‹ La littérature SyriaqueChapitre 44 sur 214 · Livre II, chap. xii, éd. Dindorf, p. S · texte numérisé non relu

Livre II, chap. xii, éd. Dindorf, p. S

le siège devant Édesse; mais, frappé d'une fluxion de la face, il se retira honteusement. » Cette notice se rapporte au siège de l'année 544 , dont Procope a fait précédemmelit un récit détaillé.

Par l'importance qu'elle acquit en Syrie , la légende de la bénédiction éclipsa en Orient la légende du portrait de Jésus. Ni Eusèbe, ni la pèlerine gallo-romaine, ni Procope ne mentionnent celle-ci.

En Occident, au contraire, la légende du portrait jouit d'un grand crédit ; elle s'y développa et s'y modifia. Selon La doctrine y Hannan , le secrétaire d' Abgar et en même temps son peintre, après s'être acquitté de sa mission auprès de Jésus, fait le portrait du divin Maître avec des couleurs de choix et il rapporte ce portrait au roi Abgar, qui lui donne une place d'honneur dans son palais.

Plus tard la légende subit un changement dans une de ses principales lignes. Le portrait n'est pas l'œuvre d'un homme; comment une œuvre humaine pourraitelle produire des miracles^? Il est de Jésus lui-même. Le peintre Hannan ne peut fixer les traits du Seigneur à cause de l'éclat de la divine face ou des transformations continuelles qu'elle manifeste. Jésus prend la toile des mains du peintre et l'applique sur son visage dont elle garde l'empreinte; ou Jésus se lave et s'essuie le visage soit avec la toile du peintre , soit avec un linge ordinaire 2.

1. Dans Évagrius l'échec du siège de Chosroès en 844 devant Édeçse n'est pas occasionné , comme dans Procope , par la bénédiction , mais par le portrait de Jésus.

2. Lipsius, Die Edess. Abçarsage, p. S4 et suiv.; Matthes, Die Edess. Abgarsage auf ihre Fortbildung unlersucht.^ p. 42-43; Tixeront, Les Origines de VÉglise d'Édesse et la légende d*Abgar, p. 53 et suiv.; ces ouvrages établissent les rapports de la légende du portrait avec la tradition latine de sainte Véronique , et relatent l'histoire des différents

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DU N. TESTAMEiNT. lit

Les textes syriaques qui mentionnent le portrait de Jésus sont, après La doctrine d'Addai : Les actes de Mari (éd. Abbeloos, p. 43-15); l'histoire de Zacharie (Land, Anecdota syriaca^ III, p. 324) et L'histoire des dynasties de Barhebraeus (éd. Pocoke, p. 71; éd. Salhâni,p. 113).

Suivant le document primitif (Eusèbe et La doc^ triné) , la guérison d^Abgar et Tévangélisation de la Mésopotamie eurent lieu après TAscension. Des apocryphes postérieurs placent ces événements avant la Passion, tels sont le Transitas Beatse Mariœ ^ et YHistoire des trente deniers de Judas rapportée ci-dessous.

Une autre légende que renferme La doctrine d^Addai est relative à une première invention de la Croix. Cette légende est insérée au milieu d'un sermon de Tapôlre Addai à Édesse, d'une manière étrange et comme un hors d'œuvre. a Je vais vous raconter, dit l'apôtre , ce qui est arrivé et s'est passé devant des hommes qui , comme vous, crurent que le Christ est le fils du Dieu vivant. » Après que Tibère eût délégué ses pouvoirs à l'empereur Claude , et se fut mis en route pour aller combattre les Espagnols révoltés, Protonice, la femme de Claude, se convertit à la vue des miracles opérés par Simon Pierre à Rome. L'impératrice se rend ensuite à Jérusalem avec ses deux fils et sa fille pour visiter les lieux saints. Elle ordonne aux Juifs de livrer à Jacques, le directeur de l'Église de Jérusalem, le Golgotha qu'ils détiennent. Sur le Golgotha Protonice trouve trois croix et ne peut reconnaître quelle est celle qui a porté le Sauveur, mais un miracle la tire d'em-

exemplaires du portrait et de la translation de l'original d'Édesse à Constantinople et ensuite à Rome.

i. CuRETON, Ane, syr, documents^ p. Hi ; comp. ci-dessus, p. 97.

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barras. Sa fille tombe frappée d'une mort soudaine ; les deux premières croix, mises en contact avec le corps de la jeune fille, ne produisent aucun effet, mais, au toucher dfe la troisième croix , la princesse ressuscite et se relève sans avoir éprouvé aucun mal.

Cette légende est un écho de l'histoire de l'Invention de la Croix par sainte Hélène, dont elle dérive et à laquelle elle est postérieure, comme l'ont reconnu MM. Lipsius et Tixeront. M. Tixeront fixe la date de la légende syriaque vers Tan 400*. C'est à cette époque que la tradition grecque et latine relative au voyage de la mère de Constantin à Jérusalem et à l'Invention de la Croix se répandit en Orient. Le syriaque a confondu sainte Hélène avec Hélène , la reine d' Adiabène, qui vint à Jérusalem au temps de Claude, vécut dans cette ville et s'y construisit un superbe mausolée, comme le rapporte Josèphe. Par suite de cette confusion, l'événement qui, dans la tradition de l'Église, eut lieu au IV® siècle , a été reporté dans la légende orientale au P"^ siècle. Cette hypothèse est très vraisemblable, mais le nom de Protonice appelle une explication pour laquelle les critiques manquent d'accord. Ce nom a en syriaque les trois formes suivantes : wui^a{,ova, wui^o^^ et ^ii^if,o*»a. M. Nœldeke y voit une allusion à Yèv rovrw vlxa du Labarum de Constantin; d'autres critiques (MM. Zahnet Nestlé) cherchent un mot composé, ÏIstqovUrj a la victoire de Pierre », ou (M. Tixeront) nçcorovUrj a la première victoire » , c'est-à-dire la première invention. Quoi qu'il en soit, le mot est grec et nous devons conclure que le document a été composé en grec et en Palestine, avant de passer en Mésopotamie sous sa forme syriaque.

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