‹ La littérature SyriaqueChapitre 45 sur 214 · Les Origines de l'Église â^Èdesse^ p · texte numérisé non relu

Les Origines de l'Église â^Èdesse^ p

On concilia plus tard cette première invention de la Croix avec la seconde en racontant que, après Texpédition de Trajan en Orient, la vraie Croix était retombée entre les mains des Juifs , qui l'avaient enterrée de nouveau avec les croix des larrons.

11 existe plusieurs recensions syriaques de l'Invention de la Croix qui suivent soit la tradition orientale , soit la tradition occidentale ^ .

La doctrine d'Addai ajoute à ces documents apocryphes : 1° une lettre d'Abgar au roi de Perse, Narsai, dans laquelle il fait connaître à celui-ci les actes de la mission de l'apôtre Addai; 2® deux lettres de la correspondance entre le roi Abgar et l'empereur Tibère. Abgar mande à l'empereur que les Juifs ont commis un crime en crucifiant le Christ qu'ils auraient dû adorer. Tibère répond que la guerre contre les Espagnols l'a empêché de s'occuper de cette affaire. La guerre terminée , Tibère fait mettre à mort quelquesuns des chefs des Juifs de la Palestine. Abgar en reçoit la nouvelle et s'en réjouit. Dans la lettre de Tibère l'éparque de Syrie porte le nom d'Olbinus au lieu de Sabinus qui est le nom indiqué au commencement de La doctrine. Cette variante s'explique par l'écriture grecque, ainsi que l'a remarqué Gutschmid^ : CA- BINOC a pu devenir facilement OABINOC. Cette légende procède donc d'un document grec. D'un autre côté, la mention de la guerre d'Espagne rappelle le récit précédent surl'Invention de la Croix, dans lequel

1. M. NESTLE a réuni les divers textes syriaques dans un opuscule intitulé De sancta cruce, Berlin, 1889. Le P. Bedjan a publié le deuxième récit de l'invention de la Croix dans son premier volume des Acta martyrum et sanctorum; et le premier récit dans le troisième volume de la même collection.

2. Unlersuchungen ûber die Geschichte des Kcenigreichs Osrhoene, Saint-Pétersbourg, 1887, p. 13.

byGoogk

H4 LES APOCUYPIIKS

il est également question de la guerre contre les Espagnols. Il est donc probable que les deux légendes de La doctrine ont été tirées du même document grec, composé en Palestine au commencement du IV* siècle. La doctrine a conservé l'ordre dans lequel les deux légendes se suivaient dans l'original grec ; et ainsi s'explique la place étrange que la légende de l'Invention de la Croix occupe dans La doctrine , au milieu du sermon de l'apôtre.

La recension syriaque du Transitas Mariœ donne de la lettre d'Abgar à Tibère une rédaction différente et beaucoup plus concise. Lipsius^ tenait le texte du Transitas pour le plus ancien. MM. Matthes et Tixeront^, pour des raisons peu probantes , admettent l'hypothèse contraire.

L'apocryphe ne s'arrête pas à la mort de l'apôtre Addai, comme on l'attendrait du titre, mais il ajoute les actes d'Aggai, le successeur de l'apôtre dans l'administration de l'Église d'Édesse. Après la mort d'Abgar, Edesse a pour roi un des fils de celui-ci. Le nouveau prince, qui était demeuré païen, fait mettre à mort Aggai et lui fait briser les jambes. Ce prince doit être Sévère Abgar, le fils et le successeur d'Abgar IX , qui, selon Dion Cassius, se montra d'une cruauté insigne envers les habitants d'Édesse sous prétexte d'introduire dans la ville les mœurs romaines. Son père lui avait donné le nom de Sévère en l'honneur de l'empereur Septime Sévère. Cette conjecture est confirmée par un fragment syriaque publié par Cureton ^, ainsi

1. Die EdesseniscTie Abgarsage, p. 36, et Die apoer, Apostelgeschichtent II, 2« partie, p. 192.

2. Matthes, Die Edess. Abgarsage auf ihre Fortbildung untersucht, p. 52 ; TixERONT, Les Origines de l'Église d'Édesse, p. 73.

Page 1