‹ La littérature SyriaqueChapitre 86 sur 214 · Chron, eccl.^ II · texte numérisé non relu

Chron, eccl.^ II

4. Voir la chronique éditée par Gcidi, Un nuovo testo siriaco.,. traduction de NOELDEKE, (Op. ci7., ci-dessus, p. 201, note 2), p. 16 et 18;

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L'histoire du patriarche Denha (1265-1281) a été écrite en vers rimes par un de ses contemporains du nom de Jean; mais Fauteur a passé sous silence plusieurs événements de sa vie qui n'étaient pas à la louange du patriarche. Ce petit poème a été publié pour la première fois par M. l'Abbé Chabot [Journal asiatique, 9® série, t. V, p. 110 et suiv.); il a été réimprimé par le P. Bedjan dans l'ouvrage cité plus haut [Histoire de Mar-Jahalaha, etc,^ p. 332 et suiv).

La publication par M. Bedjan, en 1888, de l'histoire de Yaballaha III et de Rabban Sauma intéressa vivement les orientalistes*. Yaballaha qui, avant d'être élevé à la dignité patriarcale, s'appelait Marcos, était originaire de la Chine et avait mené la vie religieuse avec son maître Rabban Sauma aux environs de Pékin. Le disciple et le maître, pris du désir de visiter les Lieux saints et Jérusalem, se mettent en route pour l'Occident. Ils arrivèrent dans l'Adherbeidjan où ils séjournèrent deux ans, retenus par les troubles qui agitaient l'Orient. Marcos fut alors nommé métropolitain de la Chine, et Sauma visiteur général. A la mort du patriarche Denha, le clergé, afin de s'attirer la faveur des princes mongols , désigna Marcos pour succéder à Denhà et le nouvel élu occupa le siège patriarcal, sous le nom de Yaballaha III, de 1281 à 1317. Ce patriarche se trouva mêlé aux événements qui se déroulèrent sous sept rois mongols ; il prit part notamment aux négociations que le roi Argoun entama avec les souverains de l'Europe pour former une alliance contre les Arabes. Le récit du voyage de R, Sauma envoyé en mission aux

Thomas de MARGA,Uvre I, chap. xxv; Elias de Nisibe dans la Chron, eccl. de BarhebrvEus, éd. Abbeloos et Lahy, n, p. 108, note 2.

1. Histoire de Mar Jab-Alaha, patriarche, et de Raban Sauma, Paris, 1888; réimprimée par le P. Bedjan en 1895 dans l'ouvrage cité plus haut. Histoire de Mar-Jabalaha, de trois autres patriarches^ et c.

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différentes cours de l'Occident est des plus instructifs. La publication de M. Bedjan fut l'objet de plusieurs travaux qui en firent valoir l'importance pour l'historien ^ .

M. l'Abbé Chabot publie, en ce moment, dans la Reme de l'Orient chrétien, d'après un ms. syr. du couvent des Chaldéens à Séert, une traduction de la vie de Joseph Bousnaya, écrite par Jean bar Khaldoun^. Bousnaya était un moine du couvent de Rabban Hormizd; il mourut en 979. Ce livre de Bar Khaldoun, très étendu, renferme des anecdotes sur la vie ascétique de Bousnaya et d'autres moines du couvent d'Hormizd ; il se termine par un traité sur la mysticjue.

Thomas de Marga , dans son histoire , et Ebedjésu , dans son catalogue, citent des ouvrages sur la vie monastique qui ne nous sont pas parvenus.

Abraham de Kaschkar^ (milieu du VP s.) est donné comme l'auteur d'un traité sur la vie monastique, qui fut traduit en persan par son disciple , Jean le moine.

Mar Babai, abbé du monastère d'Izla (569-628), com-

1. Nous en avons donné une analyse détalUée dans le Journal asiat.t 4889, 8« série, t. xni,p. 313 et suiv.; comp. aussi Lamy, Bulletin de VAcadèmie royale de Belgique^ 3« sér., XVII, 223; Van Hognacker, le Muséon^ t. VIII, n® 2; Noeldeke, Literar, Centralblatt, 4889, 842-844. En 1895, M. TAbbé Chabot a publié une traduction française dans la Revue de l'Orient latin^ t. I et II , avec de nombreuses notes et deux appendices. M. Heinrich Hilgenfelo a proposé divers amendements au texte syriaque, Texlkritiscke Bemerkungen zur Teschita dmar Jabalaha... léna, 1891. M. Rudolf Hilgemfeld a publié le texte arabe de la vie de Yaballaha III, d'après la recension de Saliba du Livre de la tour, avec une traduction latine et des notes , Jabalahœ lU vita ex Slivœ Mossulani libro, qui inscribitur Turris^ desumpta, Leipzig, 1896.

2. Vie du moine Rabban Bousnaya, écrite par son disciple Jean Bar-Kaldoun, traduite du syriaque et annotée par J.-B, Chabot dans la Revue de VOrient chrétien, 1897-1899. Comp. Asséma!«i, B. 0., III, pars I, 265; Chabot, Revue sémitique, 1896, p. 252.

3. Cet Abraham doit être distingué d'Abraham, le fondateur du grand couvent du mont Izla, qui était également de Kaschkar et qui écrivit des règles pour les moines, voir ci-dessus, p. 180.

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posa Le livre de Vahhé Marc et des discours sur Termite Mathieu, sur Abraham de Nisibe et sur Gabriel de Katar. Ses autres œuvres sont : une histoire du martyr George (voir ci-dessus, p. 146) ; La cause des Hosannas; Le livre de V union sur les deux natures du Christ; un commentaire sur les 6^e/ifM/7es d'Evagrius ; une histoire des partisans 'de Diodore; un livre sur la fête de la Sainte Croix; des hymnes sur les fêtes de l'année ; des règles pour les novices ; des canons pour lés moines; un commentaire des Saintes Écritures (voir ci-dessus, p. 83); des lettres adressées à Joseph de Hazza.

Sahdona , qui vivait au commencement du VIP siècle, écrivit la biographie et l'oraison funèbre de Rabban Jacques, son maître. La vie de Sahdona est conservée dans le Livre de la chasteté ^ dont nous parlerons sous le n° suivant. Bar Idta , un contemporain de Sahdona , avait également écrit une biographie de ce dernier, qui ne s'est pas retrouvée. Ce Bar Idta doit être distingué du fondateur du couvent de ce nom, dont la vie avait été écrite par Jean le moine ^ ; il est l'auteur d'une histoire monastique , qui est souvent citée par Thomas de Marga.

Rabban Sergius (commencement du VIP s.) écrivit une histoire des religieux du Beit-Garmai, à la demande de Rabban Jacques; cette histoire était intitulée Le destructeur des puissants,

Rabban Sabrjésu , surnommé Rostam (vers 650) , a laissé des biographies de Mar Jésuzeka du monastère de Gassa, de Mar Jésuyab, de Mar Abraham, abbé du couvent de Beit-Abé, de Rabban Kamjésu, d'Abraham

1. Voir Heinrich Goussen, Martyrius-Sahdona's Leben und Werke, Leipzig, 1897, p. 13, note 1. M. Goussen signalcl es erreurs d'Assémani et de Wright, qui ont confondu ces deux personnages.

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de Nethpar, de Mar Job le Perse , de Rabban Sabrjésu l'ancien, le fondateur du couvent de Beit-Koké, de Rabban Joseph, abbé du même couvent, et de son frère Abraham. Ses autres livres sont : un grand ouvrage contre les hérétiques et sur différents sujets ; un traité en huit livres sur Notre Seigneur et les missions de ses apôtres; un livre sur la chasteté et la vie ascétique.

Aphnimaran (vers 660) a écrit lui aussi les vies de Rabban Joseph et de son frère Abraham ; en outre, des Réponses^ des traités sur la perfection et d'autres œuvres.

Atken (vers 660) composa, outre des histoires ecclésiastiques (voir ci-dessus, p. 214), une controverse théologique , plusieurs lettres et un traité sur la vie monastique.

Rabban Gabriel , surnommé Taureta , était abbé du couvent de Beit-Abé au temps du patriarche nestorien Henanjésu I (686-701); il écrivit, outre le récit des martyrs de la montagne de Berain (voir ci-dessus, p. 130), l'histoire de Mar Narsai, abbé du môme couvent, et une homélie sur le jour de la Passion.

Jean le moine ou Jean de Beit-Garmai (même époque) laissa des Vies d'Abraham, le fondateur du Grand couvent du mont Izla , de Bar Idta , le fondateur du couvent de ce nom, et de Mar Khodawai, le fondateur du couvent de Beit-Halé, près de Mossoul.

Le moine Salomon bar Garaph (VII® s.) est l'auteur d'une histoire des anachorètes antérieurs à son époque.

David de Beit- Rabban, évêque des Kartewayé (Kurdes) , qui vivait au temps du patriarche Timothée (780-823), composa le Petit paradis (voir ci-dessus, p. 158). Dans ce livre se trouvait l'histoire des moines du couvent de Beit-Abé du VII® siècle.

224 fflSTOIRES PARTICULIÈRES.

Nous ajoutons en dernier lieu L'histoire du moine Behii^a^ dont le texte syriaque vient d'être publié par M. Richard Gottheil dans la Zeitschr. fur Assyriologie, 1899, XIII, 189-242. Cette histoire légendaire se divise en trois parties : la première relate la rencontre de Behira et du moine Jésuyab, le soi-disant auteur du livre; la seconde, les entretiens de Mahomet avec Behira qui fournit au Prophète des renseignements sur la religion chrétienne; la troisième se compose d'une série de visions apocalyptiques sur les temps futurs de la domination arabe jusqu'à la seconde venue du Messie. Suivant l'éditeur, le livre a dû voir le jour dans une communauté syriaque de la Perse; il a été composé à la fin du XI* siècle ou au commencement du XII% sauf la seconde partie qui est plus ancienne.

LÀ LITTÉRÀTURB ÀSCÉTIQDE.

La revue que nous avons passée sous le n® précédent des histoires monastiques, nous amène à parler des écrits qui ont pour objet la vie religieuse. L'œuvre la plus ancienne de ce genre , qui suivit de près l'établissement du monachisme dans la Mésopotamie , est celle d'Aphraate, surnommé le Sage persan. Les vingt-trois Démonstrations y que cet auteur écrivit entre les années 337 et 345 de notre ère, traitent, il est vrai, autant des questions théologiques que de la vie monastique ; elles ont pour objet la foi, la charité, le jeûne, la prière , la pénitence , l'humilité , la persuasion , etc. La vie monastique est le sujet de la sixième démonstration ; la septième est consacrée au clergé ; d'autres , à la circoncision, à la Pâque, à la résurrection et à la vie future ; quelques-unes des dernières sont dirigées contre les Juifs; la vingt-troisième est intitulée Le ^rain de raisin j |ft^<i4, par allusion à Isaïe, XLV, 8. Les vingtdeux premières sont classées suivant l'ordre des vingtdeux lettres de l'alphabet syriaque ; la vingt-troisième a été ajoutée après coup par l'auteur qui a divisé son recueil en deux parties : la première partie comprend dix démonstrations écrites en 337 , et la seconde les

treize autres écrites en 344 et 345. Aphraate désigne parfois ces traités sous le nom à! homélies, ipo^^o; les auteurs syriaques les appellent aussi épîtresy parce que c'est sous la forme de lettres adressées à un correspondant qu'ils ont été rédigés. Ils nous sont parvenus dans trois manuscrits anciens (V® et VP s.) du Musée britannique ^ .

On sait peu de chose de la vie d'Aphraate ; à en juger par son ouvrage même , il était né dans le paganisme; il se fît moine après sa conversion et devint évêque; c'est en cette qualité qu'il apparaît dans la lettre encyclique adressée au clergé de Séleucie et de Ctésiphon et qui fait l'objet de sa XIV® homélie. Dans le chapitre xxv de cette homélie , Aphraate parle de l'imposition des mains que plusieurs ont reçue de lui. On ignore dans quel endroit de la Perse l'auteur écrivait; c'était dans le couvent de Mar Mattai au nord de Mossoul, si l'on en croit un ms. de date récente (1364), mais il est douteux que ce couvent existât déjà à son époque. Aphraate semble avoir pris le nom de Jacques en entrant dans les ordres ecclésiastiques ; ce nom se

1. C'est d'après ces ms. que Wright a publié Veditio princeps sous le titre de Tfie homilies of Aphroates^ Londres, 1869. M. Bickell a traduit en allemand huit de ces traités dans la Bibliothek der Kirchenvœter de Taliiofer, Kempten, 1874; M. Budge a traduit en anglais le premier dans son édition des Discours de Philoxéne, The discourses of Philoxenus , Londres, 1894, t. II, p. clxxv. Une traduction allemande de tout l'ouvrage a été imprimée par M. Bert dans les Texte und Untersuchungen de Gediiardt et Harnack, III, Leipzig, 1888. M. Graffin réédite Aphraate dans sa Patrologia syriaca; le premier volume de cette patrologie, le seul paru jusqu'ici, renferme ces traités à l'exception du dernier; la traduction latine et l'introduction sont de Do m Parisot, Patrologia syriaca, I, Paris, 189*.

y^^' ^ II existe de dix-neuf des homélies d'Aphraate une version arménienne ^ "^^qui a été publiée avec une traduction latine par Antonelli, Sancti

^ Patris noslri Jacobin episcopi Nisibeni, Sermones, etc., Rome, 1756;

2« éd.. Vienne, 1765. La trAduction latine a été réimprimée par André Galland dans sa Bibliotheca veterum Palrum^ V, Vienne, 1788.

trouve dans une clausule du ms. du Musée britannique daté de 512 ; il a sans doute été la cause de la confusion que Gennadius et la version arménienne ont faite de cet auteur avec Jacques, évêque deNisibe, qui mourut en 338, antérieurement par conséquent, à la rédaction des dernières homélies.

En tète de ses homélies, Aphraate a reproduit la lettre de son correspondant , mais le commencement de cette lettre manque dans les manuscrits * .

Aphraate possédait à fond les Écritures et était au courant de l'exégèse juive et chrétienne de TAncien Testament, comme on le voit par ses dernières homélies dirigées contre les Juifs. Il vivait au milieu de la persécution de Sapor II , et il nous a transmis des dates certaines pour l'histoire de ces temps. Son style n'a pas la grâce et l'élégance des homélies de Philoxène ; la phrase est trop souvent coupée par des citations bibliques qui nuisent à l'effet des périodes. Les longueurs et les redites sont fatigantes sans que la pensée de l'auteur en soit plus claire. On sent, quand il parle des durs temps dans lesquels il vivait, une certaine gêne et la crainte de compromettre ses coreligionnaires. Cependant son ouvrage se recommande à plusieurs titres ; c'est le type le plus ancien de l'homélie syriaque*, libre de toute influence grecque, et en môme

1. Dora Parisot a comblé cette lacune, d'après la version arménienne, dans la traduction latine de la Patrologia syriaca. Dans la version arménienne, ce correspondant est Grégoire Tllluminateur, évêque d'Arménie ; notice évidemment inexacte, mais on peut en inférer que Grégoire était le nom du correspondant d'Aphraate.

2. L'homélie syriaque est désignée sous le nom de memra, « discours », et n'a pas le même sens que l'homélie grecque ou latine ; c'est une composition ou un petit traité sur un sujet particulier; on donnait aussi ce nom aux divisions d'un ouvrage étendu ; dans ce cas, il correspond à notre mot livre ou chapitre. L'homélie métrique formait un genre différent (voir ci-dessus, p. 90 et suiv.). Malgré son nom de dis-

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temps un guide sûr pour Fétude de la syntaxe araméenne. D'un autre côté, il nous met au courant des controverses du commencement du IV® siècle sur la métaphysique , la question pascale , le comput des années depuis la création, etc., des dissensions qui agitaient rÉglise orientale, des prévarications et de la simonie du haut clergé.

Sous rinfluence des idées platoniciennes relatives à la distinction de l'âme animale ou végétative et de Tâme spirituelle ou intellectuelle, Aphraate croyait que VEsprit-Saint qui habitait chez l'homme après le baptême y demeurait jusqu'au péché du coupable ou jusqu'à la mort de l'innocent, puis retournait vers la divinité dont il émanait, tandis que l'esprit animal était enterré avec le corps. Le célèbre ascète Isaac de Ninive admettait aussi la distinction de l'âme et de Tesprit chez l'homme ' ; mais George , évêque jacobite des Arabes , s'élève contre la doctrine d' Aphraate , qu'il traite de grossière et d'inepte dans la lettre qu'il écrivit en 714 en réponse à diverses questions que le prêtre reclus Jésu lui avait adressées au sujet de ces homélies ^.

Selon l'ancienne tradition, fondée sur le Psaume XC , 4, Aphraate admettait que la durée du monde serait de six mille années répondant aux six jours de la création. Ses calculs des années écoulées depuis la

cours, l'homélie syriaque, soit en prose, soit en vers, n'appartient pas au genre oratoire, qui paraît avoir été peu cultivé chez les Syriens.

1. Voir J.-B. Chabot, De S. Isaaci Ninivitœ vita^ Louvain, 1892, p. 76; Bràun, Moses bar Kepha, Fribourg en B., 1891, p. 42.

S. Cette lettre de George a été imprimée par Paul de Lagarde dans ses Analecta syriaca, p. 108, et a été rééditée en partie par Wright, The homilies of Aphraates, p. 19 et suiv. Elle a été traduite en allemand par Rtssel, Ein BriefGeorgs, Bischofs der Araber, Gotha 1883, et par Georg Bert, en tête de sa traduction des homélies d'Aphraate dans les Texte und Untersuchungen de Gebhardt et Har:«ack, m, Leipzig, 1888.

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création jusqu'à son époque sont renfermés dans les homélies II, XXI et XXIII. Les chiffres de la IP homélie ne concordent pas toujours avec ceux de la XXI®, sans doute par suite d'erreurs de copiste; M. Sasse a proposé les meilleures corrections pour concilier ces textes ^ Dans sa lettre que nous avons citée plus haut, George des Arabes, qui était iacobite, rejette avec dédain les calculs d'Aphraate, basés sur la Peschitto, et préfère les données des Septante qui, pour l'époque des patriarches bibliques, s'écarte du texte hébreu. Elias de Nisibe, qui était nestorien et ne reconnaissait que la Peschitto , accepte la chronologie de laXXIIP homélie d'Aphraate ^. George comptait 4901 ans depuis Adam jusqu'à l'ère des Séleucides. Elias de Nisibe, conformément à Aphraate, admet seulement 3468 ans; il ajoute : « Ce nombre ne concorde avec aucun des calculs faits précédemment, mais il se rapproche de celui des Juifs parce qu'il est tiré du livre qu'ils possèdent (l'Ancien Testament) ; mais le livre des Juifs n'est pas exact (c'est-à-dire : a été altéré) , comme je l'ai montré dans un autre endroit. »

Nous avons mentionné plus haut, à propos des versions syriaques de l'A. et du N. Testament , l'importance des citations bibliques d'Aphraate pour la critique de ces versions.

A la différence des homélies d'Aphraate , les treize homélies de Philoxène de Mabboug ont uniquement pour objet la vie du parfait chrétien ; elles forment un traité de morale religieuse et aussi un corps de règles sur l'ascétisme. On n'y trouve aucune allusion aux controverses dogmatiques , auquelles cet évêque prit part

i, Prolegomena in ApTir, Sermones homeliticos, Leipzig, 4879. 2. Voir le passage de la Chronique de cet auteur imprimé dans Wright, Tke homilies of AphraateSj p. 38.

230 Là LITTÉRAiTURE ASCÉTIQUE.

avec tant d'ardeur. Le titre actuel de Touvrage est ainsi conçu : « Traités sur la correction des mœurs , composés par le bienheureux Mar Philoxène, évêque de Mabboug, qui y enseigna le cours entier de la discipline; comment on commence à devenir le disciple du Christ ; par quelles règles et conduites on se forme pour arriver à Tamour spirituel; comment naît la perfection qui nous rend semblables au Christ selon la parole de l'apôtre Paul. » M. Budge, à qui l'on doit la publication de ces homélies ^ , a remarqué que les citations bibliques sont faites d'après la Peschitto ; il en conclut que Philoxène a dû composer cet ouvrage avant l'édition de la version Philoxénienne (508) et peu de temps après son élévation au siège épiscopal de Mabboug (485).

La première homélie sert de prologue au livre ; les douze autres traitent de la foi , de la simplicité , de la crainte de Dieu , de la pauvreté , des désirs de la chair, de l'abstinence et de la fornication. En écrivant ces traités , l'auteur s'est certainement inspiré des homélies d'Aphraate. Comme Aphraate, il disserte en premier lieu sur la foi , « le fondement de la religion » ; mais, c'est un point digne de remarque , il omet de parler de la prière, qui fait le sujet de la quatrième homélie d'Aphraate.

C'est surtout dans ce livre que Philoxène a déployé ses qualités de styliste que Jacques d'Edesse appréciait tant ; ses périodes sont longues et harmonieuses , trop longues à notre goût, mais notre goût littéraire n'est pas celui des Orientaux.

Jésudenah, dans Le Iwre de la chasteté dont nous avons parlé sous le n® précédent, p. 215, nous a trans-

1. T/ie Discourses of Phitoxenus Bishop of Mabbogh,\o\. I. Thesyriac lexl; vol. II, Inlroduclion^ translation^ e/c, Londres, 189s.

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Lk LITTÉRATURE ASCÉTIQUE. 231

mis quelques notices sur les auteurs ascétiques de la Mésopotamie. Nous résumons ici ces notices en suivant l'ordre dans lequel elles se trouvent dans ce livre :

JUar Grégoire, le Directeur, qui fit un liçre sur la ne monastique. Ce Grégoire était persan d'origine ; il embrassa la vie monastique à la suite de visions qui lui apparurent; il étudia à Édesse sous la direction du docteur Moïse ; il se rendit ensuite au mont Izla où il vécut dans la solitude. Plus tard, Grégoire alla se fixer eti Chypre; mais, sur la fin de ses jours, il revint au mont Izla où il mourut. Nous savons par Assémani * que ce moine vivait dans la seconde moitié du IV® siècle ; il était en relations avec Épiphane , évêque de Salamis en Chypre , et avec le moine Théodore ; il adressa à ceux-ci plusieurs traités et des lettres. Ces traités étaient vraisemblablement des chapitres de son ouvrage sur la vie monastique, qui ne nous est pas parvenu^.

Mar Abraham le Grande le pj^ince des moines, qui fonda un couvent sur le mont Izla dans le voisinage de Nisibe, 11 établit des règles pour les moines (voir ci-dessus, p. 180).

Mar Babai le Grande qui fonda une école et un monastère célèbre dans le Beit-Zabdai, Il écrivit beaucoup de livres et de commentaires (voir ci- dessus, p. 221-222).

Mar Yahby V anachorète, qui écrivit sur Dieu et ses créatures. Il est indiqué comme l'auteur de nombreux livres ; il vivait à la fin du VI® siècle ou au commencement du VII®, car il est placé aussitôt après Mar Babai.

1. B. 0., m, pan I, 170. Le récit d'Àssémani diffère sur quelques points de celui de Jésudenah.

2. Cet ouvrage est mentionné dans le Catalogue d'Ébedjesu, B. 0.. ni, pars 1, 191.

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Mar Abraham de Nethpar^, qui écrmt sur la çie monastique. Il vivait à la fin du VP siècle ou au commencement du VII®. Ébedjésu mentionne ses œuvres dans son catalogue ; Assémani donne les titres de huit petits traités conservés au Vatican 2. Jean le moine avait traduit en persan les livres d'Abraham de Nethpar ; il en existe une traduction arabe.

Grégoire^ métropolitain de Nisibe, qui a écrit sur les devoirs de la vie monastique. Ce Grégoire était originaire de Kaschkar; il professa à Arbèle, puis dans sa ville natale où il fonda une école. Le Patriarche Sabrjésu (596-604) le nomma métropolitain de Nisibe, mais il dut quitter cette ville parce qu'il avait excommunié Hannana d'Adiabène ^, et il revint mourir à Kaschkar. Il fit des livres , ajoute Jésudenah , et une histoire ecclésiastique.

Mar George , moine et martyr^ qui fonda une école à Babylone et écrivit sur la vie monastique et contre les hérétiques. Sur la vie de ce martyr nestorien, voir ci-dessus p. 146.

Mar Schoubhalmaran , métropolitain de Karka de Beit-Sloky qui fit des livres sur la vie monastique. « Ce bienheureux vivait au temps de l'hérétique Gabriel , médecin du roi Chosroès (II) *, et était métropolitain de Karka de Beit-Slok. A cette époque il n'y avait pas de patriarche ^. Il écrivit de nombreux ou-

1. Ce nom est écrit aussi Nephtar^ àsséhami, B. 0., I, 4G3; III, pars I,

2. B. 0., I, 464; comp. Mai, Script, veter, nova collectio, V, 65.

3. Dans Le livre de la chasteté^ p. 33, 1. 20, lire opo^{o au lieu de opeu.U/o. Sur Hannana d*Adiabène, voir Hoffmann, Auszùge aus ayr, Akten, 116-117.

4. Gabriel était monophysite et excita le roi de Perse contre les Nestoriens.

K. C'est à partir de 608 ou 609 que Cliosroès II défendit aux Nestoriens

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vrages sur la vie monastique. A cause des difficultésqu'il eut avec les habitants de Singar, le roi Chosroès le condamna à Texil jusqu'à sa mort. »

Aha Zinai qui fit des liçres sur la çie monastique et fonda un monastère dans la montagne d'Adiabène, 11 vivait au temps de Mar Babai de Nisibe (commencement du VIII» s.).

Mar Babai y le scribe ^ qui fît des liç^res sur la vie monastique (même époque). Il s'agit de Babai bar Nesibnayé.

Mar IsaaCy évêque de Ninive^ qui abdiqua Vépisco^ pat et fit des liç^res sur la vie monastique. « 11 fut créé évoque de Ninive par le patriarche Mar George , dans le monastère de Beit-Abé. Après avoir gouverné pendant cinq mois le diocèse de Ninive, comme successeur de l'évèque Moïse, il abdiqua pour des raisons que Dieu connaît, et alla habiter dans la montagne. Le siège épiscopal demeura vacant pendant quelque temps; puis Isaac eut pour successeur Mar Sabrjésu, qui lui-même abdiqua , vécut en anachorète au temps du catholicos Henanjésu , et mourut dans le monastère de Mar Schahin, dans le pays de Kardou. Isaac, après avoir quitté le siège de Ninive , s'en alla dans la montagne de Matout qui entoure le pays de Beit-Houzayé, et habita dans la solitude avec les anachorètes qui se trouvaient là. Il vint ensuite au couvent de Rabban Schabour. Il était très appliqué à l'étude des livres saints , au point qu'il perdit la vue par suite de son ardeur pour la lecture et de son abstinence. Isaac était suffisamment versé dans la connaissance des divins mystères ; il fît des ouvrages sur la vie spirituelle des moines. 11 écrivit trois propositions qui ne furent pas

d'élire un patriarche, Barhebrjecs, Chron, eccl., Il, p. 109; Noeldeke, Tabarij p. 358, noie'; Hoffmann, Auszûge aus syr,Akten^ 116.

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acceptées par beaucoup des gens. Daniel bar Toubanita, évêque de Beit-Garmai, s'éleva contre lui à cause de ces propositions. Isaac quitta la vie temporelle dans une profonde vieillesse et son corps fut déposé dans le monastère de Schabour. Il était de Beit-Katarayé , et je pense que la jalousie excita contre lui les moines, comme elle les excita contre Joseph Hazzaya, Jean d'Apamée et Jean de Dalyata ».

Cette notice si précise sur le célèbre écrivain ascétique nous permet de rectifier, comme M. Chabot l'a déjà fait \ la biographie ^ impudemment fausse qu'un auteur monophysite a mise en tête de la version arabe des œuvres d'Isaac de Ninive. Cet auteur fixe l'époque d' Isaac au commencement du septième mille du monde, c'est-à-dire au commencement du VI® siècle ; Jésudenah nous apprend qu'Isaac vivait à la fin du VII® siècle ; il a été nommé évêque parle patriarche George (660-680). Au lieu du couvent nestorien de Beit-Abé, où Isaac était moine, le rédacteur de la biographie arabe indique le couvent jacobi te de Mar Mattai, et au lieu de la montagne de Matout et du couvent de Rabban Schabour, il indique , pour la retraite dlsaac , le désert de Scété en Egypte et le monastère jacobite de Notre-Dame des Syriens.

Isaac de Ninive était nestorien. Les trois propositions dont parle Jésudenah et qui soulevèrent de nombreuses contradictions , étaient sans doute conformes à la doctrine de Hannana d'Adiabène qui se rapprochait du monophysisme '. On s'explique ainsi que les Jacobites aient revendiqué Isaac comme un des leurs. Les œuvres

i, Note8 sur la littérature syriaqtie dans la Revue sémitique ^1996, p. 254.

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