abhandlungen und Untersuchungen, t. II (Pa-
derborn 1899), p. 77
$ 4. — Saint Clément de Rome.
« L'église de Dieu qui pérégrine à Rome à l’église de Dieu qui pérégrine à Corinthe, aux élus sanctifiés dans la volonté de Dieu par Notre Seigneur Jésus- Christ... », telle est l'adresse de l’épitre communément de sous le nom de première épitre de saint Clément (Kiyunç). L’authenticité de cette attribution n’est pas contestée : Irénée cite cette épitre romaine en l’attribuant au us où Clément était évêque de Rome (Euseb. v, 6, 3); Hégésippe la connaît (id. rv, 22, 1); Denys de écarte dans une réponse à une lettre des Romains, leur rappelle « l’autre épître, celle qui est écrite par Clément » (#d. 1v, 23, 11). L'é pître, tout impersonnelle et collective qu’elle est, peut donc bien avoir été rédigée par Clément. Elle est portée à Corinthe par trois anciens de l’église de Rome, Claudios Ephébos, Valérius Biton et Fortunatus. Elle est postérieure à la persécution néronienne où Pierre et Paul ont péri « avec une immense multitude d'élus » : l'église romaine dit sortir à peine « d'épreuves soudaines et répétées », et elle prie Dieu de « relever ceux qui ont failli et de délivrer ceux qui souffrent en prison » : on voit là justement des allusions aux derniers temps du règne de Domitien (a. 93-95).
C’est une épître de correction, où l'église romaine, de son propre mouvement, te les fidèles de Corinthe d’avoir contre tout droit déposé les chefs de leur Église, véritable déclaration du droit divin de la hiérarchie. L'esprit de subordination, de règle,
d'ordre, était dès lors l'esprit romain, comme l’observe .
justement Renan, et la vie collective la condition de la vie de chacun.
Nous possédons l'original grec en deux mss., l’un incomplet des derniers chapitres (Lvir, 6-Lxv), le Co-
dex alexandrinus de la Bible (V® siècle), l’autre com-
plet, le ms. même de la Didachè (XI° siècle); une version syriaque, et une version latine remontant peut-être à la seconde moitié du If° siècle.
La Prima Clementis est tout ce qui nous reste de Clément disciple des apôtres Pierre et Paul (Tren. 1, 3), sans qu'on soit autorisé à l'identifier avec le consul Flavius Clemens ou le Clément de PArli. 1v, 3. Son souvenir a été exceptionnellement exploité par les faussaires grecs, syriens, latins. C’est qu'aussi son souvenir « est, après celui des apôtres, le plus impor-
tant de toüte l'antiquité chrétienne. ; en lui se per-
sonnifie l’idée de succession apostolique, de gouvernement et de législation ecclésiastique » (Duchesne).
Nul doute que sa lettre, qui a marqué plus qu'aucune
autre dans la formation de l'esprit catholique, n'ait suscité toute cette littérature apocryphe !.
1. GEBHART-HARNACK, Clementis rom. ad Corinthios quae dicuntur epistulae (Leipzig 4876). Funk, Opp. patr. apostol. t. I. LIGHTFOOT, S. Clement of Rome(Londres 1890). G. Morin, S. Clementis rom. ad Cor. epist. versio latina antiquissima [Anecdota Maredsolana, t. 1] (Maredsous 1895). La meilleure édition à citer est désormais R. Knopr, Der ersle Clemensbrief (Leipzig 1899). — ACL, t. I, p. 39 et t. IL, p. 2541. K. HozLz, Fragmente vornicänischer Kirchenväter aus den Sacra Parallela (Leipzig 1899), p. 4. Funk, Kircheng. Abhandl. t.X (Paderborn 1897), p. 308.
$ 5. — Épîtres de saint Ignace.
Des épîtres portant le nom de saint Ignace (Lyrarios), évèque d’Antioche martyrisé à Rome du temps de Trajan, nous sont parvenues sous trois formes textuelles. — A) Un recueil de sept lettres (Éphésiens, Magnésiens, Tralliotes, Romains, Philadelphiens, Smyrniotes, Polycarpe), recueil dont il existe un ms. grec (Laurentianus 1vn, 7 : X[°s.) pour six lettres, et un autre ms. grec pour la lettre {aux Romains) manquênt au précédent (Paris. gr. 1451 : X[°s). Ce texte grec a été publié pour la première fois par Vossius (1646), et l’on en a une version latine, œuvre de Robert Grosseteste, évèque de Lincoln (XIITe s.), publiée pour la première fois par Ussher (1644), plus une version arménienne (V° s. ?) éditée par Petermann (1849), plus des fragments de version syriaque et copte étudiés plus récemment. — B) Un recueil de - treize lettres (Marie de Castabala à Ignace, Ignace à . Marie de C., Trall., Magn., Tarsiotes, Philippiens, Philad., Smyrn., Pol., Antiochiens, Héron, Eph., Rom.), donnent les sept épîtres du premier recueil, mais remaniées, plus six épitres nouvelles : ce recueil a été le plus répandu et l'on en a de nombreux mss. grecs; l'édition princeps en a été donnée par Paceus (1557); on en a une version latine ancienne (VIIF s.), publiée pour la première fois par Lefèvre d'Etaples (1498). — C) Un recueil de trois.lettres (Eph. Rom. Pol.) en syriaque et dans une recension abrégée : il a été publié pour la première fois par Cureton (1849). |
On est aujourd’hui d'accord pour considérer le re-
cueil Z comme un remaniement et un faux, dont l’au- & teur serait le même à qui nous devons la rédaction actuelle des Constitutions apostoliques : il aurait travaillé autemps de Constance ou de Valens et seraitun semiarien (Zahn, Harnack), ou bien au commencement . : du V°s. et serait un apollinariste (Funk). Le recueil C que quelques-uns (Cureton, Ritschl) prenaient pour l’état premier et le texte authentique des épiîtres d'Ignace, n’est au contraire qu'un extrait du recueil B.
Le recueil À nous donne l'Ignace authentique et original. Ces conclusions, longtemps et äprement À controversées, sont aujourd'hui définitivement acquises !.
Eusèbe (ur, 36) a eu en mains la collection des sept : lettres qu’il énumère dans l’ordre Eph., Magn., Trall., Rom., Philad., Smyrn., Polyc., l'ordre même où nous
les avons, et la citation qu'il fait de l’épitre aux Ro- . mains montrel'identité de son texte etdu nôtre. Origène e l’épître aux Romains et l’épitre aux Éphésiens, Ce Eu nt d'Alexandrie l’épître aux Éphésiens, Irénée l’épître aux Romains. Le païen Lucien, dans sa satire De morte Peregrini (ca. 170), fait allusion (il semble. À bien) à la correspondance d’Ignace. Le plus ancien té moignage est fourni par l'épitre de Polycarpe (un, 1-2) : “Vous m'avez écrit, dit-il aux Philippiens, et Ignace aussi [allusion à une lettre perdue des Philippiens et à lalettre d'Ignace à Polycarpe].…. : les épitres d’Ignace à nous adressées par lui, et toutes les autres que nous possédions de lui, nous vous les avons fait tenir selon votre demandekelles sont jointes à la
1. ZAUN, Ignatii et Polycarpi epistulae(Leipzig 1876). Funk. Opp. patr. apostol. t. II (Tübingen 1881). LiGnrroor, S. Ignatius, S. Polycarp (Londres 1885). PG, t. V (reproduit l'édition de HerELE, Tübingen 4847). — ACL, t. I, p.75. K. HOLL, Fragmente, p. 17.
LES PRIMITIFS. l
Et
Le « 2 F ;
présente lettre. » Peu de textes sont mieux documentés que les épîtres ignatiennes.
L'évêque d'Antioche, arrêté et condamné à Antioche, a été désigné pour être livré aux bêtes à Rome : il est mené à As prisonnier, suivant d’escale en escale | les côtes d'Asie, de Macédoine, d’Achaïe. À chaque station ilest visité par les églises prochaines auxquelles la nouvelle de sa condamnation est parvenue. De là cette correspondance : lettres de remerciements et 4 d’exhortations pleines de traits exprimant les croyan- . ces et les institutions chrétiennes du temps, surtout l’idée d’unité par la hiérarchie en chaque église, et de cohésion entre églises : la formule xufoluxr) éxxAnoia est employée ici pour la première fois. Tout cela dans un style rude, obscur, énigmatique, plein de répétitions et d'insistances, mais d’une énergie continue et çà - et là un éclat saisissant. L'épitre aux Romains avec sa suscription singulière est la plus caractéristique. Fe . Re Le Les aies objections que l’on énonçait contre: 2 = ah l’authenticité des septs épitres ignatiennes se rame- ++ … naient à leur reprocher d’être un ch en faveur dela bre ve ES épiscopale et contre un gnosticisme avancé, institutions et doctrines, croy ait-on, plus voisines d’Irénée que d’'Ignace. À quoi l’on a répondu que les épitres ignatiennes étant le plus ancien texte aussi explicite sur le fait de l'épiscopat monarchique, argumenter ici de la tardive apparition de épis onnt monarchique est une pétition de principe. Quant au gnosticisme auquel Ignace fait allusion, ce n'est assuémont le gnosticisme d'aucun des’ grands Gnostiques du second clé Valentin ou Nu et soit dans les épîtres paulines (Pastorales, Éphésiens, Colossiens), soit dans les écrits johanniques, qui dans l'hypothèse la plus fâcheuse seraient du commence-
ment du second siècle, on trouve trace d'hérési analogues à celles que combat Ignace f.
Seule la date précise du martyre d'Ignace demeure controversée. Harnack, croyant artificielle la chronologie des premiers évèques d'Antiothe telle qu'elle se: déduit d'Eusèbe, proposait d’en rejeter le témoignage et de faire Ignace contemporain d'Hadrien (ca. 130) : ce système est aujourd'hui abandonné par son auteur même, qui date actuellement, non sans quelque hésitation toutefois, les épitres ignatiennes de la période 110-117. D'autre part, on possède deux récits grecs de la passion d'Ignace ; on désigne ces deuxtextes sous le nom de Martyrium colbertinum et de Martyrium vaticanum, le premier est du IV® ou V® siècle, le second du V®, vraisemblablement. Ils sont sans valeur
su)
historique, mais indépendants ils s'accordent à fixer à l'an IX de Trajan (a. 107) la condamnation et la mor d’Ignace. De Rossi défendait cette donnée chronologique, la tenant pour empruntée à une source liturgique | ancienne ; Lightfoot croit plus justement qu’elle dérive de la Chronique d'Eusèbe, qui sur ce point serait de”. peu d'autorité, et il s'en tient à la tradition imprécise-… qui place sous Trajan (98-117) le martyre d'Ignace?.
4. On à infiniment écrit sur saint Ignace au cours de la controverse sur l'authenticité de ses épitres et depuis. Retenir E. v. d. Gozrz, Igna- 4 tius von Antiochien (Leipzig 1894). Funk, Die Echtheit der ign. Briefe (Tübingen 1883). Harnack, Die Zeil des Ignatius (Leipzig 1878). J. RéviLce, Les origines de l'épiscopat, t. I (Paris 1894), p. 442. ACL, t. IL p. 381.Fuxx, Kircheng. Abhandl. &. IX, p.347. Sur l’Ignace d'Antioche (Paris 4897) de E. BrusTox, voir Revue critique, t. XLVI (1898), p. 387.
2. Sur le martyre d’Ignace, Biblioth. hag. gr. p. 57, et les éditions précitées des épîtres ignatiennes, particulièrement LIGHTFOoT. — AL- LARD, Histoire des persécutions, t. I (Paris 1885), p. 179, défend le sentiment de Rossi. DUCHESNE, Bull. crit. t. VIII (4887), p. 124, souscrit à l’opinion de Licnrroor. ACL, t. II, p. 405. Funk, Kircheng. Abhandt. : t. II, p. 338.
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5 6. — Épître de saint Polycarpe.
s Lenom de Polyearpe(Tlolixagroc)évèque de on 1 disciple de l'apôtre Jean, mort martyr le 93 février 155 à l'âge de86 ans, et dont Le personnalité est bien connue soit par le témoignage d'Irénée son disciple, soit parle récit de sa passion, le nom de Polycarpe se lit en tête d’une épiître qui nous est parvenue en grec grâce à un unique manuscrit aujourd’hui perdu etdont on n’a plus que des copies de la Renaissance : encore ce texte grec est-il incomplet des derniers chapitres (x-xiv). On ena une version latine complète, insérée dans le recueil B + des épîtres ignatiennes, mais sans être l'œuvre du traà ducteur latin du dit recueil. Irénée, cité par Eusèbe Es, (v, 20, 8), a connu une collection de lettres de 4 saint Polycarpe adressées « soit aux églises prochaines pour les confirmer, soit à des frères pour les reprendre ou les encourager »; et il a connu aussi et comme à part (/Jaer. 11, 3, 4) une lettre de Polycarpe aux Philippiens, qui semble bien être celle que nous possédons. Eusèbe la cite à plusieurs reprises, et Jérôme {Vér. énl. 17) témoigne que de son temps on la lisait publiquement dans les églises d'Asie. Elle porte en tête : « Polycarpe et les preshytres [qui sont] avec é lui à l'église de Dieu qui pérégrine à Philippes » : c est une réponse à une lettre des Philippiens. Elle est toute en exhortations qui seraient d'un intérêt médiocre, si (ir, 2) elle n’annonçait aux Philippiens l envoi d’une copie de toutes les lettres que les Smyrniotes d'Ignace : « Elle sont jointes à la présente lettre. L’ bonicté de cette épiître, liée longtemps à Le thenticité des épîtres ignatiennes, ne fait plus ques-
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tion. Mais la date est difficile à fixer entre celle de la. mort d'Ignace, car Ignace est mort au moment où Polycarpe écrit (rx, 2), et la propre mort de Polycarpe, soit entre 107* et 155. On incline toutefois à la croire de peu postérieure à la mort d’Ignace (xnr, 2) ‘.
$ 7. — Épître des Smyrniotes et des Lyonnais.
« L'église de Dieu qui pérégrine à Smyrne à l’église de Dieu qui pérégine à Philomélium [en Phrygie] et à toutes les paroisses en tout lieu de l’église catholique. » : telle est l'adresse d'une lettre écrite au nom des chrétiens de Smyrne et renfermant le récit du martyre de Polycarpe leur évêque. Nous en avons le texte grec et une version latine ancienne : Eu- ” sèbe (rv, 15) a inséré la meilleure part du texte grec dans son Histoire. L’exemplaire adressé aux chrétiens de Philomélium donne le nom de qui l’a copié, Évaristos, et de qui le porte à Philomélium, Markion: les ” chrétiens de Philomélium sont priés de transmettre 4 l'épitre aux frères plus éloignés. Suit la date : « Le bienheureux Polycarpe a été martyr le deux du mois de xantique, le sept des calendes de mars : le samedi à huit heures il avait été arrêté par Hérodes, sous le pontificat de Philippos Trallianos et le proconsulat de Statius Quadratus [a. 155] ». Cette date est de seconde main, mais de valeur. Quant à l’épitre c'est le
4. ZAuN, FUNK, LIGHTFOOT, wé sup. PG, t. V, p. 1005 (reproduit le texte de HErELE, Tübingen 1847). — Une trace d’un écrit de Polycarpe inconnu d’ailleurs, dans le théologien arménien Vardan Vardapet (XII s.),
a été signalée par CONYBEARE, Theol. Literaturz. t. XIX (1894), p. 583.— Les cinq fragments latins soi-disant de Polycarpe publiés par Feuardent (1639) et reproduits par PG, t. V, p. 1025, sont pseudépigraphes, mais anciens (III° s., Harnack). ACL, t. I, p. 69, et t. II, p. 382.
s ancien spécimen d'actes authentiques de martyre 1.
Eusèbe {v, 1-3) possédait le texte intégral d'une épitre adressée par « les serviteurs du Christ qui pérégrinent à Vienne et à Lyon de Gaule aux frères qui partagent leur foi... en Asie et en Phrygie », et de ce texte il à inséré dans son /istoire la majeure part. Cette épitre était le récit de la passion des martyrs lyonnais, Pothin, Blandine, etc., rédigé en grec, et dont il est possible qu'Irénée ait été le rédacteur. Le texte connu d'Eusèbe contenait un quadruple catalogue des martyrs : ceux qui avaient été décapités, ceux qui avaient été livrés aux bêtes, ceux qui étaient morts en prison, ceux qui survivaient au moment où la lettre est écrite : . ce catalogue s’est conservé dans le Martyrologe hié- : ronymien. Grégoire de Tours (De glor. mart. 49) a + probablement connu une ancienne version latine du : texte de notre épître, y compris le catalogue. La date, rapportée par Eusèbe, du martyre des lyonnais est la dix-septième année de Marc-Aurèle, soit 177-178; la |: : lettre est contemporaine, admirable pièce, « un des : morceaux les plus extraordinaires que possède aucunelittérature », la « perle de la littérature chrétienne : au II° siècle », au jugement de Renan, pour l° pres sion de l’âme A . et douce des martyrs ?.
Ces mêmes martyrs lyonnais durant leur empri-
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4. ZAUN, FUNK Licurroor, wé sup. PG, t. V, p.1029. — Bibliolh. hagiog. gr. p. 112. ACL, t. I, p. 74. Sur la date, WappiNGroN, Fastes des provinces asiatiques (Paris 1872), p.219, et Studia, biblica, t. I (Oxford 1885), p-175 et t. 11 (4890), p. 405. — L'Epistula encyclica presbyterorum et diaconorum Achaiae de martyrio sancti Andreae (P G, t. IT, p.1247),
La s., est imitée de l’épiître des Smyrniotes. "1 9, FUNK, ZAIIN, Licurroor, ut sup. — Bibliolh.hagiog. gr. p. 114. ACE, et ï, p. 262 et t. IT, p. 316. Ducuesxr, Les sources du martyrologe hiérony- | mien (Rome 1885), p. 20.
sonnement adressèrent diverses lettres, à la façon d'Ignace, à diverses églises : Eusèbe (v, 3, 4), qui en a
DOSseE le recueil, pe de lettres aux frères d'Asie et de Phrygie ainsi qu à Éleuthère « alors évêque des Ro- “ mains », lettres qui avaient pour objet « la paix des: églises », sans doute dans la question naissante du Montanisme. On voit à ce trait quelle extension cette correspondance catholique tend à prendre et comme Rome s’en manifeste le centre. Un fragment de l'épitre à Éleuthère cité par Eusèbe (v, 4, 2) en recommande le porteur aux Romains, Irénée « presbytre de l'église » de Lyon *.
$ 8. — Denys de Corinthe, Sérapion d'Antioche, Polycrate d'Éphèse.
Eusèbe a eu en mains un recueil de lettres de Denys, qui fut évèque de Da du temps que Soter l'était de Rome (166*- 175*), et il en fait quelques citations {1v, 23) qui sont tout ce qui nous en est parvenu. On relève ainsi la trace de huit lettres : savoir respective- . ment aux églises de Lacédémone, « pour la paix et l’unité »; d’ does « sur la foi et sur la vie selon l'É- Be »; de Nicomédie (Bithynie)}, sur le canon de la vérité contre Marcion; de Gortyne (Crète), contre les hérétiques ; d'Amastris (Pont), sur le même sujet, sans doute contre les Encratites ; de Cnosse (Crète), semblablement; de Rome, cette dernière nommément adressée à l'évêque Soter (Eusèbe en donne quatre précieux fragments); enfin une à Chrusophora, une dame chrétienne. Dans un des fragments de l'épître aux Romains, Denys se plaint que les « apôtres du