HISTORIQUE DES TEXTES
Le litre que nous donnons à celte section de noire travail en détermine et en limite l'objet. Il s'agit ici, non pas, en effel, d'analyser des textes, mais d'esquisser leur histoire. L'analyse demanderait plus d'un volume et ne serait jamais qu'un aperçu fort incomplet et sans vie. A entreprendre quelque chose de ce genre, mieux vaudrait réaliser de suite le vœu si juste de notre savant confrère M. le chanoine Ulysse Chevalier, en rééditant simplement tous ces vieux textes, qui mettraient en pleine lumière tant de filons inexplorés.
Du reste, si voulant mieux s'instruire quelqu'un de nos patients lecteurs trouvait, — non sans raison, — que dans la partie documentaire de cet ouvrage nos citations textuelles sont trop restreintes, nous serions déjà récompensé de
nos peines, en lui ayant ouvert les sources ou facilité la voie d'une étude plus approfondie. Ses investigations lui révéleraient, sans aucun doute, des détails qui ont dû nous échapper ; mais il reconnaîtrait, — nous en avons la confiance, — la justesse des observations que nous allons faire.
Pour juger sainement de la question liturgique, il nous semble qu'il y a lieu, avant tout, de se mettre en garde contre certaines exagérations, voire même certaines lacunes de la mémoire ou du savoir.
Laissons donc de côté les arguments qui appartiennent à la polémique, pour laquelle on versa des Ilots d'encre il y a quelque quarante ans ; restons simplement dans le domaine de l'histoire.
Ne déprécions point nos devanciers. A leur place eussions-nous mieux résisté au courant des idées de leur époque ?
N'abusons pas non plus du mot « Gallican » jeté, à tout propos et parfois hors de propos, comme un anathème à tout ce qui n'est pas strictement romain. Combien en ont abusé qui semblaient oublier que la vraie liturgie gallicane * était absolument légitime ; que si l'on en conserva des traces dans le Romain introduit chez nous par Charlemagne, le Droit ecclésiastique du temps ne le défendait pas ; que
(1) Cf. Dom Guéranger. Instit. liturgiques. 1" partie. Ch. viii.
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certaines innovations postérieures à cette époque, — jusqu'au Concile de Trente, — n'enfreignaient aucune prescription formelle du Saint Siège ; enfin que môme les tentatives de reformations faites en France au .xviii" siècle, bien que regrettables au point de vue disciplinaire^ ne furent pas cependant ^ des actes d'hérésie.
Sous le bénéfice de ces remarques préliminaires qui empêcheront de donner à ces pages une portée de critique comparative, dépassant notre pensée^ nous allons voir ressortir des textes de la Liturgie Aixoise qu'Aix demeura toujours fidèle - à la tradition romaine.
(1) On a dit, à bon droit, que tels et tels bréviaires français du xviip siècle avaient pour auteurs tels ou tels jansénistes. Mais peut-on croire que si Terreur doctrinale se fût glissée dans leur œuvre, l'épiscopat eût fermé les yeus et que le Saint Siège ne se fût hâté d'intervenir pour sauvegarder la vérité ? — Le lecteur voudra bien se laisser dire que celui qui écrit cette page est un ultramontain de l'avant-veille, qui, à son heure, a travaillé dans sa modeste sphère à la défense et à Tobservance de la liturgie romaine. Ses convictions à cet égard n'ont aucunement varié. Les présentes observations ne sont donc point pour défendre tels écarts répréhensibles, mais uniquement pour combattre des exagérations et rester dans la vérité historique.
(2) Lorsque parut ma communication au Congrès de la Sorbonne sur les Livres choraux de St-Sauveur d'Âix, le Mois bibliographique des Bénédictins de la Congrég. de France 'n° de juillet 1895}, voulut bien en dire un mot aimable. Mais il trouva « risqué » l'argument que je tirais de ces livres du xvie siècle pour prouver que la liturgie de l'Eglise d'.iix'fut toujours conforme en substance à la liturgie romaine... a La thèse, ajoutait- « on, est très discutée, très compliquée ; M. Marbot le sait comme nous ; « et ce n'est pas avec des livres de cette époque que l'on parviendrai « prouver l'identité des liturgies romaine et gallicane, au vie et au vn^ « siècle, par exemple, z — Rien de plus juste. Je n'ai jamais songé à prouver celte identité. Argumentant sur des livres antérieurs au Concile de Trente, qu'il avait suffi de corriger pour les mettre ad normam concilii, je voulais simplement affirmer, par ces textes justifiant le Concile de 1585, qu'Aix n'avait pris aucune part au mouvement du xv!» siècle; et que,