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UTTÉRATURE SYRIAQUE. 21

Justinien, à la demande de Théodora, envoya ces évêques à Alexandrie d*Égypte, et ils y terminèrent leurs jours. Mara écrivit peu; sur Tattribution d'un commentaire des Évangiles qui lui est faite par Assémani, voir ci-dessus, p. 77, notel.

Une autre victime des Orthodoxes, ce fut Paul, évêque de Callinice, déposé de son siège en 519. Paul se retira à Édesse et occupa ses loisirs à rendre en syriaque les œuvres de Sévère d'Antioche (voir ci-dessus, p. 318).

Jacques Baradée*, le fondateur de l'Église jacobite*, consacra sa vie à relever le parti monophysite qui avait subi de graves atteintes sous Justin et qui avait été persécuté particulièrement par les patriarches orthodoxes d'Antioche, Euphrasius et Éphrem'. Jacques était né à Telia d'un prêtre de cette ville , nommé Théophile bar Manou. Il fut d'abord moine au couvent de Phesilta, sur le mont Izla. Vers 528, il se rendit avec un moine de Telia, du nom de Sergius, à Constantinople où il savait trouver dans l'impératrice Théodora une aide puissante pour la cause des Monophy sites. Son séjour dans cette ville se prolongea pendant quinze années. En 543 une heureuse circonstance assura le succès de ses démarches : le roi des Arabes de Ghassan, Harith ibn Djabalah, vint solliciter de Théodora

1. Le surnom de Baradée, en syriaque ^»S^, lui vient de l'étoffe grossière de feutre dont il se vétissait et dont on se servait communément pour faire des housses de cheval.

2. Le nom de Jacobtte, *Jaxœ6iT^ç, est de formation grecque , il fut donné aux partisans de Jacques par ses adversaires ; les Jacobites se désignaient par le nom d*Orthodoxes.

3. La vie de Jacques Baradée a été écrite par M. Kleyn, Jacobus Baradœu8, de Stichter der syrische Monophysielische Kerk, Leide, 4882, d'après VHiitoire eccl. de Jean d'Asie, éd. Cureton, et les Vies des Bienheureux orientaux du même auteur, Anecd. syr. de Lànd, t. Il ; comp. ci-dessus, p. 163. Assémani avait donné sur ce personnage toutes les informalions qu'il avait pu recueillir, B, 0., Il, 62-69, 326 et 331.

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renvoi d'évêques dans les provinces qu'il gouvernait. A la demande de Timpératrice, Théodose, le patriarche exilé d'Alexandrie , consacra évêque de Bostra Théodore, avec juridiction sur T Arabie et la Palestine, et évêque d'Édesse Jacques Baradée, avec juridiction sur la Syrie et l'Asie Mineure. Jacques n'exerça pas ses fonctions à Edesse même, qui avait alors un évêque orthodoxe, Amazonius; il alla prêcher la Syrie, la Mésopotamie, la Cilicie, la Cappadoce, l'Isaurie et les régions adjacentes. Pour assurer l'administration de son Église dans ces provinces, il fit nommer à Alexandrie de nouveaux évêques de sa confession, parmi ceux-ci se trouvait le célèbre historien Jean, évêque d'Éphèse. L'élection de son ancien ami, Sergius, au siège patriarcal d'Antioche , mit le comble à ses vœux. Cependant la mission de Jacques ne s'accomplit pas sans quelques déboires : il dut excommunier comme trithéistes Conon et Eugène, qu'il avait faits évêques. Sergius mourut trois ans après son installation à Antioche et fut remplacé par Paul , un abbé d'Alexandrie, après que le siège patriarcal fut resté vacant pendant trois années. Les dissensions surgirent bientôt au sein des Monophysites triomphants. Jacques se rendit en 578 à Alexandrie pour conférer avec Damien de l'excommunication de Paul, mais il mourut en route au couvent de Mar Romanus ou de Casion. Sa dépouille mortelle fut ramenée au couvent de Phesilta en 622 , dérobée par les émissaires de Zachée, évêque de Telia. Ses œuvres sont peu nombreuses : une liturgie (traduite par Renaudot. Lit, orient^ II, 333); des lettres (écrites en grec et conservées dans une traduction syriaque ^) ; une pro-

1. Ms. Add, 44602 du Musée britannique, Catal. Wright, p. 701 ; Kletn, Jacobus Baradœus, p. I&i-194.

fession de foi (conservée en arabe et en éthiopien *) ; une homélie pour la fête de l'Annonciation (conservée en arabe à la Bodléienne).

Jean d'Asie, un des évêques militants du parti de Jacques Baradée, est l'historien le plus autorisé pour les temps agités de son époque. Nous ne reviendrons pas sur son Histoire ecclésiastique, qui nous fournit dans sa dernière partie une sorte d'autobiographie fort intéressante (ci-dessus, p. 191 et suiv.), ni sur sa collection des Vies des Bienheureux orientaux (ci-dessus, p. 162). Jean naquit à Amid au commencement du VP siècle. Il fut nommé diacre au couvent de Saint- Jean en 529, mais il dut fuir sa ville natale pour échapper aux persécutions dirigées contre les monophysites par Éphrem, patriarche d'Antioche (529-544), et par Abraham bar Kili, évoque d'Amid. En 535 il est à Constantinople où il se rencontre avec Jacques Baradée. Justinien l'accueille avec faveur et lui confie l'administration des biens de la congrégation monophysite. Bientôt Jean quitte la capitale de l'empire grec, chargé d'une mission par l'empereur, et se rend, avec son ami Deuterius, en Asie Mineure pour convertir les païens. Son œuvre accomplie, Jean est rappelé à Constantinople pour réagir contre l'idolâtrie qui était encore pratiquée dans la ville et les environs. La fortune de cet ardent évéque périt avec son protecteur. Après la mort de Justinien, la vie de Jean n'est plus qu'une suite continue de tribulations , de fuites et d'emprisonnements, dont il a retracé le tableau dans son Histoire^, Pour l'appréciation de l'œuvre littéraire de Jean d'Asie, nous

1. Le texte arabe a été publié par Kletn, Op, dLj p. 121 ; le texte éthiopien, par CoRNiLL, Zeitschr, der deut. morg. GeselL, XXX, p. 417; comp. Wright, Syriac liter.f 2« éd., 88; Barhebrjecs, Chron, eccL, I, 217.

a. Voir ci-dessus, p. 193.

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JUSQU'AU Vil*» SIÈCLE. 365

renvoyons à ce que nous avons dit précédemment de son histoire ecclésiastique '. .

Nous avons parlé dans notre première partie de Tœuvre scientifique de Sergius de Reschaina, qui se compose presque entièrement de traductions de livres grecs 2. Ce savant distingué, qui devint médecin en chef [dQxlaTçoç) à Reschaina, était un prêtre monophysite, flottant dans les questions dogmatiques; ses intrigues le portèrent vers les Orthodoxes, et les Nestoriens le réclamèrent comme un des leurs (catalogue d'Ébedjésu); il eut pour disciple et ami Théodore, évoque nestorien de Merv, auquel il dédia plusieurs de ses livres. Les Monophysites le tenaient en médiocre estime comme homme privé ; dans la compilation syriaque de Zacharie de Mitylène il est censuré pour son avarice et ses mœurs dépravées ^. On ignore la date et le lieu de sa naissance, mais on sait qu'il fit ses études à Alexandrie , où il apprit le grec. En 535 Sergius part de Reschaina et se rend à Antioche auprès du patriarche orthodoxe Éphrém pour se plaindre des mauvais traitements de son évêque Asylus^. Éphrem, appréciant ses qualités diplomatiques, le charge d'une mission pour le pape Agapet. L'intrigant médecin s'embarque pour Rome, accompagné d'un jeune architecte du nom d'Eustathius. Il ramène Agapet à Constantinople et, avec son aide, le pape obtient l'expulsion de cette ville des Monophysites; là se trouvaient alors Sévère d'An-

4. Ci-dessus, p. i9». M. TAbbé Ducliesne a dessiné de cet évêque un brillant portrait, mais un peu flatte. Mémoire lu à rAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres, le 25 octobre 1892.

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