Sic, lire au 1I« siècle
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ment dans un pays qui possédait déjà des ouvrages en langue indigène sur toutes sortes de sujets. »
On le voit, tout cela est assez vague. Quand Renan écrivait son histoire des langues sémitiques , les éléments d'informations que nous possédons sur la littérature araméenne n'étaient pas encore élucidés et vulgarisés comme ils le sont aujourd'hui. Ce que Renan disait de la littérature chaldéenne antérieure au christianisme était emprunté aux légendes recueillies par les auteurs arabes , venus trop tard pour être des autorités dignes de foi. Ces auteurs désignent sous le nom de Chaldéens les Nabatéens établis en Babylonie après le II® siècle de notre ère. L'importante littérature qu'ils leur attribuent n'est qu'un mythe. Il est aujourd'hui reconnu que le traité d'agriculture qu'Ibn Waschiyah (en l'an 904 de notre ère) disait avoir traduit du chaldéen est une œuvre sans valeur mise sous l'autorité d'un nom supposé. Les autres livres relatifs aux sciences naturelles, à l'astrologie, aux mystères, aux Patriarches de l'ancien Testament dont parlent les Arabes, ne sont vraisemblablement pas autre chose que les livres des Mandéens, qui existent encore et qui sont postérieurs au christianisme.
L'illustre orientaliste est plus précis quand il ajoute quelques pages après (p. 262) : « Une observation qui, ce me semble , n'est pas sans importance pour la critique , c'est que Bardesane se rattache directement à l'école chaldéenne y comme le prouvent ses écrits et surtout les réfutations de saint Ephrem. Ceci me confirme dans l'opinion qu'il faut chercher en Chaldée l'origine de la littérature syriaque et que cette littérature n'est autre chose que le prolongement chrétien de la littérature nabatéenne. Selon le Kitab-el-Fthristy Manès aurait aussi composé en syriaque la plupart de ses livres. »
iO LES ORIGINES
Renan avait été amené à cette conclusion, parce qu'il considérait Bardesane comme le créateur de la littérature syriaque : « Ce que Bardesane fut sans contestation, écrit-il dans son Marc-Aurèle, p. 442, c'est le créateur de la littérature syriaque chrétienne ». Bardesane créa la poésie religieuse, si nous en croyons saint Éphrem, mais avant qu'il se fit connaître comme théologien et philosophe, c'est-à-dire avant le dernier quart du IP siècle (il était né en l'an 154) , la communauté chrétienne d'Édesse possédait déjà une version de l'Ancien Testament, la Peschitto, et V Harmonie des quatre Évangiles de Tatien , peut-être même une version complète des quatre Évangiles , comme nous l'exposerons plus loin.
Saint Éphrem nous fait connaître Bardesane comme un gnostique qui inclinait vers le système de Valentin. Or le gnosticisme, comme le christianisme, procède du mouvement religieux qui eut son essor en Palestine et auquel la Babylonie demeura d'abord étrangère; ce n'est qu'au IW siècle qu'apparaît Manès d'origine perse. Bardesane subit l'influence des idées religieuses qui étaient répandues en Palestine et en Syrie et, sous ce rapport, il ne doit rien à la Chaldée.
Mais Bardesane était versé dans la connaissance des sciences occultes ; on lui attribue un traité d'astrologie et un alphabet mystique. De ce côté, il pourrait être rattaché à la Chaldée qui passe pour le berceau de ces sciences; nous n'y contredisons pas, nous ferons seulement observer que, pour expliquer le fait, il. n'est pas nécesaire de supposer un commerce direct entre le nord de la Mésopotamie et le sud de la Babylonie. Dès les temps anciens la Mésopotamie, comme la Syrie, était adonnée au culte des planètes et les Syriens croyaient à l'influence des astres sur la des-
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tinée humaine. L'étude des sciences occultes était répandue dans tout l'Orient et florissait, vers l'époque chrétienne , surtout en Egypte. Ce n'est pas en Chaldée que Basilide avait composé son Abraxas; du reste l'aphabet mystique mis sous le nom de Bardesane est d'origine juive ^ .
Nous ne nous croyons donc pas autorisé à rattacher la littérature chrétienne de la Mésopotamie à la littérature païenne de la Chaldée. Le royaume d'Édesse, comme les autres principautés qui se constituèrent en Babylonie et en Mésopotamie, sous l'égide des Parthes, après que les Séleucides eurent renoncé à leurs possessions trans-euphratiques, avait été fondé par des tribus nabatéennes originaires du nord de l'Arabie. La langue littéraire de ces tribus était l'araméen. Autrefois on confondait souvent les mots araméen et chaldéen, et cette confusion a été la cause de regrettables erreurs.
1. Voir R.- Du VAL, Traité de grammaire syriaque, Paris, 1881, p. !«.
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§ 1. — Caractères de la littérature syriaque.
. La littérature syriaque n*est pas la création géniale d'une nation qui se développe progressivement et possède une tradition suivie. Nous Tavons dit , rien ne relie cette littérature à un passé indigène. Elle germa comme un rejeton de la littérature sacrée de la Palestine sur lequel se greffèrent les rameaux de la culture grecque. Aussi bien les monuments qu'elle nous a laissés n'ont pas le caractère original des œuvres des grands écrivains qui reflètent le génie propre de leur peuple.
L'intérêt de cette littérature est surtout historique. Les chroniques renferment des documents de premier ordre pour l'histoire de l'Asie antérieure sous les Romains, les Perses, les Arabes, les Mongols et les Turcs. Mais ce sont les historiens ecclésiastiques qui revendiqueront la plus grande part de cette littérature. La Syrie ne resta indifférente à aucune des luttes qui troublèrent le monde chrétien : les hérésies et les schismes y trouvèrent un terrain fertile , facile à exploiter, et jusqu'au VII® siècle, les dissensions, les po-